CHAPITRE XLI
Traité avec la Suède. — Propositions autrichiennes â la Russie. — Ambassade du comte Esterhazy. — Rentrée de la garde impériale et de quatre régiments de ligne à Faris.
Pendant le voyage du roi de Sardaigne à Paris et à Londres, un envoyé de la France, le général Canrobert, accomplissait auprès du roi de Suède une importante mission. Les égards qui lai^furent prodipués les témoignages de sympathie dont l'a entouré la population , étaient le prélude d'un succès, et en effet il jeta les bases du traité du 21 novembre, passé entre la France, l'Angleterre cl la Suède. Voici quelles en étaient les stipulations :
Ai!T. !•■'■. Sa Majesté le roi de Suède et de Norwége s'engage à ne céder à la Russie, ni it changer avec elle, ni à lui permettre d'occuper aucune partie des territoires appartenant aux couronnes de Sfièdc et de Norwépe. Sa Majesté le roi de Suède et de Norwége s'engage, en outre à ne céder à la Russie aucun droit de pâturage, de "pêche, ou de quelque autre nature que ce soit, tant sur lesdits territoires que sur les côtes de Suède el de Norwége, el à repousser toute prétention que pourrait élever la Russie à établir l'existence d'aucun des droits précités.
Art. 2. Dans le cas oii la Russie ferait à Sa Majesté le roi de Suède et de Norwége quelque proposition ou demande ayant <pour objet d'obtenir, soit la cession ou l'échange d'une partie quelconque «les territoires appartenant aux couronnes de Suède et de Norwége, soit la faculté d'occuper certains points desdils territoires, soit la cession de droits de pêche, de pâturage ou tout autre sur ces mêmes territoires et sur les côtes de Suède et de Norwége, s'engage à communiquer immédiatement cette proposition k Sa Alajcsté l'empereur des Français et à Sa Majesté lirilanni(iue , cl Icursdites Majestés prennent de leur côté, l'engagement de fournir à Sa Majesté le roi de Suède et de Norwége des forces navales et militaires suffisantes pour coopérer avec les forces navales et militaires (Te sadite Majesté, dans le but de résister aux prétentions ou aux agressions de la Russie. La nature, l'importance el la destination des forces dont il s'afit seront, le cas échéant, arrêtées d'un commun accord entre les trois puissances. »
A la première vue, cette convention paraissait se rapporter à des
oveiitualiU's fort cloii;iiéc3 ; mais la Russie travaillait depuis (piclciues années ii obtenir île la Suède l'étabiisseuieut d'une station de pèclijs dans la baie norwégiennc de Varanger, qui, quoique située dans les latitudes les plus septentrionales, jouit du privilège de ne jamais être prise par les (;laces. La Suède possède dans ces réj;ions ie port d'Hanimerfest, ouvert toute l'année ; tandis qu'ArcIianj'el et les autres ]>orts russes de ces latitudes sont inabordables pendant huit mois. La baie de \ aranyer est une position militaire et maritime <le premier ordre, -et il est facile il'ima;;iner que bientôt la simple station de pèclie demandée par la Russie aurait grandi et se serait chanijéc en une station pour ses vaisseaux, la station en port fortifié, le port fortifié en forteresse de première classe, et la forteresse de première classe en arsenal militaire et naval, de manière il tenir la Swède en respect et à menacer les rivages de l'Lurope occidentale.
Le traité du 21 novembre avait donc une partie sérieuse qui fut néanmoins atténuée par une circulaire en date du l 8 décembre, adressée par le ministère des affaires étrangères de Suède aux représentants de ce royaume près les diverses cours. Le gouvernement de Stockbolm y maintenait en ces termes sa neutralité :
" MONSIEIB,
it La lutte dés^^strcuse qui se poursuit toujours entre la Russie et les puissances occidentales a été, dans son origine comme dans son .léveloppeiuent , la source des plus graves réflexions pour le gouvernement du roi. Plus cette lutte a gagné en extension, plus les inconxénieuts de la guerre se sont rapprochés de nos côtca, et plus nous avons dii songer aux dangers qu'elle pourrait entraîner pour nousmêmes.
