ARTILLERIE
Commandant : de Tryon, chef d'escadron.
Adjoint : Bergère, capitaine.
2 batteries montées.
1 batterie .i cheval.
GKME.
Commandant : de Saint-Laurent, chef de bataillon. Adjoint : de Foucaud, capitaine.
Une compagnie du génie.
ni.
Durant tout le mois de mars les roules furent sillonnées de troupes qui se rendaient à ^larseille et à Toulon; elles descendaient des Alpes, elles allaient du nord par les chemins de fer, du centre par la Saône et le Rhône, les deux seules grandes rivières navigables qui coulent vers la Méditerranée; des vapeurs couraient l'Océan et transportaient les soldats par le détroit de (iibraltar; au port d'Alger s'embarquaient les régiments quittant l'Afrique pour les bords asiatiques de la mer Noire. Depuis plusieurs siècles le détroit de Messine n'avait pas vu une pareille activité.
Le général Canrobert parlait le 19 mars de Marseille »ur le vapeur le Christophe Colomb , qui remorquait le Mistral chargé de troupes. Etrange association de noms ! Le Christophe Colomb n'était pas destiné à découvrir des terres nouvelles, mais c'était le i)reinier vaisseau qui depuis les croisades portait vers l'Orient des Français alliés à l'Angleterre ; c'était bien un monde nouveau qui s'ouvrait devant l'Europe , devant les peuples de l'Occident allant défendre la civilisation sur la terre qui est le berceau de tous les peuples , de toutes les civilisations, de toutes les grandes religions.
C'était là le premier convoi de l'armée d'Orient. Il allait à Gallipoli. Au 31 mars vingt-quatre autres bâtiments étaient partis et vingt mille hommes étaient embarqués. Deux cents navires du commerce nolisés par l'Etat mettaient tour à tour à la voile, du port de Marseille, emportant la cavalerie, l'artillerie, les munitions, les vivres et les objets de campement.
Dans la nuit du 30 au 31 mars, le Christophe Colon,h, salué à son passage ii Malle par les acclamations des soldats anglais, mouillait dans la belle rade de Gallipoli. Ce n'était pas sans une émotion profonde que les officiers et les soldats touchaient cette terre grecque toute pleine de grands souvenirs et qui allait voir de nouveaux combats.
M. de Saint-Arnaud s'embarqua a Marseille le 29 avril sur U Bet' thollet.
Gallipoli, oii ont débarqué les Français de l'armée d'Orient, est à l'extrémité nord-est du détroit des Dardanelles, a l'entrée de la mer de Marmara; cette ville est au sud et à cent trente-deux kilomètres d'Aiidrinople, au sud-ouest et à cent quatre-vingt-huit kilomètres de Constantinople, au sud de la route qui conduit de l'une à l'autre de ces deux villes.
C'est l'ancienne Callipolis des Grecs, dans la Chersonèse de la Thrace, et l'une des villes les plus importantes de la Turquie d'Europe. Elle est placée sur un long promontoire qui s'avance dans l'Aichipel entre le détroit des Dardanelles et le golfe de Saros. Sa baie offre le meilleur mouillage du détroit.
LA RDSSIE ET L'EUKOPE.
Les Turcs s'emparèrent de Gallipoli en 13 6, commençant par celte ville la conquête des provinces gieiques. Elle s't'lève en amphitlu-àtre, couverte de maisons en bois, bien peintes, bien luisantes, enlourées de jardins et de cyprès sur lesquels pointent les minarets, el la beauté des nuits orientales donne à tout cet ensemble de flots, de verdure sombre et de flècbes élancées , un aspect des plus graciiMiv et des plus pittoresques.
In peu en avant de Gallipoli s'élève un phare appelé le Fanal d'Europe; sur la rive opposée brille le fanal d'Asie, destinés tous deux à indiquer l'entrée du détroit aux navires qui descendent de la mer de Marmara , l'ancienne Propontide.
C'est là, sur ce promontoire , un peu avant d'arriver à Gallipoli , qnc les Français ont établi leur camp pour attendre les événements el l'ordre d'aller prendre position pour s'opposer aux progrès des Russes.
Gallipoli a deux ports, tous deux très-fréquentés par les navires du commère qui font le cabotage le long de ces riches côtes, dans la mer de Marmara et dans la mer Egée. Cette ville a des fabriques considérables de maroquin, de tissus de soie et de coton, ainsi que des filatures. Comme point stratégique, c'est ime place importante.
Le camp frauçais est établi à deux lieues de Gallipoli, sur la pente d'une colline du sommet de laquelle ou découvre à la fois la mer de Marmara el le golfe de Saros : aspect grandiose el émouvant.
