CHAPITRE XL
Négociations et manifestations politiques en Europe. — Voyage du roi de Sardaigne à Paris et à Londres.
Maintenant que nous avons suivi la guerre dans toutes ses phases, il nous reste à rendre compte des manifestations politiques qui s'y rattachèrent en iS.'i.'i et des efforts tentés pour y mettre un terme.
Kn la poursuivant, les puissances occidentales ne ressaient d'c\primer le désir sincère de la finir par un traité. Ainsi , dans le discours qu'il prononça le i juillet à l'ouverture de la session du corps lécislatif et ilu sénat, Napoléon III ht ressortir toute la modération dès quatre garanties rcpoussécs. " iNous nous sommes bornés, disaitil à demander, dans l'intérêt de l'Allemagne, la libre navigation du Danube et une digue contre le flot russe qui vient tans cesse ob-
slnicr l'eniliimoliurp île «c i;i;iiid fleuve; d.iiis l'inli'ièt (le la Turquie et lie l'Aiiliielie , nue uicilleure constitution des principautés, al'in (iii'elles servent de rempart contre ces invasions sans cesse renaissantes du Nori ; dans un intérêt d'iiumanilé et de justice, les mêmes l'.iranties pour tous les clirétiens de toutes les communions , sous la protection exclusive du sultan ; dans l'intérêt de la l'orte comme dans celui de l'Europe , nous avons demandé que la Russie limitât à un chilïrc raisonnable le nombre des vaisseaux qu'elle entretient à l'abri de toute attaque dans la nier INoire, et qu'elle ne peut entretenir que dans un but d'ai;ression.
• Eh bien ! toutes ces propositions, que j'appellerais magnanimes par leur désintéressement, et qui avaient été approuvées en principe par l'Autriche, par la l'russe et par la Russie elle-même, se sont évanouies dans les conférences.
» La Russie, qui avait consenti théoriquement à mettre fin à sa prépondérance dans la mer J\oire,a refusé toute limitaticni de ses forces navales, et nous en sommes encore à attendre que l'Autriche exécute ses engagements, qui consistaient à rendre notre traité d'alliance oiïensif et dél'ensif si les négociations n'aboutissaient pas.
« L'Autriche, il est vrai, nous a proposé de garantir avec elle par un traité l'indépendance de la Turquie , et de considérer à l'avenir comme casus belU le cas oii le nombre des vaisseaux de la Russie aurait dépassé celui qui existait avant la guerre.
• Accepter une semblable proposition était impossible, car elle ne liait en rien la Russie ; et, au contraire , nous paraissions sanctionner sa prépondérance dans la mer Aoire par une convention. La i;uerre a dû suivre son eours. »
L'empereur terminait par ces mots : « Payons ici solennellement un tribut d'éloges à ceux qui combattent pour la patrie ; associonsnous à ses regrets pour ceux dont elle déplore la perte.
u L'exemple de tant d'abnégation et de constance n'aura pas été en vain donné au monde. Oue les sacrifices nécessaires ne nous découragent pas; car, vous le savez , une nation doit ou abdiquer tout rôle politi([ue , ou , si elle a l'instinct et la volonté d'agir conformément k sa nature généreuse, à son histoire séculaire, à sa mission providentielle, elle doit par intervalles savoir supporter les épreuves qui peuvent la retremper et la porter au rang qui lui est dû.
"Confiance eu Dieu , persévérance dans nos clïorts, et nous arriverons à une paix digne de l'alliance de deux grands ]ieuples. »
Un emprunt de quatre cents millions et une loi qui fixait le contingent de l'armée française pour 1800 furent votés avec empressement. Eu remerciant les membres du bureau du corps législatif qui venaient lui présenter ces deux lois le (l juillet, l'empereur leur dit : " .le sais combien les charges et les impots que la guerre exige sont pesants; mais j'espère qu'ils ne seront que momentanés, et j'ai la confiance qu'avec l'élan et le patriotisme du pays nous surmonterons toutes les diflUultés et arriverons à une paix honorable. «
Otte paix que refusait la Russie ne pouvait être obtenue que par le concours de toute l'Europe. Malheureusement l'Autriche, fermant l'oreille aux paroles de blâme contenues dans le discours de l'empereur, ne se prononçait point, et la prise même de Sébasiopol n'ar raelia pas les puissances germaniques à leur somnolence. La clôture de l'Exposition unixcrselle (l6 novembre) fournità Aapoléon 111 l'occasion de les inviter de nouveau à prendre un parti. « Messieurs, dit-il aux exposants réunis dans la grande nef du palais de l'Industrie , l'exposition qui va finir offre au monde un grand sptctacle. C'est pendant une guerre sérieuse que de tous les points de l'univers sont accourus à Paris, pour y exposer leurs travaux, les hommes les plus distingués de la science, des arts et de l'industrie.
