LES CAUSES DE LA OUBBBE
salpêtre, dans toute l'étendue de la République. L'État devenait l'unique négociant dans le pays pour le commerce extérieur, et il s'engageait à payer aux producteurs de salpêtre deux piastres quarante centimes (12 francs) par quintal, rendu au lieu de l'embarquement, se rései-vant comme bénéfice la plusvalue qu'il obtiendrait dans la vente. L'exportation du salpêtre par tout autre que l'État serait punie de la confiscation de la marchandise. Celte loi, disait un article transitoire, entrera en vigueur deux mois après sa promulgation.
On comprendra facilement la contrariété qu'éprouvèrent tous les exploiteurs de salpêtre de la province de Tarapacâ, quand ils se virent ainsi dépouillés du droit de vendre librement leurs produits, et assujettis à les vendre à un gouvernement, dont la moralité, pas plus que les ressources, ne pouvaient inspirer une grande confiance. Profitant avec une activité vertigineuse des deux mois de délai qui leur étaient accordés pourl'exécutionde la loi, ils accélérèrent l'exportation; les entrepôts de cette marchandise regorgèrent en Europe, et, comme premier résultat de cette imprudente perturbation, le prix du salpêtre baissa considérablement.
Le gouvernement péruvien entrevit les conséquences de l'erreur ; mais au lieu d'adopter l'unique remède efficace, qui était la liberté commerciale, il aggrava le mal par des mesures contraires à tous les principes économiques, et plus opposés encore au régime libéral, sans lequel aucune industrie ne peut progresser. Par une autre loi du 23 avril et par des décrets réglementaires, le gouvernement péruvien limita la production du salpêtre, espérant réussir par cette mesure absurde à empêcher la baisse du prix de cet article. Pendant l'année comprise entre le 1" septembre 1873 et le 31 août 1874, l'État, disait la loi, n'achètera que 4,500,000 quintaux de salpêtre, et une commission composée de cinq producteurs nommés par le préfet de Tarapacâ, fixera la proportion dans laquelle on devra faire cet achat, ou pour parler plus clairement, combien il devra être acheté à chaque producteur.
Il n'est pas besoin d'une grande perspicacité pour reconnaître combien cette mesure était erronée, ni pour entrevoir le vaste champ qu'elle allait ouvrir au favoritisme et aux spéculations frauduleuses. Quels seraient dans ces achats les favo-
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risia? Au Pérou, et avec le système de corruption qui malheureusement a subsisté, pendant tant d'années, la réponse à une pareille question ne peut être que celle-ci ; ceux-là vendront la plus grande quantité de salpêtre, qui sauront, par un moyen quelconque, s'attirer les bonnes grâces de l'autorilé chargée de nommer la commission qui préaide à la vente.
Lea conséquences de ces fautea ne tardèrent pas à se faire s-ntir; le voyageur belge (le comte Ch. d'Ursel) que nous avons cité plus haut, visita le Pérou à l'époque de ces erreurs économiques, et a comparé cette situation à celle de l'homme de la poule aux œufs d'or. Le salpêtre exploité sous le régime de la liberté produisait pour le trésor péruvien un œuf d'or chaque jour; mais le gouvernement voulut, un matin, s'emparer de tous les œufs d'or qui restaient et monopolisa le salpêtre ; c'est-à-dire qu'il tua la poule.
En effet, ce système financier pouvait être très profitable à certains trafiquants qui exploitaient l'État; mais la situation du Trésor public allait de mal en pis ; les entraves mises à la libre exploitation du salpêtre, dans la province de Tarapacà, et qui ruinaient son commerce, avaient donné une vie nouvelle aux salpétrières que les Chiliens exploitaient à Antofagasta. Au Chili même, sur le territoire que personne ne s'était avisé de disputeràcepays,c'est-à-dîreau sud du2i° degré parallèle, on commençait à préparer l'exploitation du salpêtre, et l'on ouvrait ainsi une nouvelle source de richesse publique.
Le triste résultat de ce système dut faire méditer le gouvernement du Pérou, mais ne le guérit pas de son erreur. Aussi, au lieu de recourir au remède efficace, la liberté industrielle du salpêtre, il persista dans l'idée du monopole, et se contenta d'en modifier la forme.
Le 28 mai 1873, il publia une loi qui abrogeait celle de 1873, relative au monopole du salpêtre. L'art. 3 de cette nouvelle loi autorisait le pouvoir exécutif à faire le rachat des terrains et des établissements à salpêtre de la province de Tarapacà, en adoptant, à cette fin, les mesures légales qu'il jugerait nécessaire. 11 fut également autorisé à passer tous les contrats dont il pourrait avoir besoin, pour l'élaboration et la vente du salpêtre. Les producteurs de cet article qui ne voudraient pas vendre leurs établissements au gouvernement.