‹ Histoire de la guerre du Pacifique (volume 3)Chapitre 24 sur 43 · COMBAT DES ANJEL£S · texte numérisé non relu

COMBAT DES ANJEL£S

22 Mai*s 1^80

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du colonel Gamarra ne soupçonna le double mouvement offensif que les Chiliens, dans ce moment-là même, étaient à exécuter.

Mais au point du jour du 22 mars, les défenseurs des retranchements de los Anjeles étaient assaillis sur leur flanc droit. Le bataillon qui avait gravi les hauteurs, s'élevant au milieu de l'obscurité de la nuit sur ces côtes escarpées, arriva juste à temps pour ouvrir le feu au lever du jour et attaquer hardiment les retranchements desPéruviens. Lacolonne, beaucoup plus nombreuse qui devait les attaquer par la gauche, se trouvait en retard à cause de la distance plus longue qu'elle avait à parcourir: d'ailleurs elle avait rencontré quelques compagnies péruviennes, avec lesquelles elles s'était engagée dès l'aube. L'artillerie, qui occupait dans la vallée le poste qui lui avait été assigné, lançait en même temps une pluie de boulets sur les positions péruviennes, ce qui ne contribua pas peu à porter le désordre dans les rangs ennemis.

Le combat dura ainsi un peu plus d'une heure, après quoi les Péruviens commencèrent à céder. Bientôt ils abandonnèrent le champi de bataille avec la plus grande précipitation. Ils y laissaient 28 morts avec un nombre plus considérable de blessés. Lorsque le drapeau chilien flotta sur les retranchements que les Péruviens avaient établis sur les hauteurs, le général Baquedano fît suspendre le feu de l'artillerie, et ordonna au reste de sa division d'aller occuper ces positions par le chemin public qui était resté libre. La poursuite fut poussée aussi loin que possible. Ou ramena 64 prisonniers dont 8 officiers, et beaucoup d'armes et de munitions. Torata ainsi que les villages et le pays environnants tombèrent le même jour au pouvoir des Chiliens.

L'occupation de ces positions avantageuses, que les Péruviens croyaient absolument inexpugnables, souleva dans tout le pays une rage indicible. D'abord la presse nia la défaite ; et lorsqu'il ne fut plus possible de cacher la vérité, le colonel Gamarra, qui n'avait pu résister à l'audace et à l'élan des Chiliens, fut traité de lâche et même de traître. Le dictateur Piérola le fît traduire devant un conseil de guerre, comme on avait fait quelques mois auparavant pour les chefs qui s'étaient laissé battre, lors de la campagne de Tarapaca.

1S2 HISTOIRE DE LA GUERRE DU PAGIFlQUb:

Pour tes Chiliens, il y avait dans le triomphe de los Anje* les, quelque chose de plus sérieux que la satisfaction de l'amour-propre militaire. La conquête de cette position et la disper»on des troupes qui la défendaient enlevaient aux alliés tous les chemins par où Tannée péruvienne du Sud pouvait communiquer avec le centre et le nord de la République, ou bien recevoir des renforts. A partir de ce jour aussi, les troupes chiliennes purent entrer en campagne et entreprendre leur marche vers le Sud, sans crainte de voir leur arrièregarde inquiétée.

En même temps qu*on exécutait sur terre les opérations que nous avons rapportées, Teseadre chilienne continuait les hostilités sur mer. Le blocus d'Arica était soutenu par le monitor Huascar et la canonnière Magallanes, Le 27 février, le premier de ces navires se rapprocha de terre pour reconnaître les forts péruviens. Il fut accueilli par le feu des batteries de la côte et celui du monitor Manco-CapaCy qui, ainsi que nous Favons dit, était une formidable batterie flottante placée au fond de la baie. Le commandant du Htêasear^ doD Manuel Thompson, fut tué par une bombe péruvienne ; mais le commandant Condell, qui prit la direction du combat, soutint ênergiquement Fattaque. Deux autres navires chiliens étant arrivés le lendemain, ils continuèrent le bombardement de la place et y causèrent des dommages considérables.

Le blocus d'Arica continua pendant deux semaines sans qu'aucun incident vînt en rompre la monotonie. Pour défendre l'entrée du port il ne restait que le monitor Jfftiascetrei un mauvais transport, forces bien insuffisantes dans une baie aussi ouverte que l'est celle d'Arica. Dans la nuit du Id mars, la corvette péruvienne V Union, sortie peu de jours auparavant du Callao, força le blocus et pénétra dans le port, grâce à Tobscurité et à sa vitesse extraordinaire. Cette corvette portait des communications du gouvernement de Lima et des équipements pour l'armée du contre-amiral Montero. Le lendemain, lorsque le Suascar l'aperçut près déterre, et sous la protection des forts, il se mit à la canonner non seulement dans le but de l'endommager, mais pour l'empêcher de débarquer son chargement. Bientôt après, deux autres navires chiliens qui arrivèrent au port renforcèrent Tattaque. Par un

habile stratagème, l'officier péruvien don Manuel Antonio Villavicensio, qui commandait r6^n?ow, fit alors sortir delà machine de ce navire une énorme quantité de vapeur, comme s'il avait souffert une grave avarie. Les marins chiliens tombèrent dans le piège; ils suspendirent le feu, et plus tard ils se réunirent au nord de la baie, afin de prendre leurs mesures pour empêcher le navire de s'échapper pendant la nuit. Favorisée par la largeur de la baie et par la rapidité de sa marche, la corvette péruvienne se glissa vers le sud sous la protection des forts de terre, et elle s'éloigna d'Arica en trompant habilement l'ennemi, qui ne put l'atteindre.

Ce fait, qui fut célébré au Pérou comme une victoire, activa les opérations de l'escadre chilienne, jalouse d'empêcher tout mouvement des navires ennemis. En effet, sans lever le blocus d'Arica, de MoUendo et des côtes adjacentes, la frégate cuirassée Blanco Encalada^ le monitor Huascar, la corvette O'ffiggms, deux croiseurs et d'autres petits navires allèrent, le 10 avril, bloquer le Gallao et les ports voisins. Après le délai accordé aux navires marchands qui portaient le pavillon neutre, on commença le bombardement des forts de la place et des navires péruviens réfugiés dans l'arrière port. Cette opération, qui allait causer le plus grand préjudice au commerce du Pérou, en fermant ses principaux ports, venait mettre fin à toutes les excursions que les vaisseaux de ce pays pouvaient faire sur les côtes voisines du Gallao. A partir de ce jour, les navires chiliens parcoururent la mer dans toutes les directions, sans essuyer aucune surprise.

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