HOQUEGUA ET LOS AMELES, DE JANVIER A MARS
E.tpédJtîon d'une colonne chilienne ii Moquegua. — Préparatifs du Chili pour une nonrelle cnnnpaiine. — Situalion de l'armée alliée à Tocna et h Arica. — Plan de campiiflne des Chilien!. — Débarquement de leur armée k Pncochn. — Expédition d'une division cbilienne à Hollendo. — Les Pérn riens qoittent Moquegua et se fartiSent sur les hantenrs de loa Anjelea. — Degcriptions de ces positions. — Elles sont attaquée)! et prises par les Cbiliens le 2S mars. — Importance de cette oecupatioo pour lu luite de la campngue. — Opérations maritimes. — Combats snoi résultat dons la baie d'Arica. -- Blocas du Callao.
IjCs républiques alliées n'étaient pas encore remises du trouble produit par les deux révolutions qui avaient eu lieit au Pérou et en Bolivie, vers la fin de 1879, lorsqu'un fait d'une certaine gravité vint attirer leur iittention et renouveler leurs alarmes. Un faible détachement de soldats chiliens avait débarqué sur un point de la côte péruvienne, il s'était emparé du chemin de fer et avait pénétré à l'intérieur à plus de cent kilomètres, mettant en fuite les autorités et les garnisons de& endroits par oii ils passaient. Cet audacieux coup de main montrait la profonde démoralisation des défenseurs du Pérou. Voici les faits :
Le 30 décembre, deux navires de l'escadre chilienne étaient arrivés dans la baie d'Ilo. Un détachement de 550 soldats débarquèrent sous les ordres du commandant du génie don Arislides Marlinez. Ils s'emparèrent, sans rencontrer la moindre résistance, du petit port de ce nom, et de celui de- Pacocha, situésur la même rade. Le premier soin des assaillants fut de couper les lignes télégraphiques qui relient la côte à l'intérieur, et de prendre possession de la gare du chemin de
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fer et de tout le matériel de transport. L'expédition emmenait un machiniste et des chaiilîeurs, de sorte qu'avant midi deux trains se trouvaient prêts à partir. Les soldats chiliens y prirent place. Ils avaient avec eux deux canons, et ils partirent - pour l'intérieur avec la même tranquillité que s'ils eussent voyagé en pleine paix et dans leur propre paya. Leur voyage s'effectua sans le moindre obstacle, sans la moindre aventure. La petite colonne expéditionnaire traversa une vallée fertile, couverte de vignobles et de vergers, et convenablement peuplée. A la tombée de la nuit, elle arriva devant la ville de Moqucgua, qui avait une garnison de 450 hommes de milice. Cette force aurait pu défendre la ville en se retranchant dans les édifices, ou en occupant les hauteurs voisines ; mais ces milices aimèrent mieux s'enfuir en abandonnant la ville aux Chiliens. Le commandant Martinei y entra dans la matinée du 1" janvier 1880, et ce fut au son de l'hymne national du Chili qu'il occupa la place centrale de Moqucgua.
Comme son intention n'était pas de s'établir dans cette ville, et qu'il avait résolu de retourner le même jour à la côte, il se borna à demander pour ses troupes des vivres, qu'on lui remit sans difficultés. Avant de quitter Moquegua il y organisa un comité, formé des habitants eus-mêmes pour maintenir l'ordre jusqu'au retour des autorités et de la garnison disparues la nuitprécédente; et vers les quatre heuresdu soir, il repartait en chemin de fer. Sur deux points de la ligne, les milices péruviennes avaient enlevé quelques rails pour faire dérailler les trains ; mais, grâce aux précautions prises par le commandant Martinez, tout accident fut évité. Ses soldats poursuivirent les auteurs de ces dégâts et en tuèrent quelques-uns, et ses sapeurs rétablirent facilement la voie. Le 2 janvier, après avoir démonté 1-es locomotives du chemia de fer, qui étalent la propriété du gouvernement péruvien, les -Chiliens s'embarquèrent de nouveau et retournèrent à Pisagua.
