‹ Histoire de la guerre de 1870-1871 (volume 4)Chapitre 19 sur 19 · CANDIDATURE HOHENZOLLERN ; EMS. M · texte numérisé non relu

CANDIDATURE HOHENZOLLERN ; EMS. M

Ce que je veux constater par ces cilations, c'est que le gouvernement de l'Empereur s'est appliqué, jusqu'à la dernière heure, à ménageries susceptibilités du Itoi, qu'il n'a, en un mot, rien négii{;é, depuis l'origine jusqu'au terme de ces négociations, pour prévenir la guerre qu'il n'a voulue ni cherchée à aucun degré.

Le refus du Roi replaçait le gouvernement en présence de l'opinion profondément blessée. Que devait-il faire? \ia voie des négociations lui était désormais fermée, il n'avait plus que deux partis à prendre ; braver l'in'itatîon du pays en acceptant le désistement dans les conditions où il lui était codcédé, ou bien déclarer immédiatement la guerre.

M. de Bismarck avait malheureusement aggravé les dilBcultés du cabinet français, en donnant dans ses communications diplomatiques un caractère outrageant aux derniers incidents des négociations ouvertesà Ems. Devant l'étal des esprits en France, devant le refus du Roi, devant les procédés injurieux de M. de Bismarck, le gouvernement de l'Empereur crut devoir en appeler au soil des armes.

Il aurait pu hésiter le 12, il aurait pu tenter de faire partager an pays ses propres appréciations, il ne le pouvait guère le 15; l'attitude de la Prusse ue lui laissait plus son entière liberté de résolution.

Quelle eût été au surplus la durée de la paix, de

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cette paix dérisoire, honteuse, sinistre, ridicule, comme la qualifiaient la plupart des journaux.? La France ni la Prusse n'auraient pu la soustraire looj;temps aux périls qui la menaçaient depuis quatre ans. Comment la guerre fut-elle accueillie? Avec des transports d'enlfaousiasme; le nier, ce serait méconoaitre une vérité éclatante. L'opinion publique en revendiqua l'honneur; elle avait en effet remporté une victoire sur le gouvernement, « Ce n'est pas V Empereur Napoléon, a dît un » journal, qui de son chef a -déclaré la guerre n actuelle, c'est nous qui lui avons ^rc^ la main;

nous ne nous en cachons pas n Avant même

que le cabinet se fût présenté aux Chambres, un autre journal avait dit : u Les résolutions de » guerre que nous idions apprendre n'émanent pas « du gouvernement. Le gouvernement était irrésolu; 1 il voulait, dans quelques-uns de ses chefs du moins, n se laisser arrêter par des concessions dérin soires. Ces résolutions sortent des entrailles du

n pays ('' n Qui s'exprimait en ces termes? ce

n'était pas le Constitutionnel, ni les autres feuilles dévouées au ministère; c'étaient la plupart des journaux qui s'étaient constitués les organes libres et indépendants de l'opinion publique.

(') Je tire ces citations de l'ouvrage de H. Giraiideau, où l'on en trouvera beaucoup d'autres non moins concluantes.

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CANDIDATURE HOHESZOLLERN; EMS. 411

C'est donc bien l'opinioD publique qui a forcé le gouveraement à tirer l'épée ; c'est elle qui , dans un élan irrésistible, lui a dicté ses résolutions.

Ici se posent d'autres questions que je n'aborderai pas : en y toucbant je sortirais de mon sujet; je ne pousserai donc pas plus loin cette discussion. Le moment d'ailleurs n'est peut-être pas encore venu de déterminer les responsabilités. Mais je ne pouvais achever cette publication sans préciser le caractère de la politique que j'ai servie.

Pour ce qui me concerne, au surplus, je crois avoir tenu l'engagement que j'ai pris dans mat^tre du mois de novembre; j'ai démontré, si je ne m'abuse, l'exactitude de ce que j'avais avancé; ma tàcbe est remplie. L'opinion publique a sous les yeux les pièces du procès, elle appréciera.

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Documents annexés à la dépêche de M. le duc de Gramont du 7 juillet 1870.

■téricHB niLÎciupifiouE.

Madnd, le 3 juillet 1870.

L'ambassadeur de France à Madrid au ministre des affaires étrangères.

L'affaire Hobenzollem parait fort avancée, sinon décidée. Le général Prîm lui-même me l'a dit. J'envoie Barllioldi à Paris pour les détails et pour prendre vos ordres.

Signé : Mercier.

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L'ambassadeur de France à Madrid au ministre des affaires étrangères. '

Madrid, 3 joiDet 1870.

Monsieur le duc ,

Je suis allé voir hier soir le maréchal Prim , qui était revenu la veille, dans la nuit, de son excursion aux monts de Tolède, et il m'a (^it une communication de la plus haute gravité , que je dois sans perdre un in!>lant transmettre à Votre Excellence.

J'étais depuis quelques moments dans son salon et je lui trouvais quelque chose de gêné dans sa manière d'être envers moi. bahiluellement si amicale, dont je commençais à me préoccuper, lorsqu'il me dit : ■ Venez, j'ai besoin de causer avec vous. ■ Et il m'emmena dans son caliînet.

• J'ai, me dit-il, à vous parler d'une chose qui ne sera pas agréable à l'Empereur, je le crains, et il fout que vous m'aidiez à éviter qu'il ne la prenne en trop mauvaise part. •'

Je n'avais pas besoin d'en entendre davantage pour deviner où il voulait en venir.

