‹ Histoire de la Guerre d'OrientChapitre 24 sur 235 · CHAPITRE Xir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xir

Le bilan de la guerre.

Ali mumonl oi'i l.i î'ranre d rAti;;lpli'rrp, iiliios dans l'iiitrrf'l lie la civilisation, silloiiiiciil trois octMiis de Iciil's vliissranx, rilvoinit lems Ifoiipos sur loi» liinilcs de l'Asie et de rKiir(ipe,oii les années du ezar ri du slilKiii sont aux priitea sur les bords du Danube, il n'est fias salis iiilérêldc tracer le bilan d'une année de tcttc guerre dont nousavolls vu les préparatifs, et dont nul ne peut prévoir l'issue et Surtout les conséipienees. Les dépenses au\(|uelles les (jnuvernements européens sont conlriiints ont leur iinportimee. leur ipavilé, ear cliatjnc milllnii dépensé par 1» jpierre, cet borrible fléau créé par les liointiies, est perilu pour rdinélinration du sort des eilnj-ens de tous les Ktats.

I.'iiiipôt de 1(1 jjuerre, c'est la ta\c arraebéc à la famille de celui qui vn fépnndre son Sang, c'est le chemin de fer (fiii s'atrêtc ataiit d'avoir ntteint le but, c'est l'invention nouvelle tion appliquéfe où attardée dans ses développements, c'est la conimuiio saiis institlitcili' et les ciifanls saiiS iiislruclion , c'est la roiite inachevée, le chemin restant à l'étal de projet au détrimeiilde l'habitant; c'est leloycrfiui s'accroît de l'iiUffiiiciitation de l'Impôt, c'est le prix des (îcnl'ces alimentaires qui s'élève eu m/'me temps que le travail diminue. C'est la navi(;ation fluviale devenue plus dill'icllc et des lors plus coûteuse, parce que le lit des rivières feste ensablé; c'est la iiavif;iiti()n maritime du commerce tout ii coup arrêtée, jlarcc que l'industrie voit fermer ses débouchés ou que les navires manquent de sécurité, de protection dans les mers lointaines, les flottes claiit retêiiues par les nécessités de la lutte enf;af;ëe.

Au point de rue matériel, il n'est pas inutile d'éVahler à quel cbilTre s'élèvent les sacrifices imposés à l'Europe par l'ambition moscovite. Au pultit de vue pnlititpie el moral, la jjuefrc a des eflels plus désaslrcux encore qu'il couvieni d'in(liqueri)our l'iiistiHiclion de tous, de ceux qui la provoquent et de ceux qui la subissent.

La somme que coAtc h l'I'^lat clia((uc soldat sous les drapeaux est évaluée à inillc francs par an : mille hommes, un million ; cent mille hommes, cent millions. Ce chilïrc, au-dessus de la réalité pendant la paix, reste inférieur à la dépense réelle en temps de guerre. A ce qui suflit dans les garnisons de l'intérieur il faut ajouter la solde et, les vivres de campaijne, les frais de transport des hommes, des denrées, du matériel, l'organisation de la manutention, la formation des camps, l'achat des objets de campement, la construction des forges, les ateliers, les équipages de pont, les outils des pionniers, la mise au complet des batteries de siège ou de campagne, les remontes de la cavalerie, les états-majors, qui absorbent une grande partie du budget de la fjucrrc.

I.a Russie a fait marcher ses armées vers le Danube des divers points de son vaste empire ; des corps sont allés du nord Su sud, d autres de l'est à l'ouest, et l'on peut estimer (pie chaque soldat, en arrivant au bord i\n fleuve j aura fait en moyenne deux cent cinquante lieues; on évalue à deux cent cinquante mille hommes l'armée qui, nu commencement de juin, était réunie dans les provinces moldovalaqucs et la Dobrutseba ; cette armée a franchi le Pruth et le Danube , elle a fortifié plusieurs points Sur la rive gauche de celui -ci, autour de Bucbarest, et dans l'intérieur de la Valachie ; elle a livré des combats, jeté des ponts, usé ou perdu une piirtie de son matériel , approprié des hôpitaux il Ses besoins, organisé des ambulances. Sur la mer iNoire, Sébastopol, Nicolaïef et Katla ont été mis danS uh état de défense formidable ; des travaux ont été faits en Crimée et sur tous les points oii l'on pouvait redouter une attaque. L'abandon des forts sur les côtes de Cireassic, le délaissement des boulets, des canons, l'immersion des poudres, l'incendie de rameublement, Constituent des perles considérables. A celles-ci viennent s'ajouter celles qui ont été la suite du bombardement d'Odessa, dans lequel ont été détruits le port militaire, des vaisseaux, des bâtiments incendiés, et une poudrière qui a fait explosion.

