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LE 4 SEPTEMBRE A PARIS

Nous ne sommes pas au pouvoir, disaient-ils, mais au combat. » Et ils rappelaient encore les souvenirs de 1792. « Aujourd'hui comme alors, le nom de République veut dire : Union intime de l'Armée et du Peuple pour la défense de la Patrie... Que chaque Français reçoive ou prenne un fusil, écrit Gambetta aux préfets, et qu'il se mette à la disposition de l'autorité, La Patrie est en danger ! »... Un décret, que les événements rapportaient presque aussitôt, fixait au 16 octobre les élections d'une Assemblée nationale constituante. La botte allemande renversa les urnes.

En allendant, on jurait de ne céder jamais « ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses ». Et certes, il n'a pas dépendu du grand cœur de Gambetta que cette parole ne fût tenue.

Moment terrible. Tout est à créer, et sur-le-champ.

Or, si la nation est secouée, parcourue d'élans qui, cinq mois durant, vont attester sa vitalité profonde et ses vieilles vertus guerrières, si plus de GOOOOO hommes sont par Gambetta successivement armés, jetés à l'ennemi, la masse du pays, dissolue par l'Empire, pénétrée d'un goût croissant de luxe et de lucre, n'en est pas moins hostile, non à l'Allemand, mais à se défendre contre l'Allemand. Les campagnes, enrichies de la veille, ne songeront bientôt qu'à voir cesser le sanglant cauchemar. On est, en province, jaloux de Paris ; on y supporte assez mal ce gouvernement où la Capitale seule est représentée ; partout, c'est le désarroi, la surprise des partis : la plupart doutent de l'efficacité de la résistance, songent moins auxmoyensde prolonger la guerre qu'à ceux d'accommoder la paix à leur goût personnel : orléaniste, bonapartiste ou royaliste. La République, ardemment servie par quelques-uns, est suspecte à beaucoup, travaillée elle-

même de ferments révolutionnaires. ^larseille, Lyon ont des tendances séparatistes. Une >< Ligue du ]Midi » s'ébauche.

Paris enfin, ce grand Paris, son peuple admirable, ses ressources infinies, sa foi ardente, la bonne volonté de ses maîtres, tout cela ne se galvanise également qu'à demi, non point manque d'hommes, ici, mais d'un homme. Cependant la grandeur de cette lutte improvisée, qui de septembre à janvier se déroule, est telle que le monde s'étonne, gardera, pour la vaincue, crainte et respect. « Aucune nation, avoue ensuite un général allemand, n'aurait été capable de faire ce que la France a fait. »

Suivons ces fastes qui en dépit de tant de revers restèrent héroïques, et où, comme les soldats de l'armée impériale, les volontaires et les recrues de la République se montrèrent dignes d'un meilleur destin. Il nous faudra souvent passer d'un théâtre d'opérations à l'autre, car toute la guerre est là, dans cette dispersion d'efforts, cette dualité de la lente Province, convergeant vers Paris, sous l'énergique élan de Gambetta, et de Paris ardemment tourné vers la Province, mais tenu en bride, aux mains hésitantes de Trochu et de Favre.

Le Président du Gouvernement, généralissime, était pourtant un officier d'état-major des plus brillants; sang" froid, bravoure, intelligence ornée, sens critique le plus fin, rien ne lui manque pour être en temps ordinaire un citoyen modèle, et tout, pour être l'homme d'action militaire qu'exigeaient ces temps troublés. Il est la sagesse, le désintéressement, mais aussi, sous des dehors modestes, la présomption en personne. Où il faudrait de l'énergie matérielle, il ne rêve que force morale, celle dont lui semblent pleins ses discours et ses écrits. Car il est l'au-

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