‹ Histoire de la guerre de 1870-1871Chapitre 5 sur 25 · JOURNÉE DU · texte numérisé non relu

JOURNÉE DU

Les instructions du maréchal , datées du 28 au soir, portaient que le 7* corps devait prendre position, le 29, à la Besace; le 5% à Beaumont; le 1*% à Raucourt; le 12% à Mouzon; la division de cavalerie Bonnemain , à Raucourt , et la division de cavalerie Margueritte, à Mouzon.

Cependant, le lieutenant-colonel Davenet avait été forcé de s'arrêter la veille au Chesne, pour laisser reposer ses attelages exténués. Le maréchal lui ayant envoyé l'ordre de nous rejoindre

par Brieulles, et le général Douay ayant prescrit à la l'* division, restée à Quatre-Champs , de remonter également sur BrieuUes, pour y effectuer sa jonction avec le lieutenant- colonel Davenet, puis de nous rallier à Saint-Pierremont, nous ne quittâmes Boult-aux-Bois qu'assurés que cette division était engagée sur le chemin de Brieulles, et que la 3% descendue de Belleville, avait pris la tète de colonne.

Gomme les forestiers du pays venaient de nous affirmer la présence d'un corps allemand à Buzancy, et d'un grand nombre de pièces d'artillerie dans la forêt de Dieulet, située entre Stenay et Bois-des-Dames ; que, d'autre part, nos escadrons envoyés en reconnaissance vers trois heures du matin, dans la direction de la Croixaux-Bois et de Briquenay, s'étaient sabrés avec des escadrons prussiens, on redoubla de précautions, et on apporta, dans l'organisation et l'ordre de marche de l'arrière-garde, un soin minutieux.

C'est en effet là qu'est le danger; il suffit, pour en être convaincu , de porter ses regards dans la direction du sud : pendant que nos troupes défilent, les vedettes prussiennes, postées sur les hauteurs, observent de loin notre marche. Point d'attaques d'ailleurs ; mais on ne saurait se méprendre sur la cause de cette apparente réserve : si l'ennemi ne nous aborde pas, c'est qu'il ne peut

encore disposer que de cavalerie. Maïs avec quelle habileté il s'en sert pour nous envelopper à distance , comme dans un réseau qui devient à chaque instant plus étroit, et lui permet de ne pas perdre de vue nos mouvements, d'agir sur le moral déjà ébranlé de notre soldat, et d'entraver notre marche par des démonstrations faites à propos!

Ainsi, entre Germont et Authe, l'apparition subite d'une masse de cavalerie détermine le général Liébert à s'arrêter et à prendre position. On finit bien par s'apercevoir que cette démonstration n'a rien de sérieux, et on reprend la marche ; mais l'ennemi a atteint son but, il nous a fait perdre plus de deux heures.

En arrivant à Saint-Pierremont, notre avantgarde aperçoit un escadron prussien qui débouche par le chemin de Fontenoy et monte vers elle : une décharge fait faire demi-tour à cette reconnaissance , qui se perd bientôt derrière les mouvements de terrain.

A partir de Saint-Pierremont, la route qui conduit à la Besace tourne à gauche et se prolonge dans la direction du sud au nord; elle devient plus accidentée, plus resserrée, et les pluies en ont rendu le parcours des plus pénibles. Aussi la colonne s'allonge, la marche se ralentit, et il est déjà près de cinq heures quand la tête du 7* corps

atteint Oches. La l** division et le convoi du lieu tenant-colonel Davenet ne tardent pas non plus à paraître, guidés par un ofBcier qui leur a été envoyé pour les conduire directement à Oches, sans passer par Saint-Pierremont.

Enfin, après bien des péripéties, le ?• corps se trouve réuni de nouveau. C'est un résultat important; cependant notre tâche n'est point terminée : il faudrait, pour remplir nos instructions, atteindre, le jour même, la Besace, ou tout au moins parvenir en haut de la montée de S tonne. Mais d'Oches à Stonne, ce n'est qu'un long défilé dans lequel le 7* corps tout entier doit s'engager; les troupes, en marche depuis le matin, sont très-fatiguées, les attelages du convoi semblent hors d'état d'aller plus loin. Le général craint, en exigeant d'eux un nouvel effort, d'être surpris par la nuit au miUeu du défilé, d'être forcé de marquer le pas en attendant le jour, de voir le désordre se mettre dans ce convoi qui occupe sur la route une longueur de douze à quinze kilomètres, et il se décide à camper à Oches, pour laisser reposer hommes et chevaux. Il espère , en partant le lendemain de très-bonne heure, regagner le temps perdu. Malgré ses appréhensions, fondées assurément, nous n'oserions affirmer que notre chef de corps n'ait pas regretté depuis de n'avoir pas tenté ce qui pa-

raissait impossible. — Si la position d'Oches est peu favorable pour camper^ du moins toutes les précautions sont prises contre une attaque.

