‹ Histoire de la guerre de 1870-1871Chapitre 9 sur 25 · ARMÉES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

ARMÉES ALLEMANDES

P. — L'armée du prince royal de Saxe (armée de la Meuse) occupait les positions suivantes ^ .

Le corps de la garde était près de Carignan , sur la rive droite du Chiers; ses grand'gardes s'avançaient jusqu'à Pouru -aux-Bois.

' D'après le Rapport allemand. — Voir la cai-te n« 2.

Le XII* corps était à Mairy ; ses grand'gardes à Pouru-Saint-Remy ; ses patrouilles s'avançaient jusqu'à Francheval.

Le IV* corps était sur la rive gauche de la Meuse, à trois kilomètres environ de Rémilly.

Le quartier général du prince de Saxe était établi à Garignan.

2*. — L'armée du prince royal de Prusse (IIP armée) se trouvait établi :

Le V Bavarois à Rémilly; sa tète de colonne au pont de Bazeilles ;

Le IP Bavarois, à Raucourt;

Le V* corps, à Chehéi'y ;

Le XP corps, à Donchery, où, dans la journée, il a jeté deux ponts et commencé son passage sur la rive droite ;

La division vnirtembergeoise , à Boutancourt ; puis, dans la nuit, près de Dom-le-Mesnil, où elle jeta un pont.

Le VP corps bivouaquait à Semuy et à Attigny, prêt à se porter rapidement vers l'ouest, dans le cas où l'armée française tenterait de battre en retraite pendant la nuit. La cavalerie était échelonnée de Vouziers à Bouvellemont.

Le prince royal de Prusse s'était transporté à Chémery.

Chaque commandant en chef avait reçu des indications précises du Roi, et avait donné ses ordres pour l'attaque du lendemain.

Dans l'armée française, les instructions se bornaient à ce Jexte :

Défendre le mieux possible les positions sur lesquelles on se trouvait. La ligne de retraite , en prévision d'un insuccès, n'était pas indiquée. Il parait évident que le maréchal voulait, avant de prendre un parti, voir se dessiner les mouvements de Tennemi. Mais demain, il sera trop tard ' !

Acculée à une place sans défense et sans munitions, cernée par plus de 200,000 hommes, une artillerie plus nombreuse que la sienne et bien supérieure, notre armée, exténuée et démorali-

* C'était la conviction profonde du général Douay. C'était aussi l'avis du généra] du génie Doutrelaine et du colonel Bezia, son chef d'état-major. Mandés tous deux à la ferme de l'Algérie par le commandant en chef du 7* coips le 31 , à dix heures du soir : « Eh bien, que pensez-vous de la situation? • demanda le général Douay au général Doutrelaine. « Je pense, mon général, répondit celui-ci, que nous sommes perdus! > Et il s'exphqua.

Après avoir écouté attentivement le général Doutrelaine : « C'est aussi mon opinion, > lui dit le commandant du 7* corps; et il ajouta : « Il ne nous reste donc plus , mon cher Doutrelaine, qu'à faire de notre mieux avant de succomber... • •

sée, était fatalement condamnée à un désastre , si elle attendait le 1^ septembre dans les positions occupées par elle le 31 août.

Voilà pourtant où nous avaient conduits les dépêches arrivées de Paris au Chesne pendant la nuit du 27 au 28.

Arrêter l'armée dans sa retraite , le 28 au matin, pour lui faire reprendre la route de Montmédy, avec l'ennemi sur les talons, c'était l'exposer : ou à être écrasée entre les armées qu'elle allait chercher sous Metz et celles qui la suivaient, ou à être rejetée sur la frontière de Belgique avant d'avoir atteint Montmédy

Aussi, à partir du 28, l'armée française peutelle être considérée comme en perdition. Dès lors, chaque jour aggrave sa situation; Beaumont lui porte un tel coup , qu'elle est forcée de se jeter ters l'ouest, et la voici autour de Sedan. On a dit que l'armée du maréchal Mac-Mahon n'avait d'autre parti à prendre, pour échapper à une capitulation, que de se jeter en Belgique. Quitter le sol français sans avoir combattu? Cela était inadmissible. Mais n'aurait- on pu tenter, pendant la nuit, une retraite sur Mézières, après avoir donné aux troupes quelques heures de repos? Les chefs de corps, prévenus dès le soir, auraient pris leurs dispositions pour laisser derrière eux tout ce qui pouvait entraver leur marche, et pour

lever le camp à une heure du matin : le 7* corps, qui était le plus près de la route de Sedan à Mézières, aurait pris la tête de la colonne; le 12*, qui en était le plus éloigné, aurait formé Tarrièregarde; le général Vinoy, commandant le 13' corps d'armée, qui était arrivé dans la nuit du 30 au 31 à Mézières, et avait envoyé son aide de camp à Sedan, le 31 au matin, pour faire connaître au maréchal Mac-Mahon, et a au besoin à FEmpe- » reur, l'arrivée sur le théâtre des opérations, de » la tête de colonne du 13* corps, ainsi que les » dispositions prises par son chef, et pour rece- » voir leurs instructions et leurs ordres * » , aurait

* Dans son livre sur les Opérations du 13* corps et de la 3* armée, le général Vinoy donne des détails intéressants sur la mission de son aide de camp le capitaine de Sesmaisons.

