‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 29 sur 43 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

EXPÉDITION DE TACNA, AVfilL ET MAI <

RforgaQieatioD industrielle et admiaiEtrative de la province de Tarapacà. — Coaceasiona libérâtes faites par le gouTernement cbilièa Bttx eréaDcierg bjpathécairee du Pérou. — Dispositions relatives à l'exploitation du salpêtre. — Protestatious inutiles du gouvernemenl péruvien. — Mesures Snancières prises par cette république pour obtenir de l'argent. — OrganisatioD de nouvelles srméea. — L'armée chilienne se prépare à marcber sur Tacnn. — Difficultés que lui opposent la nature et la topographie des lieux. — Reconnaissances pratiquées par la cavalerie cbilienae. — Combat de Buenavieta. — Marche de l'armée cbilieune. — Travaux qu'exigea le transport de l'artillerie. — GoaceatratioD de toute l'armée sur les bords du Sama. — Mort subite du ministre de la guerre, don Raphaël Sot^majot.

Pendant qu'on entreprenait les opérations militaires don nous avons parlé dans le cliapitre précédent, le gouvernement du Chili s'occupait de régulariser l'administration publi que de la province de Tarapacà. On sait que l'industrie dt cette province, régie par un système économique des plus erronés, avait éprouvé les plus grandes perturbatious pendant la première année de la guerre. L'expulsion des travailleurs chiliens le lendemain de la rupture des hostilités, la suspension du commerce extérieur occasionnée par le blocus d'iquique, l'occupation de la province par l'armée péruvienne pendant plus de six mois, et enfin les opérations militaires qui en amenèrent l'occupation complète par les Chiliens : telles étaient les causes du désordre ou plutôt de l'abandon dans lequel cette province était tombée, au point de vue industriel et administratif. '

Le gouvernement du Chili donna k cette région des employés civils qui devaient veiller à son administration. Dans le

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butjde [readre le commerce plus facile, les douanes furent soumiâes à un l'é^ime beaucoup plus libéral que celui qu'elles avaient auparavant. On établit, avec le même soin, de nouveaux tribunaux de justice, on organisa un corps de police pour veiller à la propreté des ruée et à la sûreté des personnes et des choses, on créa des hôpitaux pour les malades et les invalides, et l'on ouvrit des écoles publiques réglementées comme celles du Chili. Deux mois après l'occupation chilienne, l'ordre et la régularité de l'administration étaient établis d'une manière saltsraisaDte. Grâce à cet état de choses, le commerce d'Iquîque recouvra une nouvelle vigueur. Des imprimeries se fondèrent, et le journalisme fonctionna avec la même liberté al«oIue qu'au Chili.

De nombreux créanciers européens <lu Pérou s'étaient adressés quelques mois auparavant au gouvernement chilien pour obtenir la permission de charger du guano dans les dépôts de Tarapacâ et dans les lies Lobos. Us disaient que cet engrais servait spécialement au payement de leurs créances; mais que le gouvernement du Pérou, oubliant les solennels engagements contractés avec eux, avait depuis plusieurs années déjà suspendu le payement de ses obligations; ce qui avait fait que les litres de sa dette avaient souffert une dépréciation de quatre-vingt-dix pour cent. Dans cette requête, le gouvernement du Chili ne vit qu'une nouvelle preuve de la confiance inspirée aux bailleurs de fonds européens par la loyauté qui avait toujours présidé au payement de sescréances.

Toutefois il ne voulait s'engager par aucune promesse, avant que les événements de la guerre ne l'eussent mis en possession de ces dépôts de guano; et s'il est vrai qu'il écouta favorablement ces propositions, il est également certain qu'il attendit l'occupation de Tarapacà pour résoudre cette question d'une façon satisfaisante pour les créanciers du Pérou. Il voulait aussi que la majorité de ces derniers se mit d'accord afin de rendre plus effectifs les avantages qui pouvaient résulter de leur résolution. C'est ce qui eut lieu en décembre 1879 et en janvier 1880. Les possesseurs de titres péruviens tinrent à Londres quelques réunions dans lesquelles, après avoir rappelé de quelle manière leurs espérances avaient été frustrées par le gouvernement du Pérou, ils résolurent de faire appel à

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la loyauté des Chiliens. Leur espérance ne fut pas trompée. Par décret du 23 février 1880, le Chili accorda aux créanciers "hypothécaires du Pérou l'autorisation d'embarquer le guano des dépôts de Tarapacâ, moyennant un droit de trente schellings par tonneau.. Les travaux relatifs an chargement commencèrent bienlM.

