‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 18 sur 101 · BATAILLE DE WOERTH · texte numérisé non relu

BATAILLE DE WOERTH

tués, canons pris. Il immole sa réserve de cavalerie, la magnifique division de Bonnemains, fondue à la fournaise, l'espace d'un galop. Il immole le seul régiment qui n'ait pas encore donné, les tirailleurs réchappes de Wissembourg, qui se ruent, d'un élan fou.

C'est la fin. Il faut évacuer Frœschwiller, s'évader parla route de Reichshoffen. Il est cinq heures. Raoult est tué. Plus de 10 000 cadavres ou blessés français couvrent le sol, 6 000 hommes se rendent prisonniers. Ducrot, avec le reste de sa vaillante division, a beau couvrir un semblant de retraite, Guyot de Lespart, arrivé enfin, arrêter un semblant de poursuite. Les vainqueurs sont si las qu'après avoir salué de leurs hurrahs le Prince Royal parcourant les rangs, ils s'abattent, se couchent sur place, où gisent 10000 des leurs. On comptera demain le butin,: 1 aigle, 28 canons, 5 mitrailleuses, 91 caissons, 28 fourgons do munitions, 150 voitures, 1 200 chevaux...

Quant aux vaincus, ils sont si profondément démoralisés qu'ils roulent, bandes éparses, toute la nuit, vers Saverne. 4000 fuyards gagnent Strasbourg. Il n'y a plus ni généraux, ni soldats. C'est une cohue abrutie, alfamée, un pêle-mêle sans nom d'êtres humains, de chevaux, de canons, de voitures. Ombre d'armée, commandée par une ombre.

L'Alsace? Il faut en faire son deuil. Va-t-on s'arc-bouter du moins aux passages des Vosges ?... Mais Mac-Mahon, dans ce désastre imprévu, semble avoir perdu jusqu'à l'esprit. Un seul instinct : aller se reformer, à l'abri, le plus loin possible... Il entraîne Failly dans sa déroute. Et voilà le pays saignant, la brèche ouverte à l'invasion.

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