uCe concours, dans des circonstances semblables, est dû, j'aime ii le croire, à cette conviction générale que la guerre entreprise ne menaçait que ceux qui l'avaient provoquée , qu'elle était poursuivie dans l'intérêt de tous, et que l'Europe, loin d'y voir un danger pour l'avenir, y trouvait plutôt un gage d'indépendance et de sécurité.
u Néanmoins, à la vue de tant de merveilles étalées à nos yeux, la première impression est un désir de paix. La paix seule, en cIVet ])eut développer encore ces remarquables produits de l'intelligence liumaine. Vous devez donc tous souhaiter, comme moi, que cette jiaixsoit prompte et durable. Mais, pour être durable, elle doit résoudre nettement la question ((ui a fait entreprendre la guerre. Pour être prompte, il faut que l'Europe se prononce; car, sans la pression de l'opinion générale , les luttes entre grandes puissances menacent de se prolonger, tandis qu'au contraire, si l'Europe se décide à déclarer qui a tort ou qui a raison, ce sera un grand pas vers la solution.
» A l'époque de civilisation où nous sommes, les succès des armées, quelque brillants qu'ils soient, ne sont que passagers; c'est eu définitive, l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire.
» Vous tous donc qui pensez que le progrès de l'agriculture de l'industrie, du commerce d'une nation contribue au bien-être de toutes les autres, et que, plus les rapports réciproques se multiplient, plus les préjugés nationaux tendent à s'elVacer, dites à vos conciti.yens, eu retournant dans votre patrie, que la France n'a de haine contre aucun peuple, qu'elle a de la sympathie pour tous ceux qui veulent, comme elle, le triomphe du ilroil et de la justice ; dites-leur
que, s'ils désirent la paix, il faut (|u'ouvertement ils fassent au moins des Vd'ux pour ou contre nous; car, au milieu d'un grave conflit européen, l'indilïérence est un mauvais calcul et le silence une erreur.
u (^)uaiit à nous, peuples alliés pour le triomphe d'une grande cause, forgeons des armes sans ralentir nos usines, sans arrêter nos métiers; soyons grands par les arts de la paix comme par ceux de la guerre, soyons forts par la concorde, et mettons notre confiance en Dieu pour nous faire triompher des dillicultés du jour et des chances de l'avenir. »
Une circulaire du ministre des alïaires étrangères aux ambassadeurs et aux ministres résidents près des gouvernements européens détermina le sens exact de ce discours :
« Monsieur ,
» D'après ce qui me revient de plusieurs points de l'Allemagne, le discours prononcé par l'empereur, ii l'occasion de la clôture de l'Exjiosition universelle, a produit, comme il itait facile de le prévoir, une profonde impression. 'Toutefois, il n'aurait pas été apprécié partout de la même manière, et il serait devenu l'objet d'inter])rélations diverses. Il n'en comporte cependant qu'une seule, et les États neutres ne pouvaient se méprendre sur des sentiments dont ils n'ont évidemment qu'i» se louer.