■ Vous connaissez notre situation ; nous ne pouvons pas prolonger indéfiniment l'intérîmité , ni même nous présenter devant les Corlès sans ^voir une solution à leur proposer. Vous savez tout ce que J'ai fait pour écarter celles qni n'auraient pas convenu à l'Empereur. Je n'aurais eu qu'à I&cher un peu la main pour que

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MoDtpensier fi&t élii ; je D'aï cédé à aucune des avances qui m'ont été faites pour m'attirer du c6té de la République. Ce que j'aurais surtout désiré, c'était une combinaison portugaise, ou, à son défaut, italienne. Dernièrement encore je suis revenu à la cbarge k Lisbonne et à Florence, mais tout a été inutile. Cependant, il nous Faut un roi , et voilà qu'au moment de notre plus grand embarras on. nous en propose un qui a toutes les conditions que nous pouvons soubaiter. Il est catholique, de race royale, il a trente-cinq ans, deux (ils, et il est marié avec une princesse portugaise , ce qui préviendra nécessairement beaucoup les esprits en sa faveur, d'ailleurs très-bien de sa personne, et militaire. Vous comprenez que je ne peux pas laisser échapper la seule chance qui nous reste de sauver la révolution, surtout quand elle se présente dans de pareilles conditions. Comment croyez-vous que l'Empereur prendra la chose? ■ — Il n'y a pas, lui répondis-je, deux manières de la prendre. Mais d'abord laissez-moi bien vous rappeler que je ne saurais accepter la conversation sur ce chapitre, comme ambassadeur, car n'ayant d'autre instruction que l'abstention , je n'ai aucun droit pour engager à un degré quelconque la pensée de l'Empereur; mais si vous me permettez de vous donner mon sentiment personnel, je n'hésiterai pas à vous dire que vous ne pourriez prendre un parti plus grave et pouvant entraîner de plus fâcheuses conséquences. En France, l'élection d'un prince de Prusse au trAne d'Espagne, dans les dispositions où sont aujourd'hui les esprits à l'égard de la Prusse, ne peut manquer de produire uu effet é:(traordinaire. Le sentiment national y verra une véritable provocation , soyez-en persuadé , et tous coin- Î7

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il8 APPENDICES.

prenez qu'un Napoléon ne peut laisser le sentiment

national en souffrance.

Prdi. 9 II est possible que ce soit là la première impression, mais on en reviendra vite par la réflexion. Qu'avez-vous à craindre? que signifie aujourd'hui une alliance dynastique? Qu'est-ce que pourra faire cbez nous un prince étranger qui devra commencer par jurer la constitution la plus libérale de l'Europe, et avec un peupln aussi fier et aussi indépendant que le nôtre? Même dans le temps de la monarchie pure, tous avez TU que Louis XIV et son petit-fils aTaient été sur le point de se faire la guerre.

» — Tout cela est bel et bon , mais il n'en est pas moins rrai que dans le cas d'une guerre européenne nous n'aurions aucune sécurité pour notre frontière des Pyrénées, si un prince prussien occupait le trdne d'Espagne, et qu'il nous faudrait une armée pour la garder. Les alliances dynastiques peuvent, j'en conviens, aréole temps , avoir perdu quelque chose de leur signification ; cependant vous avez vu que jamais elles n'ont été considérées par les gouvernements avec indifférence. Lors des mariages espagnols, l'Angleterre, aussi bien que nous, avait prononcé ses exclusions; en Belgique de même; en Grèce, on avait interdit au choix des Grecs un prince appartenant aux familles des puissances protectrices. Ces exclusions n'ont rien de blessant pour un pays, parce qu'elles ne s'adressent pas à lui, mais à des rivaux dont la prépondérance pourrait devenir menaçante. D'ailleurs, celte première impression dont vous semble? faire bon marché, est de celles qu'un gouvernement national voudm partager toujours, car c'est du cœur du pays qu'elle s'échappera.

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a — Mon Dieu, les coosëquences h Tégard de la

France, je les accepterais encore, mais c'est l'Empe'

reur qu'il me serait extrêmement pénible de contrarier. H — Vous imaginez-vous donc que. dans une pareille

question , î! soît possible de séparer l'Empereur et la

France?

■ — Mais alors que faire? Prenez VÀlmanach de Gotha et tâchez d'y trouver un prince dont nous puissions nous accommoder. Pour'moJ, je n'en vois pas d'autre. Il laut cependant que vous ayez pitié de cette pauvre Espagne, que vous lui permettiez de se constituer par les seuls moyens dont elle peut disposer. Ma consolation , c'est que ce n'est pas moi qui ai inventé cette combinaison ; je ne l'ai pas même cherchée, on est venu me la mettre dans la main. Seulement, dans l'état où nous sommes , je ne peux pas la repousser. Un moment j'ai cru .qu'elle avait avorté comme les autres. Les choses s'étaient passées exactement comme je les ai racontées aux Cortés ; mais voilà qu'on me la rapporte toute faîte.

■ — Ob ! je me suis bien aperçu depuis' assez longtemps que M. de Bismarck cherchait à se glisser dans vos affaires, et vous avouerez que s'il ne croyait pas avoir beaucoup à y gagner, il ne se hasarderait pas à jouer si gros jeu.

» — Vous vous trompez, les ouvertures sont parties d'ici. Je o'ai jamais parlé de politique ni avec M, Bemhardi, ni avec M. de Canitz.

■ — Et cette escadre prussienne dont on vous a annoncé l'arrivée?

• — Je n'en ai rien entendu dire. Mais, encore une fois, si nous laissons échapper cette occasion, nous sommes forcément rejetés sur Montpensier, ou sur la

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République, qui viendra grand (rain, et je vous a que je la déteste comme Teofer.

• — Eh bien, plutôt Montpeosier!