Cette audacieuse expédition produisit donc le résultat désiré. On voulait reconnaître une région déterminée du territoire péruvien que l'armée se proposait d'envahir. Grâce au «ang-froid avec lequel la reconnaissance s'exéciita, la colonne -expéditionnaire n'avait pas eu à souffrir, et le génie avait
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recueilli tous les renseignements qui pouvaient servir à l'étalmajor pour arrêter ses plans de campagne.
On préparait alors de nouvelles opérations. L'armée ciûllenne recevait de nouveaux renforts envoyés de Valparaiso, on réunissait à Pisagua des armes et d^s munitions, on remettait en bon état les navires de guerre et les transports, et l'oD prenait avec la plus grande activité les mesures nécessaires pour la continuation de la guerre. L'expérience acquise dans la récente campagne de TarapacÂ, avait appris aux Chiliens la manière d'utiliaer les éléments dont ils disposaient et d'améliorer l'administration militaire. On introduisit donc d'importantes rérormes dans toutes les branches du service. L'armée de campagne, qui s'élevait maintenant à plus de 20,000 hommes, fut distribuée en quatre divisions, outre une forte réserve qui devait occuper les territoires récemment conquis pour parer à toute éventualité. On adjoignit à l'étatmajor un nombre plus grand d'olficiers du génie. L'artillerie et la cavalerie, auxquelles l'armée chilienne devait son incontestable supériorité, furent aussi augmentées et pourvues de tout le nécessaire. On construisit de nouveaux fourgons pour le transport des vivres et des munitions, et des tonneaux pour celui de l'eau, élément indispensable dans les déserts et tes sables du Pérou, où l'on marche des journées entières sans trouver un ruisseau ou un puits. On augmenta également le nombre des chaloupes pour le débarquement, telui des bêtes décharge, etde tous les éléments nécessaires à la mobilisation des troupes.
. Le gouvernement chilien savait parfaitement que les alliés avaient réuni 8 ou 9,000 hommes à Tacna et à Arica, et que là aussi, ils poussaient rapidement la réorganisation militaire. Le contre-amiral Montero, chef des forces péruviennes, lançait à Arica de nombreux ordres de pure forme, il commençait des travaux bientôt abandonnés, et procédant en toutes choses avec plus d'arrogance que de jugement, il fatiguait ses subalternes, et suscitait des difijcultés entre les alliés. Mais il avait sous ses ordres d'autres chefs plus prudents et plus persévérants dans le travail. C'étaient eux qui complétaient et perfectionnaient les fortifications du port, eux qui instruisaient les troupes, et qui aplanissaient partout les difficultés soulevéesà
chaque matant entre les alliés. Parmi ces chefs, figuraienl en première ligne le colonel don Francisco Bolognesi et le capitaine de navire don Juan Guillermo Moore, celui-là mime entre les mains duquel s'était perdue Y fndependencia, le jouidu combat avec la Covadonga, le 21 mai de l'année pi'écétleote.
Les forces boliviennes se trouvaient à Tacna soua les ordres du colonel don Eliodoro Camacho, qui s'était mia, on se le rappelle, à la tète da pronunciamienio contre Daza, le 27 décembre. La révolution triomphante en Bolivie avait alors confié le gouvernement provisoire de la République au général don Nurciso Campero, homme modéré, énergique et instruit, qui sut réprimer d'une main de fer plusieurs émeutes, débarrasser l'administration de toua les vices créés ou fomentés par le gouvernement du général Daza, et réorganiser soi» armée pour ouvrir une nouvelle campagne contre le Chili Campero avait une confiance absolue dans le colonel Camacho ; il lui avait laissé en conaéquenee le commandement des troupe? campées à Tacna.
Un doit reconnaître que la conliance du président provisoire de la Bolivie était assez fondée. A une intégrité reconnue le colonel Camacho joignait une certaine instruction et plusieurs des qualités qui font le véritable homme de guerre. Il réorganisa ses troupes, il aut inspirer aux chefs l'espoir de triompher danS une nouvelle campagne ; il obtint des secour» en hommes de son gouvernement, et ne négligea rien pour discipliner son armée. Cependant lus rivalités entre Péruviens et Boliviens devenaient chaque jour plus inquiétantes. Le colonel Camacho connaissait parfaitement les qualités et les défauts du contre-amiral Montero, et il ne pouvait se résigner à être placé sous ses ordres. Il demandait donc que le général Campero quittât la Bolivie pour venir se placer à la tète de toute l'armée alliée, en sa qualité de chef d'une des républiques engagées dans la lutte.