)> L'empereur a dit qu'il désirait une paix prompte et durable, .le n'ai pas à insister sur cette déclaration, elle se comprend d'elle-même et n'a pas besoin de commentaire.
u En s'adressant aux neutres pour les inviter à faire avec elle des vœux en ce sens, .Sa Majesté Impériale a témoigné suflisamment du prix qu'elle atlachc à leur opinion et de la part qu'elle fait à leur inllucnce dans la marche des événements. Telle a été, au reste, sa manière de voir ii leur égard, dès le début du conflit diplomatique qui a précédé les hostilités. L'empereur a toujours pensé que , si dès lors ils avaient formulé avec plus de force le jugement qu'ils portaient sur l'objet du litige, ils eussent exercé une action salutaire sur les résolutions de la puissance qui a provoqué la guerre. Leur position n'a point changé aux yeux de Sa Majesté Impériale, et ils peuvent aujourd'hui, par une attitude ferme et décidée, hâter le dénoùment li'une lutte que, dans sa conviction, ils pouvaient prévenir.
» (J'est dans cette pensée que l'empereur leur demande de faire connaître hautement leurs dispositions aux puissances belligérantes et de mettre dans la balance des forces respectives le poids de leur opinion. Cet ajipcl, d'ailleurs si bien compris et si chaleureusement accueilli par un auditoire formé de représentants de toutes les nations, n'est donc (ju'un solennel hommage rendu a l'importance et ii l'ellicacilé du rôle dévolu aux neutres ilans la crise actuelle.
)) Wai.bwski. •
Malgré ces invitations , les Etats secondaires de l'Allemagne ne purent se résoudre ii faire parvenir au czar des représentations collectives; et le roi de Prusse, dans son discours d'ouverture des chambres (21) novembre), fit profession de neutralité. « La lutte qui a éclaté, dit-il, n'est pas encore terminée, à mon sincère regret. INotre patrie, en attendant, est encore aujourd'hui l'asile de la paix. .l'espère en Dieu qu'elle le restera, et que je parviendrai ii sauvegarder l'honneur et la puissance de la Prusse sans faire supporter au peuple le lourd fardeau de la guerre. Je suis fier de savoir qu'il n'est pas un |ieuple plus prompt que le mien à courir aux armes, et plus disposé à su])porter des sacrifices quand il s'agit d'écarter un danger réel pour son honneur et ses intérêts. Cette conviction rassurante m'impose le devoir, tout en maintenant les déclarations que j'ai faites, de ne pas contracter des engagements dont on ne pourrait prévoir ni la portée politique ni la portée militaire.
» Dans la position prise par la Prusse, l'Autriche et la Confédération germanique, en vertu des résolutions unanimes, se trouve une garantie sérieuse pour la sauvegarde de toute attitude indépen^jinle, qui est aussi conciliable avec une bienveillance sincère et une appréciation impartiale des situations respectives qu'elle est nécessaire pour l'acheminement vers une paix solide et durable. «
Pour accentuer davantage la déclaration de Frédéric -Ouillaume, la Correspondance prussienne de Berlin, journal serai-olficiel , publia un article dans lequel elle disait (|ue " la Prusse n'avait aucun motif de prendre part à une guerre dont le but n'était pas clair et dont on ne pouvait prévoir la fin. •
Par compensation, l'alliance entre la France et l'Angleterre et la Sardaigne se resserrait de plus en plus. Au banquet d'installation du lord-maire de Londres, le 9 novembre, lord Palmerston et M. de Persigny proclamèrent, au bruil des acclamations les plus chaleureuses, l'inUissoluble union des deux peuples. En ouvrant, le 12 novembre, la session parlementaire ii Turin, le roi de Sardaigne expliqua l'attitude politique qu'il avait prise. ■ Le regard tourné, dit-il, vers la grande lutte qui depuis deux ans embrase l'Orient , je n'ai pas hésité il réunir mes armes à la partie qui combat pour la cause de la justice et de la civilisation et pour l'indépendance di'S nations. (Applaudissements.) J'y ai été entraîné et par le désir de concourir au triomphe des principes pour lesipicls nous militons, et par les généreux instincts des peuples subali>ins et par les traditions de ma lauiillc. (Applau-
clisseincnts,) Nos soldats, réunis aux braves armées de France, d'Angleterre et de Turquie , secondés par le zèle et l'activité de notre marine. Ont partagé leurs-périls et leur gloire , et accru l'antique renom de ces belliqueuses contrées. ( Vifs applaudissements.) Plaise à Dieu couronner par des succès toujours plus grands les efforts communs et rendre bientôt possible une pais durable, garantissant à charpie nation ses droits légitimes! (Applaudissements prolongés.) u
Pour donner un nouveau gage de la loyauté de ses sentiments, Victor-Emmanuel voulut visiter l'empereur el la reine ^ ictoria. Il partit de Turin le 50 novembre, passa un jour à (iénes, et s'embarqua sur le Carlo-Alberto, frégate de la marine royale, escorté du Gouernolo. n'était en vue de Marseille le 22 vers neuf beures du matin. Aussitôt le canon salua l'arrivée de l'allié de la France, et tous les vaisseaux du port arborèrent leurs pavillons. Les maisons du port étaient pavoisées aux armes de France et de Piémont.
