AVANT-PROPOS
En théorie, il n'y avait donc rien de plus facile que de régler, dans ces pays, toutes les questions de limites. Chaque état reconnaissait, pour la démarcation de son territoire, celle que le monarque espagnol avait donnée à la province qui formait la nouvelle république. Dans la pratique, ce principe devait offrir et a offert les difficultés les plus sérieuses.
D'abord l'Amérique espagnole, dont la population est assez faible, était encore beaucoup moins peuplée sous le régime colonial. Entre une province et l'autre, il y avait souvent de grandes parties de territoire encore mal explorées et fréquemment abandonnées aux sauvages; il s'y trouvait aussi des espaces inhabijés ordinairement stériles, quelquefois fertiles, mais l'état rudîmentaire de l'industrie coloniale faisait croire qu'on ne pouvait en tirer aucun profit. Ces tenitoires intermédiaires pouvaient être également réclamés à titre plus ou moins plausible par l'une ou l'autre des provinces limitrophes.
D'un autre côté, le roi d'Espagne n'avait pas toujours établi des limites fiscs aux diverses provinces de son empire colonial. Les dispositions qu'il dicta k cet effet étaient en général fort élastiques, quelquefois vagues, surtout quand elles s'appliquaient à des régions dont l'étude géographique était incomplète. De plus, le roi, étant le souverain de ces vastes pays, .chargeait indifféremment tantôt un fonctionnaire, tantôt un autre, de certains actes de juridiction sur un territoire qui pouvait très bien ne pas être soumis k ce délégué; et cette mission créait pour celui-ci jun titre de souveraineté ■ apparente qui a pu plus tard être invoqué dans la dis-
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cussion des limites des nouveaux: états. Il en est résulté que, malgré le principe absolu et définitif que semble TBnîeTTaeT Y Uli possidetis de 1810, chacune des républiques hispano-américaines a eu autant de questions de limites qu'elle avait d'états limitrophes. Les plus grandes parties de ces questions attendent encore leur solution ; quelques-unes ont produit de sérieuses complications €t ont préparé de graves conflits.
La question qui a provoqué la guerre à laquelle on a donné, en Europe, le nom àeffuerre du Pacifique, doit son origine à ces difficultés. Désireux de la faire connaître dans ses causes et dans ses développements, nous commencerons par exposer certains antécédents qui, nous le croyons, en rendront l'intelligence plus facile et plus complète.
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