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LE 4 SEPTEMBRE A PARIS

leur d'un livre célèbre sur les vices de l'armée française en 1867, et demeure en 1870 magister bavard, intarissable. Il est bien à sa place à la tête du Conseil, c'est l'avocat général.

Défauts de nature qui n'eussent été que des ridicules, si ce Breton mystique avait eu seulement foi. Mais d'avance il se vit battu, et c'était le plus sur moyen de l'être. 11 s'obstinait à désespérer de Paris, espérait par contre en sainte Geneviève, patronne de Lutèce. « On ne tiendra pas quinze jours », pensait-il, et de quinzaine en quinzaine il attendait, avec une éloquente résignation, l'instant de tkochu

choir. Et ce chrétien qui pas une fois ne songea au précepte « Aide-toi, le ciel t'aidera », ce brave soldat, ce sage intègre fut un homme funeste.

Paris cependant s'apprêtait. Par les soins du ministère Palikao, des approvisionnements considérables avaient été amassés, des parcs à bestiaux établis dans les jardins et sur les talus des fortifications ; 200 pièces de gros calibre, venues des côtes, complétaient l'innombrable armement de l'enceinte et de sa ceinture de forts; 14 000 marins, troupe dévouée et solide, y servaient comme à bord, tandis que dans la banlieue immédiate et les murs, une armée immense, qui devait comprendre plus de 650000 hommes, s'organisait.

Un seul corps était alors en entier, le 13^, que Vinoy, par une habile retraite, avait su ramener de Mézières, échappant, après le désastre de Sedan, à la poursuite du IV corps prussien et de deux divisions de cavalerie. Au 13'= figuraient les deux seuls régiments qui survécussent de l'ancienne armée, orgueil de Lebœuf et de Napoléon,

aujourd'hui toute dans les prisons d'Allemagne ou la geôle de Metz. Le 14« corps, — général Renault, un vétéran d'Afrique, — se i'ormait à peine.

Trochu choisit comme général en chef son ami, l'énergique Ducrot qui, évadé de Sedan, lui parut, quoique moins ancien que le brave Vinoy, plus qualifié ; et dès le début, l'unité de commandement clocha.

En dehors des lignards qui ne s'élevèrent pas à plus de 80000 hommes, environ 115 000 mobiles moins aguerris encore, tant de la Seine que de tous les départements, enlraient en compte. Ils avaient la faculté, abus qu'on supprima bientôt, d'élire leurs chefs. Et sans doute beaucoup étaient novices, fainéants, indisciplinés, car on s'en était remis jusque-là aux troupes de métier, et l'on ne peut en un jour s'improviser soldat ! Sans doute tous étaient, non sans quelque raison, suspects aux généraux, car, vieux et sortant des rangs ou de leur reiraite, ceux-ci ne pouvaient se faire à ces événements imprévus et à ces hommes nouveaux. Tl y avait pourtant là des éléments excellents, qui demeurèrent inutilisés.

Mais c'est dans la garde nationale, plus encore que dans la mobile, qu'on vit grandir le déplorable malentendu. « Elle comprenait d'abord 60 bataillons, animés du meilleur esprit (1); elle finit par compter "28.3 bataillons ou 344000 hommes, et ne fut plus qu'une cohue, où se trouvaient des enfants et des vieillards, des vagabonds, des repris de justice. » Pourtant cette cohue, que pendant tout le siège un brûlant désir d'activité dévora en pure perte, est la même qui sous la Commune se battit avec tant de bravoure. Nul doute qu'employée, aguerrie, disciplinée dès le début, elle n'eût été, contre les Prussiens, la force

(1) Chuquet, La Guerre de 1S70-7I.

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redoutable qu'elle devait se montrer, contre des Français, trois mois après.. Au reste, les quelques régiments de gardes nationaux mobilisés, qui, de vingt-cinq à quarante ans, furent prélevés à raison de quatre compagnies par bataillon, surent prouver, à Buzenval, ce qu'on pouvait, ce qu'on devait attendre de Paris.

Ainsi l'énorme ville, où une foule de corps francs s'assemblaient encore, bouillonnait dans une agitation confuse. On se préparait au siège, sans que la plupart crussent à sa durée, et plusieurs à sa possibilité même.

Déjà les Allemands étaient aux portes.

L'armée de la Meuse et la HT armée, dès le 3 septembre, avaient reçu les ordres de marche et s'étaient aussitôt ébranlées, sur un très vaste front. Si, le 5, Montmédy repoussait un coup de main, le 4, le VP corps allemand était entré à Reims sans défense, et, le 8, Laon et sa citadelle capitulaient sans avoir tiré un seul coup de canon, — si bien que le garde d'artillerie Henriot, révolté, faisait, à l'entrée du grand-duc de Mecklembourg, sauter la poudrière, dont l'explosion tuait plus de 100 ennemis, avec 300 des nôtres. Du 17 au 19 septembre enfin, le Prince Royal et le prince de Saxe arrivaient, et sur un immense cercle de 80 kilomètres établissaient audacieusement leur frêle cordon d'investissement, au début 122660 hommes seulement, avec 24325 chevaux et 622 canons.

En vain, de la hauteur de Châtillon, Ducrot avec le Ih." corps essayait-il de tomber sur le flanc du N" corps prussien et du IP bavarois, qui longeaient la Bièvre, gagnaient Versailles. Aux premiers obus, nos recrues, zouaves seulement par l'habit, lâchaient pied, fuyaient dans une affreuse panique jusqu'aux portes, jusqu'à travers les rues. L'artillerie avait beau vaillamment tenir tête,

elle 15" de marche résister des heures au Plessis-Piquei, lesdivisions Caussadeet Maussion pliaient, l'unequittant Bagneux, et l'autre rentrant de son chef à Paris. Ducrot désespéré, ne recevant ni munitions ni renforts, dut évacuer le plateau. Trochu fit du coup abandonner toutes les redoutes extérieures, ébauchées à peine, et sauter les ponts. Excessive prudence. On ne garda que les ponts d'Asnières et de Neuilly, les forts et le mont Valérien. Le soir même, Tarmée du Prince Royal de Saxe était campée, au nord, de Saint-Germain à la Marne, et se reliait entre Marne et Seine, par la division wurtembergeoise, à l'armée du Prince Royal. Celle-ci barrait de Choisy-le-Roi à Bougival, occupait les hauteurs de Châtillon, de Clamarl, de Meudon, positions inestimables conquises presque sans combat, et d'où elle dominait les forts du sud.

Quelques jours avant, le Gouvernement avait délégué à Tours trois de ses membres, Crémieux, l'amiral Fourichon et Glais-Bizoin, pour organiser la défense en province, maintenir les relations avec les puissances étrangères. En môme temps Thiers, ambassadeur officieux, parcourait l'Europe, cherchant en vain de Londres à Saint-Pétersbourg, de Vienne à Florence, à réchauffer des sympathies glacées par le malheur.

La France n'avait plus à compter que sur elle. Jules Favre venait, en effet, de se heurter (19-20 septembre), dans une entrevue à Ferrières, aux exigences voraces de Bismarck. Le Chanceherde fer n'imposait rien moins, avant tout armistice, que ces conditions inacceptables, tant qu'il y aurait des soldats et des armes : red-

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