H — Gomment ! vous croyez que l'Empereur aimerait mieux MoDtpensier qu'un Hohenzollern?

s — H ne me l'a pas dit, mais je n'en doute pas. L'Empereur est Français avant tout. »

Cette réplique parut lui ^ire impression, et je l'accentuai d'autant plus, car, dans cet entretien, il importait essentiellement de frapper son esprit, et j'y employai toute l'énergie possible de langage et de pensée. Cependant, avant de nous séparer, je lui dis : ■ Je tous ai parlé à cœur ouvert, mais uniquement en mon nom personnel. Maintenant, si vous voulez connaître la pensée de l'Empereur, attende/, que je lui aie fait connaître noire entretien, et avant huit jours je pourrai recevoir ses ordres, r

A cela il m'a simplement répondu :

■ J'ai hésité si j'informerais l'Empereur par votre canal ou par celui d'Olozaga. Je me suis d'abord adressé à TOUS, parce que je connais vos sentiments et que je sais que vous éviterez tout ce qui pourrait envenimer les choses ; mais je vais aussi écrire à Olozaga pour qu'il puisse entretenir l'Empereur. La commission, je le crains, ne lui sera pas agréable certainement, et, quant à moi, je vous avouerai qu'il m'est bien cruel de recevoir ce coup de poignard , après avoir consacré tant de soin à mettre les rapports entre les deux pays à l'abri de toute mésintelligence. «

Déjà, hier soir, le bruit commençait d'ailleurs à s'accréditer que le gouvernement avait un candidat, et Pon n'hésitait que sur le nom, quoique l'on supposât assez généralement qu'il devait être Atlemaud. Vn député m'a

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APPESDICES. Ml

même fait savoir que tes Cortès seraient probablement convoquées en session extraordinaire dans le courant du mois d'août pour procéder à l'élection du monarque. Hier, dans l'après-midi, les ministres ont tenu un conseil auquel a assisté le président de la Gbambre, M. Ruiez- Zorilla; aujourd'hui ils se rendent tous à la Granja pour en tenir un autre sous la présidence du Régent. Déjà en éveil, l'opinion publique ne conservera plus de doute après cette dernière circonstance, et le nomdu candidat nesaurait lui rester longtemps caché. Les partis vont, dès lors, se mettre activement en campagne, et ce sera une raison pour le gouvernement de précipiter le dénomment. Il faut nous y attendre, et agir en conséquence. J'expédie donc en toute hâte M. Bartholdi & Paris, pour qu'il puisse prendre et me rapporter sans retard les ordres de l'Empereur. Comme je l'ai toujours tenu exactement informé de tout ce qui pouvait intéresser le service de Sa Majesté, il pourra ainsi compléter verbalement les renseignements contenus dans cette dépêche, et fournir à Votre Excellence bien des détails sur les hommes et sur les choses qui trouveraient difficilement place iluns une correspondance, mais auxquels les circonstances donnent du prix.

Signé : Mercier.

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3jailletlS70.

Le ministre des affaires étrangères au chargé d'affaires de France, à Berlin.

Nous apprenons qu'une députatioa envoyée par le maréchal Prim a offert la couronne d'Espagne au prince de Hobenzollern, qui l'a acceptée. Nous ne considérons pas celle candidature comme sérieuse, et croyons que la nation espagnole la repoussera. Mais nous ne pouvons voir sans quelque surprise un prince prussien cherclier à s'asseoir sur le trône d'Espagne. Nous aimerions à croire que le cabinet de Berlin est étranger à cette intrigue; dans le cas contraire, sa conduite nous suggérerait des réflexions d'un ordre trop délicat pour que je vous les indique dans un télégramme. Je n'hésite pas toutefois à vous dire que l'impression est mauvaise, et je vous invite à vous expliquer dans ce sens. J'attends les détails que vous serez en mesure de me donner sur ce regrettable incident.

Signé : Grauomt.

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DÉpâCBE TiLBOBlPBIOHE.

BerVn, le 4 juillel 1870.

Le chargé d'affaires de France à Berlin au ministre des affaires étrangères.

Je viens de voir M. de Thile, et je l'ai entretenu de la nouvelle qui vous était parvenue relativement à l'acceptation de la couronne d'Espagne par le prince de Hobenzollern. Le secrétaire d'État m'a, dès "le début de la conversation, demandé si je l'interpellais officiellement, et déclaré que, dans ce cas, il devrait, avant de me répondre, prendre directement les ordres du Roi. J'ai répliqué que je venais simplement lui sifjnaler une nouvelle qui avait causé à Paris une impression mauvaise, dont je n'avais pas pour le moment à lui développer les motifs. J'ai ajouté que nous avions, avant tout, intérêt à savoir si le gouvernement prussien était étranger à cette négociation. Visiblement embarrassé, M. de Tbile m'a dit que le gouvernement prussien ignorait absolument cette affaire et qu'elle n'existait pas pour lui ; il s'est appliqué par sa déclaration à dégager la responsabilité de son gouvernement; mais Votre Excellence remarquera qu'il s'est abstenu d'affirmer catégoriquement que le cabinetde Berlin igaorit l'existence de la négociation et son résultat. Mon impression première est que le fait signalé à Votre Excellence est réel, et que M. de Tbile, avec sa circon> spection habituelle, ne veut pas, pour le moment du moins, reconnaître l'exactitude de nos informations; il a paru quelque peu ému du langage ferme que je lui ai

4» APPEKDICGS.

tenu en m'inspirant du télégramme de Voire Excellence. Je vous rends en détail par la poste compte de notre conversation.

' J'apprends que M. Olozaga a télégraphié hier de Paris au ministre d'Espagne à Berlin que, dans son opinion , la nouvelle de l'offre de la couronne d'Espagne au prince de Hohenzollern est inexacte. M. de Rascoo déclare ici qu'il partage ce sentiment, et admet que cette démarche serait de nature à éveiller à juste titre nos susceptibilités.

Signé : Le Sourd.

DÉPËCBB TÉLBOBiPaïQDB.

BerUa, le 5 juillet 1S70.

Le chargé d'araires de France à Berlin au ministre des affaires étrangères.

Le ministre d'Espagne que je viens de voir ne dément pas l'oftre Faite par le gouvernement espagnol au prince de Hohenzollern et son acceptation de la couronne ; mais il atïirme qu'il n'a été chargé personnellement d'aucune négociation et d'aucune explication prés du gouvernement prussien ou du prince lui-même. M. de Rasconm'a laissé entendre toutefois que l'acceptation du prince remontait à quatre mois, et qu'elle aurait été décidée A Berlin au printemps, avec l'assentiment du prince son père et sans doute celui du Boi et de M. de Bismarck. M. de Bascon reconnaît que notre uiécon lentement est

juste, et rejette sur le maréchal Prim toute la respODsabilité de cette tntrig;ue. Il est très -pré occupé de l'impression qu'on ressent à Paris.