• Dès le commencement des hostilités le roi a déclaré hautement la marche qu'il comptait suivre, et pendant le cours de ces deux années bientôt révolues Sa Majesté n'en a jamais dévié , car elle avait mûrement pesé les circonstances politiques et reconnu que l'intérêt et la tranquillité de ses royaumes indiquaient la ligue de conduite que, de concert avec son auguste voisin Sa Majesté le roi de Danemark, elle avait adoptée etjusqu''ici maintenue. Mais, tout en observant les règles d'une stricte neutralité, le roi n'a pu s'empêcher de consulter les leçons du passé et de les appliquer avec une sage prévoyance aux intérêts futurs d^ ses royaumes, dont la sécurité forme le premier de ses devoirs, comme l'objet de ses vœux les plus cbers.
Il Les appréhensions pour l'avenir, fondées sur des souvenirs trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler, et nourries par les difficultés apportées par la Russie ii un règlement satisfaisant des relations limitrophes dans les provinces boréales, n'ont pu que croître encore par la manifestation des idées d'empiétement de cet empire en Orient. Sous d'autres circonstances plus favorables , ces idées pourraient obtenir un développement dans le Nord qui serait de nature à nous créer de sérieux embarras. La France et la Grande-B etagne ayant proposé un traité d'alliance défensive destiné à assurer l'inlcgrilé des Royaumes-Unis, le roi a donc jugé de son devoir d'accepter avec empressement une garantie dont l'utilité est aussi patente qu'incontestable.
>- Aul ne sait ce que l'avenir porte de contingents éventuels dans son sein, et dans des circonstances aussi difticiles que celles de l'épo- ([ue actuelle , chaque souverain a l'obligation de songer à maintenir l'indépendance et assurer la conservation des nations confiées par la l'rovidence à sa sollicitude. C'est dans cette pensée qu'a été conclu à Stockholm, le 20 du mois passé, le traité entre les Royaumes-Unis d'un côté et la France et la Grande-Bretagne de l'autre, dont vous trouverez le texte annexé à la présente, et qui a été ratifié à Stockholm le aO, à Londres le 29 et à Paris le 28 du même mois.
» Désirant que cet acte parvienne a la connaissance des gouvernements amis et alliés, le roi a donné l'ordre qu'il vous soit transmis pour être communiqué à celui auprès duquel vous avez l'honneur d'être accrédité.
1) Vous ferez, remarquer, monsieur, que les termes de ce traité sont trop précis pour pouvoir être sujets ii aucune mésintcrprétation. L'alliance qui vient d'être conclue est défensive; il dépendra de la Russie d'en empêcher l'application, puisque celle-ci n'aurait lieu que par suite d'une agression de sa part. Que la Russie respecte nos droits, qu'elle cesse d'inspirer de justes inquiétudes pour le maintien de l'équilibre polilique de l'Europe, et ce traité ne lui portera aucun liréjudice. Nous ferez de même observer, monsieur, que ce traité n'apporte point de changement ii notre position actuelle; notre déclaration de neutralité subsiste toujours, et elle continuera à être appliquée comme elle l'a été jusqu'à ce jour.
u J'aime à croire que le gouvernement rendra justice aux inlentions qui ont animé le gouvernement du roi, et qu'il se ])ersuadera que, loin de vouloir ajouter aux complications actuelles, le roi n'a songé qu'à prévenir des éventualités qui , dans l'avenir, pourraient en élever de nouvelles.
» Ce traité d'alliance a été également communiqué au cabinet de Saint-Pétersbourg.
u Agréez, monsieur, etc.
