BATAILLE DE SEDAN, LE 1*' SEPTEMBRE
Rapport allemand.
« Au point du jour, le Roi se transporta de Vendresse à Frénois, à l'ouest de Sedan, et choisit, pour point de station, la hauteur au sud de ce village, immédiatement à Test de la chaussée.
» Déjà, depuis six heures du matin, on pouvait entendre tonner le canon dans la direction de Test vers Bazeilles.
n Le P' corps bavarois avait commencé de bonne heure le combat contre l'ennemi, qui tenait ferme.
» Le XP corps, à l'extrémité de l'aile gauche, était à ce moment à Vrigne-aux-Bois , et n'avait pas encore heurté l'ennemi.
» Cela prouvait déjà clairement que l'ennemi avait pris la résolution de renoncer à une marche sur Mézières, et d'accepter la bataille près de
Sedan. D'ailleurs cette marche, à cette heure, ne semblait plus être à redouter.
n II était peut-être encore possible pour lui de s'échapper par la frontière de Belgique. Le chef de l'armée française prit cependant l'honorable détermination de ne point recourir à cette extrême ressource, mais de hvrer la bataille.
w En raison de la supériorité numérique des deux armées allemandes, et de la direction de marche qui avait été assignée aux corps séparés , cette dernière issue devait être aussi fermée dans l'espace de peu d'heures, et une catastrophe inouïe était imminente.
» Voyons un peu comment elle se produisit.
» Près de Bazeilles, le P' corps bavarois rencontra une très-vive résistance. La division Walther, du IP corps, fut envoyée pour soutenir son aile gauche, sur la rive droite de la Meuse, et après un combat opiniâtre soutenu des deux côtés avec une bravoure extrême , l'ennemi fut, dans le courant de la journée, rejeté de Bazeilles et de Balan vers Sedan.
» Pendant ce temps , vers six heures et demie du matin, déjà le prince royal de Saxe était entré en action avec sa tête de colonne près de Lamécourt et de la Moncelle. Il avait en face de lui le 1*' corps français, occupant fortement Monvillers, la Moncelle , Daigny , aussi bien que les hauteurs
à Test de ces points. Tout d'abord, la rv* division réussit à repousser l'ennemi assez loin pour qu'il devînt possible de se déployer entre la Moncelle et Daigny.
» Sur son aile gauche, cette division s'était bientôt rejointe au P' corps bavarois; là, le 1*' corps français prit l'offensive contre elle. Ce choc fut accompagné d'un violent feu de mitrailleuses et de canons. Toutes ces vives attaques furent repoussées, de telle façon qu'après neuf heures et demie, elles ne se reproduisirent plus lorsque la xxiu" division arriva et enleva la Moncelle à l'ennemi.
n Le corps de la garde qui avait le plus long chemin à parcourir, arriva à huit heures à Villers- Cernay, trouva le XIP corps déjà dans une position de combat favorable, et reçut en conséquence, du commandant de l'armée , l'ordre de remonter la vallée vers Fleigneux, dès que la portion de Givonne à Daigny serait enlevée. Le XIP corps devait suivre ce mouvement, à la gauche.
» Déjà vers neuf heures, des batteries séparées, de l'aile gauche, ouvraient leur feu près de la garde vers Villers-Cernay , pendant que sur son aile droite l'artillerie de réserve soutenait la marche en avant de la i" division de la garde sur Givonne, et plus tard, par les fonds, sur llly.
n La II* division de la garde se tourna, vers
ISO RAPPORT ALLEMAND.
onze heures, contre Daigny et Haybes. Daigny même fut enlevé vers midi par le XIP corps.
» La xxm* division de ce même corps s'avança alors en remontant la vallée et chassa l'ennemi de ses fortes positions , pendant que la garde , en marche sur Illy, tournait de plus en plus son flanc. L'intervalle, devenant trop grand jusqu'au corps bavarois, fat alors rempli par la vin* division.