Les protestations du gouvernement dictatorial du Pérou -contre cette concession sont consignées dans un décret qui porte la date du 13 mars. Le dictateur Ptérola y déclare que l'autorisation accordée par le gouvcrnem int chilien aux ■créanciers du Pérou est une atteintt; à l'autorité suprême de ce pays ; que les créanciers qui l'ont sollicitée ou en ont profité ont perdu par ce fait même tous leurs droits, qu'ils ne pourront plus désormais les faire valoir au Pérou sous aucune forme, et que le gouvernement de cette nation poursuivra les mavires qui exporteront du guano et les confisquera, quel que soit d'ailleurs le pavillon qui les couvre. Comme on le comprendra facilement, un décret de ce genre, émanant d'un gouvernement auquel il était impossible de le faire exécuter, ne pouvait être pris au sérieuK.

L'industrie salpêtrière, la plus importante de la province ■de Tarapacâ, attira aussi de préférence l'attention du gouverjiement chilien. On doit se rappeler que le Pérou, obéissant à une fausse politique, avait monopolisé le salpêtre en 1873 et •qu'il avait cherché à devenir le seul propriétaire afin d'être lê seul qui élaborât et vendit cet article. Conformément à ce système, le gouvernement du Pérou avait fait aux différentes personnes des contrats d'après lesquels ces entrepreneurs pouvaient élaborer dans les fabriques de l'État une quantité déterminée de salpêtre qu'ils livraient au fisc moyennant payement de 62 pence par quintal pour frais d'élaboration, L'État vendait et exportait le salpêtre ainsi préparé.

Ce système, qui transformait le gouvernement péruvien en négociant, au préjudice des intérêts du commerce et de l'industrie, répugnait au Chili. H ne voulut même pas exiger la remise du salpêtre exploité pour le compte du Pérou par les personnes qui avaient des contrats, quoique cependant il lui -appartint de droit comme étant une propriété prise à un gou' Trernement ennemi. Au lieu de continuer à suivre le pernicieux

système du monopole, il décréta lu libre exportation du salpêtre moyennant le payement d'un droit modéré, une piastre et demie (7 fr. 50) par quintat.

Malheureusement, ce système libéral tarda beaucoup à produire les résultats qu'on en attendait. Pour des raisons faciles à comprendre, l'exportation volontaire ne se développait que lentement. En premier lieu, la perturbation dans les affaires, conséquence inévitable de la guerre, ne pouvait assurer le rétablissement immédiat delà conlîance parmi les industriels et les trafiquants. En second lieu, le gouvernement du Pérou allait jusqu'à menacer ceux qui avaient des contrats avec lui de confisquer les biens qu'ils .pouvaient posséder dans les provinces occupées pur ses armées, s'ils se soumettaient à la loi chilienne et devenaient exportateurs de salpêtre. En troisième lieu, beaucoup de spéculateurs s'imaginèrent qu'en retardant l'exportation, ils obligeraient le gouvernement chilien à diminuer l'impôt qui la grevait.

Le Chili se vit alors dans l'obligation de vendre pour son compte le salpêtre déjà élaboré, et d'en envoyer une grande partie en Europe pour y être livré au commerce. On donna cependant à ces mesures un caractère transitoire. Le gouvernement chilien, maitre de tous les terrains qui produisent le salpêtre jusqu'au 19' parallèle de latitude sud, préparait une loi afin de lessoumettreà un régime économique uniforme dont les bases seraient la liberté commerciale et l'égalité d'impôt.

