‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 92 sur 101 · RETRAITE SUR PONTARLIER · texte numérisé non relu

RETRAITE SUR PONTARLIER

lequel la municipalité hissait peureusement le drapeau blanc, suppliait k commandant français de cesser le feu, pour épargner la fortune et la vie des habitants. Au bruit de cette occupation, l'une des trois divisions de Crémer s'était repliée; les autres avaient gagné Pontarlier, abandonnant du coup la route de Champagnole, que^ le 28 seulement, les avant-gardes de Fransecky interceptaient. Il n'y avait plus d'ouverte que la voie de Mouthe, par les deux étroits chemins de Saint-Laurent et de la Ghapelleaux-Bois.

Un irréparable malheur nous les fermait.

Ce même 28 janvier au soir, Paris étant à bout de vivres, Jules Favre signait, avec la capitulation, un armistice de vingt et un jours. Mais, soucieux seulement des intérêts de la Capitale, il se laissait arracher par Bismarck une clause criminelle, qui laissait aux vainqueurs tout le temps d'anéantir l'armée de l'Est et de prendre Belfort : les départements de la Côte-d'Or, du Doubs et du Jura étaient exclus de l'armistice ! Enfin, pour achever cet acte inqualifiable, il omettait d'en avertir Gambetta, dans le télégramme de notification.

Clinchant, à peine arrivé à Pontarlier, en avait détaché Crémer avec de la cavalerie, pour s'assurer la voie de Mouthe et les défilés qui la commandent. Mais Fransecky, repoussant aux Planches et à Nozeroy les troupes de Crémer, le rejetait vers Saint-Laurent, barrait l'avantdernier passage... En même temps l'avant-garde de Zastrow bousculait les débris du 15" corps, et, ne perdant que 7 hommes, faisait prisonnière à Sombacourt la division Dastugue presque entière (2 généraux, 2 100 hommes, 10 canons, 7 mitrailleuses, 48 voitures, 319 chevaux, 3500 fusils). A Chaffois la division Thornton se défendait mieux, quand, apprenant la conclusion de l'armistice,

soudain elle s'arrêta de combattre. Mais les Allemands poursuivaient, désarmaient 1 800 hommes.

Partout, au mot magique : armistice! les fusils tombaient des mains. Cette foule traquée, qui préférait se laisser prendre plutôt que de continuer la lutte, respira, vit la fin de son supplice... Clinchant aussitôt d'envoyer à Manteufïel un parlementaire, de télégraphier à Gambetta, qui, sur la foi du néfaste télégramme de Favre, confirma la nouvelle. On est le soir du 29 janvier, mais le quartier général prussien est à 28 kilomètres, par des chemins impossibles. C'est le 31 au matin seulement que la réponse parvient : un dur refus du vainqueur; il n'a connaissance de rien! Pas d'armistice pour l'armée de l'Est... Et tandis que, le 30, Clinchant et l'armée immobiles espéraient, Fransecky impitoyablement avançait vers le sud, tranchait, aux Granges-Mariés, la dernière issue, le sentier de la Chapelle-aux-Bois.

Les tenailles s'étaient refermées.

Manteuffel maintenant se concentrait, pour foncer définitivement sur ces masses inertes, qu'on était las de ramasser, prisonnières en détail. C'était regorgement certain, inutile. Clinchant préféra conserver à la France toutes ces pauvres vies. Il concluait, le 31, avec le général Herzog, commandant des troupes suisses, la convention des Verrières, et le l'^'' février, laissant derrière lui 15000 prisonniers et un matériel considérable, il traversait la frontière avec son immense et tragique troupeau. L'inépuisable charité suisse allait s'ingénier à soulager tant de maux.

Un éclair de gloire illumina du moins la dernière heure. Montrant que tant vaut le chef, tant vaut la troupe, la réserve générale, division Pallu de La lîarrière, et des fractions du IS" corps, au (h'>filé de la (".hi/.ect au fort

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