» Toutes les batteries disponibles farent amenées sur les hauteurs enlevées. Environ 100 pièces farent là mises en action, à l'aile droite.
» A trois heures, la garde donna la main au V* corps à lUy.
» Revenons maintenant au corps de l'aile gauche des armées alliées. Nous avions vu le XP corps près de Briancourt, suivi du V* corps et de la rv* division de cavalerie.
» Son Altesse Royale le prince royal de Prusse avait prescrit de se diriger sur Saint-Menges. A huit heures et trois quarts, l'avant-garde du XP corps vint se heurter contre l'ennemi qui avait pris position au sud- ouest , sur la rive gauche du ruisseau qui passe près de Saint-Menges. Il se livra un combat court, mais très-opiniâtre, lequel se termina par l'évacuation de Saint-Menges pai l'ennemi. Celui-ci se retira sur de fortes positions dominantes entre Floing et Illy.
»» Notre adversaire s'était formé là sur un épe-
ron se prolongeant bien à l'ouest, pour se protéger contre les attaques qui étaient déjà dirigées du nord vers ses derrières.
» A ce point de vue spécial, la position était Jorte, mais déjà en ce moment il devenait palpable pour l'ennemi qu'il était complètement cerné, car il recevait des batteries bavaroises placées sur la rive gauche de la Meuse , au nord et à l'est de Frénols, des projectiles dans son flanc et sur ses derrières. En outre, l'artiUerie du XI* corps, employée d'une manière excellente pour préparer l'enlèvement de ces hauteurs, prit ensuite avec deux batteries de la tête de colonne une position au nord de Floing, des deux côtés d'un jardin clos de murs , et fiit alors soutenue par le V" corps. Celui-ci avait pris son artillerie de réserve en tête, et passa, pendant ce temps, avec elle, le ruisseau près de Fleigneux. C'est au sud de ce village que les batteries prirent leur première position pour battre la position ennemie. Vers onze heures s'était ouvert, sur toute la ligne de cette aile , un violent feu d'artillerie qui dma plusieurs heures sans interruption.
»> Vers une heure environ, s'avancèrent l'infanterie du XP corps et la XXI* brigade de l'aile droite du V* corps , pour attaquer dans la direction de Floing.
» L'ennemi se défendit avec le courage du dés-
espoir. Mais, malgré ses efforts, rinfanterie, soutenue très-fortement par ses batteries , réussît à occuper la portion de terrain située devant Floîng.
» Plusieurs retours offensifs , surtout faits par la cavalerie, et dont la vivacité donnait à supposer l'intention de faire une trouée, vinrent échouer devant le calme inébranlable des bataillons du XI* corps et des fractions du V* corps qui les appuyaient. Les attaques furent reçues : partie en carré , partie en ligne , et furent toutes repoussées par un feu calme, bien ajusté, qui coucha à terre la plus grande partie des assaillants et reîeta le reste dans Sedan.
» Le combat des deux corps fut, après la grave blessure du commandant par intérim du XP corps, conduit par le général lieutenant de Kirchbach.
» Après la fuite de la cavalerie, l'infanterie française ne tint plus.
» A trois heures de l'après-midi, l'ennemi était déjà, sur divers points, en pleine retraite sur la forteresse.
» Le V* corps avait, pendant ce temps, efficacement préparé par son artillerie de réserve l'attaque générale contre lUy et la position dominante qui y touche. Elle était parfaitement secondée par une troisième batterie de réserve du np corps qui avait pris position à l'est de Floing,
» Un violent combat embrasa les hauteurs au
sud d'Illy et les parcelles de bois qui s'y trouvent. A trois heures il s'éteignit. L'ennemi se trouvait, là aussi , en retraite , à travers le bois de la Garenne, sur la forteresse.
yt Ainsi, à ce moment de l'après-midi, on avait achevé de cerner complètement l'armée française en rase campagne.