Lorsque le gouvernement péruvien sut que le Chili commençait à exploiter les dépôts de salpêtre, il fit entendre ses protestations. Ces dépôts, disait-il, sont la propriété du Pérou, et le Chili ne peut en disposer que par un acte de piraterie. Il est vrai, ajoutait-il, que le Chili est actuellement maître de ces territoires, mais ce n'est qu'une possession instable qu'il doit plutôt à l'erreur des généraux du Pérou qu'à la force de ses armées. Les navires qui chargeront du salpêtre ainsi que ceux qui chargeront du guano pour le compte des créanciers du Pérou seront partout poursuivis comme pirates par les autorités péruviennes.

C'était méconnaître en tous points la réalité d'un fait matériel et accompli, tel que l'occupation ofiective du territoire en question par les armées et les autorités chiliennes;

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en même temps le Pérou était sans escadre pour empêcher le cbargement du salpêtre et pour donner la chasse aux navires qui le portaient en Europe. Il en résulta que les protestations péruviennes restèrent à l'état de lettre morte sans produire aucun résultat pratique.

A la même époque, le gouvernement dictatorial du Péron ordonnait d'autres mesures relatives aux finances. Il établissaU de nouveaux impdts qui, bien que fort onéreux, ne donnèrent pas les recettes que l'on désirait. Il décréta la suspension de payement de toutes les obligations portant une date antérieure à celle du 24 décembre 187D, jour où fut inaugurée la dictature, à moins cependant que ces obligations ne fussent reconnues suivant certaines règles qui n'étaient pas indiquées; dans ce £as même, elles ne devaient être payées que plus tard et avec une approbation spéciale du gouvernement.

Cette mesure avait pour objet de démontrer que dorénavant les nouvelles obligations qui seraient contractées se payeraient avec les revenus de l'État. On voulait ainsi obtenir de nouveaux prêts pour le gouvernement. Le dictateur paraissait Ignorer qu'en établissant un pareil système, il finirait par ruiner complètement, tant au dedans qu'au dehors, le crédit du Pérou, du moment où il admettait que le gouvernement pouvait déclarer^ le jour où cela lui conviendrait, que les obligations contractées par l'Etat avant telle ou telle époque n'avaient aucune valeur. Cette théorie était trop dangereuse dans un pays où les gouvernements révolutionnaires se succèdent si rapidement; en effet, loin de produire le résultat qu'on attendait, elle excita une grande défiance.

Cependant le dictateur Piérola voulut entrer en arrangements avec les créanciers étrangers du Pérou, afin de les empêcher de traiter avec le Chili. On voulait leur abandonner, à certaines conditions, les chemins de fer de l'État, dans l'espoir d'obtenir de nouveaux versements. Mais comme les créanciers savaient déjà que ces voies ferrées ne donnaient que des bénéfices insignifiants, et que même quelques-unes suffisaient à peine à couvrir les frais d'exploitation, cette mesure ne produisit aucun effet. Le dictateur réglait également à la même époque toutes les questions pendantes que

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le gouvernement du Pérou avait avec les consignataires du guano en Europe, et il les résolvait en faveur de ces derniers. L'opinion pabliqne les accusait d'£tre les associés du dictateur lui-mërae, lorsqu'il avait été ministre des finances avant 1872, et plus lard ses bailleurs de fonds lors des insurrections tentées contre les gouvernements qui avaient suivi. La suppression de la liberté de la presse sous le régime dictatorial a été une des causes qui ont empi^ché jusqu'ici d'éclaircir ces négociations. Un journal qui se permit quelques insinuations sur les questions financières fut immédia Elément supprimé, et les éditeurs furent punis.

