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LA GUERRE SPIRITUELLE

Les Anabaptistes sont des chrétiens radicaux, les républicains socialistes du XVI* siècle, sortis des Luthériens et des Zwingliens. On les appelle Anabaptistes, c’est-à-dire Rebaptisants ou Rebaptiseurs (Wiedertaüfer) parce que, selon une de leurs doctrines, le baptême est un sacrilège, s’il n’est pas précédé par la foi. Considérant donc le baptême de l’enfant comme nul de soi, ils se rebaptisaient et ce rebaptême leur paraissait obligatoire, comme nouveau signe d’alliance et de régénération sociale.

Le commencement de la Guerre des Anabaptistes coïncide avec la Guerre des Paysans, dont ils furent en partie les chefs, et dont j’ai recueilli les documents dans un volume. Mais elle n'a pas cessé un jour, même après la défaite des paysans (1525 et 1528), jusqu’après la catastrophe de Munster (1535), et pendant ces dix ans elle a coûté la vie à plus de cent mille êtres humains, dont un grand nombre de

femmes et d’enfants. Semblable à une épidémie contagieuse, elle a éclaté tour à tour en Saxe, en Suisse, en Alsace, en Thuringe, en Bohême, en Silésie, en Prusse, en Suède, en Danemark, et en dernier lieu en Westphalie et en Hollande.

A peine la croyait-on étouffée dans un pays , qu’elle éclatait, plus violente, plus irrésistible dans un autre, à deux cents lieues de là, et quand, à la fin, l’anabaptisme fut vaincu, grâce à la coalition des Catholiques et des Luthériens de tout l'empire germanique, les vainqueurs s’entr’égorgèrent et s’exterminèrent les uns les autres dans toute l’Europe, pendant plus d’un siècle, au nom du vrai Christ et de la vraie foi !

Dans ses débuts, la Querre des Anabaptistes est une guerre spirituelle et scolastique. Avant de se transformer en faits sociaux, avant de s’écrire avec du sang, elle a fait verser des torrents d’encre, depuis la Suisse et l’Alsace jusqu’à la Hollande, jusqu’à la Suède et à la Bohême. A lire ces interminables discussions sur la grâce, le baptême, le pardon, le Saint-Esprit, l’Eucharistie et le Christ, on dirait qu’il ne s’agit que de principes abstraits agités dans une assemblée de docteurs et de saints. Il n’en est rien. Sous ces dénominations scolastiques, derrière ces tournois théologiques, ressuscités du temps des rabbins et des docteurs de la synagogue, se joue le sort des empires et des nations. Toute la société politique, toutes les monarchies catholiques et protestantes d’alors devaient disparaître sous des mots abstraits dont la signifi-

cation ésotérique n’était d'abord connue que des initiés.

Etablissons d’abord les points principaux de discorde entre les Catholiques, les Luthériens et les Anabaptistes. Ils sont nombreux. Je vais les réduire à trois. Le rôle de l’historien est, non-seulement d’éclaircir les faits par les lumières de la raison, de les subordonner aux principes, mais encore de les concréter, de les synthétiser , ou si l’on aime mieux, de les résumer selon l’esprit, avec ordre et clarté.

J’essaierai en même temps d’expliquer comment de tant de vertus, de tant de martyres n’ont jailli que crimes et avortements! Comment l’homme, si supérieur qu’il soit, dès qu’il quitte la voie de la raison — conduisant seule à Dieu, parce que seule elle fait connaître ses lois — n’aboutit qu’à des erreurs qui, sembables aux maladies innombrables contre la santé une , se comptent par milliers contre la vérité une et n’enfantent que des horreurs!

Le premier point — ce fut et c’est encore le point pivotai de la société, — c’est le pardon , ou comme les Allemands théologiques d’alors l’appelaient : la Justification. (Rechtfertigung.)

On sait que Luther a commencé ses attaques contre la papauté en fulminant contre les indulgences payées. Dans sa doctrine primitive — plus tard il a varié — il avait remplacé ce principe de pardon par la foi. Pour être pardonné, selon Lu- . ther, il faut croire en Jésus, il faut avoir foi en lui, l’oeuvre humaine n’étant jamais exemple de péché. C’est la doctrine de saint Paul dans toute sa finas-

sérié rabbinique et talmudique. Saint Jacques, au contraire, exigeait la bonne œuvre, selon un autre rabbin, disant : « La foi n'est rien sans l'œuvre. » Et de même que le Talmud, il y a douze siècles, disait : « Tout est dans la main de l'homme, excepté la foi qui vient de Dieu, » de même Luther disait que la foi était une grâce divine. En d’autres termes, Luther croyait que l’homme était né dans le péché, qu’il ne pouvait arriver au salut que par la foi en Jésus, et que l’œuvre, étant toujours entachée de péché, ne suffisait pas pour que l’ouvrier fût pardonné.

A cela les Anabaptistes répondaient qu’il ne valait pas la peine d’attaquer les indulgences, si l’on peut obtenir le pardon par la foi. Dans leur crudité, ils disaient qu’au fond ce n’était qu'un pardon à meilleur marché, que mieux vaudrait encore le payer argent comptant, la foi ne coûtant rien.