A son débarquement, le roi fut reçu par le colonel Edgar Ney, grand veneur, aide de camp de l'empereur; Al. le marquis de Conegliano , chambellan, et M. le lieutenant-colonel de \ alabrègue , écuyer-commandant, envoyés au-devant de lui par l'empereur ; par MAI. le général commandant la 9° division militaire, le préfet des Boiiches-du-Uhône, le général commandant le département, le maire de Marseille et les principales autorités civiles et militaires.
Les troupes étaient rangées en bataille sur le port et formaient une double baie sur le passage du cortège royal. Une escorte d'honneur accompagnait la voiture du roi : Victor-Emmanuel avait pour compagnons de voyage le comte Camille de Cavour, président du conseil ; le chevalier Maxime d'Azeglio, ancien ministre, sénateur et aide de camp du roi; le duc Pasqua, préfet du palais, chevalier de l'ordre suprême de l'Annonciadc; le baron Aigra , ancien ministre et surintendant de la maison du roi; le major général comte Morozzo de la Roeca , premier aide de camp du roi; le major général marquis d'Angrogna, aide de camp du roi; le major général chevalier Carderina, aide de camp du roi ; le comte Cigala , colonel de cavalerie ; le chevalier Persano , capitaine de vaisseau , commandant du port de Gènes; le comte de Robillant, capitaine d'artillerie, officier d'ordonnance du roi; le comte Valperga-Barone , officier d'ordonnance; le professeur-commandeur Riberi, premier médecin.
A onze heures un quart, le roi quittait Alarseille; le soir même il arrivait à Lyon, et le lendemain, à une heure, il mettait pied à terre à la gare de Paris. De nombreux trophées de drapeaux aux couleurs des puissances alliées étaient placés à l'entrée de la gare du côté de Lyon , et aux colonnes de l'intérieur de la gare. Des mâts vénitiens avec des oriflammes de diverses nations étaient élevées .à l'entrée de la cour d'arrivée. Une marquise, richement ornée, avait été construite devant la porte principale de sortie. Une partie du péristyle de la sortie des voyageurs avait été transformée en magnifique salon tegdu en velours grenat. De chaque côté de ce salon s'élevaient des estrades garnies de banquettes recouvertes de velours de même couleur el sur lesquelles, bien avant midi, venaient prendre place des dames en fraîches toilettes de ville. Le plancher était recouvert de riches tapis. Au centre de l'espace vide, à droite , en sortant de la gare, on avait disposé de riches fauteuils.
Le prince INapoléon, le maréchal Alagnan , le préfet de la Seine, le préfet de police, le général commandant la 3'- division, les administrateurs du chemin de fer , attendaient Victor-Emmanuel. Il monta avec plusieurs personnes de sa suite dans une voiture de la cour, et se rendit par les quais aux Tuileries, au milieu des acclamations. L'empereur le reçut au bas du grand escalier du pavillon de l'Horloge, et les deux souverains s'embrassèrent.
Dans la journée du 24 novembie, le roi reçut les ministres, les présidents du sénat, du cor|)S législatif et du conseil d'Etal. Le lendemain, après avoir reçu les membres du corps diplomatique, il assista avec le prince Napoléon au palais de l'Industrie, à la grande solennité chorale donnée par les orphéonistes de France et de Belgique.
