‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 2)Chapitre 8 sur 43 · LES CAUSES DB LA GUERRE · texte numérisé non relu

LES CAUSES DB LA GUERRE

hre 1872, qui, comme nous l'avons vu, était une nouvelle coucession faite à la Bolivie : les journalistes et les hommes d'État du Pérou s'acharnaient à le présenter comme un usurpateur audacieux et sans vergogne. Le Térou seul, disaient-ils, peut mettre un terme A tant d'amhition, et cela avec d'autant plus de facilité, que le Chili n'a d'autres armes que son arrogance, et qu'il est également dépourvu de soldats et de canons. Le Pérou est assez fort pour cette entreprise, il est asseï généreux pour accourir avec ses ressources, avec ses armées et ses escadres, au secours d'une sœur aimée, dont il convient d'ailleurs de soutenir l'autonomie, dans l'intérêt de réquilibr& américain.

Il n'est pas difficile de comprendre la manière dont les autorités du Pérou expliquèrent l'état des négociations entre le Chili et la Bolivie, à un hûte qui ne pouvait apporter d'Europe qu'une idée très imparfaite de ce qui se passait dans son pays. Ballivian, esprit borné, se laissa circonvenir, et accepta l'alliance qu'on lui offrait. 11 paraît que le cabinet de la Paz n'eut pas la moindre connaissance de cette négociation, et que, le jour où il y pensait le moins, il se trouva en présence d'un traité. Ce traité, conclu à Lima par un diplomate sans mission officielle, liait la république par une alliance qui devait être en définitive également funeste aux deux parties qui l'avaient contractée. Pour ceux qui connaissent la manière irrégulière de diriger les affaires publiques chez les peuples qui, comme la Bolivie et le Pérou, ont toujours vécu dans le désordre et les révolutions, cette conduite ne peut les surprendre.

Quoi qu'il en soit, le 6 février 1873, on signa à Lima un traité secret d'alliance défensive et offensive, d'après lequel chacune des parties contractantes s'engageait à marcher unie à l'autre, contre un ennemi extérieur quelconque, qui menacerait leur indépendance, leur souveraineté, ou l'intégrité de leur territoire. Or, à cette époque, ni la Bolivie ni le Pérou n'étaient à la veille d'une guerre extérieure quelconque, et bien que ce pacte ne nommât point le Cbili, personne ne pouvait penser qu'il pût viser aucun autre Etat. Mais un autre fait, alors secret, est venu mettre en plein jour les vues qui les avaient guidés.

Depuis plusieurs années le Chili était engagé avec la Répu-

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blique argentine dans une question de limites longue et compliquée. En 1873, les négociations diplomatiques avaient pris un ton d'aigreur qu'elles n'avaient pas auparavant. Le gouvernement du Pérou conçut l'espoir de faire entrer cette république dans ses plans, et il envoya, dans ce but, à Buenos- Aires, un ministre diplomatique, chargé de négocier l'adhésion des Argentins au pacte d'alliance contre le Chili. Le gouvernement argentin écouta ces propositions, et sans leur donner son approbation, les soumit à l'examen dea chambres. Le congrès traita cette affaire en session secrète, et, pour le moment, rien ne transpira. Ce n'est que plus tard qu'on a su ce qui s'était passé.

Le congrès argentin avait reconnu que l'état de la question diplomatique ne justifiait en aucune manière la formation d'une alliance, et que cette alliance même pouvait amener les complications les plus sérieuses. Il avait donc décidé qu'il «onvenait d'ajourner non seulement l'approbation, - mais ■encore la discussion des bases de ce pacte. Le Pérou ne réussit donc pas à faire entrer la Itépublique argentine dans ses conspirations contre le Chili.

11 n'est pas besoin de répéter que les deux parties intéressées à cette convention gardèrent envers le Chili la réserve la plus étudiée ; en outre, les relations entre cette république et le Pérou furent aussi amicales qu'auparavant, et si quelque rumeur de cette alliance arriva jusqu'au Chili, le Pérou sut la dissiper en observant dans ses relations diplomatiques la plus délicate et la plus amicale courtoisie.

En attendant, le gouvernement du Pérou crut que, même sans compter sur la coopération de la République argentine, il lui suffisait de la seule alliance avec la Bolivie pour réaliser ses plans financiers. 11 commença dès lors à exécuter les réformes qui allaient frapper de mort les industriels et les capitaux chiliens, auxquels la province de Tarapacéi devait la prospérité qui en faisait la source principale des revenus du Pérou, et dont un gouvernement plus prévoyant aurait su profiter.

Le 18 janvier 1873, au moment où venait d'être conclu le traité d'alliance avec la Bolivie, le gouvernement du Pérou promulgua la loi en vertu de laquelle se trouvait monopolisé le

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