‹ Histoire de la guerre de 1870-1871Chapitre 4 sur 25 · JOURNÉE DU · texte numérisé non relu

JOURNÉE DU

Voici les ordres nouveaux, transmis aux quatre corps de l'armée du maréchal Mac-Mahon , pour la journée du 28 * :

Le 7* corps ira camper à Nouart ; le 5* se dirigera sur Beauclair et prendra ainsi la droite de Farmée ; le 1*' corps, qui marche à notre gauche, remplacera, au Chesne, le 12*; et le 12* corps, qui forme Taile gauche, se rendra à la Besace ; la division de cavalerie Bonnemain prendra la route des Grandes- Armoises, et la division Margueritte, celle de Mouzon.

Le changement de front commença; mais, avant de nous engager dans la direction nouvelle, il fallait savoir ce qu'était devenu notre convoi et prendre toutes les mesures possibles pour lui permettre de nous rallier. Nous fîmes donc une grande halte sur le plateau de Quatre- Champs, que * balayaient , en ce moment, une pluie et un vent furieux. Là, nous apprîmes par un billet du lieutenant-colonel Davenet, qu'il était arrivé à Chagny, mais qu'en traversant le Chesne pendant la nuit, son convoi avait été

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coupé par celui du 12* corps. Un autre incident que nous apprîmes au même moment, c'est qu'une partie du convoi s'était trompée de direction et était allée à Terron. — La rappeler à nous, en lui faisant suivre un chemin direct reliant Terron à Quatre-Champs , eût été facile, car on nous donnait ce chemin comme très-praticable ' ; mais il n'était plus en notre pouvoir de disposer de son sort : un adjudant du ti*ain, nous ayant rencontrés sur la route de Quatre-Champs , avait pris sur lui d'en donner avis au chef de ce convoi , en lui conseillant de revenir sur Vouziers, pour prendre la route sur laquelle nous étions engagés. Or, Vouziers, à cette heure, était incontestablement occupé par l'ennemi dont on entendait au loin la fiisillade, et si la petite colonne de Terron était revenue sur Vouziers , elle était certainement tombée au pouvoir de l'ennemi, et avec elle, toutes nos forges d'artillerie ! Nous eûmes un moment d'angoisse. Heureusement , prévenu à temps par des paysans , le convoi s'était engagé dans le chemin de traverse conduisant à Quatre-Champs, et nous eûmes la grande joie de le voir tout à coup déboucher. Alors il fut décidé que cette partie de notre convoi resterait à Quatre-Champs, sous la protection de la 1'* division 9 qui attendrait pour se

' Voir la carte n* i*

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remettre en route l'arrivée du Keutenanl-colonel Davenet. On envoya aussitôt à celui-ci Tordre de se rabattre sur Quatre-Champs par le Chesne.

Ces dispositions arrêtées , nous prîmes la direction de Boult-aux-Bois avec la cavalerie et les autres divisions. La 3* fut laissée à Belleville, au haut de la côte, pour conserver notre communication avec Quatre-Champs, et nous prîmes ^ position avec la cavalerie et la 2* division à Boultaux-Bois * , observant le débouché de la Croixaux-Bois.

Ce jour-là, le convoi de vivres faisant défaut, Fintendance remplaça le pain par des pommes de terre achetées sur place ; mais les chevaux n'eurent pas leur ration d'avoine.

Pendant ce temps, le 5' corps, dont l'avantgarde (engagée depuis le matin , sur la route du Chesne) se hâtait de revenir, quittait Brieulles et Châtillon et reprenait la direction de Buzancy. Mais, arrivée près de cette ville, la cavalerie ayant signalé un corps allemand, le général de Failly eut la pensée d'un mouvement combiné

* M. Boulaire nous servait de guide. Habitant de ce village, connaissant admirablement le pays, M. Boulaire était venu mettre au service de Tarmëe son activité et son intelligent patriotisme. Il ne nous a quittés qu'à Sedan, après la catastrophe. Nous n'oublierons jamais l'abnégation de cet homme , dont la maison fut pillée après notre départ, qui fut presque ruiné, et qu'on n'entendit jamais se plaindre.

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avec le 7* corps, et il envoya demander à notre général s'il pouvait Tappuyer. La chose étant, comme on vient de le voir, absolument impossible , le général de Failly préféra ne point engager seul un combat qui l'eût contraint à ralentir sa marche, et eût pu compromettre son arrivée, en temps utile, à Stenay. Il obliqua donc sur la gauche, se dirigeant d'Harricourt, par Vaux- en-» Dieulet, sur Belval et sur Bois-des-Dames.

La brigade Nicolas (2* de la division Goze), « restée avec deux batteries etk 4' chasseurs à pied n en position à Harricourt, eut pour mission de » masquer et de couvrir ce mouvement. A cet >» effet, elle entretint, jusque vers dix heures du » soir, des feux dont l'étendue pût faire croire à la f> présence , sur ce point, de tout le 5* corps ; puis n se dérobant en silence, et dans une nuit sombre, n elle suivit les traces du corps d'armée, et à mi- » nuit elle arriva à Belval ' . »

La â* division était campée sur la position de Bois-des-Dames, sa droite appuyée à la ferme de Bellevue. Le quartier général était établi à la ferme d'Harbeaumont.

De son côté, le 1" corps (Ducrot) manœuvrait, non sans peine, pour conserver son équilibre compromis par les instructions de la dernière heure.

> Rapport du général baron Nicolas, commandant la 2* brn çade de la i'* division du 5* corps.

En exécution des ordres du grand quartier général, ses quatre divisions furent portées sur le Ghesne par deux routes parallèles. Ses bagages, qui avaient fait inutilement plusieurs lieues, furent arrêtés à Mazemy et rabattus vers le Ghesne par la route de Mézières et celle de Tourteron.

La division de cavalerie Bonnemain, déjà arrivée à la hauteur d'Amagne *, recevait Tordre d'aller camper entre Tannay et les Grandes- Armoises, et s'engageait également sur la route de Tourteron. Le 12* corps, en marche dans la direction de Mézières (le mouvement de sa cavalerie avait commencé à deux heures du matin), changeait de direction et se portait sur Stenay par les Grandes- Armoises et Stonne. A sept heures et demie du soir, ses dernières troupes prenaient position à la Besace.

En définitive, c'est une mauvaise journée pour notre armée, que celle du 28 août. Elle n'a point livré de combat, pas éprouvé de pertes, et cependant un grand malaise plane sur elle; chacun a le cœur serré, l'âme remplie d'appréhensions. On a comme le pressentiment que l'ennemi aura mis à profit nos incertitudes et tout le temps perdu !

D'ailleurs, la présence à Buzancy de ces troupes prêtes à en disputer l'entrée au 5* corps, n'est-elle

* Village à 11 kilomèfres de Rethel.

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pas la preuve non équivoque que les Allemands ont pris la résolution de nous barrer la Meuse? Ne savent-ils pas que notre aile droite a pour objectif Stenay, et tous leurs efforts n'ont-ils pas dû tendre à occuper, avant nous, ce point de passage du fleuve?

Le maréchal en a jugé ainsi , car les ordres de marche pour la journée du lendemain 29 août, qu'un officier du grand quartier général nous apporte à deux heures du matin, ne nous permettent plus de douter de l'avance que l'ennemi a sur nous : la direction de Stenay est abandonnée pour celle de Mouzon. C'est à Mouzon que le maréchal compte effectuer le passage de la Meuse.

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