Ils proclamèrent donc qu’il fallait absolument la bonne œuvre. Que la foi sans l’œuvre n’était qu’une comédie lugubre. Qu’il fallait que le chrétien fût régénéré et qu’avant la régénération intérieure, il n’était pas digne de recevoir le baptême.

Si les Anabaptistes s’étaient tenus dans ces limites, leur victoire eût été certaine. Les amis et les collaborateurs de Luther même, tels que Carlstadt et Cellarius, opinaient à cet égard avec Munzer contre Luther. Mais poussant ces principes jusqu’aux conséquences extrêmes, ils arrivèrent logiquement à des erreurs qui devaient leur être fatales.

Voici ces erreurs :

Les chrétiens régénérés par l’œuvre doivent former une assemblée de saints, pour fonder le règne du Christ sur la terre. L’esprit n’a été donné à l’homme que pour tuer la chair et la diviniser. Au lieu de prendre l’homme tel qu’il est, un corps servant, par l’exercice des organes, les plans de la raison et s’assurant par la même raison la jouissance légitime de tous les bonheurs, — semblable aux rails du chemin réglant et assurant les mouvements d’une locomotive — ils rêvèrent un homme régénéré, entièrement libre par l’esprit du Christ, une espèce d’ange terrestre, une société de saints sans autorité, se gouvernant exclusivement par le verbe, jamais par le glaive et vivant, comme les premiers apôtres, en parfaite communauté de biens.

Les premiers Anabaptistes étaient de sévères monogames, condamnant à mort tout adultère et toute fornication. Mais avec la communauté des biens, la communauté des femmes est inévitable. Les erreurs s’engrènent l’une l’autre. La logique est aussi puissante dans le mal que dans le bien. Nul pouvoir humain ne tirera d’une erreur spirituelle un bienfait matériel. Toujours les roses produiront des roses et les chardons des chardons.

Le principe de régénération par le rebaptême condamnait tout gouvernement basé sur le glaive.

Là est la cause de la guerre d’extermination que Catholiques et Luthériens ont déclarée aux Anabaptistes. N’admettant qu’un verbe sans glaive, ils attaquaient et condamnaient toute monarchie, toute

autorité non élue, et, incidemment, ils proclamaient la souveraineté' des gouvernés sur les gouvernants. C’était, en un mot, la proclamation d’une République chrétienne universelle.

Si les Anabaptistes s’étaient tenus à ce principe, en le conformant aux lois de Dieu et de l’homme, leur principe eût été inexpugnable. Mais, l’ayant fondé sur une erreur capitale, contraire aux lois de la nature, non- seulement ils ont été forcés de se donner de cruels démentis, en tombant de l’anarchie au despotisme, mais, dès leur apparition, ils se sont aliéné les hommes raisonnables de tous les partis.

Ce principe faux le voici : « L’homme est né ou régénéré bon. Le verbe lui suffît. 11 n’a pas besoin de la force qui s’appelle Justice ! » Toute autorité basée sur le glaive, c’est-à-dire sur le Devoir forcé , est illégitime, nulle de soi et doit être renversée.

C’est archi-faux, contraire à toutes les lois de la nature! C’est l’erreur mère de toutes les horreurs sociales.

La nature entière repose et ne repose que sur le devoir. Si les planètes, les animaux et les plantes pouvaient refuser ce devoir, l’Univers croulerait et disparaîtrait. L’homme seul, par son libre arbitre, peut manquer à ses devoirs d’où seuls jaillissent ses , droits. Certes, le premier devoir d’une société est d’enseigner gratuitement et obligatoirement tous leurs devoirs à tous ses membres, en leur prouvant par la raison que selon la loi divine et humaine, tout manquement au devoir produit une négation ou la

destruction d’un droit; qu’il existe une force, une Loi supérieure, quel qu’en soit le nom ; loi inhérente et visible dans la nature; loi qui ne pardonne jamais une violation du devoir, pas même par l’accomplissement d’un autre devoir, et qu'en vertu de cette loi supérieure tout homme qui ne remplit pas son devoir volontairement par la vertu , doit le remplir forcément par la justice. Autrement nulle société, nulle cité, nulle famille, nul individu ne durera six mois.

L’histoire est la preuve vécue et vivante de cette vérité. Elle n’a pas d’autre but.

Le Créateur, comme qu’on l'appelle, a organisé les hommes d’une manière admirable, non pas seulement pour leur bonheur, mais pour le bonheur de tous les êtres qui l’entourent et dont il est le maître. Dès que l’homme se crée des malheurs par la violation de ses devoirs, tous les êtres sont frappés et leurs maladies réagissent sur lui d’une manière inexorable. La solidarité des êtres est chose flagrante et indubitable. La loi de Dieu veut qu’onne garantisse ses propres droits qu’en défendant par ses devoirs accomplis les droits des autres.

Or, dans la nature, précisément pour remplir les devoirs envers tous les êtres, la grande majorité des humains sont créés pour des métiers et des travaux manuels. La grande minorité n’existe que pour penser, inventer, ordonner et commander. Un seul homme peut penser pour des millions de ses semblables, mais il ne peut travailler que pour un. Un seul peut commander à des millions, son pouvoir

intellectuel centuplant les forces de ses subordonnés, absolument comme le chiffre qui donne une valeur aux zéros. Si la société mettait toujours chaque homme à sa place et que tous y consentissent, on n’aurait jamais besoin d’employer la Justice et la Force. Mais d’ordinaire l’homme ne se connaît pas. C’est pour exprimer cette idée que la Bible dit que l’homme naît présomptueux et méchant. Non-seulement l’homme de génie ou de talent se croit fort pour exploiter ses frères les plus faibles, mais le plus faible se croit plus fort qu’il n’est et veut usurper la place du chiffre qu’il annihile, en se mettant devant lui.