Si toutes ces mesures no donnèrent pas un résultat très positif pour subvenir aux besoins de la guerre, le dictateur Piérola trouva d'autres moyens d'occuper son activité. II appela sous les armes tous les Péruviens ; il organisa dans la capitale et dans les provinces de nouveaux bataillons dont il lit activement pousser l'éducation militaire. Le gouvernement continua à recevoir d'Europe et des Etats-Unis des envois d'armes et d'engins de guerre, qui venaient par Panama, de telle façon que l'armée se trouva suffisamment équipée. Mais, malgré ces nombreux envois, il était impossible d'en faire parvenir au contre-amiral Montero qui commandait l'armée du Sud. Sur terre, on ne pouvait rien faire, non seulement à cause de la grande distance, mais aussi à cause de l'occupation de Moquegua par les Chiliens qui fermaient tous les cbemins. De plus le blocus des côtes du Sud rendait difficile toute tentative de ce côté.

Cependant l'opinion publique commençait à reprocher au . gouvernement dictatorial des fautes que ce dernier ne pensait peut-être même pas à commettre. Sachant que Montero et Piérola avaient été des ennemis irréconciliables, on croymt que le second avait intérêt à abandonner Montero afin qu'une défaite le délivrât d'un rival redoutable. Les Chiliens eurent l'occasion d'intercepter quelques correspondances dans lesquelles on parlait de ces rivalités et de ces embûches comme d'une chose certaine. C'était pour étouffer ces fâcheuses rumeurs que le dictateur, ne sachant quel autre moyen employer, avait ordonné le voyage hasardeux ■de la corvette Union à Arica, voyage dont nous avons parlé dans le chapï-

tre précédent el que mena à bonne fin, avec une adresse rare, le commandant Villavicencio, Cette aventure aussi heureuse que téméraire n'améliora pas ta situation de l'armée du Sud, car elle ne reçut que quelques uniffirmes et quelques munitions; plus tard le blocus du Callao leur 6ta tout espoir de pouvoir renouveler les communications.

Pendant ce temps-là, l'armée chilienne qui occupait Moquegua se préparait à marcher sur Tacna. Le général Ëscala était revenu au Chili, en laissant le commandement «n chef des troupes au général don M. Baquedano qui venait de se rendre célèbre par l'habileté et la vigueur qu'il avait montrées lors du combat de « los Angeles. » Ce chef, dès le premier moment, déploya ane activité énergique dans la direction générale des opérations. La distance géographique qu'il avait à parcourir pour arriver jusqu'à l'ennemi n'était pas, à proprement parler, fort considérable, et dans tout autre pays une armée régulièrement organisée aurait pu franchir cette distance en quatre ou cinq jours ; mais, dans ces parages, la marche exigeait de la part des chefs et des soldats une bien plus grande dépense de forces que celle qu'impose une bataille et même une victoire.

La région qui avoisinc la côte de la république du Pérou est formée par une suite de déserts séparés les uns des autres par d'étroites vallées, lesquelles sont aiTosées par des rivières qui prennent leur source dans les montagnes. Dans toutes ces régions les pluies sont à peu près inconnues, et ces déserts ne sont que des plaines arides et sablonneuses, quelquefois coupées par des hauteurs escarpées ou des collines d'un terrain mouvant qui rendent très pénible la marche, surtout pendant le jour, lorsque le soleil des tropiques échauffe le sol et y produit une chaleur suffocante. « L'absence d'humidité laisse tout périr sur le sol, et donne au paysage l'aspect le plus triste que l'on puisse voir. La production s'éloigne donc de ces endroits, et d'immenses étendues de terrain, qui par leur nature pourraient être fertiles, restent inutiles à l'entretien de la richesse et de la population » ' .

e de l'i pression de l'air sur la vie de Fliomme.

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Par compensation, dans les étroiles vallées formées par tes rivières, là où l'irrigalion i-épand la fertilité, il existe une végétation luxuriante, et l'industrie de l'homme y a établi des cultures qui donnent de magnifiques résultats. Les plantations de canne à sucre d'une part, les vignes d'une autre, constituent la richesse principale de ces endroits. C'est dans ces vallées que sont bâties les villes de Piura, Trujillo, Lima, Ica, Arequipa, Moqucgua, Tacna, etc., etc., qui alimentent toute la région de la côte ; mais, quoique les distances géographiques qui les séparent les unes des autres soient relativement faibles, le nombre des voyageurs qui osent pénétrer dans ces déserts est fort restreint, attendu qu'ils préfèrent toujours se rendre aux ports voisins et faire le voyage par mer. On comprendra facilement que ces difiicultés sont bien plus grandes encore pour une armée qui conduit avec elle son artillerie et ses bagages.