» Successivement les colonnes prussiennes , se précipitant de tous les côtés, firent rétrograder sur Sedan toutes les fractions ennemies qui tenaient encore; beaucoup d'entre elles, déjà coupées, durent déposer les armes et se rendre, car il ne leur restait aucune issue.
» L'armée du prince royal de Saxe fit, pendant la bataille, onze mille prisonnierSc II avait, en outre , entre les mains : sept mitrailleuses , vingtcinq canons, deux fanions et une aigle; les V" et XI* corps Uvrèrent plus de dix mille hommes.
» Si on compte, en outre, les prisonniers faits par les troupes bavaroises, le chiffre total s'élève à environ vingt-cinq mille hommes qui, pendant la bataille seulement, tombèrent dans nos mains.
» La première position ennemie faisait front vers l'est. Déjà le matin, de bonne heure, le maréchal de Mac-Mahon avait été grièvement blessé par un des premiers obus. Le général qui prit sa place avait formé le projet de s'ouvrir une trouée vers l'ouest. Vers midi, le général de Wimpffen
prit le commandement et tenta encore une fois de se frayer un passage dans la direction opposée, où les Bavarois eurent encore à soutenir une lutte très-vive, mais parvinrent cependant à repousser victorieusement leurs adversaires.
» Les pertes de l'ennemi, particulièrement causées par notre artillerie, furent très-considérables ; les nôtres , au contraire , surtout en comparaison avec les batailles livrées précédemment, furent très-faibles.
« En dernier lieu , le feu de quatre à cinq cents bouches à feu avait été concentré contre l'armée ennemie, qui se défendit longtemps avec une grande bravoure , mais qui , à la fin , fîit rejetée dans une déroute complète sur Sedan.
» L'Empereur se tint de sa personne , pendant le combat, près de l'armée; dans le commencement de l'après-midi, il rentra à Sedan, dans l'enceinte fortifiée, et de là envoya par écrit au Roi, par l'intermédiaire du général Reille, qui apporta la lettre, l'offre de rendre son épée. Cette offre fut acceptée.
» Successivement le combat d'artillerie s'éteint sur toute la ligne. Toutes les hauteurs qui environnent Sedan étaient en la possession des troupes allemandes.
» Complètement cernée par des troupes deux fois suoérieures en nombre, sans possibiUté de
s'ouvrir une issue ou d'opposer une plus longue résistance, l'armée française n'avait plus qu*à parlementer pour une capitulation.
» Les négociations eurent lieu dans le courant de la nuit , à Donchery , et les conditions furent stipulées parles Prussiens. Si elles n'avaient point été acceptées, les hostilités auraient recommencé le lendemain matin.
» Après que l'Empereur Napoléon se fat présenté le 2 , de bonne heure, aux avant-postes qui étaient de ce côté , les conditions de la capitulation furent, vers midi , signées au château de Bellevue, près Frénois, par le général de Moltke et le commandant en chef de l'armée française. Aux termes de cette convention, l'armée ennemie était prisonnière de guerre , et en même temps la forteresse de Sedan ouvrait ses portes. Les détails furent réglés avec tous les égards que le vainqueur pouvait observer envers une armée brave et malheureuse.
» En dehors des vingt-cinq mille hommes , environ, pris le jour de la bataille, quatre-vingt-trois mille hommes furent faits prisonniers de guerre par suite de la capitulation. Quatorze mille blessés français furent retrouvés dans Sedan, ou aux alentours.
» Plus de quatre cents pièces de canon (y compris soixante-dix mitrailleuses), cent quatre-vingt-
quatre pièces de rempart, et un immense matériel de guerre , furent remis entre les mains du vainqueur.
n Environ trois mille hommes réussirent ù s'échapper en Belgiques
» Si Ton ajoute les pertes de la bataille de Beaumont du 30 août , Tefifectif total de Farmée de Mac-Mahon s'élève à près de cent cinquante mille hommes.
» Dans l'espace de trois jours, cette armée avait cessé d'exister. »