Et jamais ces rapports sociaux ne changeront, le ciel descendît-il sur la terre ! On donnerait à tout être humain un professeur de génie et cent mille livres de renies, en moins de cinq ans l’état de choses serait le môme qu 'auparavant. Un certain nombre d’hommes feraient leurs devoirs volontairement par la Raison et la Vertu, mais le grand nombre ne les feraient et ne les feront jamais que forcés par la Justice. Rêver autre chose, c’est plus qu'une utopie, c’est de la folie conduisant au chaos social. La différence capitale entre l’organisation des Etats n’est donc pas dans la forme monarchique ou républicaine, mais dans la proclamation des Devoirs ou des Droits, dans l’établissement de la Justice après l’enseignement de la Vertu. -Toute la différence entre la Monarchie et ia République consiste en ceci : Quand l’autorité d’une République manque à ses devoirs, la société n’a pas besoin de renverser la Justice sociale par

une révolution, une élection y suffit. Dans une Monarchie, au contraire, basée sur l’erreur d’une religion idolâtrique ou athée, il faut, pour rentrer dans la Justice, une révolution versant bien vite dans l’anarchie, qui est au despotisme ce qu’est la boue liquide à la boue congelée. La République est donc de droit naturel, conforme à la loi de Dieu, mais à condition qu’au lieu d’être fondée sur tes Droits, elle ne le sera que sur les Devoirs de l’homme, volontaires et forcés.

Nulle société basée uniquement sur les Droits de l’homme ne durera. Il faut qu’avant tout, tout citoyen puisse être forcé de faire son devoir ; devoir qui se trouve dans la loi de la nature et de Dieu. Dès qu’une société admet un Dieu qui trouble cette loi, pardonnant un crime, détachant l’effet de la cause, par la grâce ou le miracle, nulle justice n’est plus possible et sans justice pas de devoir, et sans devoir accompli, soit par la vertu, soit par la justice, nul droit n’est garanti un jour et nous avons toujours, d’abord l’anarchie, puis le despotisme, puis des guerres, des pestes, des famines, une désolation universelle.

Les Anabaptistes eux-mêmes, dès qu’ils ont voulu fonder une société, une simple cité, ont été forcés d’abandonner leur devise : pas d’autorité par le glaive. Au bout do neuf mois d’existence, la ville anabaptiste de Munster, pour combattre l’anarchie, a déclaré que toute autorité venait de Dieu. Quelques mois après, Jean de Leyde se proclama roi de la Justice universelle avec deux glaives 1

La vérité est que Catholiques, Protestants etAna-

baptistes, ressemblaient, dans leurs guerres, à trois athlètes se battant dans une cave, dont deux étaient aveugles et le troisième borgne.

Les Catholiques prétendaient que l’Eglise, le pape en tête, avait le pouvoir de pardonner moyennant le repentir exprimé par des actes expiatoires tels que : jeûnes, prières, aumônes. Les indulgences n’étaient que l’abus de ce principe, abus inévitable quand le principe est faux.

Luther et ses adhérents disaient que nul pouvoir humain n’avait le droit de pardonner, que le pardon ne s’obtenait que par la foi en Jésus, qui elle seule, a force de justification et de redressement. Bientôt pourtant Luther lui-même fulminait contre les vices croissants de ses protestants. Pour ne plus racheter leurs péchés par des indulgences, ils n’en étaient pas devenus meilleurs. Ils ne pouvaient pas le devenir. Le principe de pardon par la foi est aussi contraire à la loi de Dieu que le pardon par les indulgences.

Les Anabaptistes, eux, croyaient que le pardon ne s’obtenait que par la bonne œuvre, transformant et régénérant le corps , en le soumettant à l’esprit.

Or, il n’y a pas de pardon du tout dans la nature. Il n’y en a jamais eu. Avec le pardon la nature n’aurait jamais pu exister. Certes, toute vertu qui est un accomplissement de devoir enfante un droit, une jouissance, un bonheur réel, sinon pour la personne vertueuse même qui le dédaigne, du moins pour le prochain. Mais l’œuvre bonne ne couvre pas l’œuvre mauvaise. Les effets de chaque

cause se produisent latéralement ou successivement. Les lois de la nature créées par Dieu et qu’il ne viole jamais sont strictes et immuables. Jamais crime n’a été pardonné , pas même par un bienfait. Et de là vient qu’en apparence ceux qui font du bien subissent parfois encore les peines des crimes de leurs ancêtres, tandis que ceux qui font le mal récoltent encore les fruits des bienfaits antérieurs. Cette solidarité restreinte n’est nullement en dehors de la nature, puisqu’il y a une solidarité universelle indéniable et palpable.

Le mal produit toujours un autre mal et ce n’est qu 'après son expiration réelle, que l’œuvre de bien, à son tour, enfante le bien. Il n’est pas de pouvoir divin ni humain qui puisse pardonner un crime commis et irréparable. Dès qu’il est perpétré, le Temps, ce messager direct de Dieu et de la nature, le saisit, le couve et en fait sortir les effets.