Instruit de cet état de choses, le gouvernement du Chili résolut d'entreprendre une seconde campagne pour détruire cette armée. Son plan était de l'enfermer dans la région qu'elle occupait, de lui enlever ses communications avec le reste du Pérou d'où pouvaient lui pnr\enir des cecours plUg
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OU moins importants, de lui couper la retraite, et de l'obliger ainsi à accepter la bataille. Pour mettre ce plan à exécution, )e Chili devait tourner l'ennemi par le nord, Taire ensuiti> entreprendre à son armée les marches les plus pénibles à travers les sables et les déserts où tout manquait, et livrer enfin combat. Le gouvernement chilien et l'élat-majoi' ne se faisaient aucune illusion à ce sujet. L'un et l'autre savaient parfaitement que la principale difficulté de la nouvelle campagne ne consistait pas à battre l'ennemi, mais bien à l'em? pécher de se dérober à la lutte.
Dès la mi-février 1880, l'armée du Chili était prête à entreprendre cette nouvelle campagne. On avait réuni dan.s le port de Pisagua seize navires de guerre et de transport; iO,000 hommes s'y embarquèrent le 24 février. Deux jours après ils abordèrent à llo et s'emparèrent de ce port et de ■ celui de Pacocha sans trouver la moindre résistance. Les transports revinrent alors à Pisagua et y prirent une nouvelle division de3,OOOà4,ÛOO hommes qu'il avait été impossible d'emmener lors du premier voyage. On commença sur-lechamp l'occupation du chemin de fer et de la vallée de Moquegua, celle-là même que le commandant de génie don A. Marlinez, avait parcourue deux mois auparavant avec autant de succès que d'audace.
Le débarquement des Chiliens à Pacocha causa au Pérou une certaine satisfaction, à en juger par les écrits de la presse, et même par les documents officiels. Le contre-amiral IMontero le télégraphia d'Arica au dictateur Piérola, en lui assurant, de la manière la plus énergique, que l'armée chilienne trouverait son châtiment et son tombeau dans la province de Moquegua. La presse de Lima répéta que les Chiliens étaient des lâches qui n'osaient pas attaquer l'armée péruvienne, et qu'en débarquant îi Pacocha, ils n'avaient d'autre but que celui d'occuper un territoire sans défense et d'éviter tout combat avec la vaillante armée du distingué contreamiral Montera. Il parait que personne au Pérou ne comprit que le véritable dessein de l'ennemi était de cerner cette armée et de l'obliger à livrer une bataille décisive. Et si quelqu'un y pensa, on dut espérer que l'insalubrité du climat, le chemin j\ parcourir pour arriver à Tacna, el la sécheresse
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du désert auraient bientAt raison des «nvahisseurs et les Toi'-
ceraienl à rcDoncer à leur téméraire entreprise.
Sachant que les Péruviens avaient concentré des troupes à Arequipa et qu'elles ne laisseraieut pas de harceler les Chiliens qui occuperaient Moquegua, le gouvernement chilien avait résolu de faire une diversion sur la côte pour détourner leur attention. En effet, une division d'à peu près S,000 hommes, sous les ordres du colonel don 0. fiarbosa, sortit, le 8 mars, du camp de Pacocha. Après avoir coupé le télégraphe dans une petite anse qui existe entre Islai et Mollendo, les troupes chiliennes débarquèrent dans te premier de ces ports.
