LA PROVINCE
Témoin, en attendant mieux ou pire, le sauvage massacre, en août, d'inoflensifs mobiles prisonniers, à Passavant ; témoin les représailles sanglantes partout terrorisant les villages d'où part un seul coup de fusil! les notables arrachés brutalement des villes, allant croupir au fond de lointaines forteresses allemandes ! le meurtre des francs-tireurs traqués comme j>--^..,^
des bêtes ! témoin l'incendie récent d'Ablis.
Les 2^ 4" et 6*^ divisions de cavalerie, qui dans les premiers jours d'octobre avaient eu plusieurs engagements à Épernon, Maintenon, Toury, venaient d'être, ainsi que la 22'' division prussienne, détachées aux ordres de Von der Tann, qui, ^^^,ole de la forge. avec le I" corps bavarois, réserve unique des armées sous Paris, marchait aux troupes de La Motte-Rouge. Le 15" corps, soi-disant prêt, venait en effet de franchir la Loire, s'avançait au delà d'Orléans.
Le 7 octobre, des francs-tireurs surprennent à Ablis une compagnie bavaroise et un escadron de hussards, emmènent 70 prisonniers. Le 8, le général Von Schmidt revient avec toute une division, brûle méthodiquement le village entier,
La tache noire se répand. Le 10, Von der Tann bat à Arlenay l'avant-garde de La Motte-Rouge, la repousse en désordre dans la forêt d'Orléans ; le 15'' corps repasse précipitamment la Loire, et le soir du 11, les Bavarois entrent dans Orléans, après une lutte tenace, une vraie bataille contre une douzaine de mille hommes, qui, chargés de couvrir la retraite, défendent avec acharnement Ormes, Saran, Bel-Air, reculent pied à pied à travers
vignes et bois, jusqu'à la gare des Aubrays, jusqu'au remblai du chemin de Ter, jusqu'au faubourg Saint-Jean, jusqu'à la barrière de l'octroi enfin, que les vainqueurs n'emportaient qu'à cinq heures du soir, avec de longs hurrahs.
Orléans aux Allemands, l'invasion s'étendait au Nord jusqu'à l'Andelle et à l'Eure, couvrait au Sud jusqu'à la Loire.
C'est alors que Gambetta surgit, sinon pour le salut, du moins pour l'immortel honneur de la France.
Le jeune ministre a trente- deux ans. Élu député à Paris et à Marseille, c'était hier un avocat, déjà célèbre par son opposition contre l'Empire.
Rien ne présageait pourtant encore son grand destin. Fils d'un Génois, d'un petit épicier établi à Gahors, il s'était lait, instruit lui-même, mettant au service d'une mémoire cha-