Non-seulement Dieu est juste, mais il n’est absolument que Justice.

Il a créé l’homme libre, en lui donnant la raison, et le pouvoir de discerner le bien du mal. Il aurait pu le créer illibre et heureux, mais il est plus grand d’être libre, au risque d’être malheureux , qu’heureux avec la certitude de rester esclave.

Pour être heureux il n’y a qu’une seule voie, absolument une seule. Il faut opter pour le bien, il faut être juste. Les hommes n’ont rien à reprocher à leur Créateur. Tous nos malheurs, y compris nos maladies, y compris les perturbations des éléments, sortent de nos injustices; tous nos bon-

heurs, au contraire, jaillissent de notre justice, et tout homme sent d’instinct ce qui est juste et ce qui ne l’est pas.

La société n’a qu’un but. Enseigner à l’homme à faire son devoir volontairement par la Vertu, ou l’y forcer par la Justice, en cas de refus.

• De ces devoirs accomplis jaillissent les droits de chacun.

Dès qu’on admet un droit primitif et non corrélatif au devoir, l’homme, fort par l’esprit, fort par le pouvoir physique, ou fort en s’associant à d’autres malfaiteurs, exploitera les faibles, et chacun l’imitant, tous arrivent inévitablement à l’anarchie et au despotisme et n’en sortiront plus que par la vérité du devoir.

Si Dieu avait jamais pardonné un crime, il les aurait toujours pardonnés tous, et les hommes eussent toujours été heureux. Il ne lui en coûte pas plus d’en pardonner mille qu’un seul. Et, si le monde, malgré nosjnjuslices, existe, c’est que précisément toute vertu, à son tour, engendre le bien et le bonheur. Jamais mal n’a effacé les effets du bien ! Jamais bien n’a détruit les effets du mal ! Partout où les hommes sont arrivés à reconnaître cette vérité, à la fois divine et humaine, ils ont connu la paix, la liberté et la prospérité, car la prospérité matérielle est fille de la vérité spirituelle. Partout où l’homme a proclamé Dieu et sa justice, il a, par les devoirs accomplis, assuré tous les droits. Dès que l’homme entre dans l'erreur qui aboutit toujours, soit à l’idolâtrie, soit à l’athéisme, deux extrêmes représen-

tant le droit absolu sans devoir, il tombe, pris de vertige, de l’anarcliie au despotisme et du despotisme dans l’anarchie. Point n’est besoin de menacer les hommes de l’enfer et du purgatoire. Il n’est pas de plus grand enfer que la guerre civile et l'invasion !

Cette vérité, qui est absolue, se manifeste et s’incarne dans tous les événements de l’histoire.

Il s’ensuit qu’il n’y aura jamais une société de saints, faisant tous leurs devoirs volontairement, sans y être forcés par la Justice légale. Jamais non plus les mœurs ne vaudront mieux que les lois! Bien au contraire! Nulle part il n’y aura de mœurs que grâce à la coercition de la loi. Sans cette justice représentée par l'autorité, obligeant les forts à faire leurs devoirs, jamais les faibles ne jouiront de leurs droits. Le règne du Christ sur la terre rêvé par les Anabaptistes dans le sens indiqué, est une utopie malsaine frisant la démence. Il est douteux même que les hommes arrivent au règne de la Justice. On peut, comme Moïse l’a fait, forcer les riches, par une loi, à vouer le dixième de leur fortune aux pauvres, mais à condition que sous le mot pauvre on n’entendra que l’enfance, la vieillesse et l’infirmité; à condition que tout homme valide, quel qu’il soit, pourra être forcé de travailler, et s’il se révolte, d’être retranché de la société, comme un membre gangrené.

Aussi Moïse, le premier républicain législateur du monde, n’a-t-il jamais, comme Lycurgue ou Solon ou Numa, énoncé un droit. Tous ses comman-

dements sont des devoirs dictés aux forts, sachant, d’après la loi divine, que des devoirs accomplis seuls sortent les droits.

Il ne dit pas au faible : « Tu as le droit de jouir de ta propriété, de ta maison, de ta femme. » Mais il dit au lort:«Tu ne voleras pas, sous peine de restitution double et triple. »

Il y ajoute que cette justice est basée sur la justice de Dieu, la loi de la nature, qui venge tout crime sans jamais pardonner. Il répète cela plus de dix fois, (voir les textes dans mon Moïse et le Talmud ), car, comment exiger d’un mortel qu’il accomplisse ses devoirs, dès qu’il croit que ses prévarications et ses crimes peuvent être pardonnés, soit par un prêtre, soit par Dieu lui-même, soit par le temps qui les couvre? Supposé un tyran, homme fort par l’esprit, s’appropriant le travail des autres, leur enlevant leurs filles pour ses plaisirs et leurs fils pour en faire ses valets, s’emparant de toutes les richesses acquises et partageant ses vices et les fruits de ses méfaits avec ses soudards, qu’ils croient annoblir par des titres pompeux. Supposé un pape, un prêtre, un prophète, venant lui reprocher ses crimes, en lé menaçant de la justice de Dieu.