Ils surmontèrent facilement la résistance que leur opposa, des hauteurs voisines, une faible garnison, et lut ârent même vingt-cinq prisonniers. Ensuite ils se rendirent par terre à Mollendo. Les Péruviens avalent là quelques canons pour la défense du port, et une garnison plus considérable; mais ayant appris le débarquement des Chiliens au port voisin d'Islai, ils se retirèrent par le chemin de fer dans l'intérieur, emmenant avec eux l'artillerie. Les Chiliens se bornèrent à détruire le télégraphe, le chemin de fer, le matériel et tout ce qui appartenait au gouvernement péruvien et qui pouvait lui servir à mobiliser ses forces. La presse de Lima a parlé depuis de ces destmctions en les exagérant extraordinairement. 11 résulte d'une enquête ouverte par ordre dit gouvernement du GhiU que la plupart de ces accusations étaient fausses, et qu'une grande partie des dommages causés et des vois commis le furent par la populace de l'endroit même après le départ des Chiliens.
L'expédition du colonel Barbosa était de retour à Pacocha le 14 mars. II est vrai qu'elle n'avait pas complètement atteint le but proposé ; mais, en surprenant la garnison de Mollendo, elle réussit néanmoins à détourner l'attention des forces péruviennes d'Arcquipa, dont une partie se rendit à la côte, sinon pour attaquer les Chihens, du moins pour les empêcher d'avancer dans l'intérieur.
11 y avait alors à Moquegua des forces péruviennes beaucoup plus considérables que celles que le commandant Martinez avait mis en fuite deux mois auparavant. Ces forces.
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commandées par le colonel Gamarra, ne pensaient pourtant pas à défendre la ville ni la vallée voisine, mais elles s'étaient fortifiées un peu plus au nord sur une hauteur qu'on croyait inexpugnable. Pour aller de Moquegua à Torata, il faut traverser une chaîne de montagnes très escarpées, et qui n'offre de passage abordable qu'à la hauteur ou crête appelée los^ Anjeles. Là se trouve un chemin tracé en zigzag, mais toujours raide et dangereux, et qu'aucune armée ne peut suivre lorsque les hauteurs sont occupées par une force quelconque. Les montagnes sont tellement escarpées de deux c6tés qu'o» avait toujours cru qu'il était complètement impossible d'arriver à los Anjeles par une autre voie que le chemin public. Les troupes établies dans celte position n'avaient donc rien à craindre pour leurs flancs, et une poignée d'hommes suffisait à la défense du chemin qui conduit à la hauteur.
La gorge de los Anjeles jouissait d'une telle réputation dans l'histoire du Pérou qu'elle avait mérité le nom de Thermopyles péruviennes. En 1823, une colonne espagnole avait battu en cet endroit l'armée indépendante. En décembre 1874, pendant une des interminables guerres civiles du Pérou, le cbel" révolutionnaire don Nicolas de Piérola, le dictateur actuel de cette république, s'empara de ces hauteurs et y repoussa facilement la vigoureuse attaque des armées du gouvernement commandées par le président Pardo et le général Buendia. Se fondant sur ces faits, les chefs péruviens avaient déclaré dans les rapports ofiîciels, « que 500 hommes pouvaient y résister à 10,000. n On comprendra quelle importance Piérola lui-même attachait à ces positions, et avec quelle confiance le colonel Gamarra s'y était fortifié.
Les Chiliens n'ignoraient aucun de ces détails. Une colonne de cavalerie sortit d'abord du camp de Pacocha, sous les ordres du général don Manuel Baquedano, pour reconnaître la route qui conduit dans l'intérieur, car on crfùgnait que le chemin de fer n'eût été coupé, La communication une fois assurée sans la moindre difficulté, la seconde division de l'armée se mit en marche, et dans la matinée du 20 mars les troupes chiliennes prirent possession de Moquegua. On campa sur la rive nord de la rivière, à l'endroit appelé Alto de la Villa, où vient finir le chemin de fer. A partir de ce moment.
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leO HISTOIRE DB LA GUERRE DU PACIFIQUE
te génie, eoiis les ordres du commandantMartinez,! A étudier le terraiu dans tous ses détails.
Eki réalité, l'aimée chilienne ne pensait pas à marcher sur Torala. Son plan étant de s'avancer au sud, à la rencontre de l'armée de Taena; elle aurait pu à la rigueur ne pas s'occuper des forces que le colonel Gamarra avait sur la côte de los Anjeles. Toutefois il était dangereux de laisser sur son flanc et sur ses derrières des troupes ennemies, susceptibles de devenir le noyau d'une armée qui harcèlerait l 'arrière-garde des Chiliens pendant leur marche au sud. Le général Baquedano résolut donc immédiatement l'attaque, et avec pleine connaissance du terrain, on concerta dans son camp le plan à suivre pour la faire réussir.
