‹ Histoire de la Guerre de 1870-71Chapitre 91 sur 101 · RETRAITE SUR PONTARLIER · texte numérisé non relu

RETRAITE SUR PONTARLIER

chemin. Sans doute, l'idée de mourir en soldat lui étaitelle venue ?

Toute la journée du 26 s'usait, pour le IS^ corps, à retraverser Besançon, à fendre en sens inverse, sur une longueur de quelques kilomètres, l'affreux pêle-mêle des convois ; Bourbaki, désespéré, faisait lui-même sur la route la police des voitures. Le soir enfin, après-avoir dicté les ordres du lendemain, prescrit le départ pour Salins, il abdiquait une tâche au-dessus de ses forces. Il tenta de se suicider d'un coup de revolver dans la tempe. Mais la balle glissait comme sur une plaque de fonte... Il dut survivre à son malheur.

A l'heure où il essayait d'échapper à cette ruine de l'armée, que ni sa vaillance ni son dévouement n'avaient pu conjurer, et que des fatalités implacables avaient causée plus que ses propres indécisions, — Bourbaki ne commandait déjà plus. Un télégramme de Freycinet l'avait remplacé par Clinchant.

Les événements des derniers jours avaient dessillé les yeux du Délégué, qui de Bordeaux se rendait mal compte, jugeant Garibaldi « décidément notre premier général », conseillant à Bourbaki des marches impossibles. Au mot de Pontarlier il avait enfin vu clair; il dégageait sa responsabilité en rappelant de Serres; il ordonnait à Crouzat, commandant à Lyon, de faire une diversion sur Lons-le- Saulnier avec « une promptitude foudroyante » ; il s'adressait « au grand cœur de Garibaldi », à « son génie » pour qu'il intervînt vers Dole, Mouchard.... Mais qu'eût pu Crouzat ? Que pouvait le vain secours de quelques francstireurs, dirigés sur DôIe ?

L'armée de l'Est était perdue

Clinchant, le 27, l'engageait sur les pentes du Jura.

Son espoir était de tenir à Pontarlier, d'y prolonger

une guerre de montagnes. Mais avec quoi ? il ne commandait qu'à une foule en haillons, où, à part quelques bien rares unités, il n'y avait plus ni grades, ni rangs, rien qu'une immense cohue d'uniformes mélangés, qui le long des routes montantes s'élevait en gémissant, gravissait l'indicible calvaire. Autour de Besançon, où deux divisions étaient laissées, plus de 30000 isolés et traînards s'éparpillaient, maraudant et pillant. Le reste, plus de 100000 hommes confondus, cheminait dans la neige, sans rien d'humain que la faculté de soulTrir, qui s'atrophiait elle-même.

La misère passait les forces. On piétinait comme un bétail, à moins qu'on ne se laissât choir pour mourir sur place, de faim, de fatigue, et de froid. Une longue toux — poitrines en feu, membres glacés — secouait les colonnes, leur serpentement noir, à l'infini, entre des murs de neige. Seconde retraite de Russie, dont l'horreur égalait l'autre. C'était une chose étrange que les chevaux affamés, se rongeant queue et crinière, mangeant le bois. Spectres au poil bourru, glacé de givre. Ils crevaient par centaines.

On n'était soutenu que par l'idée de la Suisse proche, havre de repos, vers lequel des malheureux poussaient déjà. Le 28 janvier au soir, on atteignait les environs de Pontarlier.

Mais, à celle heure, l'une des deux seules routes cpii le loug de la frontière suisse permisseut de se glisser à travers les blancs massifs, de Pontarliervers Saint-Claude, la roule de Champagnole, était coupée. Le 20, Fransecky (IL corps) était entre à Arbois évacué, et avait conquis Salins, après un court coud)at d'artillerie contre les forts, pendant

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