MAC-MAHON
Frœschwillor et d'Elsasshausen, refluaient en désordre du Niederwald, repassaient la rivière. Même Hartmann, sur l'ordre du Prince Royal, retirait de la lutte le IP corps bavarois. Les Allemands n'avaient pu enlever nne seule hauteur, ne gardaient que leur débouché de Wœrlh, et encore conquis sans résistance.
C'était le moment de foncer sur ces avant-gardes flottantes, de les rejeter sur le gros, d'écraser le II" corps bavarois. Mac-Mahon n'y songe pas, non plus qu'à une retraite que rien ne semble d'ailleurs à ses yeux justifier. Les épaisses masses qui devant lui, invisibles, se hâtent, la formidable poussée de ces 126000 hommes et de ces 300 canons, qui vont le balayer, lui, ses 45 000 hommes et ses 120 pièces, pas un instant il ne les soupçonne. Il ne songe pas davantage à donner de nouveaux ordres à de Failly, à précipiter la lente marche de Guyot de Lespart.
Pourtant le feu de notre artillerie diminuait. Les batteries allemandes, des plateaux adverses, foudroyaient nos troupes. Lariigue se lançait contre Gunstett sans succès. Avec une solidarité puissante, les trois corps ennemis revenaient à la charge. A une heure enfin, le Prince Royal arrivait sur le champ de bataille, engageait à fond toutes ses troupes. La retraite serait honorable, indiquée, nécessaire. Mais le héros de Malakolf n'est pas un habile; c'est un brave. 11 ne connaît qu'une manœuvre : faire face, et, s'il le faut, tomber. Il est resté l'homme de son admirable mol, sur le bastion miné de Malakofl' : « J'y suis, j'y reste ». Il est, comme tous les maréchaux d'alors, un excellent et valeu-
BATAILLE DE WœRTII.
reux divisionnaire, un exécrable commandant en chef. Il sacrifie son armée, risque imperturbablement sa vie. Il n'oublie que la vraie sacrifiée, la France.
Donc, on va tenter — il est bien temps — d'occuper
BATAILLE DE AVCERTH OU DE FRCESCHWILLER ^6 aoÛt).
Wœrth, où déjà sont venus se faire écraser, vers midi, les zouaves de Lhérillier. Mais tout le Y" corps est là, dégorge à flots pressés, s'élève insensiblement sur les pentes, s'enracine enfin en face de Frœschwiller et d'Elsasshaasen. A droite, Lartigue, débordé, plie sous le choc des milliers de Prussiens qui pénètrent dans le Niederwald, barricadent Morsbronn. Toute la division va être rompue, émiettée. Lartigue fait appel aux cuirassiers de Michel .
« Allez ! dit-il à l'un des colonels, et faites comme à Waterloo. » Le général Michel s'élance, l'épée haute, au cri de « Vive la France! » La charge sonne; avec deux escadrons de lanciers, les lourds régiments s'ébranlent. A travers un affreux terrain de fossés, de talus, dans le hérissement des houblonnières, ils galopent, sous les feux croisés de l'infanterie, les obus pleuvant de Gunstett. Ils s'engouffrent dans Morsbronn, le piège des rues barricadées, la fusillade des fenêtres. Les balles sonnent comme grêle sur les cuirasses. Les cavaliers, les chevaux morts jonchent le sol. A la sortie, un régiment frais de hussards prussiens fond sur les survivants, les anéantit. La brigade Michel a vécu.
Reformée, notre droite, malgré les efforts des turcos, des chasseurs, des zouaves, doit céder, reculer pied à pied. Pêle-mêle maintenant, Larligue, Conseil-Dumesnil, Pellé, Raoult s'agrippent, après le Niederwald envahi, à Elsasshausen incendié. Ressac sanglant, flux et reflux héroïques, lutte stérile de géants... Les deux corps prussiens, les deux corps bavarois, les Wurtembergeois montent à l'assaut de Frœschwiller.
Plutôt que de reculer d'un pas, Mac-Mahon perd pied, s'enfonce dans son entêtement stoïque... Qu'aUcnd-il? Que Failly, occupé à Bitche... Mais il ne lui a télégraphié aucun ordre, ne lui a réclamé aucun secours... Que du moins Guyot de Lespart... Mais alors pourquoi ne pas l'appeler, bien vite, à lui?... Le maréchal, comme frappé de stupeur, ne semblait se préoccuper que d'une chose, prolonger coûte que coûte son rêve fuyant de victoire, letarder, à force de sacrifices, la seconde de l'écroulement définitif.
Pour gagner une demi-heure, et (ont perdre, il immole •sa réserve d'artillerie, chevaux aussitôt culbutés, servants