A droite de l'ennemi, les montagnes étaient fort escarpées, et il semblait que ni les hommes ni les animaux ne pussent les gravir. Un bataillon composé des robustes et courageux mineurs de Copiapo accepta la mission d'escalader les hauteurs de ce côté. Sur le flanc gauche des Péruviens, l'attaque présentait des difficultés d'une autre espèce. Le revers des montagnes, quoique raide et escarptï, était plus praticable, mais il fallait faire un détour de plusieurs kilomètres, et celte marche était d'autant plus difliclle qu'elle ne pouvait s'exécuter que de nuit. L'attaque devait avoir lieu le 22 mars au point du jour.
En effet, à l'entrée de la nuit du 21, une colonne d'environ 1,000 hommesdestroisarmessortitdeMoquegua, pour tourner par cette marche de flanc la gauche des retranchements péruviens. A minuit, le bataillon chargé d'escalader les rochers escarpés de la droite de l'ennemi, sortait du camp de l'Alto de la Villa. Un peu plus tard, le général Baquedano plaçait son artillerie dans la vallée, à un endroit d'où il pouvait diriger ses feux sur les zigzags du chemin public, et sur les retranchements qui couronnaient les hauteurs.
Pendant la nuit on observa dans tout le camp la plus grande vigilance. Vers deuK heures du matin on entendit les feux de mousqueterie : c'étaient ceux d'une reconnaissance péruvienne, descendue à la faveur de l'obscurité, des hauteurs pour surprendre l'avant-garde chilienne qui en occupait le pied. Cpttp aftiiquefut repousaée. Mais [jersonne dans le camp
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du colonel Gamarra ne soupçonna le double mouvement offensif que les Chiliens, dans ce moment-là même, étaient â exécuter.
Mais au point df jour du i2 mars, les défenseurs des retranchements de los Anjeles étaient assaillis sur leur flanc droit. Le bataillon qui avait gravi les hauteurs, s'élevant au milieu de l'obscurité de la nuit sur ces côtes escarpées, arriva juste à temps pour ouvrir le feu au lever du jour et attaquer liardinient les retranchements desPéruviens. Lacolonne, beaucoup plus nombreuse qui devait les attaquer par la gauche, se trouvait en retard à causé de la distance plus longue qu'elle avait h parcourir: d'ailleurs elle avait rencontré quelques compagnies péruviennes, avec lesquelles elles s'était engagée dès l'aube. L'artillerie, qui occupait dans la vallée le poste qui lui avait été assigné, lançait en même temps une pluie de boulets sur les positions péruviennes, ce qui ne contribua pas peu à porter le désordre dans les rangs ennemis.
Le combat dura ainsi un peu plus d'une heure, après quoi les Péruviens commencèrent à céder. Bientôt ils abandonnèrent le champ de bataille avec la plus grande précipitation. Ils y laissaient 28 morts avec un nombre plus considérable de blessés. Lorsque le drapeau chilien flotta sur les retranchements que les Péruviens avaient établis sur les hauteurs, le général Baquedano fit suspendre le feu de l'artillerie, et ordonna au reste de sa division d'aller occuper ces positions par le chemin public qui était resté libre. La poursuite fut poussée aussi loin que possible. On ramena 64 prisonniers dont 8 officiers, et beaucoup d'armes et de munitions. Torala amsi que les villages et le pays environnants tombèrent le même jour au pouvoir des Chiliens.
L'occupation de ces positions avantageuses, que les Péruviens croyaient absolument inexpugnables, souleva dans tout le pays une rage indicible. D'abord la presse nia la défaite ; et lorsqu'il ne fut plus possible de cacher la vérité, le colonel Gamarra, qui n'avait pu résister à l'audace et à l'élan des Chiliens, fut traité de lâche et même de traître. Le dictateur Piérola le fit traduire devant un conseil de guerre, comme on axail fait quelques mois auparavant pour les chefs qui s'étaient laissé battre, lors de la campagne de Tarapaca.