Dans le golfe de Finlande , des travaux dispendieux ont été faits à CronstadI, à Miga, ;i Revel, a llclsingfors, à Viborg. Les mouvements des troupes destinées <i couvrir les frontières de l'russe et d'Autriche ont encore occasionné des frais importants, et l'on peut, sans crainte d'exagération, évaluer ii quatre cents millions les dépenses que la Russie aura faites dejmis le passage du Pruth , en juillet 18. 3, jusqu'à la fin de IS.Si.

En ofilre des ressources ordinaires du budget , des billets de crédit et de Ta réserve métallique, par deux ukases rendus le 30 janvier 18&*, et depuis, l'empereur de Russie, sur la demande du ministre des finances et après examen du conseil de l'empire , a jugé nécessaire d'ordonner l'émission de huit nouvelles séries de billets, de chacune trois millions de roubles argent , soit vingt-f|uatre millions de roubles ou quatrc-vingi-scizc millions de francs.

Quelques mois après, une ofl'randc volontaire était demandée à tous

les seigneurs, les propriétaires et les comiiirrçants de Russie; mais les bureaux de souscription ne se bornaient jias i> recevoir les prétendues olïrandes, les dons volontaires; ils taxaient en réalité les individus suivant leur forliinc ; il n'est pas possible d'évaluer exactement le résultat de cette mesure financière, mais, d'après ce qui a transpiré des procédés employés par les bureaux, il est permis de penser qu'elle a produit des sommes Irès-cousiilériibles.

Prise au dépourvu par une brusque agression l'aile au moment oii la Russie protestait de la loyauté de ses Inleuthuis, de sou respect pour rinlégrilé de l'empire ottoman, la Tur(|uie a dfl organiser à la liàtc, créer, pour aiu?i dire, une année qu'elle ju'it opposer a l'cunemi et qui a traversé le Danube el occupé Kalitfati Elle a complété les travaux de défense des forteresses de la rive droite, el principalement de ^Viddin et de Silistrie; elle a, daus lt!s six ihoi» qui ont pr('<:édé le passage du Danube par les Russes, ajouté de nouveaux travaux à ceux qui existaient déjà.

Le matériel des foris évacués par ses garnisons ou enlevés par l'ennemi dans la Dobrutseba, comme IMiilchiu, Isatcha, Ilirsova, constitue pour elle une |ierte i-ousidérable. Elle a dû réorganiser sou armée d'Asie, qui, mal administrée, mal approvisionnée, étiiil dans Un état déplorable, l'^llc a jirocédé à l'armement de la llolte (|ui agit aujourd'hui dans la mer Noire avec les escadres combinées. A toutes les dcpciises occasionnées par ces opérations, il faut ajouter la perte des vaisseaux colllés, brftiés ou malli'ailés h Sihnjie. De cet ensemble ou peut conclure que la Turquie aura déboursé, depuis le jour où ses armées se sont mises en mouveineut jusqu'il la fin de iSii, au moins cent cinquante millions.

L'Angleterre et la France ont deux flolles organisées en peu de semaines et par eoiisét|ucnt dans des conditions moins favorables que dans les temps ordinaires;

L'armée de lel're envoyée eu Turquie par la Grandc-Iirctaijue élait fixée d'abord à vingl-ciiiq mille hommes, et le chancelier de l'Echiquier, M, Gladstone, dans son exposé de l'état financier présenté à la chambre des communes, le 11 mars, a annoncé que cette armée coûterait en IRfjt iiii million deux cent cinquante mille livres sterling, soit trente et un millions deux cent cinquante mille francs. Mais celte somme ne conslilue pas la seule dépense, puisqu'elle ne s'applique pas aux flottes du sud el du nord, el il faut Chercher ailleurs les éléments qui doivent servir il évaluer les sacrifices que s'impose l'Angleterre. Ml Gladstone a dit daus le même exposé : " Sans les frais de la guerre d'Orienl, il y aurait eu un excédant de recelles d'un million six cent soixante-six mille livres sterling; eu compreuaul ces frais, il y aura un déficit de deux millions huit cent quarante mille livres sterling. » La dépense de la guerre est donc évaluée par le ministre anglais à quatre millions cinq cent six inillc livres sterling, soit cent douze millions six cent ciiiquanle mille francs. On ne doutera pas de la précision de celte évaluation si on se ra|)pelle que le minislre a demandé ii augmenter de moitié Vincuinc-tux , ou impôt sur le revenu, pendant un semestre, ne voulant pas, a-l-il dit, revenir à des impôts récemment abolis, ni, en recourant à un emprunt, faire peser la guerre sur la postérité.

