‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 2 sur 43 · LES CAUSES DE LA GUERRE CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LES CAUSES DE LA GUERRE CHAPITRE PREMIER

La république <]q Cbili. — SilaBtioQ mieérable de ce pays boqs Je régime colonial. — 11 précËde tous les autree Ëtali hiipBUo-aaiéricBiDB dons l'affermisHment de la paix intérieure et i'organiBslioa admiDigtratÎTB. — EsplicatioDB qu'ont donné de ce fait quelques pubticistes européena. — Progrés réalisée par cette république.

Bien que de la même origine, conquis par la même race, pratiquant la même religion, parlant là même langue, soumis à la même législation, élevés dans les mêmes sentiments et dans les mêmes idées, les peuples hispano-américains n'ont pas suivi la même voie en se constituant en républiques indépendantes. Leur développement n'a pas été égal, et leurs progrès ont été bien différents. Tandis que les uns ont vu augmenter leur population, leur richesse, leur civilisation, les autres présentent un exemple de stagnation tel, qu'on a pu se demander s'ils avaient gagné ou perdu à devenir indépendante.

Sous ce rapport, la république du Chili offre un exemple qui ne pouvait manquer d'attirer l'attention de quelques puhlicistes de l'ancien continent. L'historien allemand Gervinus, après avoir raconté avec une rare sagacité et en s'appuyant sur nn grand nombre de faits, la naissance de ces nouveaux États, n'hésite pas à placer le Chili au premier

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rang des républiques bien équilibrées. » On vit s'y établir une tranquillité et un ordre plus grands que dans les autres États, ajoute-t-il, sans que le pays eût à subir le despotisme ou une dynastie ; le règne de l'ordre y est, en outre, favorisé par l'heureuse influence d'une constitution modérée. Or ce seul exemple a sufli pour que même les plu? découragés parmi les républicains tant éprouvés, n'aient pas encore perdu tout espoir de voir un meilleur avenir se lever, un jour, sur tous ces vastes territoires *. »

A première vue il semblait qu'aucune des anciennes colonies de l'Espagne n'était moins apte à réaliser ces progrès et les destinées d'une république indépendante. Bien qu'elle ne fût pas la plus petite des provinces qui formaient le vaste empire colonial des Espagnols, elle était sans aucun doute la plus pauvre et la plus arriérée. Sa population ne dépassait pas 500,000 habitants; son commerce avec tes autres colonies.se réduisait à 2,000,000 de piastres (10,000,000 de francs) par an; et les revenus publics atteignaient à peine un demi-miilion de piastres (2,500,000 francs).

Un célèbre géographe espagnol, qui connaissait particulièrement l'Amérique, disait au commencement de ce siècle : « Cette province (le Chili) a été la moins utile à la métropole, la plus coûteuse et la plus disputée '. »

D'un autre côté, au point de vue des intérêts moraux, le Chili sous te régime colonial était plus arriéré encore. Étant la plus pauvre et la plus éloignée des possessions espagnole» du nouveau monde, il fut aussi la plus négligée sous le rapport du développement intellectuel. Le Chili avait très peu d'écoles, un modeste séminaire^ un collège conventuel et, depuis le milieu du siècle dernier une université, établie sur le modèle de celles d'Espagne, mais dans de faibles proportions, et bien plus arriérée. Vers la fin de la domination espagnole, il n'y avait pas dans tout le pays dix hommes capables, de comprendre un autre latin que celui des commentateurs des lois de Castille, des traités de théologie et de droit canonique, ou en état de lire une page de français ou de n'importe quelle

1. G.-G. GercinuB, Histoire du m' siècte (tradDCtion MtosBeo), t. X, p. 330.

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