Dans la matinée du lundi 26 , l'empereur et le roi allèrent chasser il courre dans la forêt de Saint-Germain; le soir, ils se rendirent à l'Opéra. La façade du théâtre était décorée de neuf faisceaux de drapeaux aux couleurs des puissances alliées. Le faisceau du milieu portail la croix blanche de Sardaigne, entourée des armes de la maison de Savoie. Huit trophées portant les mots: llanneur et Patrie, inscrits en lettres d'or sur des cartouches , étaient dressés sous le péristyle, devant l'entrée.
La journée du mardi 27 fut consacrée à une grande revue au Champde-Alars.
Le 2S novembre , Victor-Emmanuel , en visitant l'hôtel des Invalides , vit tout il coup venir à lui un invalide qui voulut se jeter à ses pieds, (^'était un ancien déserteur sarde qui était entré dans la légion étrangère, avait été amputé d'un bras et admis dans l'asile que sa patrie adoptive ouvre aux vieux militaires blessés. Il expliqua sa position les larmes aux yeux el sollicita sa grâce, qui lui fut aussitôt accordée.
Dans la soirée du 28 , la ville de Paris offrit à son hôte une fête digne de celle qu'elle avait donnée à la reine d'Angleterre. Au centre des décorations de la façade de l'hôtel municipal étincelait la croix
sarde entourée de rayons ; sur chaque colonne se détachait le chiffre •V E ; au-dessus de l'escalier se dressait un trophée aux couleurs de la France et du Piémont. Sur les deux cheminées du salon d'introduction , on avait substitué aux bustes de la reine Victoria et du prince Albert ceux de l'empereur el du roi de Sardaigne. Le trône , place comme à l'ordinaire au milieu de la galerie des fêtes, était surmonté de drapeaux sardes et français.
Le costume que portait à celle fêle le roi de Sardaigne était celui de la garde nationale de Piémont : tunique bleue et pantalon gris â bandes d'argent sur les bottes , sans épaulettes. Quelques officiers de la suite du roi portaient le même costume , mais avec les épâuleltes. L'empereur avait le costume de général.
Le 29 , à sept heures du soir , le roi de Sardaigne partit de Paris. Sur lout le parcours qu'il suivit , les rues de Rivoli et Castiglione, la place Vendôme , la rue de la Paix , les boulevards du Centre , le boulevard de Strasbourg , les rues de Chabrol , de Saint-Quentin et la place de Roubaix , toutes les maisons étaient étincelantes d'illuminations et de lanternes de couleur. Quoique l'heure du départ coïncidât avec celle du dîner , une foule compacte de curieux bordait sur plusieurs rangs d'épaisseur les trottoirs de ce long parcours.
La gendarmerie de la garde impériale, avec drapeau, musique et sapeurs , formait la haie dans la gare , dans la cou» et sur la place de* Roubaix.
L'intérieur de la gare était splendidement illuminé ; le même style d'ornementation qui existait à la gare de Boulogne lors du voyage de la reine d'Angleterre, avait été reproduit avec beaucoup de goût dans la gare de Paris. De même qu'à l'extérieur, les arcades et les Crises de celte décoration dorée étaient ornées d'écussons aux armes et aux chiffres de l'empereur et du roi de Sardaigne. Partout flottaient des drapeaux aux couleurs des puissances alliées; de magnifiques lapis avaient été posés depuis l'endroit où la voiture devait s'arrêter jusqu'au wagon royal, dans la gare. Une foule nombreuse de dames en toilette occupaient les bas côtés du quai d'embarquement.
En Anplelerre , l'allié des puissances occidentales ne fut pas moins favorablement accueilli qu'en France. La réception qu'on lui fil à Windsor fut des plus affables et des plus brillantes. Dans la visite qu'il rendit aux autorités municipales de Londres, il troux'a toute la Cité pavoiaée eu son honneur. A l'enfcrée de Guildhall se dressaient deux griffons gigantesques supportant les armes de la Cité de Londres, surmontées des couleurs des puissances alliées. Un autre trophée du même genre ornait le grand vestibule, où l'on voyait les portraits de la reine Victoria, du roi de Sardaigne, 'de l'empereur des Français et du sultan, surmontés d'une figure de la Justice, tenant des banderoles avec les devises Deus protegit justiliam. Aima, Inkermann, Balaklava, Sébastopol.