«Tu plaisantes, lui dira cet aimable détenteur du pouvoir. Puisque Dieu peut tout, qu’il peut violer ou suspendre les lois de la nature, ce même Dieu qui m’a donné plus de forces qu’à toi, et qui m’aime visiblement, me pardonnera. Gela lui coûte si peu. Un signe, un mot, un miracle, y suffit. Annihilant les effets de mes péchés il les rendra nuis et non-

existants. Ou bien je me convertirai, je ferai pénitence, quand je ne pourrai plus pêcher, je deviendrai un repenti et j’entrerai au ciel. Je deviendrai même vertueux et mes vertus futures couvriront mes crimes passés. » Le mot pardonner en hébreu s’appelle kipour, couvrir. David, le premier, après son crime d’Ourie, a chanté le pardon dans un psaume. Moïse, ni Samuel, ni Isaïe, ne l’ont jamais admis. J’ai prouvé, textes en main, que les quelques phrases de Pardon, qui se trouvent dans le Pentateuque sont d’Esra, qui est aussi l'auteur de la Fête du pardon imitée des Persans. Dans toute l’histoire du premier temple, depuis Josué jusqu’aux Macchabées, il ne se trouve la moindre mention de cette fête, bien que les jeûnes, comme dans tous les pays chauds, fussent acceptés en apparence comme une contrition volontaire, mais, en réalité, comme mesure hygiénique.

Moïse, comme législateur, n’a jamais parlé d’une autre justice que de celle qui se manifeste sur la terre. Dans deux chapitres ( Lèvitique , chap. 26, depuis v. Deutéronome, chap. 7,duv. 21

jusqu’à 26), qui resteront comme d’éternelles vérités philosophiques, il dit à son peuple : que sa prospérité, sa santé et ses progrès dans le bien et dans le bonheur, dépendront uniquement de l’obéissance à ses lois de devoir et de leur stricte exécution. En cas de désobéissance à ces lois et de violation de ces devoirs. Moïse ne menace son peuple ni du purgatoire, ni de l’enfer au ciel, mais de l’anarchie, du despotisme, de toutes les pestes, de toutes les ma-

ladies connues et inconnues, et finalement, de l’invasion et de la destruction de la nationalité comme peuple. Et ces prédictions se sont accomplies à la lettre et s’accompliront toujours pour tous les peuples de l’ünivers (1).

(1) Si l’on veut se convaincre de l’ignorance et de la mauvaise foi des traducteurs rabbiniques et chrétiens pardonnier» de la Bible, on n’a qu’à lire le premier chapitre d’Isaïe. Dans ce chapitre, le prophète mosaistc et philosophe dit aux Israélites, au nom de Jéhovah : « Je ne veux pas de vos sacrifices, ils ne me font rien ; ni de vos fêtes, je les dédaigne ; ni de vos prières, je les trouve absurdes. Je n’ai que faire de vos cérémonies et de vos simagrées. Ce qu’il me faut, c’est la justice, c’est la destruction de l’injustice et du crime, c’est le devoir accompli envers le faible, le pauvre, l’orphelin et la veuve. »

Puis tout-à-coup, verset 18 : a Venez, que nous discutions ensemble, dit Jéhovah ; si vos péchés sont rouges comme pourpre, ils blanchiront comme neige b, (traduction universelle). Puis verset 19 : « Si vous m’écoutez, vous mangerez le bien du pays, sinon le glaive vous dévorera, b

La contradiction entre ces deux versets est flagrante, et les docteurs de toutes les nations, pour les accorder, après avoir écrit des volumes, ont jeté leur langue aux chiens. Comment, en effet, accorder la phrase : « Si vous faites le bien, vous serez heureux, sinon le glaive vous dévorera b, avec celle qui précède, disant que de lui-même Dieu transformera les péchés rouges de pourpre en une blancheur de neige et de laine? C’est un non-sens. Or, non seulement Isaïe ne s’est pas contredit, mais la phrase même en question est une condamnation du pardon. Quiconque sait le génie de la langue hébraïque, peut s’assurer au premier abord que le verset 18 est une interrogation. « Venez, dit Jéhovah, que nous discutions un peu. Si vos péchés sont rouges comme pourpre, blanchiront-ils comme neige d’eux -mêmes? b Nullement! Ce mot est sous-entendu, comme cela arrive souvent dans cette langue, la plus elliptique de toutes les langues, a Si vous m’écoutez, vous

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Aussi les Anabaptistes, dès qu’ils eurent admis le pardon, se trouvaient dans un cercle vicieux qui devait, en se resserrant, les étreindre et les étrangler. Ce cercle était d’autant plus vicieux, qu’admettant l’individualité regénérée et divine de l’homme, parla mortification de la chair, parla destruction du péché, ils ont nié la science et les lois de la nature, et n’ont plus admis que l’inspiration divine de l’individu par le Christ, si folle que fût cette inspiration, et qui a bien vite dégénéré en prophéties absurdes et charlatanesques.

Nous touchons au second point de discorde spirituelle.