La route de Moquegua à Tacna se trouve dans ces conditions. L'armée chilienne avait à traverser un désert dont le terrain inégal n'est interrompu que par les étroites vallées de Locumbaetde Sama, les seuls endroits où l'on pouvait trouver de l'eau pour les soldats et tes animaux. En outre, il fallait gravir des hauteurs et des collines au sol mouvant, traverser des plaines sablonneuses où les hommes et les chevaux ne pouvaient avancer qu'avec une difficulté presque insurmontable, et dans lesquelles on ne trouvait pas Un seul ruisseau, pas un seul puits où le voyageur pût calmer sa soif.

Pour entreprendre la marche, il fut nécessaire de préparer les chariots qui devaient transporter les bagages, les vivres, les fourrages et l'eau, et de prendre les dispositions pour que ces voitures fussent efficacement protégées par la cavalerie afin que le soldat pût trouver des provisions à chaque étape. Pour mieux comprendre les difficultés qu'il y avait à vaincre, il suffit de dire que l'armée chilienne était obligée de transporter une provision d'eau représentant 40,000 litres par jour pour les hommes et les animaux.

Le général chilien et son état-major employèrent toute leur activité pour arriver à ce résultat ; mais ils eurent à surmonter des obstacles sans nombre. La vallée de MoqUegua, comme la plupart des vallées de cette partie du Pérou, est pendant cette

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époque de l'année sous l'influence des fièvres inlermîttentes connues dans le pays sous le nom de fièvre tierce. Ces fièvres, engendrées par les miasmes qui s'exhalent, à la suite des chaleurs, des terrains arrosés ou baignés par les rivières, attaquent de préférence les étrangers qui séjournent dans ces vallées pour la première fois. L'armée chilienne eut tellement a soufl'rir des effets de cette cruelle maladie que les transports de l'escadre ne furent occupés pendant plusieurs jours qu'à conduire les malades aux hôpitaux de Pisagua et d'iquique, où, grâce à la sécheresse de l'air, la fièvre tierce ne règne pas. Par compensation, quelques troupes de réserve durent quitter ces ports pour remplacer ces malades. Le général Baquedano, ■ d'accord avec le service médical de l'armée, transporta le campement à l'endroit appelé Hospicio ; c'est de là que ses troupes devaient entreprendre la marche. Ces différentes précautions eurent pour effet, comme on peut le supposer, de retarder les opérations militaires.

Pendant ce laps de temps, la cavalerie chilienne s'occupa à faire différentes reconnaissances. On savait que les Péruviens avaient détaché du camp de Tacna quelques troupes volantes chargées d'inquiéter les postes avancés de l'armée ennemie pendant sa marche. En effet, un piquet de 25 soldats chiliens, qui était allé en exploration, se laissa surprendre dans le pays de Locumba et perdit la plupart de ses hommes, tués ou faits prisonniers.

D'autre part, au commencement d'avril (le 7), le colonel don J. P. Vergara, à la tète de 500 hommes de cavalerie, sortit du camp dans le but de reconnaître tous les chemins et d'attaquer les postes avancés des Péruviens. Tout en s' acquittant de cette mission, le colonel s'avança jusqu'à la vallée de Locumba sans rencontrer la moindre résistance. Il explora un chemin qui allait de la mer à la vallée de Sama, et qui devait servir pour le transport de l'artillerie chilienne. Se dirigeant ensuite vers la montagne à la recherche de l'ennemi, il arriva par des défilés escarpés jusqu'à Mirabe et llahaya, où il trouva des vivres pour ses soldats et du fourrage pour ses animaux. Nulle part on n'aperçut de détachements péruviens, ni même aucun vestige de leur présence dans ces parages. Cependant jl ne lui fut pas difUcile de découvrir, au moyen de ses éclai-

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reurs, que dans la vallée formée par la rivière Sama, et entre le pays de ce nom et Buenavista, il y avait uii poste avancé péniviai composé d'environ 400 hommes, tant TantassiDs que cavaliers. Le chef de ces forces était le colonel Albairacin qui avait au Pérou la réputation d'un chef de guérillas aussi courageux que rusé. Le commandant chilien résolut immédiatement d'attaquer l'ennemi.