Signé : Le Socrd.

Pana, le 7 joUlet 1870.

Le ministre des affaires étrangères au chargé d'affaires de France à Berlin.

Monsieur, dans l'entretien que vous avez eu avec M. de Thile, conformément à mon télégramme du 3, vous avez reproduit fidèlement la pensée du gouvernement de l'Empereur, et j'approuve votre langage. Nous attendons avec une légitime impatience les premières explications que vous aviez à nous transmettre. Il résulte de celles qui vous ont été données par M. le sous-secrétaire d'Etatdes affaires étrangères que, sans avoir ignoré la négociation engagée en faveur de la candidature du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne , le gouvernement prussien y serait officiellement étranger et considérerait cette affaire comme n'existant pas pour lui. En un mot, la combinaison dont il s'agit n'intéresserait que le prince Léopold personnellement.

L'opinion publique en a jugé autrement, et le gouvernement de l'Empereur a dû se demander immédiatement la conduite qu'il avait à tenir.

L'Europe entière sait quelle a été notre attitude depuis deux ans en présence des événements d'Espagne. Bien

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loin de vouloir exercer aucuDe pression sur les décisions de la nation espagnole dans le choix d'un roi, nous nous sommes au-contraire abstenus scrupuleusement de toute ingérence politique dans cette affaire. Nous obéissions à la fois à notre respect pour la souveraioetë d'un grand peuple, maître de régler ses destinées comme il lui convient, et aux sentiments d'amitié que nous professons pour un pays qu'aucun intérêt particulier, aucun dissentiment politique ne sépare de nous.

Nos principes restent les mêmes aujourd'hui encore, et nous protestons auprès de tous les cabinets de notre intention de ne pas nous en écarter.

Mais lorsqu'un prince prussien se présente pour être le souverain de l'Espagne, une telle démarche, dans l'état actuel de l'Europe, prend une signification qui est à l'instant saisie par tous les esprits. La poursuite d'un pareil plan ne paraîtrait plus qu'un moyen d'étendre l'influence de la Prusse au détriment de la France, eu rompant cette longue tradition de rapports amicaux fondés autrefois sur les liens dynastiques , mais dont aujourd'hui nous cherchons, nous, la garantie uniquement dans l'estime et le bon vouloir mutuels des peuples. Comment supposer que noua pourrions admettre un aussi grave changement dans la condition générale de l'équilibre européen, etsouFFrirqitel'Espagne devint, au profit de la Prusse, un point d'appui contre la France?

Nous nous refusons à croire que la cour de Berlin en ait véritablement conçu la pensée.

J'ai vu M. le baron de Werther il y a trois jours, et je lui ai présenté ces considérations avec la plus entière franchise. 11 m'a annoncé qu'il se rendait à Ems, et il n'aura pas manqué de bien faire comprendre à son sou-

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APPENDICES. *ÏT

verain toute la gravité de la détermination prise par le prince de Hohenzollem. L'émotion causée dans le pays par cette nouTelle a trouvé au sein des Chambres françaises un tel retentissement, que le cabinet a dû donner des explications publiques. Il l'a fait avec autant de réserve que ta situation le permettait ; mais il est des sentiments qu'un gouvernement national comme celui de l'Empereur ne peut jamais méconnaître et dont il doit assumer la solidarité. On ne fera jamais croire à personne qu'un prince prussien puisse accepter la couronné d'Espagne sans y avoir été autorisé par le Roi, cbef de sa famille. Or, si le Roi l'a autorisé, que devient cette soi-disant ignorance otficielle du cabinetde Berlin, derrière laquelle M. de Thile s'est retranché avec vous? Le Roi peut, dans le cas présent, ou permettre ou défendre. S'il n'-a pas permis, qu'il défende. Il aura peutêtre sauvé le prince, son parent, d'un grand désastre, et il dégagera l'horizon politique des graves 'complications qui menacent la paix générale. Il y a quelques années, dans une circonstance analogue, l'Empereur n'a point hésité : Sa Majesté désavoua hautement et publiquement le prince Murât posant sa candidature au trône de Naples. Nous regarderions une détermination semblable du roi Guillaume comme un excellent procédé à notre égard, et nous y verrions un puissant gage du désir de la Prusse de resserrer les liens qui nous unissent et d'en assurer la durée.

Recevez, etc.

Signé : Gramont.

M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER : La parole est à M. le miaistre des affaires étrangères. (Mouvement général d'attention.)

S. Exe. M. LE DDC DE Grahont, ministre des affaires étrangères : Je viens répondre à l'interpellation qui a été déposée hier par l'honorable M. Cocberj.

Il est vrai que le maréchal Prîm a offert au prince Léopold de Hohenzollem la couronne d'Espagne, etque ce dernier l'a acceptée. (Sensation.) Mais le peuple espagnol ne s'est point encore prononcé, et nous nb connaissons point encore les détails vrais d'une négociation qui nous a été cachée. (Mouvement.) Aussi une discussion ne saurait-elle aboutir maintenant à aucun résultat pratique. Nolisvous prions, Messieurs, de l'ajourner.

Nous n'avons cessé de témoigner nos sympathies à la nation espagnole et d'éviter tout cequi aurait pu avoir les apparences d'une immixtion quelconque dans lesaflbires intérieures d'une noble et grande nation en plein exercice de sa souveraineté \ nous ne sommes pas sortis, à l'égard des divers prétendants au trône, de la plus stricte neutralité, et nous n'avons jamais témoigné pour aucun d'eux ni préférence ni éloignement. (Marques d'approbation.)

Nous persisterons dans cette conduite.

Mais nous ne croyons pas que le respect des droits d'un peuple voisin nous oblige à souffrir qu'une puissance étrangère, en plaçant un de ses princes sur le - trône de Charles-Quint, puisse déranger à notre détri-

ment l'équilibre actuel des forces de l'Europe.... (Vifs et nombreux applaudissements) .... et mettre en péril les intérêts et rbonneur de la France. (Nouveaux applaudtssemenls. — Bravos prolongés.)