>' Signé SiiKKtSLD. u
En dépit de ses restrictions, la Suède n'en avait pas moins fait un pas vers les puissances occidentales. Il devinait impossible à l'Autriche, liée par le traité du 2 décembre 1854 , de piirsévérer dans son inaction. Dans les dernières conférences de Nieiinc, le comte de Ruol n'avait pas accepté sans réserves le principe de la neutralisation de la mer A'oire. La Russie, à celte époque, posîédait encore son arsenal, son port et sa flotte de guerre dans la mer Noire, et la neutralisation impliquant la destruction de toutes ces forces vives , il était difficile que le problème ne fût pas abandonné au sort des armes. Les flottes et les moyens d'action de la Russie dans l'Euxin ayant été anéantis, l'Autriche considère la neutralisation comme une solution pratique et, d'accord avec les alliés, elle formule les proposiiions dont voici le texte :
'< 1° Principaulcs danubiennes. — Abolition complète du protectorat russe. Les principautés danubiennes recevront une organisation conforme à leurs vieux, à leurs besoins, à leurs intérêts, et cette nouvelle organisation, pour laquelle la population sera elle-même consultée, sera reconnue par les puissances contractantes et sanctionnée par le sultan, comme émanant de sou initiative souveraine. Aucun Etal ne pourra, sous un prétexte (luelconque, sous aucune forme de protectorat, s'ingérer dans les iiuestions d'administration intérieure des principautés. Elles adopteront un système dénnitif, permanent, réclamé parleur position géographique, et aucune entrave ne pourra être mise à ce que, dans l'intérêt de leur sécurité, elles fortifient comme elles l'entendront leur territoire contre toute agresssion étrangère.
)) En échange des places fortes et territoires occupés par les armées alliées, la Russie consent à une rectification de sa frontière avec la Turquie européenne. Elle partirait des environs de Chotym, suivrait la ligne des montagnes qui s'élenit dans la direction sud-est et aboutirait au lac Sasyk. Le tracé sera définilivement réglé par le traité général, et le territoire concédé retournerait aux principautés et à la suzeraineté de la Porte.
■ 2" Danuhe. — La liberté du Danube et de ses embouchures sera efficacement assurée par des institutions européennes dans lesquelles les puissances contractantes seront également représentées, sauf les positions particulières des riverains, qui seront réglées sur les principes établis par l'acte du congrès de \ ieniie en matière de navigation fluviale. Chacune des puissances contractantes aura le droit de faire stationner un ou deux bâtiments légers aux embouchures du fleuve, destinés à assurer l'exéculioa des règlements relatifs à la liberté du Danube.
" 3° Mer iS'ûire neutralisée. — Cette mer sera ouverte aux bâtiments marchands, fermée aux marines militaires. Par conséquent, il n'y sera créé ni conservé des arsenaux militaires maritimes. La protection des intérêts commerciaux et maritimes de toutes les nations sera assurée dans les ports respectifs de la mer Noire par l'établissement d'institutions conformes au droit interiialioual et aux usages consacrés dans la matière. Les deux puissances riveraines s'engagent mutuellement a n'y entretenir que le nombre de bâtiments légers, d'une force déterminée, nécessaire au service de leurs côtes. Celte convention, conclue séparément ])ar ces deux puissances, fera partie comme annexe du traite général, après avoir été approuvée par les parties contractantes. Cette convention séparée ne pourra être ni annulée ni modifiée sans l'assentiment des signataires du traité général. La clôture du détroit admettra l'exception applicable aux stationnaires mentionnés dans l'article précédent.
u 4° Poputalions chrétiennes sujettes de la Porte. — Les immunités' des sujets rajas de la Porte seront consacrées sans atteinte à l'indépendance et à la dignité de la couronne du sulian. Des délibérations ayant lieu entre l'Autriche, la France, la Grande-Bretagne et la Sublime Porte, afin d'assurer aux sujets chrétiens du sultan leurs droits religieux et politiques, la Russie sera invitée, à la paix, à s'y associer.
Il !i" Les puissances belligérantes se réservent le droit qui leur appartient de produire, dans un intérêt européen, des conditions particulières en sus des quatre garanties, n
Ces propositions furent communiquées au gouvernement prussien, (|ui , sans les appuyer , se borna à recommander d'une manière générale à la cour de Saint-Pétersbourg la reprise des négociations.