Dans la séance du 5 mai, sir .lames Graham, en parlaiil ii la chambre des communes du budget supplémentaire que iM. Gladstone devait présenter le 8, annonçait que depuis le 8 mars vingt-cinq mille hommes et deux inillc cinq cents chevaux avaient été envoyés en Orient, que des arrangements avaient été pris pour transporter le double de ce nombre de chevaux, que dix-huit bateaux à vapeur cl quatre-vingt-six navires à voiles pour le transport des troupes avaient été engagés pour un an. Onze mille hommes avaient élé ajoutés ii l'effectif de la marine depuis le mois d'avril; quatorze mille hommes étaient demandés en plus pour l'armée ; mais l'augmeiitation des dépenses portait principalemenl sur le service naval effectif. (Etat de guerre.)

En résumé, il prévenait la cliambrc que le ministère demanderait i Pour la marine (défalcation faite d'une somme relative aux découvertes arctiques) '<,i7.3,7.')l livr. st.

Pour l'armée 300,000

Pour l'artillerie 742, I3J

Total 5, 51."., 803 livr. st.

Soit I37,89C,S75 francs.

En ajoiilanl cette somme supplémentaire à la dépense prévue au mois de mars, on trouve que l'Angleterre a volé en lS5'i, pour la guerre, deux cent cinquaule millions de francs.

La France a deux flottes comme rAiiglelerrc; elle a en Orient une armée de terre dont le chilTrc n'est point encore fixé, mais qui sera suffisant pour que le drapeau français laisse de glorieux souvenirs sur les bords du Danube inférieur, où il apparaît pour la première fois. L'effectif de rinfanlcrie a été augmcuté par l'apjicl des réserves; un décret du 25 avril a ordonné la formation d'un sixième escadron dans les cinquanle-lrois régiments de cavalerie existants; le Moniteur du 6 mai a annoncé la proch.iinc formalioa de dcu.t

LA RUSSIE ET L'EUROPE

camps de manœuvres, l'un de cent mille hommes sur le rivage de la IManclie, cnlrc Montrcnil et Saint-Omer; l'autre de cinquante mille luimnics près de Maiscillc. Le gouvernement français a prêté dix inlllions à la Porte Ottomane; il a remis en vigueur une loi qui accorde des secours aux femmes et aux enfants des marins de la quatrième classe appelée sous les drapeaux. Enfin, un emprunt de deux rcul cinquante millions a été demandé et voté en prévision des besoins de la guerre; il se peut que cette somme ne soit pas complètement dépensée cette année; cela dépendra des événements.

L'Autriche, tout en restant neutre jusqu'à ce moment, a concentré (les troupes en Transylvanie et sur les frontières de la Servie et du Monlénégro; elle a couvert sa frontière du côté de la Pologne, pris (les mesures pour prévenir, soit en Hongrie, soit dans le royaume loMiliard-vénitien, toute tentative d'agitation.

Atin de subvenir aux frais de sa neutralité armée, elle a ouvert d'abord un emprunt de cinquante millions de florins, réduits h quarante-cinq par les frais de négociation; puis au commencement de mai elle a ouvert à Francfort un second emprunt de trente-cinq millions de florins. Hepuis, l'empereur a appelé sous les armes quatre-vingt-quinze mille recrues dont l'époque de service se trouve devancée.

La Prusse, en suivant jusqu'ici l'evemplc de l'Autriche, eti annonçant la volonté de garder la neutralité, augmente son armée, arme sa landwchr, concentre des troupes dans les provinces du Rhin, se tient ]irète à tout événement, et l'on a vu M. de Manleuffel demander aux cliambrcs, le l8 mars, un crédit de trente millions de thalcrs, ou cent douze millions de francs.

Les deu\ puissances qui occupent les rives opposées du détroit du Siind, craignant que leur neutralité ne soit qu'une fiction, ont songé iniinédialement à la défendre par des moyens plus puissants qu'une déclaration de rester spectatrices de la guerre. Dès le i'i février 1 854, sur la demande du gouvernement, les quatre ordres de ia diète de Stockholm ont volé une somme de deux millions et demi de rixdales, environ quatorze millions de francs, applicables aux préparatifs nécessaires pour le maintien et, au besoin, la défense de la neutralité. Des subsides ont été également demandés .à la diète de Norvège.