Cette éventualité, nous en avons le ferme espoir, ne se réalisera pas.

Pour l'empêcher, nous comptons à la fois sur la sagesse du peuple allemand et sur l'amilié du peuple espagnol.

M. Granier de Cassagnac : Et sur notre résolution !

Plusieurs membres : N'interrompe» pas \ Attendez donc !

M. LE uiNISTRE : S'il en était autrement, forts de votre appui. Messieurs, et de celui de la nation....

M. La RocheJoubert : il ne vous ferait pas défont !*

M. LE mNiSTHE : .... Nous saurions remplir notre devoir sans hésitation et sans faiblesse. . (Longs applaudissements. — Acclamations répétées. — Mouvements et réclamations sur quelques bancs à (gauche.)

M. Garmer-Pagès : G% sont là des questions dynastiques qui troublent la paix de l'Europe ! (Bruyantes exclamations à droite.) Lespeuples n'ont que des raisons de s'aimer et de s'entr*aider.

Voix nombreuses : Assez ! assez ! Vous n'avez pas la parole !

(M. le ministre des afibires étrangères, en descendant de la tribune et en retournant à son banc, est accompagné de-nouvelles salves d'applaudissements.)

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APPEJIDICES.

L'ambassadeur de France en Espagne des affaires étrangères.

Monsieur le duc,

Hier soir , J'ai va un ami du maréchal Prim k qui il avait communiqué la lettre par laquelle le prince de Hohenzollem annonce officiellement qu'il consent & régoer sur l'Espagne. Cette lettre est très-courte. Le prince y dit simplement qu'il est très-Satté des ouvertures qui lui ont été faites, et sera heureux d'accepter la couronne d'Espagne , si elle lui est offerte par la majorité des Cortès, et que dès lors il ne sera plus qu'Espa* gnol. Tel est du moins le résumé que m'a domié celui qui Tavait vue. Il a ajouté que le maréchal Prim croyait être sûr du votedela majorité) mais qu'ilTavait trouvé très-préoccupé de l'effet que la chose produirait en France. Il lui a même dit qu'il ne savait pas s'il oserait aller à Vichy, quoique cela fût nécessaire à sa santé. 11 s'attend d'ailleurs à des coups de fusil, et craint, dans ce cas , de ne pouvoir compter que sur la plus grande partie de l'armée, mais non sur toute. Â ce sujet, j'ai pu causer avec le général Cordova, qui, comme Votre Excellence le sait, est directeur général de l'infanterie. Il m'a dît que la veille le maréchal Prim avait reçu les principales autorités militaires pour leur faire part de l'acceptation du prince de Hohenzollern. Pour sa part, il n'avait fait aucune observation eu recevant celle com*

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APPENDICES. A3i

muDication, mais sa conviction bien arrêtée est riiie la couronne ne peut pas être relevée en Espagne sans une guerre civile; qu'il a toujours eu cette évenlualîté en vue en organisant l'armée, et qu'il ne sait pas trop ce qui se passera quand il s'agira de faire battre le soldat pour un prince étranger , allemand, petit-fils de Murât. Ce langage, dans la boucbe du général Gordova, rapproché de celui que le maréchal Prim tenait à son ami, me parait tout à fait digne d'attention.

Les carlistes viennent du reste de prendre une attitude qui n'annonce pas des intentions pacifiques. Ils avaient, coqime tous les autres partis , établi un casino à Madrid, pour s'y- réunir et tenir des conférences. Lorsqu'il y a trois jours ce casino a été inauguré ,' des groupes hostiles se sont formés devant la maison qu'il occupe; des désordres ont éclaté , un jeune homme de bonne famille a été assassiné dans un fiacre, plusieurs autres blessés assez grièvement. Les mêmes manifestations se sont renouvelées le lendemain, quoique d'une manière moins grave, et sans que l'autorité soit intervenue pour les empêcher. A la demande du député Ochoa , le comité permanent des Corlès s'est réuni hier pour s'occuper de cette affaire; mais le député Ochoa ne s'y est pas présenté, sans doute en conséquence d'une décision prise par la Junte centrale ca tb'olico- monarchique ,

J'aprés laquelle le casi naux du parti (une dizai mpUque né cessai

sino a dû être fermé et les jouraine) cesser de paraître. Cette déairement un appel à la force. Or, i le parti carliste, isolé, n'était pas bien dangereux, il n'en sera plus de même du moment où il se serait produit un fait qui aurait jeté la division dans l'armée. Je remarque d'ailleurs que la préoccupation de la guerre

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kSi APPENDICES,

civile commence à s'emparer des esprits. L'affoîrc échouera , soyez-en sûr , me disait à ce sujet un personnage qui connaît son pays; puisqu'on n'a pas tenu compte de vos intérêts , on ne peut pas tous demander de tenir compte de ceux des autres , et tout en montrant le plus grand respect pour ta volonté nationale et pour que son expression soit plus complète, vous n'avez qu'à ouvrir la frontière à tous les électeurs.

Signé; Mercier.

AMHEXE W 9.

DÉPÊCHE TËLÉOilU>BigDB.

L'ambassadeur de France en Espagne au tninfslre des affaires étrangères,

Madrid, le 7 juillet 1870, qnalre beures vingt minute* du «tir.

J'ai vu le maréchal Prim. Je lui ai communiqué l'impression de l'Empereur. Répétition de noire conversation de l'autre jour, seulement plus accentuée de ma part. Enfin il m'a dit: a Comment sortir de là? Je ne vois qu'un moyen : que le prince me dise qu'il rencontre des obstacles au consentement du Roi , et alors, au lieu d'insister, je lui facilite sa retraite.» Je lut ai dit: ■ Prenez l'initiative. ■ H m'a répoudu qu'il ne le pouvait, et prie qu'on ignore qu'il nous a ouvert celte issue. 11 me semble difRcile qu'elle mène bien loin.

Signé: Mercibr.

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8 juillet, uns bsnre du malÎD.