I)e son côté, M. de Nesselrodc, dans une circulaire en date du i2 décembre, mit en avant des contre-propositions. Il déclarait que le désir exprimé par l'empereur des Français, dans une solennité publique, en faveur d'une paix prompte et durable , était le vœu le plus cher du ezar, et déclinait la responsabilité de la prolongation de la guerre. «Si les conférences, ajoutait-il, furent rompues au sujet du troisième point, ce n'est pis la faute du cabinet impérial: car loriqiie le cabinet autrichien nul en avant la solution qui lui paraissait la plus acceptable, ce fut le plénipotentiaire russe qui la déclara susceptible de devenir le point de départ d'un accommodement, et ce furent les ministres delà partie adverse qui Ja rejetèrent par suite de dissidences intestines survenues.
1) Pendant les graves événements qui se sont succédé , pendant que des torrents de sang coulaient et que les deux parties belligraéntes s'imposaient des sacrilices immenses, si alTecté que fût le cieur de Sa
Majesté Impériale par tout cela, elle dut garder le silence aussi long- 1 temps que ses ennemis paraissaient vouloir substituer le droit de la force à cet esprit d'équité et de conciliation qui, depuis environ un demi-siècle, préside aux destinées de l'Europe.
» ÏMais dès que des renseii;nemenls parvenus au gouvernement de Sa Majesté l'ont assurée que ses ennemis étaient disposés a repreinlre en sous-œuvre les négociations de paix sur les bases des quatre points lels qu'ils avaient été définis dans les conférences , le cabinet impérial n'a pas hésité à aller franchement au-devant de ces dispositions pacifiques , et à chercher franchement une solution possible au troisième point dans l'ordre d'idées qui avait paru satisfaisant tour à tour à toutes les parties. "
Venait ensuite la combinaison imaginée par le cabinet de Saint- Pétersbourg :
r. 1" Fermeture des détroits ;
» 2° Aucun pavillon militaire quelconque ne flottera dans la mer iXoire, à l'exception des forces que la Russie et la Porte, d'un commun accord, jugeront nécessaire d'y entretenir;
» 3° La quotité de ces forces sera fixée par une entente directe entre les deux puissances riveraines, sans participation ostensible des autres puissances, »
M. de jNesselrode terminait ainsi :
« Celte résolution de l'empereur fournira un nouveau gage des sentiments de conciliation dont il est animé et des sacrifices qu'il est prêt à apporter au repos du monde. Il se confie au jugement impartial des puissances qui sont restées étrangères à la lutte , et attend la décision de ses ennemis avec calme et contiancc. «
Avant que cette circulaire fût connue , le comte Valcntin Esterhazy portait à Saint-Pétersbourg les propositions autrichiennes; il y arriva le 26 décembre , vit dès le lendemain M. de Nesselrode et attendit une réponse qui fut assez peu satisfaisante pour déterminer le rappel de la légation autrichienne de Saint-Pétersbourg.
Tandis que la Russie refusait de ratifier sa défaite , la France acclamait les vainqueurs de Sébastopol ; la garde impériale, les 20'^ et 97' régiments de ligne, et un bataillon du 50", à leur retour de Crimée , firent à Paris , le 29 décembre , une entrée triomphale qui a clos heureusement l'année 1855.
Deux bataillons du 50' de ligne et trois bataillons du .39= de ligne, désignés pour être présents à cette solennité , furent retenus en mer par un gros temps et ne purent arriver à l^aris (jue le !) janvier.
Un immense arc de triomphe avait été dressé à l'entrée de la place de la Bastille , sur les dessins de M. Baltard. 11 était peint sur ses deux faces en granit rouge , et flanqué aux quatre angles de quatre tours carrées portant les armes de la ville de l'aris et les drapeaux des nations alliées. Au-dessous des armes de la ville de Paris étaient inscrits les noms des victoires remportées en Orient par les armées alliées , ou des lieux qui sont devenus fameux dans l'histoire de cette guerre.