Les soldats du génie sont les plus rapprochés de la ville; viennent ensuite les chasseurs de Vincennes , à un endroit appelé Bokhenne, — fontame cachée. — Un peu plus loin , à Boyardi-Kouyoussou , est le gnind campement de l'infanterie et des zouaves.
Avant que les troupes fussent arrivées dans la rade, le gouvernenicut turc avait fait dresser des tentes pour un millier d'hommes, et construire quatre fours pour la cuisson du pain. Aussitôt après le déliarqucuicnt , les soldats se mirent au travail et la colline offrit bientôt l'asjicct le plus animé. Les uns plantaient les piquets et les lances, dressaient les tentes, fixaient les cordes, d'autres nivelaient le sol , traçaient les rues et les passages; ceux-ci bâtissaient de nouveaux fours, ceux-là les ateliers de réparation, pendant que des voilures attelées de bœufs trans]>ortaieul la paille pour le coucher et le bois ]>our la cuisine, et que les soldats préparaient le riz et le mouton destinés ii faire le pilaw.
Un employé supérieur de l'administration turque occupe au bord de la mer une vaste tente verte sur laquelle flotte le drapeau ottoman, entourée d'un groupe de tentes blanches où sont campés des soldats turcs. C'est le dépôt du matériel.
Les chemins sont en Turquie dans un déplorable état; à l'exception des glandes routes , mal entretenues, qui vont d'une ville à l'autre, on ne trouve que des sentiers souvent peu praticables; les zouaves , habitués en Algérie à tracer des routes sur le flanc des montagnes ou dans les plaines marécageuses , ont immédiatement commencé un large chemin qui va du camp à la ville, associant ainsi la pioche au fusil, l'outil de la cix'ilisation à la machine de destruction, il restera de leur passage un travail utile.
L'escadre du vice-amiral Bruat prêtait un concours actif à l'armée de terre; les équipages et les embarcations des vaisseaux opéraient le débarquement des troupes, des chevaux, el le déchargement des navires du commerce arrivés dans la rade; les ouvriers charpentiers, mis à la disposition du général Canrobert, exécutaient des travaux de campement, aidant ainsi à passer les premiers jours, qui ont été des jours d'épreuve sous le rapport des subsistances et du campemenl.
Les Anglais s'étaient établis près d'un village nommé Bulair, h la suiti! du camp français; bientôt une partie de le\irs troupes dut partir pour Scutari , mais ils manquaient des moyens nécessaires d'embarquement; les officiers supérieurs français leur prêtèrent un concours actif et amical. Le général Canrobert mil a leur disposition ses bateaux plais, l'amiral Bruat toutes les embarcations de son escadre. Le li<^utenant général Brown, qui commandait les Anglais au camp de Gallipoli , en témoigna sa reconnaissance par une lettre rcuilne ))ublique.
Lord Baijlan, qui commande l'armée anglaise, fut d'abord sir JaiiK's-lIrnry-Sommerset Filzroy ; né en 1786, il a aujourd'hui soixante-huit ans. Il entra au service en 1804 comme porte-étendard dans le 1"^ dragons. Lieuleuanl eu 1805, capitaine en 1S08, il devinl secrétaire du duc de Wellington , assista en Portugal et en Espagne aux batailles livrées contre les Français. Major en 1811 , licutenautcolnuel en isr? , il eut le bras droit fracassé par un boulet ii la bataille de Waterloo et fut amputé le soir même.
\(ii»mé membre de la chambre des communes en 181 S , il s'attacha .1 1.1 fortune politique du duc de Wellington et par conséquent au jiMiti tory, monta et descendit avec lui. Jlajor général de l'armée anglaise en ii-a , lieutenant général en 18.33 , directeur général de r.Miillcrie lorsque lord Ilardinge recueillit la succession de lord ^\ rlliiigton coiuuiandanlen chef de l'armée, sir Fil/.roy entra alors à la cliambre des lords avec le titre de baron de IViglan.
Il y a certaine analogie entre le caractère du commaudaul de l'arluco anglaise cl celui de l'amiral jNupier.
La guerre contre les Russes excitait l'enthousiasme dans les provinces turques : des Cosaques Zaporogues accouraient oftrir leurs services, des irréguliers de divers pays venaient demander à faire partie de l'armée. Vers le milieu de mars, on vit arriver à Conslantinople plusieurs escadrons de cavaliers volontaires kurdes conduits par une femme, la veuve de leur prince.