Je reçois à l'instant ce télé^rmmme. Vous voyez que si le prince de Hobenzoiiern veut éviter tous les maux que sa candidature rend inëvital>les, il le peut encore. Dites-le au Roi, et, au besoin, allez le dire au priace lui<niéme.

Signé: GbAMONT.

Documents annexés à la lettre particulière de M. le duc de Gramont du 10 juillet 1870.

PéieralMiurH, le 9 juillet, wpt li«ar«t cinquante minuta* du *oir.

L'empereur Alexandre comprend tout ce que l'offre du ti^ne au prince de HoUenzollern a de blessant pour la France, et Sa Majesté reconujlt, quel que soit le peu de valeur du candidat, que ce prince ne deviendrait pas moins un drapeau pour la Prusse à un moment donné.

Aussi te Czar me charge-t-il de faire savoir à l'Empereur qu'il a de fortes raisons de croire que cette trame ourdie par le marécbal Prim n*al>oulira pas.

D'un autre côl^, le minislred'Autricbe, le comte Cbotdi, a reçu du prince GortscbakoFF l'information que le

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Ki APPENDICES,

cabinet russe avait fait entendre au cabinet de Berlin le langage de la plus grande modération. L'accueil si ouvert , si libre d'arrière-pensée que l'Empereur m'a fait aujourd'hui, me donne le droit de penser que le commentaire de ses paroles sobres est qu'il a écrit au rot de Prusse pour lui donner des conseils de sagesse et d'abstention.

Je n'ai pas encore de réponse à la dépêche de Chine. Général Fledby.

ANNEXE N* t.

TGLÎOIUHIIB.

Madrid, 9 juillet 1870, dix beure*

M, Mercier au ministre des affaires étrangères. {ConfidentielU.)

Le Régent est arrivé. J'ai eu avec lui une très^onne conversation. Il a trouvé les minisires inclinés à la prudence, et il désire sortir de l'affaire d'une manière convenable. Il pense, comme le maréchal Prim, que le meilleur moyeu , puisque la Prusse prétend n'avoir été pour rien dans l'entreprise, ce serait que le roi de Prusse refusât son cousenlement. Il avoue que l'opinion n'est plus ce qu'elle était au premier moment.

Mebcieb.

n,g,t,7rJM,GOOglC

Madrid, 9 juillet 1870, onze heures cinijuaute-ciiicj miaotes du tait.

M. Mercier au ministre des affaires étrangères. (Trci^nfidenliel.)

Revu le Régent. Il est disposé à (aire tout son possible; mais il ne peut agir en dehors du maréchal Prim. Il a longuement causé avec lui ce matin , et il peut m' assurer qu'il est plus affecte que personne, et très-désireux de trouver une sortie. Il n'a pas compris la portée de ce qu'il taisait; lui non plus. Voilà ce que c'est que de se mêler de ce qu'on n'entend pas. II le verra demain matin, et s'il y consent, il ue demande pas mieux que d'envoyer, sous sa responsabilité , une personne de sa con6ance auprès du prince pour le décider à une retraite. Il a beaucoup insisté sur le regret et le bon vouloir du maréchal Prim. Il m'a dit aussi que la certitude d'avoir la majorité dans les Gortès diminue de jour en jour.

MebCieb.

iM,Googlc

ANMESE N* *.

(Reçue le 10, à cintf heures quaranle-dnq inînntet d> (cnr.)

TÉl.ic><kHMB.

Madrid, le 18 juillet 1870, ùenthean»

trente minutcB du soir.

{Trit-confideMitlU.)

Le Régent a eu la conféreoce promise. II consent à envoyer au prince un agent qui sera autorisé à voir aussi le Roi et M. de Bismarck. Il devra etposer dans les Formes les plus courtoises toutes les considérations qui rendent désirable le reiraît de la candidature. Ou le général Dominguez, ou M. Silvela recevra cette mission, et pactira aujourd'hui même si c'est possible. Le Régent demande que Votre Excellence veuille bien s'engager à saisir une occaaion favorable pour déclarer que le mot souffrir ne s'adressait pas à l'Espagne , qui a le droit de se constituer comme elle veut. Il demande aussi le secret le plus absolu , même envers Olozaga.

Bartholdi est arrivé ce matin.

MEBClEa.

Rapport officiel sur ce qui s'est passé à Ems, rédigé sous la surveillance du Roi.

Le comte Benedetti sollicita, le 9 juillet, à Ems, une audience du Roi, qui lui fut aussitôt accordée. Dans

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celte audience, il demaDda que le ïloi donnât au prince héritier de Hobenzollerii l'ordre de retirer son acceptation de la couronne d'Ëspafjne. Le Hoi répondit que dans toute cette alïaire il ne devait être considéré que comme chef de famille et nullement comme roi, et que par conséquent il ne pouvait donner aucun ordre relativement à l'acceptation de la candidature au trône. Le 11 Juillet, l'ambassadeur de France demanda et obtint une seconde audience, dans laquelle il essaya d'exercer une pression sur le Boi {eine Pression au/ den Kœnig auszuuben versuckte), pour que celui-ct forçât le prince (in den Prinzen dri/tge) à renoncer J» la couronne. Le Roi répondit que le prince était entièrement libre de ses résolutions; que, du reste, il ne savait même pas où se trouvait actuellement le prince, qui projetait un voyage en Suisse. Sur la promenade des Sources (£runnen Promenade), le 13 au matin, le Boi donna à l'ambassadeur un supplément de la Gaxettede Cologne qui venait de lui être remis, et contenant un télégramme privé, daté de Sigmaringen, annonçant la renonciation du prince. Le Roi fît observer qu'il n'avait pas encore reçu de lettre de Sigmaringen, mais qu'il en attendait pour le jour même. Le comte Benedetti dit à Sa Majesté que, dès la veille AU soir, il avait reçu de Paris avis de la renonciation du prince, et tandis que le Roi considérait par cela n)éme l'affaire comme vidée, l'ambassadeur demanda d'une f^çon tout à fait inattendue au Roi d'énoncer l'a.ssurance formelle qu'il ne donnerait Jamais de nouveau son approbation, si cette candidature venait à se représenter. Le Boi repoussa catégoriquement cette prétention, et maintint son refus, lorsque le comte Benedetti appuya de nouveau et avec une insistance de plus

