‹ Histoire de la guerre des anabaptistesChapitre 13 sur 26 · LUTTE ENTRE ROTTMANN ET L’ÉVÊQUE FRANÇOIS DE WALDECK · texte numérisé non relu

LUTTE ENTRE ROTTMANN ET L’ÉVÊQUE FRANÇOIS DE WALDECK

En l’année 1 532, en vertu d’un édit de l’Empereur, un impôt forcé fut prélevé dans toute l’Allemagne pour les frais de la guerre contre les Turcs. Bans la môme année Rottmann commença à prêcher l’Evangile contre le pape et les papistes, en se tenant, à quelques variantes près, dans les limites de la profession de foi de Luther. Dénoncé par le chapitre, l’évêque lui ordonna de quitter la ville. Rottmann, après avoir écrit une lettre de soumission à l’évêque, tout en demandant des juges, s’adressa au Conseil de la ville, en lui soumettant sa profession de foi. Le Conseil ayant pris fait et cause pour lui, l’évêque, Mgr de Wied , homme pacifique , se démit volontairement de ses fonctions contre une rente viagère de deux mille florins, garantis par le chapitre. Le duc Erich, évêque d’Osnabruck et de Paderborn, fut élu à sa place..

Le nouvel évêque étant apparenté avec le duc de Brunswick et plusieurs autres maisons princières, les chanoines, par ce choix, espéraient intimider le

Conseil de la ville, et en cas de besoin trouver main forte contre elle. Le lendemain de cette élection les Guildes (corps d’état) de la ville, présentèrent une pétition au Conseil, demandant que la profession de foi de Rottmann fût adoptée et proclamée comme la seule religion digne d’hommes et de citoyens. Le magistrat, pressé par l’évêque de sévir contre Rottmann, lui envoya la pétition comme preuve de son impuissance. L’évêque insistant plus que jamais, Rottmann dans une épitre, déclara qu’il était prêt à défendre sa doctrine devant n’importe quel tribunal d’hommes compétents. L’évêque envoya un commissaire à Munster exigeant du Conseil, non-seulement l’expulsion de Rottmann , mais encore celle d’un autre prédicateur nommé Brixius, qui de catholique venait d’embrasser la doctrine de Rottmann et dont plus tard il épousa la sœur. Le Conseil refusa. L’évêque allait employer des moyens de coercition, lorsqu’il mourut subitement, à son château de Furstenau, au milieu d’un festin, d’aucuns disent d’une orgie ,

Le chapitre élut à sa place François, comte de Waldeck, évêque de Minden.

Le nouvel évêque, à peine élu, demanda, dans un bref plein de menaces, l’expulsion de tous les prédicateurs évangéliques. En réponse à ces menaces, Knipperdolling convoqua les Guildes dans la Schauhaus (maison de réunion). Ils élirent vingt-six nouveaux chefs, tous partisans de Rottmann. Ces chefs, à peine élus, se présentèrent au Conseil pour demander l’introduction de la nouvelle profession de foi. Le Conseil, après avoir fraternisé avec les chefs des Guildes, envoya au chapitre épiscopal une lettre le priant de réfuter les doctrines de Rottmann, ou

de les soumettre à un tribunal composé de docteursés-théologie. A l’évêque, le Conseil écrivit qu’expulser Rottmann ce serait plonger la ville dans l’anarchie et mettre la vie des chanoines en danger. Il écrivit en même temps au Landgrave Philippe de Hesse, protecteur des Luthériens, et le pria d’intervenir auprès de l’évêque en faveur de la ville. Le Landgrave répondit au Conseil qu’il était prêt à faire une tentative d’intervention en faveur de la liberté de conscience, pourvu que le Conseil , à son tour, s’engageât à défendre aux prédicateurs évangéliques de propager des doctrines anabaptistes. Il écrivit, en effet, à l’évêque, mais celui-ci. s’en rapportant à l’édit impérial, répondit qu’il emploierait la force.

Le Conseil , pour toute réponse aux menaces de l’évêque, ordonna aux prédicateurs catholiques de cesser toute prédication jusqu’après la réfutation de Rottman. En même temps le peuple, conduit par Knipperdolling, pénétra dans les églises, détruisant les autels et les images. Le lendemain de cette journée, Brixius épousa la soeur de Rottmann , et cette noce fut célébrée comme une fête populaire. Toute la noblesse, presque tous les patriciens, pris de peur, quittèrent la ville. Les couvents firent transporter leurs titres, leurs trésors et leurs archives dans le château de l’évêque. Les deux bourgmestres de la ville donnèrent leur démission et se mirent sous la protection de l’évêque. Le peuple, après avoir voté un ordre du jour infligeant la honte aux fuyards , proposa comme premier bourgmestre Jean de Wyck, syndic de la ville de Brème, grand érudit, homme de bien, défenseur habile et énergique de la Réforme évangélique, et dont le sort

tragique n’a pas peu contribué à l’exaspération du parti populaire.

Le lendemain de cette élection, Rollmann, sur l’invitation du Conseil, publia sa profession de foi, qui fut en même temps signée par cinq autres prédicateurs, dont voici les noms : Brixius du Nord, Jean Glandorp, Henri Rolle, Pierre Wertheim et Gottfried Ninhoven.

VJ

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