Luther, se tenant strictement à l’Écriture, rejeta en bloc toutes les interprétations de l'Église, tous les dogmes des Conciles, toutes les bulles papales, et n’admit en réalité que sa propre interprétation, en se tenant plus cependant à la lettre que nombre de ses adversaires. On connaît ses dissertations publiques avec Carlsladt, Eck et Zwingli, que les Français appellent Zwingle ; dissertations qui, d’ailleurs, n’ont abouti à rien. Zwingli niait la présence réelle dans l’Eucharistie. Luther, pour le convaincre, l’interrompait, en répétant, et cela pendant plus d’une heure, les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps. » Les premiers Anabaptistes de Zwickau ne niaient ni la révélation ni le Saint-Esprit. Ils prémangerez le bien du pays, sinon mon glaive vous mangera vousmêmes. C’est là. le seul passage d’Isaïe sur lequel les partisans du pardon ont élevé leurs temples religieux. On voit sur quelles bases fragiles ils ont bâti.

tendaient seulement que le Saint-Esprit n’avait pas cessé de souffler parce que l’Ecriture est close, ajoutant que la révélation divine est permanente dans l’humanité, et qu’elie se manifeste plutôt par les petits, par les intermédiaires du peuple travailleur, en dehors des classes savantes et gouvernantes.

Munzer lui-même, bien versé dans la science biblique, quand on le pressait par un texte sacré, s’écriait: « Bible, Bublel Bable! au diable! » La Bible avait sa raison d’être pour les prophètes d’alors. A d’autres temps, d’autres prophètes !

Si ces sortes de prophéties, comme celles du premier temple dans la Judée, avaient été basées sur la loi immuable de Dieu et de la nature, identique avec la raison philosophique des causes et des effets, Munzer eût certainement triomphé de Luther. Mais les Anabaptistes, rejetaient- non-seulement toute philosophie, mais toute science basée sur la loi de la nature. Ils ne croyaient qu’à l’inspiration divine. Plusieurs historiens expliquent ce fait par la malveillance des savants à leur égard, par l’opposition du sentiment à la raison. Peu importe ! Nulle œuvre ne peut durer en dehors de la raison. Le cœur de l’homme même sans raison ne ferait que des folies. Une fois purifié paisle Saint-Esprit et régénéré dans le Christ, tout Anabaptiste était censé avoir le pouvoir de la prophétie par l’inspiration et la révélation d’en haut. Chose curieuse 1 cette croyance était conforme à l’esprit universel de cette époque. Bon nombre d'hommes distingués du XVI e siècle, non-

seulement croyaient à l’astrologie, mais au pouvoir magique et individuel, non par la force du génie, mais par l’inspiration d’en haut.

La philosophie occulte et la magie étaient trèspopulaires dans toute l’Europe du XVI e siècle. Reuchlin et Vénétus, deux savants qui ont existé vers la fin du XV e siècle, en étaient pour ainsi dire les initiateurs (1).

Tous deux étaient convaincus que la véritable sagesse, loin d’être enseignée par la raison, ne pouvait être acquise que par l’intuition et l’harmonie intérieure; tous deux s’absorbaient dans les méandres secrets et mystiques de la Kabbale, qu’ils regardaient comme la seule et véritable source de la science. Ils croyaient aux esprits et aux démons, à l’art de les évoquer et de les faire disparaître, dans le but de vaincre et d’intervertir les lois de la nature.

Un des hommes les plus populaires de ce temps, charlatan selon les uns, grand philosophe selon les autres, mais en tout cas puissant propagateur de la science magique, fut Cornélius Agrippa. Après avoir publié plusieurs ouvrages de magie, tels que : De occulta philosophiâ et De vanitate scient iarum, il parcourut l’Europe, et fut reçu avec distinction à toutes les cours, notamment à Paris. C’est aussi entre la guerre des Paysans et celle des Anabaptistes

(1) Reuchlin. De verbo mirijico et de arte cabbalistica. Venetus, Cantica tria de Harmonia mundi totivs .( Voir des extraits dans l’historien allemand Hast.)

que surgit la légende de Faust, dramatisée plus tard par Goethe.

L’engouement des grands pour la magie était extraordinaire. En 1528, la cour française fit venir de l’Allemagne un magicien (d’aucuns prétendent que ce fut Agrippa) dans le but de résister à l’empereur d’Allemagne, absolument comme Balack, qui fit venir Balaam pour maudire le peuple d’Israël. Grâce à la science occulte, la cour croyait pouvoir faire revenir dans un char de feu les princes français prisonniers à Madrid. La magie était également employée dans les intrigues matrimoniales ; bref, ce fut le beau temps des incantations et des cercles cabalistiques. Charles-Quint lui-même croyait à la magie. Luther ne voyait partout que démons et que diables : quant à Mélanchton, voici une lettre autographe qui caractérise bien cet homme. « Cette année, — c’est ainsi qu’il écrit à un de ses amis, — on annonce des choses miraculeuses. On dit qu’à Rome, une mule a mis bas. Dans le voisinage d’Augsbourg un veau à deux têtes est venu au monde, ce qui sans doute prouve des changements dans nos autorités (la conclusion est logique, mais peu flatteuse)". » « Parce que je sais, dit-il dans la biographie de Régimontanus, que les esprits des hommes sont dominés par des influences célestes, je crois devoir parler de la constellation sous laquelle il est né. » On sait que Wallenstein était grand partisan de l’astrologie. En général, tout le XVI® siècle est un siècle de magie et de cercles cabalistiques. Les Anabaptistes, en déclarant que la voix intérieure seule

devait être écoutée, n’étaient pas en désaccord avec la science populaire de leur époque.