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en plus pressante sur sa proposition. Malgré cela, le comte Benedelti, au bout de quelques heures, demanda une troisième audience. Invité à en désigner l'objet, il fit répondre qu'il désirait renouveler l'entretien du matin. Le Hoi refusa une nouvelle audience, en se basant sur ce qu'il n'avait pas d'autre réponse à donner que celle déjà fournie, et que, du reste, toutes les négociations devaient désormais être traitées par les ministères. Le désir qu'avait le comte Benedetti de prendre congé du Boi, au moment du départ de Sa Majesté, fut satisfait, puisque, en partant pour Coblentz, le Roi salua le comte en passant, le 14 juillet, dans la gare. Ainsi donc, l'ambassadeur eut trois audiences du Roi, qui ont toujours conservé le caractère d'entretiens privés, puisque le comte Benedetti ne s'est jamais présenté comme cbargë de mission ni contme négociateur. (iVt«aU ah Beau/tragter, oder unterkândter sich gerûckte.)

Rapport de l'aide de camp de service.

Sa Majesté le Roi, en suite d'une conversation tenue avec le comte Benedetti, le 13 juillet au matin, sur la Briinnen Promenade, m'a fait l'honneur de m'envoyer, vers deux heures de l'aprés-midi, auprès du comte, chargé de la mission suivante :

Sa Majesté avait reçu depuis une heure, par suite d'une communication écrite du prince de Hohenzollem, venant de Sigmaringen, l'entière confirmation de ce que

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le comte lui avait dit le matin avoir appris directement de Paris, relativenient à la renoDciation du prince Léopold à la candidatm-e au trône d'Espagne. Sa Majesté considérait, par cela même, cette afhiire comnm terminée.

Le comte Benedetti, après que je lui eus transmis l'objet de ma mission, me déclara que depuis son entretien avec le Boi, il avait reçu de M. de Grammont une nouvelle dépêche, par laquelle il était chargé de demander une audience au Roi et de soumettre de nouveau à Sa Majesté le désir du gouvernement français, savoir :

1* Que Sa Majesté approuvât la renoQcialion du prince de Hohenzollem ;

2* Qu'elle fournit l'assurance que, dans l'avenir, cette candidature ne serait pas de nouveau soulevée.

A cela le Boi fit répondre au comte, par mon intermédiaire, que Sa Majesté approuvait la renonciation du prince Léopold, dans le même esprit et dans le même sens qu'il l'avait fait à l'égard de l'acceptation de la candidature.

Quant au second point, .^engagement pour l'avenir, — le Roi ne pouvait que se référer à ce qu'il avait luimême répondu le matin au comte.

Le comte accueillit avec reconnaissance cette déclaration de Sa Majesté, et dit qu'il la transmettrait à son gouvernement, ainsi qu'il y était autorisé.

Mais, pour le second point, il devait — ayant reçu à cet égard des instructions formelles par la dépêche de M. de Gramont — maintenir |sa demande d'un nouvel entretien avec le Roi, ne serait-^e que pour s'entendre répéter par Sa Majesté ce qu'elle lui avait déjà dit.

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d'autant plus que cette dernière dépêche conteDaît des

arguments qu'il devait soumettre au lïoî.

A la suite de cette entrevue, le Roi m'envoya une troisième fois auprès du comte Beoedetti, après dîner, vers cinq heures et demie, pour lui répondre que Sa Majesté était obligée de retuser catégoriquement de s'engager dans une nouvelle discussion au sujet du second point — engagements et assurances pour l'avenir; — que ce qu'il avait dit le matin était son dernier mot dans cette afFaire, et que le comte pouvait s'en tenir absolument à ces paroles.

Sur l'assurance qu'il ne fallait p^s compter sur l'arrivée du comte de Bismarck pour le lendemain, le comte Benedelti déclara qu'il ne croyait pas devoir insister davantage {stch beruhigen zu woUen), après cette déclaration de Sa Majesté.

Ems, le 13 juillet 1S70.

Signé : A . Radziwill ,

Lieutenant-colonel, aide de camp de Sa Majetté

M. le baron de Werther à Sa Majesté le Roi, à Ems.

(Traduction llltéralt.)

Paru, le IS juillet 1870.

Je suis arrivé à Parb ce matin, à dix heures passées, acrompagné d'un courrier du comte Benedetti, le baron de Bourqueney. M. le duc de Gramont m*a envoyé im-

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médiatement son chef de cabinet, comte de Fareroey, pour me faire demander si je pouiTais aller voir aujoui^ d'Iiui le ministre. Je répondis aussitôt que j'étab prêt à le (aire, et je fus reçu par le duc de Gramont avec l'affabilité accoutunu^e et telle qu'on doit l'attendre de deux anciennes connaissances. Avant de rapporter notre entretien, je ferai observer qu'il fut interrompu par l'arrivée de l'ambassadeur d'Espagne, qui avait à foire une communication officielle. Cette commuoication consistait en un télégramme du prince Antoine de HohenzoMem (le père], où il déclarait que son fils, le prince héritier, en présence des complications que soulevait sa candidature, renonçait au trône d'Espagne, et eu avait fait parvenirdirectementavisaumarécbal Prim.

Notre entretien, engagé par le duc de Gramont, roula principalement sur l'objet soulevé par M. Benedetti , savoir : que Sa Majesté Royale, par l'autorisation accordée à la candidature Hobenzollem, sans s'en être en aucune façon entendue préalablement avec le gouvernement impérial français , ne s'était pas rendue compte qu'elle avait en cela blessé la France.

Il me demanda s'il en était effectivement ainsi. Je lui expliquai que Sa Majesté Royale n'eât pas pu refuser formellement cette autorisation, du moment que le prince de Hobenzollern se sentait disposé à accepter la couronne qui lui était offerte, et que, eu égard aux relations de famille du prince avec l'Empereur, Sa Majesté n'eût pas pu cvbire que celte candidature fût mal accueillie en France.