D'un côté on lisait : Ahna, Inkermann, Traktir, Koughil, Malakoff, Silistrie , Eupaloria , lunburn ;
De l'autre: Bomarsuni , Eupaloria, h'ertch , Kinburn, Siveaborg, Balaclava, OUenitza , liamiesch; plus bas est l'écusson impérial.
Aux quatre soubassements , la statue de la Victoire; dans la frise, des bas-reliefs d'armures militaires ; au baîi , la légende : A la gloire de l'armée d'Orient , qui se trouvait placée immédiatement au-dessus du grand portique. Au milieu de la frise, l'inscription: Sébaslupol, dans un cartouche de lauriers sur un fond d'azur.
Le fronton était décoré des armoiries de l'empereur , avec des trophées et des armes de toute sorte, ainsi que les noms de tous les corps dans l'ordre suivant : Artillerie, Gendarmerie, Grenadiers, Voltigeurs. Zouaves, Chasseurs, Infanterie, Génie. Cette décoration était uniforme sur les deux faces.
Au sommet de l'arc s'élevait un grand mât avec une bannière aux couleurs nationales et l'inscription : Garde impériale.
Au sommet des quatre tours carrées des angles , quatre autres mâts avec des bannières et les inscriptions suivantes : d'un coté , Bravoure et Honneur; de l'autre , Constance et Devoir,
Le couronnement du fronton était décoré de drapeaux et d'écussons.
Quatre mâts de vingt mètres d'élévation étaient dressés ;i l'avant et a l'arrière de l'arc de triomphe avec bannières, drapeaux et écussons.
Des inscriptions et des emblèmes en l'honneur de l'armée d'Orient s'étalaient à toutes les croisées et sur toutes les maisons de la ligne des boulevards et de la rue de la Paix.
La plupart des drajieaux portaient les noms des batailles remportées par les alliés.
L'arc de triomphe de la porte Saint-Martin était revêtu d'un magnifique décor; d'un côté on lisait l'inscription suivante : Aux vainqueurs de Sébastopol: de l'autre: Vite l'Empereur !
Les théâtres du boulevard avaient fait placer devant les estrades qui bordent la chaussée deux décors représentant, l'un li solennité de la rentrée avec cette inscription : 29 décembre, et l'autre le départ de la garde avec cette autre inscription : 8 janvier 1855.
Devant le théâtre de l'Ambigu une Renommée en plâtre tenait à la main une couronne de lauriers.
'Sur la façade du théâtre des Variétés se trouvait un transparent représentant la Victoire au milieu de couronnes de lauriers et d'armes de toute espèce.
Les troupes de l'armée destinées à faire la haie sur le passage du cortège étaient:
11'' division de l'armée de Paris: l 5' bataillon de chasseurs, bb'', 76'' 2' et 53' régiments de ligne.
:j'- division : 12' bataillon de chasseurs, â', 7T, 48' et 51' régiments de ligne.
4' division : 11' bataillon de chasseurs, 13', 8T, IG' et 22' de
ligne.
Les troupes prirent position de la manière suivante : La parde de Paris et les sapeurs pompiers occupaient la rue de Rivoli depuis le guichet de l'Echelle et la rue Casliglione jusqu'à la place Vendôme ; les autres troupes étaient postées depuis la place Vendôme jusqu'à la Bastille, faisant la haie sur la droite du boulevard. La garde nationale faisait face à l'année, occupant la ligne de gauche depuis la rue de la Hoquette, et couvrant la ligne des boulevards, la rue de la Paix , la place Vendôme du côté du ministère de la justice , la rue Casliglione et la rue de Rivoli jusqu'à la place ^ endôme, sans intervalle entre les bataillons.
Chaque bataillon de Paris et de la banlieue avait fourni un détachement.
La cavalerie de la garde nationale était représentée par un escadron de la cavalerie de Paris, un escadron de la cavalerie de l'arrondissement de Saint-Denis, un escadron de l'arrondissement de Sceaux. Elle était placée en colonne serrée fermant la chaussée du boulevard des Capucines, près la rue de la Paix, tournant le dos à la Madeleine, en arrière de la haie formée par les bataillons de la garde nationale.