I.e convoi est parqué dans les prairies qui bordent la route de Brieulles ; la 1" division s'y établit; la 2' prend position sur le plateau de l'église ; une brigade de la 3*, devant former l'arrière-garde le lendemain, campe sur une crête boisée qui sépare Ocbes de Saint-Pierremont et d'où l'on découvre la plaine; l'autre brigade tourne le village et s'établit, avec les réserves d'artillerie, sur les coteaux en arrière.

Quoi qu'il en soit, notre position est moins précaire que celle du 5* corps. On se souvient que, le 28, le général de Failly avait laissé Buzancy sur sa droite et était allé camper à Boisdes-Dames.

Pendant ce temps, le maréchal, persuadé qu'il était devancé à Stenay par l'ennemi, et dès lors résolu à se porter sur Beaumont et à franchir la Meuse à Mouzon , avait envoyé un officier d'étatmajor au général de Failly pour lui faire connaître la nouvelle direction à prendre. Cet officier, le même qui, dans la nuit du 28 au 29, avait apporté au T corps, vers deux heures du matin, les ordres du maréchal, et qui, de là, devait se rendre auprès du général de Failly, fiit fort embarrassé sur la route à suivre , ne sachant où trouver le

général. Au 7* corps, il fiit impossible de le renseigner exactement; ce qu'on lui apprit, c'est que, dans la soirée, on avait vu des feux de bivouac à Bar. Il était possible que le 5' corps y fût encore.

L'officier se dirigea sur ce point et tomba au pouvoir de l'ennemi.

Il s'ensuivit que, ne recevant pas les instractions qui lui étaient destinées, le général de Failly s'en référa aux anciennes, et prit ses dispositions pour continuer sa marche sur Stenay par Beaufort et Beauclair. — Journée malheureuse, pendant laquelle le 5* corps allait s'épuiser en luttes et en fatigues inutiles !

En raison de l'arrivée , à minuit, des dernières troupes et de leur extrême fatigue, le général commandant le 5* corps ne leva son camp, le 29, qu'à dix heures du matin.

Ses deux premières divisions venaient de se mettre en marche lorsque, vers midi, l'ennemi, posté sur les hauteurs près de Nouart, ouvrit, sur l'arrière-garde du 5** corps, un feu des plus vifs.

Les divisions s'arrêtèrent, se déployèrent, et tinrent tête à cette violente canonnade jusqu'à quatre heures du soir.

A ce moment, le général de Failiy recevait du lieutenant-colonel Broyé les ordres du maréchal, lui prescrivant de remonter vers Beaumont et

Mouzon. Profitant alors d'un moment de répit laissé par l'ennemi , le général fit prendre à son corps d'armée la route de Beaumont, confiant à une de ses divisions le soin de couvrir ce mouvement. En même temps, il dépéchait un de ses officiers au commandant du T corps, pour l'avertir qu'il allait opérer, pendant la nuit, le mouvement prescrit par le maréchal, et pour lui demander de protéger son passage à Sommauthe ', village qu'il comptait traverser. Mais, à l'heure de la soirée où ces nouvelles nous parvenaient, le général de Failly avait déjà atteint Sommauthe.

Ce ne fut que tard dans la nuit que la tête de colonne du 5* corps arriva à Beaumont ; l'arrièregarde ne rallia que le lendemain, 30 août, vers cinq heures du matin. Toutes ces troupes étaient réduites à un état de fatigue excessif par les combats des jours précédents, les marches forcées et l'absence de distributions régulières.

Pendant ce temps, le 1*' corps atteignait Raucourt, et le 12% passant la Meuse à Mouzon, s'établissait sur la rive droite du fleuve, à cheval sur la route de Carignan.

N'est-il pas manifeste que la situation s'est aggravée depuis deux jours? Le 28, devant Buzancy, les Prussiens n'ont encore à opposer au 5® corps

' Villag^e a 4,500 mètres d'Oches.

que de la cavalerie et quelques pièces d'artillerie; mais, dès le 29, à Bois-des-Dames , ils mettent déjà en ligne de l'infanterie et une artillerie nombreuse ; c'est l'avant-garde d'une armée, qui tient en échec le 5* corps, de midi à sept heures du soir.