Le duc de Gramont me cita les exemples du duc de Nemours pour le trône de Belgique, et du prince Alfred pour le trône de Grèce, comme des cas où mie pareille

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us APPENDICES.

autorisation avait été refusée. Je repoussai l'analogie

avec le cas présent.

Le duc de Gramont continua en me disant que la France , comme la plus proche voisine de l'Espagne, devait avoir un intérêt à l'occupation du trâne de ce dernier pays. Le secret qui avait été gardé sur les négociations de la candidature Hohenzollsm n'avait pu que blesser beaucoup ici, et cela d'autant plus que la cour des Tuileries avait constamment montré les plus grands égards pour notre gouvernement dans toutes les questions politiques. Cette conduite avait profondément blessé les esprits en France, et l'on en trouvait l'expression dans le sentiment de la Chambre, laquelle était malheureusement réunie en ce moment, ce qui aggravait la question.

Le duc de Gramont ajouta qu'il considérait la renonciation du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne comme une chose secondaire, car le gouvernement français n'aurait j.imais permis son installation , mais il craignait qu'il ne subsistât, par le fait de notre conduite, une mésintelligence permanente entre nos deux pays. Ce germe devait être détruit, et il allait se placer à ce point de vue que, dans notre conduite envers la France, nous n'avions pas employé des procédés amicaux, ainsi que cela avait été reconnu, à sa connaissance, par toutes les grandes puissances.

A parler sincèrement, il ne voulait pas la gueire, mais des rapports bons et amicaux avec la Prusse, etil me savait viser au même but; nous devions donc rechercher ensemble s'il y avait un moyen d'exercer de ce coté une influence d'apaisement, et il s'en remettait à mon appréciation sur la question de savoir si le véritable

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expédient ne serait pas une lettre du Roi à l'Empereur. Il en appelait au cœur chevaleresque de Sa Majesté Royale, qui accorderait son juste consentement.

Il ne s'agirait que de dire dans cette lettre que Sa Majesté Royale , en daignant autoriser le prince Léopold de Hohenzollern à accepter la couronne d'Espagne, n'avait pas cru heurter les intérêts ni la dignité de la nation française; que le Roi s'associait à la renonciation du prince de Hohenzollern, et qu'il le faisait avec le désir et l'espoir de voir disparaître dés lors tout sujet de dissentiment entre nos deux gouvernements. Telles étaient les paroles, destinées à être livrées à la publicité, pour amener l'apaisement du sentiment du pays, que devait contenir celte lettre ; mais il ne devait pas y être question, observa M. de Gramont, des relations de parenté avec l'Empereur. Cet argument blessait ici d'une façon particulière.

J'ai fart observer au duc de Giamont qu'une pareille ' démarclie serait rendue extrêmement difficile par les explications données par lui le 6 de ce mois à la Chambre des députés ; elles contmaient des déclarations qui avaient dû froisser profondément Sa Majesté le Roi ; le duc de Gramont voulut combattre cette objection, en me faisant remarquer quela Prusse n'avait nullen\ent été nommée, et que son discours avait été indispensable en ce moment pour calmer la surexcitation de la Chambre. En cet instant, le ministre de la justice, M. Emile Ollivier, intervint dans notre entretien, dont le duc de Gramont lui lit connaître le sujet. M. Emile Ollivier soutint, d'une tâçon pressante, la nécessité salutaire d'agir dans l'intérêt de la paix, et me pria instamment de soumettre k Sa Majesté le Roi l'idée d'une

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44i APPENDICES,

lettre dans ce sens. Tous deux me direct que si je ne croyais pas pouvoir l'entreprendre, ils se Terraienl obliges de charger le comte Benedetti de soulever celte «question. Les deux mioiatres, en faisant ressortir qu'ils avaient besoin d'un arrangement de ce genre pour calmer l'émotion des esprits, eu égard à leur silitation miniiilérielle, ajoutèrent qu'une telle lettre les autoriserait à se porter défenseurs contre les attaques qui ne manqueraient pas de surgir contre Sa Majesté le Roi.

Tous deux me firent remarquer 6nalement qu'ils ne pouvaient me dissimuler que notre conduite dans l'aftflire bispano-HolienzoIlem avait beaucoup plus surexcité la nation française qu'elle n'avait occupé l'Empereur.

Dans notre conversation, le duc de Gramont émit cette remarque, qu'il croyait que le prince de Hohenzollern avait renoncé sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi ; je contredis celte opinion, et je déclarai la renODciation comme émanant certainement de la propre iui-tiative du prince de HohenzoUem.

Dans leur vif désir de hâter les choses, les deux ministres désiraient que je communiquasse cet entretieu par voie télégraphique, mais je ne le jugeai point nécessaire.

Veuillez, etc.

Signé: Wehthbr.

n,g,t,7rJM,GOOglC

Circulaire du duc de Gramont aux agents diplomatiques Jrançais.

n,g,t,7rJM,GOOglC

que M. le baroo de Werther me prête au sujet de la déclaration du 6 juillet. Je n'ai point admis que cette manifestalioD aurait été déterminée par des nécessilës parlementaires. J'ai expliqué notre langage par la vivacité de la blessure que nous avions reçue, et je n'ai nullement fait valoir la position personnelle des ministres comme motif déterminant de leur conduite. Ce iiie j'ai dit, c'est qu'aucun ministère ne pouvait conserver en France la confiance des Chambres et de l'opinion en consentant à un arrangement qui ne contint pas une garantie sérieuse pour l'avenir. Je dois ajouter, contrairement au récit de M. de Wertber, que je n'aî point séparé l'Empereur de la France, Bien dans mes paroles n'a pu autoriser le représentant de la Prusse à supposer qu'une étroite solidarité d'impressions ne régnât pas entre le souverain et la nation tout entière.

Ces réserves faites, j'arrive au reproche principal qu'élève contre nous le cabinet de Berlin. Nous aurions volontairement, a-t-on dit, porté la discussion auprès

du roi de Prusse au Heu de

Sign^ : Grahoht.

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