Partout la guerre suscite des soldats que la loi n'appelle pas, des honimcs amoureux de combats, de périls, ardents aventuriers k qui plaît le bruit du camp, qui ont la fièvre de la bataille. Dans toute l'Europe, ces hommes qui viennent s'offrir à combattre sont incorporés el vont se perdre dans les régiments, nourris, habillés, armés aux frais de l'Etat. En Algérie et dans l'Inde, oii il y a des bataillons indigènes auxiliaires des armées française et anglaise, il y a aussi des corps d'irréguliers inscrits sur les contrôles, appelés quand on a besoin d'eux; leurs chevaux leur appartiennent; ils doivent pourvoir à leur subsistance quand ils sont dans leurs foyers; ils reçoivent les vivres quand ils sont en campagne, et en tout temps, du jour oii ils sont admis, une solde assez forte pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs montures. La Russie a des troupes semblables recrutées dans les khans des Cosaques et dans le Caucase. La France l'Angleterre, la Russie les emploient contre les tribus arabes, indiennes et eircassiennes. La Turquie a aussi ses irréguliers, composés surtout d'Albanais, de Monténégrins, de Grecs, de Rouméliotcs: on les appelle les Bachi-Bouzouks. Ce sont en général des hommes fort indisciplinés, ardents au pillage, au meurtre, et respectant peu l'honneur des femmes.
Aux trois corps d'armée français, anglais el turc, il faut ajouter un corps de six ou huit mille Egyptiens réguliers envoyés par le viceroi au suzerain el formant son conlingent. L'avant-garde de ce corps, composée de trois bataillons de cinq cents hommes chacun, s'est trouvée engagée, dès son arrivée sur les bords du Danube, contre une masse considérable de Russes. Les Egyptiens se sont battus bravement et ont été écharpés; dix-huit seulement ont survécu à ce massacre.
Le bey de Tunis envoie également un conlingent de huit ou dix mille hommes. Enfin, des Polonais ont offert de composer une légion; mais les tâtonnements qui ont marqué les débuts de la guerre ont recommencé à ce projws, et la formation des Polonais en légion a été ajournée. La Russie marche plus nettement a son bul : elle arme les Grecs, elle soulève les Eniroles cl les Jlonlénégrins, elle agite la Bulgarie; dans sa main la palme de Jésus-Christ devient une épée, et la Porte Otlomane n'ose pas même donner un uniforme à des proscrits qui viennent lui offrir de combattre pour elle contre sou ennemi , qui est en même temps leur oppresseur.
Il s'était éeoulé près de deux mois depuis l'établissement des Russes sur la rive droite; ils bombardaient les places, et continuaient à s'avancer vers les montagnes. L'armée d'Omer-Paeha était évidemment trop faible pour les arrêter lorsqu'ils se présenteraient en grandes masses par toutes les roules; il importait donc de déterminer quelle serait l'action des troupes françaises et anglaises, el d'arrêter un plan de campagne en suite duquel les trois corps d'armée agiraient avec ensemble.
M. de Saint-Arnaud et lord Raglan, dans le but de s'entendre avec Omer-Pacha, quitlèrent Conslantinople le 19 mai pour se rendre a ^ arna. Le ministre de la guerre, Riza-Pacha, était avec eux Les deux amiraux Hamelin et Dundas furent invités k assister à la conférencr, el Omer-Pacha, de son côté, devait y arriver de Schoumia, où était son quartier général.
La réunion eut lieu le '^1 mai; les forces des trois armées furent calculées, les positions k occuper, à défendre, désignées; les voies cl moyens déterminés; enfin un plan général fut arrêté entre les ;;riMraux de terre el de mer, qui tous devaient concourir k son exécution. M. de Saint-Arnaud fut nommé généralissime de l'armée combnice. De N'arna les trois généraux se rendirent k Schoumia cl passèrent en revue les troupes d'Omer-Pacha; elles se montaient k quaranlc-cinq mille hommes bien disciplinés, bien disposés; mais cette force était insuH'isanle, soit pour déblofiuer Silislrie, soit pour défendre les Balkans. Lord Baglan et M. de Saint-Arnaud ordonnèrent aussitôt aux troupes angl.iiscs de Scutari el aux troupes françaises de Gallipoli de se rendre k N'arna par mer; celles-ci étaient composées des deux divisions commandées par les généraux Canrobert et Bosquet.
Le l"juiu arrivait le premier convoi de lrou])Cs des deux nations; les zouaves ouvraient la marche. Varna el Schoumia allaient devenir la base des opérations des forces combinées.
Par une décinralion datée de Ballchik, le \" juin, les vice-amiraux Hamelin el Dundas apprennent qu'ils ont établi le blocus effectif du Danube, par suite du passage de ce fleuve par l'armée russe. Dans ce blocus sonl comprises toutes les embouchures du Danube qui communiquent avec la mer ]\oirc.
Le Moniteur du 18 juin notifie ce blocus.
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LA nUSrilK ET L'EUIU)PK.