AVANT-PROPOS
Une des plus pernicieuses maladies qui puissent ronger un peuple, c'est Voubli. Surtout Voubli des mauvais jours. Si la France de Napoléon III fut battue, c'est peut-être qu'elle ne se souvenait que de ses victoires. Oui fit au contraire Vunité de VAllemagne, sinon le souvenir cVIéna, au cœur blessé delà Prusse? Trop d'adolescents, chez nous, ignorent, — parce que trop de parents Vont oublié, — presque tout de la rude secousse, de V avertissement sanglant de 1870.
C'est un fait.
Cette histoire qui nous touche de si près, cette histoire pour laquelle nos pères sont morts sur les champs de bataille de Metz et de Sedan, dans les boues de la Loire ou les neiges de l'Est, cette histoire aux dures leçons, on la sait mal, ou on ne la sait plus.
Admettons que dans un certain nombre de communes , notamment celles qui eurent à souffrir de l'invasion, la mémoire en soit vivace. Presque partout néanmoins Voubli tombe, recouvre peu à peu ce passé si proche, — et si lointain ! — de sa cendre, de sa crasse. Oui, il faut prononcer ce mot, car un tel oubli n'est pas beau, n'est pas noble, n'est pas fier.
Userait indigne de vainqueurs. Il est coupable chez des vaincus. Non, certes, qu'il soit bon d'entretenir des idées de vengeance et de haine, non qu'il faille pousser à cette cruelle chose qu'est la guerre. Nul homme digne de ce nom n'oserait souhaiter, de gaité de cœur, le retour d'un