Rien que moins exposé aux coups immédiats de la Russie, le Dancniark a rappelé sous les drapeaux trois classes de soldats congédiés, il réparc ses forteresses, met le littoral en état de défense, essaye de couvrir Copenhague.

Dans la prévision d'une lutte dans l'Europe occidentale, la Hollande et la Belgique augmeutent leurs armées, se mettent en état de faire face aux circonstances. Le conseil fédéral suisse, réuni à Berne, oii est le vorort, a , le 6 mars 18.S4, adressé aux Etals de la Confédération une circulaire par laquelle il leur rappelle l'invitation précédemment faite de tenir au comiilet le personnel et le matériel de l'armée fédérale, et de s'assurer de bons chevaux pour la mobilisation des contingents.

Le Piémont a dû prévoir la possibilité d'une lutte en Italie; par sa position sur les frontières lombardes , par les aspirations libérales de son gouvernement, il peut être entraîné ii prendre parti ; il le sait, il se prépare aux éventualités et augmente le chiffre de son armée.

On peut, d'après cet aperçu, estimer que les dépenses s'élèveront à o>ZE ou DOUZE (,i;\ rs millions, dépenses non pas productives, mais destinées il la destruction. Eh bien ! ces millions perdus, dissipés, jetés aux vents, ne sont que la plus fai !c pnrti n des s:.crifices que la guerre aura imposés à l'Europe à la lin de iSSi. L'Angleterre, la France, la Russie, la Turquie, pour augmenter leur marine, doivent recruter des matelots, les emprunter à la marine marchande, ii la grande pêche, à la pêche des c()les, au cabotage. Voilà des navires dans l'impossibilité de former leurs équipages, condamnés à rester inutiles dans les ports ; voilà les produits ordinaires de la pêche haussant de prix en raison de leur rareté, et la consommation frappée.

Le commerce de transport n'est pas moins alTeclé, et le prix du fret s'élève par la diminution du nombre des concurrents, et par les risques encourus parles navires que les flottes occupées à la guerre ne peuvent pas protéger contre les corsaires , ces voleurs de la mer. Tout accroissement dans les prix de revient augmentant le taux de la marchandise en diminue la consommation; toute guerre ferme les débouchés de l'industrie et prive de travail un certain nombre d'ouvriers dont ce travail est la seule ressource.

Les douze nations , dont quatre prennent part à la guerre dès ce moment, dont les autres attendent l'arme au bras, en expectative, ont dû accroître leurs armées d'un nombre de soldats qui n'eussent pas été levés si la collision n'eût pas éclaté. Autant de soldais appelés sous les drapeaux, autant d'hommes arrachés à l'agriculture ou à l'industrie. On peut évaluer à cinq cent mille le nombre des hommes qui viennent grossir les contingents ordinaires, cl ce chiffre sera cerlainement au-dessous de la réalité, si la guerre continue. Si l'on estime à cinq cents francs par au le travail de chaque homme, en prenant

une moyenne entre le travail des villes et celui des campagnes, il en résulte qu'aux pertes constatées ci-dessus il faut ajouter deux cent cinquante millions.

Ce n'est encore là qu'une faible partie des dépenses , et si l'on manque des éléments nécessaires pour apprécier exactement les autres , on peut du moins les indiquer. Ainsi il faut compter dans le bilan de la guerre les faillites des négociants en Russie, en Grèce, et sur toutes les grandes places de l'Europe; la suspension des exportations de Russie par la Baltique et la mer IVoire, la cessation des envois des produits français e' anglais dans le même pays, et par conséquent le chômage des manufactures; l'anéantissement du commerce par le Danube ; quatre-vingts millions de pertes supportés par les provinces nioldo-valaques, qui n'ont pu envoyer ni leurs blés ni leurs autres produits; le fret perdu de cent soixante hStiinents arrives à Galatz et Ibraïla pour charger des denrées, et qui ont dû s'en retourner sur l'Est; les grains retenus à Odessa par les autorités russes; les bois de construction, les chanvres et d'autres matières premières dont deux ukases ont défendu la sortie: enfin la valeur des bâtiments capturés et des marchandises dont ils étaient chargés : toutes choses qui produisent une perturbation profonde dans les relations industrielles et commerciales.