Quant à l’érudition proprement dite, d’aucuns d’entre les Anabaptistes étaient de grands érudits, versés dans la science des langues et de la théologie. Mais l'homme, selon leur principe, ne devait vivre que du travail de ses mains. La science était regardée comme de la fainéantise. N’admettant ni cérémonies religieuses, ni Sabath, ils rejetaient les beaux-arts qui ne sont en réalité que le culte de la divinité. Plus tard ils ont admis la musique. Plusieurs savants anabaptistes ont appris un métier pour gagner leur vie. Les arts et la science cadrent d’ailleurs très-mal avec la communauté des biens.

Ce second point litigieux entre Luthériens et Anabaptistes a produit des phénomènes frisant la démence.

Mais, pour expliquer la possibilité de ces phénomènes, il faut songer que leurs adversaires, dont ils procédaient, étaient dans le faux jusqu’au cou aussi bien qu’eux et qu’ils n’ont fait que pousser leurs principes communs jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’absurde, on dirait pour en démontrer la fausseté absolue.

Que disait l’Église catholique? Dieu, après avoir créé le monde, l’ayant laissé dans le péché et dans l’ignorance, s’est révélé d’abord à Moïse face à face et bouche à bouche. Moïse dit lui-même le contraire dans le Deutéronome, (chap. 30, v. 11.) « La » doctrine que je t’impose, dit-il, n’est pas miracu- » leuse, ni éloignée de toi. Elle ne vient pas du ciel, » pour que tu dises qui montera au ciel pour la

» prendre et nous l’enseigner. Elle n'est pas au-delà » de la mer, pour que tu dises qui ira au-delà de la » mer la prendre et nous la faire entendre ! Ce verbe y> est tout près de toi dans ta bouche, dans ton » cœur, afin que tu l’exécutes. J'ai exposé de- » vant toi la vie et la mort, le bien et le mal,

» choisis ! » Puis (chap. 29, v. 28): « Les mystères sont à Dieu. A nous appartient tout ce qui est ouvert, à nous et à nos enfants. » Les faits miraculeux du Penlateuque sont l’œuvre d’Esra. Plus tard, dit l’Église, Dieu, au lieu de se révéler à un homme, s’est fait homme lui-même et par sa mort volontaire a rédimé l’humanité. Plus tard encore il a fondé l’Eglise qui continue de représenter la parole révélée. Cette Eglise est infaillible, c’est-à-dire divine. De nos jours, l’infaillibilité a été transférée sur la personne du pape même. La Révélation est donc j permanente , autrement l’Eglise ou le pape ne serait pas infaillible. Les Anabaptistes n’ont pas dit autre chose. La révélation permanente est une de leurs doctrines pivotales. Seulement elle n'a point besoin d’une Eglise, encore moins d’un pape. Tout chrétien régénéré, muni du sceau de l’alliance, a sa part d'infaillibilité etde papauté, uniquement par la grâce de Dieu. Dans cette société de saints, tout doit être commun, même le verbe de Dieu.

C’est la communauté de la papauté !

Luther, rejetant la continuité de la révélation, s'arrêta à l’Ecriture. » Alors pourquoi l’arrêter à saint Paul et non à saint Jean, lui répondit Munzer, pourquoi l’arrêter à Jésus et non à Isaïe, pourquoi

à Isaïe plutôt qu’à Moïse; à Moïse plutôt qu’à Abraham; à Abraham plutôt qu’à Noé? Ou Dieu s’est révélé du premier coup, ou s’il se complète lui-mème, il se complétera toujours.

Les rabbins, imposant comme dogme la révélation directe à Moïse, s’arrêtent au vieux Testament et nient celle de Jésus. Pure absurdité 1 Si Dieu a parlé directement à Moïse, il peut aussi avoir parlé à Jésus, son arrière petit-neveu. Il peut faire ce qu’il veut, personne n’a de compte à lui demander, personne ne peut lui dire : « jusqu’ici et pas plus loin I » Un juif croyant à la loi de Moïse, non parce que de toutes les lois religieuses, elle est la plus conforme à Dieu, à la raison et à la loi delà nature, mais parce qu'elle est révélée, pour peu qu’il soit logique doit se faire chrétien et croire à la même révélation continuée au Christ et au pape. 11 est aussi facile à Dieu de se faire homme que de descendre en farfadet dans un buisson ardent, pour causer avec un pâtre, ou de monter au Sinaï proclamer le Décalogue. Et ce même juif et ce même chrétien, qu’ils s’appellent Pape ou Luther, n’ont aucune raison pour récuser un Anabaptiste, qui se présente comme un nouveau continuateur de la révélation, leur successeur en Dieu. Luther écrit bien à Mélanchton « qu’un vrai prophète se reconnaît à sa raison. » La bible dit plus naïvement qu’un vrai prophète ne se reconnaît que par l’avènement de sa prophétie. Qui, d’après Luther, sera l’arbitre pour distinguer l’esprit vrai du faux? Les paroles de l’Evangile sont-elles conformes à la raison? Les

miracles de l’Evangile sont-ils conformes à la raison?

La vérité est que tous les trois partis religieux de cette époque, étaient en dehors de la raison et que de leurs disputes où chacun ne produisait que des erreurs ne pouvait sortir que des horreurs, telles que : guerres, pestes et morts violentes. Ils n’avaient tous semé que du vent. Us ne pouvaient tous récolter que des tempêtes. /

Dieu n'a jamais parlé à un être mortel autrement que par la raison qu'il lui a octroyée.