Le pénéral de Lawa'stine avait le commaïKlement en chef.
Les^dépôts de la garde impériale restés à Paris occupaient la place Vcnilôuie, faisant face au ministère de la justice, de l'autre côté de la colonne', et formant une ligne droite de la rue de la Paix à la rue Castinlionc : les i;renadiers du côté de la rue de la l'aix, les voltigeurs au centre, les zouaves et les chasseurs à pied à l'autre extrémité de la place. L'espace compris entre la colonne et le ministère de la justice était resté libre pour le défilé.
Le maréchal ^Magnan, entouré d'un nombreux état-major, arriva à onze heures et demie à la place de la Bastille.
Les olliciers généraux qui l'accompagnaient ont formé la haie de chaque côté du boulevard, en avant de l'arc de triomphe.
Le marcchal a fait disposer les troupes arrivant de Crimée dans l'ordre qu'elles devaient prendre pour le défilé.
Les répimuils de ligne et de la garde revenant de Crimée étaient massés sur la place de la Bastille entre le boulevard et la colonne de Juillet la droite appuyée au faubourg Saint-Antoine et la gauche à la rue Saint-Antoine.
L'artillerie de la garde était placée en bataille en arrière de la colonne de Juillet, à laquelle elle faisait face, et sur une ligne parallèle à celle de l'infanterie.
Dès le matin, une foule immense encombrait tout le parcours du cortépe- les fenêtres el les toits des maisons étaient chargés de cu-
A midi moins un quart, l'empereur sortit du palais des luilfrics par le puichet de l'Echelle; son cortège se rendit a la place de la Bastille p;i'r la rue de Hivoli, la place Vendôme, la rue de la l'aix et les boulevards, dans l'ordre suivant :
Un escadron des guides avec la musique du régiment;
Un (létacliement des cciit-gardes;
Les olliciers d'ordonnance de l'empereur;
L'empereur, accompagné des princes de la famille impériale et d'un brillant état-major, au milieu duquel on remarquait le général Uhrich, commandant de la 1" brigade de la garde en Crimée;
Venaient ensuite l'escadron des cent-gardes
l",l le répiinent des cuirassiers de la garde.
L'empereur arriva sur la place de la Bastille a midi un quart; il fut reçu devant l'arc de triomphe par le maréchal Magnan el son état-
L'empereur passa ensuite en revue la ligne d'infanterie, puis l'artillerie; puis il revint se placer au pied de la colonne de Juillet, faisant face au boulevard.
A ce moment toute l'infanterie fil demi-tour a droite, sur l'ordre du maréchal Magnan, el serra sur ses dernières divisions devenues iircinièrcs. ,.,,,,.
A un second commandement, les deux extrémités de la ligne exécutèrent un mouvement de conversion vers le centre de la place de manière à former le cercle autour de l'empereur.
L'empereur adressa aux troupes ce discours :
n Soldats, » Je viens au-dcvaut de vous comme autrefois le sénat romain allait aux portes de Rome au-devant de ses légions victorieuses. Je viens vous dire que vous avez bien mérité de la pairie.
HISTOIRE nE LA GUERRE D'ORIENT.
u >Ioii cuiolioM csl i;r;iiiile, car an lioiilieur de vous revoir se mêlent de douloureux regrets ])Our ceux qui ne sont plus, et un profond clia|>rin de n'avoir pu luoi-nième vous eonduire au combat.
u Soldats de la (;arde connue soldats de la lijjne, soyez les bienvenus.
u ^"ous représentez tous cette armée d'Orient dont le courage et la persévérance ont de nouveau illustré nos aigles et reconquis à la France le rang qui lui est dû.
» La patrie , attentive à tout ce qui s'accomplit en Orie-nt , vous accueille avec d'autant plus d'orjjueil, qu'elle mesure vos clVorls à la résistance opiniâtre <le l'ennemi.