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Pour les Chiliens, il y avait dans le triomphe de los Aiyeles, quelque chose de plus sérieux que la satisfaction de l'amour-propre mililuire. La conquête de cette position et la dispersion des troupes qui la défendaîenl enlevaient aux allié» tous les chemins par où l'armée péruvienne du Sud pouvait communiquer avec le centre et le nord dç la République, ou bien recevoir des renforts. A partir de ce jour aussi, les troupes chiliennes purent entrer en campagne et entreprendreleur marche vers le Sud, sans crainte de voir leur arrièregarde inquiétée.
En mfme temps qu'on exécutait sur terre les opérations que nous avons rapportées, l'escadre chilienne continuait les hostilités sur mer. Le blocus d'Arlca était soutenu par le mouitor Huascar et la canonnière Magallanes. Le 27 février, le premier de ces navires se rapprocha de terre pour reconnaître les forts péruviens. Il fut accueilli par le feu des batteries de la côte et celui du monitor Maneo-Capac, qui, ainsi que nous l'avons dit, était une formidable batterie Qottante placée au fond de la baie. Le commandant du Huascar, don Manuel Thompson, fut tué par une bombe péruvienne ; mais le commandant Condell, qui prit la direction du combat, soutint énergiquement l'attaque. Deux autres navires chiliens étant urrivés le lendemain, ils continuèrent le bombardement de la plaee et y causèrent des dommages considérables.
Le blocus d'Arica continua pendant deux semaines sans qu'aucun incident vint en rompre la monotonie. Pour défendre l'entrée du port il ne restait que le monitor Huascar et un mauvais transport, forces bien insuffisantes dans une baie aussi ouverte que l'est celle d'Arica. Dans la nuit du 16 mars, la corvette péruvienne VUnwn, sortie peu de jours auparavant du Callao, força le blocus et pénétra dans le port, grâce k l'obscurité et à sa vitesse extraordinaire. Cette corvette portait des communications du gouvernement de Lima et des équipements pour l'armée du contre-amiral Montero. Le lendemain, lorsque le Huascar l'aperçut près de terre, et sous la protection des forts, il se mit à la canonner non seulement dans le but de l'endommager, mais pour l'empêcher de débarquer son chargement. Bientôt après, deux autres navires chiliens qui arrivèrent au port renforcèrent l'attaque. Par un
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habile stratagème, l'ofllcier péruvien don Manuel Antonio Villavicensio, qui commandait VUnton, fît alors sortir de la machine de ce navire une énorme quantité de vapeur, comme s'il avait souffert une grave avarie. Les marins chiliens tombèrent dans le piège; ils suspendirent le feu, et plus tard ils se réunirent au nord de la baie, afin de prendre leurs mesures pour empêcher le navire de s'échapper pendani la nuit. Favorisée par la largeur de la baie et par la rapidité de sa marche, la corvette péruvienne se glissa vers le sud sous la protection des forts de terre, et elle s'éloigna d'AHca en trompant habilement l'ennemi, qui ne put l'atteindre.
Ce fait, qui fut célébré au Pérou comme une victoire, activa les opérations de l'escadre chilienne, jalouse d'empêcher tout mouvement des navires ennemis. En effet, sans lever le blocus d'Arica, de Mollendo et des côtes adjacentes, la frégate cuirassée Blanco Encalada, le monitor Huascar. la cor^-ette O'/fif/gins, deux croiseurs et d'autres petits navires allèrent, le 10 avril, bloquer le Callao et les ports voisins. Après le délai accordé aux navires marchands qui portaient le pavillon neutre, on commença le bombardement des forts de la place et des navires péruviens réfugiés dans l'arrièreport. Celte opération, qui allait causer le plus grand préjudice au commerce du Pérou, en fermant ses principaux ports, venait mettre fin à toutes les excursions que les vaisseaux de ce pays pouvaient' faire sur les côtes voisines du Callao. A partir de ce jour, les navires chiliens parcoururent la mer dans toutes les directions, sans essuyer aucune surprise.