Cette raison n’a jamais pénétré les lois de Dieu qu'en étudiant et pénétrant les lois de la nature et de l'histoire humaine.

Dieu , c'est la loi qui se suit elle-même. Cette loi est UNE dans toutes ses manifestations, sur toutes les planètes. Si jamais on découvrait deux lois différentes dans la nature, il n'y aurait pas de Dieul

Moïse a entrevu une grande partie de cette vérité fondamentale. Son Dieu Jéhovah , veut dire l 'Etre UN qui fut ce qu'il est et ce qu’il sera. Ce Dieu-Loi, il l’appelle la Justice sans pardon. « Une seule loi, une seule justice pour tous » dit-il. (Nombres, chap. 15, v. 15 et 16.)

Tout ce qui se trouve dans le Pentateuque contraire à ces principes, aété ajouté par Esra qui, tout en citant les vieux textes transmis de génération en génération, y a intercalé ses propres principes sur lesquels il a fondé la société religieuse du second temple (1)

(1) ( Voir à ce sujet non a Moïse et le Talmvd. » )

Aucune prophétie n’est possible qui ne soit basée sur la loi une et immuable des causes et des effets. L’avenir ne peut être prédit que sur la science exacte du passé. L'histoire seule est la matrice de la prophétie. Partout et toujours les mêmes causes produiront les mêmes effets, à Jérusalem, à Babylone, à Athènes, à Rome aussi bien qu’à Paris. Nul pouvoir ne peut détacher ces effets de leurs causes, ni les annihiler par le pardon, ou par un miracle. Le bien même ne détruit pas le mal consommé et irréparable.

Dès que l’on admet un fait surnaturel, non conforme à la loi de la nature — loi souvent ignorée — nulle prophétie n’est possible. Car le prophète, fût il sûr de savoir ce que Dieu va faire en huit jours, n’est pas sûr que ce même Dieu ne change pas d’avis pendant cet intervalle de temps. Les prophéties des Anabaptistes n’étaient pas au fond plus folles que les prophéties de l’Ecriture, sauf celles des prophètes philosophes, parlant au nom de la loi immuable de la Justice ; mais celles-là ne sont que les déductions logiques d’une raison éclairée.

Aussi, après la chute des Anabaptistes, les vainqueurs, loin de jouir de la victoire, se mirent à s’entr’égorger eux-mêmes. Le monde religieux du miracle n’a pas cessé un jour d’enfanter la guerre suivie de calamités sans nombre. Il a toujours fini par devenir la proie de la force brutale, tout en criant que Dieu, devenu Amour, lui pardonnait tous ses crimes.

Nous voici maintenant au troisième point: Au Rebaptème !

Luther venait d'abolir le célibat et la messe. Les amis de Wittenberg, se déclarant contre toute mendicité fainéante, venaient d’abolir tous les couvents de moines et de nonnes.

Les Anabaptistes, faisant un pas déplus en avant, abolirent le baptême des enfants, en s’appuyant sur un texte de l’Ecriture « qui ne croit pas et n’a pas reçu le baptême n’entrera pas au ciel. » La foi précédant le baptême, l’enfant donc qui n’a pas la foi ne doit pas être baptisé. Un peu plus tard, ils déclarèrent ce baptême un sacrilège et forçaient tous leurs disciples à se faire rebaptiser. Luther étant à Wartbourg, leur répondit par écrit qu’il n’était pas prouvé que l’enfant n’avait pas la foi. L'homme qui dort, dit-il, n’a-t-il pas la foi ? L’enfant pourrait bien naître avec la foi dormante en lui. — Si l’homme dormait toujours, répondit Munzer, il n’aurait pas la foi. Mais Jésus n’a-t-il pas dit : « Laissez venir les enfants auprès de moi.» Oui, redirent les hommes de Zwickau, pour leur enseigner la foi et les faire baptiser après.

Comme dans l’Ecriture se trouve le pour et le contre de cette question, il était impossible à Luther de convaincre les Anabaptistes. La meilleure raison contre le rebaptême se trouve dans une lettre de Luther adressée à Mélanchton. « Il vaut mieux, dit-il, discuter la foi qu’on a que celle qu’on aura! »

Bien que ce dernier point, comme on vient de le voir, ne fût que secondaire et d’une importance bien moindre pour la doctrine que les deux premiers points, il donna le nom à la nouvelle secte, parce

qu'il se manifesta par un acte visible. Le peuple peu rompu aux discussions théologiques, et ne s’en prenant qu’aux idées palpables, ne voyait de différence réelle entre les hommes de Wittenberg et de Zwickau que dans l’acte du Rebaptême , auquel ces derniers soumirent, eux et leurs adhérents, et du coup leur donna le nom d ’ Anabaptistes ; nom qui leur est resté, bien que de temps à autre on les appelât Sacramentaires, attendu qu’ils niaient la présence réelle dans la sainte communion.

Mais le Rebaptême n’était pour eux qu’une cérémonie extérieure.

Ils étaient en réalité tous des Républicains chrétiens et communistes. Et de leur République, moins le communisme, sont sortis d’abord les Presbytériens, puis Cromwell, et plus dard Washington et Jefferson.

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