Quels enseignements faut-il tirer de ces faits ? — C'est que , tandis qu'une partie des forces allemandes nous contraint à lui faire face et à combattre, l'autre partie emploie ces heures de lutte pour marcher et nous devancer ; — c'est que nous sommes à la veille d'une solution qu'un efiPort prochain de l'ennemi va dégager de l'inconnu.

En effet, les armées allemandes ont mis à profit les journées des 27, 28 et 29 août *.

Pendant la journée du 27, la IV* armée a envoyé en reconnaissance :

Sur Grand-Pré , la v' division de cavalerie ;

Sur Vouziers , la vi* division ;

Sur Nouart et sur Buzancy, — où elle s'est sabrée

avec la cavalerie du 5* corps français, — la

cavalerie saxonne.

Le XIP corps , qui a mission de barrer le passage

de la Meuse à l'armée française , a pris position

à Dun et à Stenay ;

* RusTOw, la Guerre sur la frontière du Rhin, 1870-1871, et BoRBSTAEDT, Campagne de 1870-1871.

La garde à Montfaucon ; Le IV® corps à Fromeréville.

L'aile gauche de la III' armée a accentué son mouvement dans la direction de Vouziers; ses troupes se sont avancées :

La n* division de cavalerie sur Châlons ;

La rv* division de cavalerie sur Laval;

Le I" bavarois sur Nixéville ;

Le IP bavarois sur Dombasle ;

Le V* corps et la division wurtembergeoise sur

Daucourt (avec postes avancés à Sainte-Mene-

hould) ; Le VP corps sur Possesse ; Le XP corps sur la Neuville-aux-Bois.

Le 28, les corps de la IV* armée ont bivouaqué :

La cavalerie saxonne , à Nouart ;

La division de cavalerie de la garde, entre Re-

monville et Buzancy ; La garde , à Bantheville ; Le IV* corps , à Montfaucon ; Le XIP corps , derrière la Meuse.

Dans la IIP armée :

lia if division de cavalerie, qui a fait^comtne la veille , 50 kilomètres , est arrivée à Suippes ;

La rv* division à Laval ;

La V* et la vi* (mises à la disposition de la IIP armée , par le prince royal de Saxe) ont atteint :

La V*, Grand-Pré ;

La VI*, Vouziers, où elle a remplacé, dès le matin,

le T corps (Douay).

Le XV corps s'est rendii à Courtemont; Le V* corps et la division wurtembergeoise se

sont portés à Berzieux et à VilIe-sur-Tourbe ; Le II* bavarois, à Vienne-le-Château; Le P' bavarois , à Varennes ; Le VP corps , à Sainte-Menehould.

Enfin, le quartier général du prince royal de

Prusse s'est établi à Cernay; Celui du Roi , à Clermont.

Le 29, le prince royal de Saxe (IV* armée), qui a reçu l'ordre de se concentrer sur la rive gauche de la Meuse, dans le but de donner à la m* armée le temps de combiner avec lui un mouvement en avant, pour la journée du 30, fait passer la Meuse au XIP corps.

Après son combat à Bois-des-Dames contre le général de Failly,

Le XIP jcorps bivouaque près de Nouart et à

Beauclair; La garde , à Buzancy ;

Le IV* corps, à Remonville.

La cavalerie bat le pays autour des 5* et 7* corps français.

Le prince royal de Prusse (IIP armée) opère, à la même date , le mouvement suivant :

La II® division de cavalerie se porte sur Maure;

La IV*, sur Vouziers ;

La v*, sur Attigny;

La vi% sur Quatre-Champs.

Le V bavarois gagne Sommerance j

Le II* bavarois, Saint-Juvin;

Le V* corps , Grand-Pré ;

Le XI* corps, Monthois;

Le VI* corps, Varennes.

Le quartier général du prince royal de Prusse

est établi à Senuc ; Celui du Roi, à Grand-Pré.

Cette journée est pour les armées allemandes d'une importance capitale, puisque les V et IP corps bavarois (III* armée) viennent de faire leur jonction avec la IV' armée. Les princes de Prusse et de Saxe vont, désormais, pouvoir combiner tous leurs mouvements '•

' Voir la carte n» i.

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