>i Je vous ai rappelés (|uoi(|ue la guerre ne soit pas terminée, parce qu'il est juste de remplacera leur tour les régiments qui ont le plus soulïcrt. Hliacun [lourra ainsi aller prendre sa part (le gloire, et le pays , qui enlrciicnt six cent mille soldats, a intérêt à ce qu'il y ait maintenant en France une armée nombreuse et aguerrie, prête à se porter oii le besoin l'exige.
• (iarde/. donc suignensement les habitudes de la guerre, fortifiezvous dans l'expérience acquise; tenez-vous prêts à répondre, s'il le faut , à mon appel ; mais en ee jour oubliez les épreuves de la vie du soldat, remerciez Dieu de vous avoir épargnés, et marchez fièrement au milieu de vos frères d'armes et Ue vos concitoyens, dont les acclamations vous attendent. ^
Après ce discours, l'empereur repartit au'trot par les boulevards pour se rendre à la place Vendôme; où les troupes devaient défiler.
Toute la ligne d'infanterie reprit son aligncnient par bataillons en masse, et suivit les boulevards et la rue de la Paix, jusqu'à la place \ endômedans l'ordre suivant :
L'Ecole polytechnique, l'épée à la main, précédée du commandant ;
L'Ecole de Sainl(>yr, a la tête de laquelle marchait le général .Monet, à pied , l'épée ii la main et un bras en écharpe : la glorieuse blessure de cet officier général excitait dans tous les cieurs l'émolion la plus sympathique ;
Un détachement de chasseurs à cheval ;
Le maréchal Maijuan et son état-major ;
Le général Canrobert, à la tête d'un nombreux état-major;
Puis venaient le l'tl'-, le 'jO' et le 1)7" de ligne, ayant à leur tête le l'encrai Forey commandant la division dont ces trois régiiiienls l'ont partie ;
Le général Regnaud de Saint-Jean d'Angely, commandant de la garde impériale ;
Les chasseurs à pied de la garde impériale;
Les zouaves de la garde, auxquels la population a fait un accueil jiresque frénétique ; les acclamations, les applaudissements, les mouchoirs agités aux balcons chargés de femmes en élégantes toilettes, les bouquets , les couronnes , rien n'a manqué à l'ovation des zouaves;
Les deux régiments de voltigeurs de la garde;
L'artillerie avec six batteries ;
Le génie de la garde ;
Les deux régiments de grenadiers de la garde;
Le régiment de gendarmerie de la garde.
Tontes ces troupes étaient en tenue de campagne , sac au dos ; les officiers des régiments de liijne portaient les bottes montantes, adoptées pendant les travaux du siège.
Les blessés, marchant en tête des régiments, étaient accueillis par les marques de sympathie les plus vives. Partout sur leur passage les acclamations retentissaient, les mouchoirs s'agitaient; partout les cris de vivent les chafseurs ! vivent les zouaves! vive la garde !
La vue des uniformes usés, les drapeaux criblés de balles, les figures bronzées ou fatiguées des soldats produisaient la plus profonde émotion. Ou remarquait plus particulièrement le drapeau du 20'^ de ligne, qui ouvrait la marche ; l'aigle de ce drapeau portait les traces d'un biscaïen et de deux balles.
Plusieurs généraux blessés, entre autres le général Mclliiiet, qui porte une profonde cicatrice à la joue droite; le général Rlanchard, amputé du poignet, ont été tour à tour l'objet d'une douloureuse sympathie.
Les aigles des troupes faisant la haie s'inclinaient sur le ]>assage des régiments, et les tambours battaient aux cliamps. Les ofllciers de la garde nationale se détachaient des rangs et olVraienl des bouquets aux officiers au nom de leurs compagnies.
En résumé, celte journée fut magnifique, et les sentiments chaleureux qui partout accueillirent les soldats de l'armée d'Orient ]irouvércnt l'admiration qu'inspirent à quiconque a le cœur français les succès de nos armes et le courage avec lequel ont été supportées tant de souffrances cl de glorieuses épreuves.
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