Afin de cacher ses mouvements el de surprendre ses adversaires, le détachement du colonel Vergara se mit en marche pendant la nuit du 17 avril, et le lendemain matin à dix heures il tombait sur les forces péruviennes. L'infanterie de ces der- ■ niers chercha à se retrancher dans les maisons, tandis que la cavalerie se disposait à empêcher le passage de la rivière. Mais les troupes chiliennes, pi-enant l'ennemi en flanc, l'obligèrent à abandonner ses positions et le chargèrent ensuite avec tant d'impétuosité qu'en peu d'instants elles le mirent en complète déroute, avec une perte d'environ 130 hommes morts ou blessés, et un nombre considérable de prisonniers. Les vainqueurs poursuivirent les fugitifs jusqu'à quelques heues de Tacna,. sans leur donner un moment de repos, et en sabrant tous ceux qu'ils rencontraient. La journée ne coûtait aux Chiliens que la perte de trois hommes.

Ce combat, malgré ses modestes proportions, eut des couséquences importantes. Le colonel Albarracin, l'homme le plus habile de l'armée péruvienne pour ces sortes d'explorations, perdit presque complètement son prestige. Le contreamiral Montero, avec cette arrogance outrée qui blessait tous les chefs et tous les officiers placés sous ses ordres, traita ce dernier de lâche pour n'avoir pas pu résister au choc vigoureux de la cavalerie chilienne. Depuis ce jour (18 avril), aucune troupe ne fut détachée du camp de Tacna pour aller reconnaître de près les mouvemenis de l'armée chilienne, tant était grande la terreur qu'inspiraient ses charges de cavalerie.

Pendant ce temps-là l'armée chilienne avait quitté ses cantonnements de l'Hospicio. Afin d'éviter l'encombrement occasionné par le transport d'une quantité considérable de vivres et d'eau pour les troupes, elle marchait par division. Deux de ces colonnes se trouvaient déjà à Locumba le 27 avril, lorsque

la troisième division sortit da camp de l'Hospieio pour les rejoindre.

La marche à travers le désert ne devait rencontrer d'autres obstacles que ceux que la nature y opposait. Les postes avancés de cavalerie, comme nous venons de le dire, s'étaient chargés de balayer toute avant-garde ennemie qui pourrait se présenter. Ces" divisions n'avaient pas davantage à craindre d'être attaquées par derrière. En se mettant en marche, le général Baquedano avait laissé 2,000 hommes entre Pacocha et Hospicio; ces forces n'étaient pas seulement chargées de barrer le passage de n'importe quelle division péruvienne qui eût eu la prétention de s'avancer du nord pour inquiéter les Chiliens dans leur «larche, elles devaient encore servir de centre de ralUement pour la réorganisation de larmée, dans le cas peu probable ob l'on essuierait quelque échec en chemin. Ainsi, l'état-major avait su prévoir toutes les difficultés qui pouvaient surgir et y avait préparé avec une rare intelligence les moyens les plus propres à les prévenir ou à les surmonter.

Pour la translation complète de l'armée, il s'était présenté une difficulté qui paraissait insurmontable. L'état-major avait reconnu que le transport de l'artillerie de campagne était possible dans le désert, compris entre Hospicio et Locumba, mais absolument impraticable entre ce dernier point et Sama. Dans la première partie du chemin, c'est-à-dire entre Hospicio et Locumba, il y avait toutes espèces d'obstacles à surmonter, des terrains sablonneux, précipices, fondrières; mais le travail de l'homme pouvait tout vaincre. Dans la seconde section, c'est-à-dire entre Locumba et Sama, les bancs de sable mouvant étaient tellement grands et tellement profonds que les canons de campagne s'y seraient enfoncés, et les hommes et les chevaux auraient été impuissants pour les faire rouler pendant quelques kilomètres.