Celui-ci partit de Mézières à huit heures du matin , par un train spécial, avec un détachement de zouaves destiné au 3® régiment. Entre Donchery et Sedan , « des pièces mises en n hatterie sur un mamelon situé entre Frénois et Donchery

» tirèrent sur le train Personne ne fut atteint En péné-

» trant dans la place par la porte et le fâuhourg de Torcy, le » capitaine de Sesmaisons vit très-distinctement sur les hau- » teurs voisines de Wadelincourt une forte colonne prussienne » composée de cavalerie, d'artillerie et surtout d'infanterie 9 » qui paraissait venir du Chesne et se diriger sur Mézières ou » sur Donchery. Il était alors neuf heures et demie du matin

• Le capitaine de Sesmaisons fut aussitôt admis devant l'Era- » pereur. Napoléon III s'enquit d'ahord des causes de la canonw nade qu'il avait entendue peu auparavant dans la direction

• de Donchery. Le capitaine, après avoir répondu sm^ ce point.

pu recevoir la mission de s'établir entre Mézières et Sedan dans une forte position , et de protéger la retraite le plus énergiquement possible.

n fit connaître à l'Empereur Tarrivëe de la tête de colonne du » 13' corps, ainsi que les dispositions prises par son comman- » dant en chef. Il était évident que Tennemi s'étant montré » aussi près de Mézières, les détachements diri(jés sur Poix, »» Rimog^ne et Flize (par ordre du g^énéral Vinoy), allaient se » trouver très -compromis. Le capitaine de Sesmaisons pria N donc TEmpereur de vouloir bien hâre parvenir immédiate- » ment au g^énéral Vinoy tous les renseig^nements que le quar- » tier général pouvait avoir sur la situation et de Tavertir qu'il K eût à ramener toutes ses troupes autour de Mézières. L'Em- » pereiu* lui remit aussitôt la dépêche suivante :

« Sedan , 10 heures matin.

» Les Prussiens s'avancent en force : concentrez toutes vos » troupes dans Mézières.

> Napoléon. »

• Toutefois, il fit observer au capitaine de Sesmaisons qu'il » ne donnait cet avis qu'à cause de l'urg^ence et de la difficulté n qu'il allait éprouver k rencontrer le maréchal Mac-Mahon, » qui, ayant seul le commandement en chef, devrait, dans n tous les cas, ratifier et approuver les dispositions prescrites, n pour qu'elles devinssent définitives. L'Empereur s'inquiéta n ensuite de la route que prendrait le capitaine de Sesmaisons » pour rejoindre Mézières, car il fallait renoncer à la voie » ferrée, à cause du feu trop rapproché de l'ennemi. L'Empe- » rem^ lui fit donner un des chevaux de l'état-major g^énéral, N et lui indiqua, en la traçant lui-même au crayon sur la carte, » la route que l'armée devait suivre le lendemain.

» C'était un chemin de ^ande communication récemment

Nous ne saurions prétendre que cette manœuvre fût sans périls, ni qu'elle dût assurer un succès

» ouvert entre Sedan et Vrig^e-aux-Bois , sur la rive droite de » la Meuse. L'Empereur ne doutait pas que ce chemin, qui ne » fig^urait pas encore sur la carte, ne fût inconnu de l'ennemi, w et il supposait par conséquent qu'il devait être reste libre. Le capitaine conclut, du reste, de cet entretien, que l'Empereur semblait admettre pour le lendemain, comme bien décidée ce jour-là même, la marche de l'armée sur Mézières, et cela dans la persuasion où il était que la rive droite de la Meuse ne pouvait être inquiétée.

» Cependant le capitaine de Sesmaisons parvint à rencontrer le maréchal de Mac-Mahon au moment où il visitait la citadellCr Le maréchal approuva les dispositions prescrites par l'Empereur : il voulut bien ensuite faire connaître à l'aide de camp du g^énéral Vinoy ses vues et ses impressions personnelles La résolution du maréchal semblait définitivement

arrêtée pour une marche de l'armée sur Mézières : il ne redoutait pas un mouvement des Prussiens sur ses derrières, persuadé qu'il était que, dans le cas où ce mouvement serait tenté, ses troupes pourraient écraser à temps le corps ennemi forcément peu nombreux qui cherchait à s'opposer à sa marche. Il pensait donc que ses communications demeureraient libres par la rive droite de la Meuse.

» Vers onze heures, le g^énéral Douay vint trouver le maréchal C'est à ce moment que le maréchal parut song^er à

une détermination différente : renonçant provisoirement à l'opinion qui avait d'abord prévalu dans son esprit et dans ses conseils, d'une retraite, alors encore possible, sur Mézières , il sembla préférer attendre l'ennemi et accepter la bataille.

» Le maréchal, après avoir demandé au capitaine à quel • moment le 13* corps serait prêt à agir et lui avoù* promis

complet, mais pouvait-on faire mieux? ^- Nous ne le pensons pas.

En tout cas, si on renonçait à la retraite, il n*y avait plus qu'un parti à prendre : c'était d'abandonner en toute hâte les positions qu'on occupait, pour aller s'établir sur celles qui dominent Saint- Menges, Fleigneux, lUy , d'où les Prussiens allaient nous écraser de leurs feux. Dans ces positions du moins, nous eussions combattu avec des chances incomparablement supérieures, et, après une grande bataille où le sang français eût largement payé sa dette, on eût pu songer à porter sur un territoire neutre ses armes et ses drapeaux.

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