Comment évaluer encore le prix des champs foulés par les armées en marche ou en bataille, des récoltes détruites, des arbres coupés, perdus pour une génération, des maisons abattues par le boulet ou ruinées par l'incendie, des chevaux tués, enlevés à l'agriculture, aux transports, la valeur des pillages et des dévastations? Qui dira com bien de milliards va coûter à l'Europe l'ambition moscovite?

Et on ne parle pas des hummes tués ou mutilés, on ne dit pas les larmes des mères, des épouses, les douleurs, les souffrances matérielles des familles privées de ceux qui gagnent leur pain ; sang versé, larmes et souffrances qui cependant doivent être comptés dans l'humanité et dont la civilisation doit gémir.

Aux pertes matérielles, au froissement des intérêts, à l'inertie forcée de l'industrie, vient se joindre le sacrifice des intérêts purement politiques, et il ne faut pas en méconnaifre la gravité. Ainsi la nation anglaise demandait depuis longtemps une réforme dans sa loi électorale, dans un sens plus large, plus libéral. Les pouvoirs étaient d'accord sur l'opportunité d'une loi nouvelle, restait à fixer le jour de la discussion, car la reine, dans son discours à l'ouverture du parlement, le M) janvier lS'i4, avait annoncé la présenlaiion d'un projet de loi sur cet objet. Le l:i février, lord John Russell avait en effet proposé un bill dont la seconde lecture était fixée au i.3 mars. Des abus allaient disparaître, un mode meilleur de répartition dans la représentation du pays devait donner satisfaction à de légiliiues exigences, faire cesser des plaintes fondées, car la reine avait dit : (( En recommandant cette matière à \otre examen, mon désir est de >t faire disparaître toute cause de juste plainte, d'augmenter la cnii- )) fiance générale dans la législature et d'ajouter une nouvelle stabi- )) lité aux institutions solides de l'Etat. »

Mais le ministère anglais acquiert la certitude que la guerre est désormais inévitable, et lord John Russell, se fondant principalcmcut sur l'état des relations extérieures, demande à la chambre îles communes, au nom du gouvernement, l'ajournement de celle lecture, ajournement accordé, et enfin, au mois d'avril, toujours pour le même motif, il retire le bill sans que l'on sache quand il sera présenté de nouveau.

On ne volt pas bien clairement quelle conncxité peut exister cnlrc la guerre d'Orient et le bill de réforme de la représeiilalion anglaise. Il y aurait eu quelque grandeur dans la situation d'mi pinivoir et d'un parlement qui, malgré le bruit de la guerre et l'agitation qui l'accompagne, eussent tran(|uillemenl discuté les moyens d'améliorer la constitution du pays ; il eût été beau de voir les repn'sinfanls du peuple anglais corriger les lois fondamentales alors que les enfants de ce même peuple défendaient ses intérêls matériels. 11 est à regretter que le ministère n'ait pas compris ce qu'un pareil spectacle aurait eu d'imposant. L'ajournement d'une loi qui, dans la pensée du pouvoir lui-même , doit faire disparaître des cause? de justes plaintes et ajouter une nouvelle stabilité aux institutions solides de l'Etat, peut donc être rangé prmi les maux qui naissent de l'invasion russe et prendre place dans le bilan de la guerre. Les luttes des nations sont passagères, les lois sont plus stables, et tout ajournement d'une amélioration impose une perte morale qui ne se compense jamais.

Quant à la France, le maintien de la paiv eût sans doute inspire des modifications à l'état actuel, et la guerre les ajourne.

C'est un nouveau chapitre, et ce n'est pas le moins important, à ajouter au bilan de la guerre. ••

Ces dernière» observations ne concernent que l'Angleterre et la F.auce, mais la guerre a bien d'autres conséquences, et celles-ci intéressent l'Europe luiil Cl. i> ■'. Par elle la pei ;.irbalion est jetée dans les esprits, l'.n voyant les manœuvres de la diplomatie moscovite, les actions en opposition avec les serments, la religion servir de moyen d'usurpation, un empereur caresser d'une main et saper de l'autre, on se demande ce que sont la foi jurée, la sainteté des promesses, lu

LA RDSSIE ET L'EUROPE

religion masquant des pensées ainbilicuscs, cl on doute de tout ce qui doit servir de règle à la conduite des hommes.

l'.ir la cuerrc li's tiav.uu iiilcllocluels sont suspendus, et le combat est la seule cliosc qui inli-rcssc.

Les idées de fialcniilé entre les hommes font place à des idées de haine, car on fait retomber sur les peuples les fautes de leurs gouvernemenls.

Ainsi les progrès de l'humanité sont attardés.

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