11 fallut donc chercher une autre route pour transporter l'artillerie jusqu'à l'endroit appelé Buenavista, sur les bords du Sama, endroit qui devait être le point de concentration de toute l'armée. On envoya en effet cette artiUerie par mer depuis Pacocha, pour la débarquer dans la petite baie de Ite, et la transporter ensuite par terre jusqu'au pamp chilien. Le

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colonelJ. Vplasquez.chefd'élat-major, à la tète d'une division d'environ 2,000 tiommes, suivît cette même route afin de diriger et de protéger le débarquement des canons el de la partie la plus lourde du parc d'artillerie.

Denouvellesdiiïicultés.dontquelques-unesseulement étaient prévues, les attendaient dans le port d'Ite. Pendant les premiers jours de mai, la mer fut extrêmement agitée dans ces parages ; et comme la baie d'Ite oflfre peu d'abri aux navires et n'a pas de débarcadère, la descente à terre des troupes et de l'artillerie dut s'opérer avec lenteur et avec des précautions infinies. Mais ce n'était rien d'arriver à la plage. Derrière le port s'élevait une chaîne de collines escarpées qui ne présentait aucun chemin praticable pour les caissons et l'artillerie. L'élat-major, connaissant cet obstaclir, avïùt pris ses mesures en conséquence. Il fallut ouvrir un sentier provisoire. Dirigés par des ingénieurs intelligents, les soldats munis des outils nécessaires remuèrent la terre sur quelques points, et sur d'autres ils s'attelèrent eux-mêmes aux canons. Après quatre jours d'un travail excessivement pénible, ils franchirent cette barrière et se trouvèrent dans la partie plate du désert. Le 10 mai ils rejoignirent enfin l'armée chiUenne au camp de Buenavista. 11 fallut encore quelques jours pour transporter les vivres et établir une communication facile et non interrompue entre le camp et les navires qui étaient mouillés à Ite. L'armée chilienne, concentrée avec tant de difficultés à Buenavista, se composait de 13,372 hommes en y comprenant les derniers renforts venus de Pisagua et qui débarquèrent également dans la baie d'Ite '. L'artillerie possédait quarante canons de différents calibres, mais presque tous du système Krupp, servis par 550 artilleurs. La cavalerie comptait 1,200 hommes montés sur d'excellents chevaux. Les 11,632 hommes restants appartenaient à l'infanterie, au génie et à l'état-major. Cette armée ainsi composée resta campée pendant quelques jours sur les bords du Sama, entre Buenavista et Yaras, afin de donner quelque repos aux hommes et aux animaux, de renouveler la provision d'eau,

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et d'achever ses derniers préparatifs afin de marclier sur l'ennemi.

Ce fut là qu'elle fut frappée d'uoe perte bien douloureuse. Dans la soirée du 20 mai mourut don Itaphael Sotomayor, ministre de la guerre. Une violente attaque d'apoplexie le foudroya. Après avoir pris une part active à toute la campagne en donnant une puissante impulsion à tous les travaux d'organisation militaire, en aplanissant toutes les difficultés qui se présentaient, il mourut subitement au moment de voir terminer l'expédition à la préparation de laquelle il avait consacré l'activité et les lumières d'un esprit calme et solide. Lorsque, quelques jours après, le président de la République ouvrit les sessions ordinaires du congrès chilien, il rappela ce malheur dans les termes suivants qui font l'éloge le plus complet du ministre : « Pendant le cours de cette guerre, Sotomayor a eu à remplir des missions importantes mais ingrates, pénibles et entraînant la plus lourde responsabilité. Il s'en est acquitté avec l'énergie, l'intelligence et l'élévatior de vues qui l'ont toujours soutenu dans l'accomplissement de ses devoirs pendant une vie exclusivement consacrée au service de sa patrie. Sa mort, à la veille d'une victoire préparée en grande partie par ses soins et ses veilles, l'a privé de la seule récompense qu'ambitionnât son âme généreuse. »

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