Trfnïièf'Ùéopvpkkunw€He4kttAÏ9p.^9ù
LES CAUSES DR I.A QUlBIlR^ 7
antre langue moderne. Qu'il suffise de dire que^ tandis que le Mexique et le Pérou avaient des imprimeries depuis lé XVI® siècle, et les autres colonies à partir du xvïii^j le Chili resta privé de cet élément de propagation des lumières jtf squ'en 1812, c'est-à-dire deux ans après le commencement de la révolution qui lui donna Fiiidépèndance.
Cependant, le Chili vainquit ces difficultés qui paraissaient insurmontables ; il établit un gouvernement régulier avant toutes les autres républiques, ses sœurs. Son indépendance ne fut assurée qu'après une. lutte opiniâtre et acharnée, maïs avec moins^ de commotîolis et de bouleversements intérieuis que dans aucune des autres nations de même origine. A peine délivré des ennemis extérieurs, le nouvel État organisa, ^n 1820,' une escadre et une armée qui allèrent affranchir' le P«rou. ■■'■■■■ \
Depuis lors, le Chili donna toute son attention à orgam3er le régime intérieur du pays, à régler ses finances, à remp^Hr ponctuellement tous ses engagements, à encourager et 4 développer l'Instruction publique, à ouvrir des routes et à réformer sa législation ; en un mot, il ne négligea rien de tout ce qui prépare la grandeur et la prospérité des nations.
Ces efforts ont été couronnés d'un plein succès. Depuis 1830^ ce pays a offert un exemple unique dans rA9iérique i^pagnole, et très rare dans les autres parties du monde, celui de la succession légale et réglée de- tous ses gouvernements^ Depuis 1830, tous les chefs du pouvoir, exécutif y sçnt arriv|^s en vertu de la loi, sans que jamais aucun ait été imposé p^r une révolution *. ^ . >
Dans cette période de cinquante ans, il y a eu à peine deux commotions qui aient troublé la paix publique dans quelques provinces pendant trois ou quatre mois; lirais sans
1. La durée de la présidence est de cinq ans, et le renouvellement da président a lien le 18 septembre, insqn'en 1871, la constttotiôi^ permetlah k réélection^ et les quatre premiers présidents furent i^ëéliié. Ainsi donc le Chili a en depuis cette époque les chefs du pouvoir exécutif suivants : — Le général don Joachim Priéto, de 1831 à 1841 ; le générai don Manuel Bulnes, de 1841 à 1851; don Manuel Montt, de 1851 à iseï ; don José Joachim Pérez, de 1861 à 1871; don Frédéric Ërràsuriz, de 1871 à 1876, et don Annibal Pinto, président actuel, qui a commencé 'à gouverner H 18 septembre 1876. Les deux^ premiers seulement étaièiit des militaires.
interrompre en aucune façon Tordre légal du pays. Pendant les vingt dernières années surtout, après la dernière de ces commotions, le régime des garanties et des libertés assurées par la constitution n*a été suspendu dans aucune partie du territoire pas même un seul jour. Au Chili, Tétat de siège, la dissolution du congrès, la fermeture des imprimeries, les coups d'autorité sont passés pour toujours.
Voilà, dîra-t-on, un exemple bien rare dans rAmérique espagnole, et même dans bien d'autres pays. Le cas en effet est assez rare, et par cela même, il a attiré l'attention des esprits o1)servateurs qui ont cherché à se l'expliquer.
Un agent diplomatique de la Grande-Bretagne, qui a habité ce pays pendant quelques années, qui Ta étudié sérieusement et Ta fait connaître à son gouvernement dans un rapport officiel très détaillé, M. Horace Rumbold, après avoir exposé avec ordre et méthode cet état de choses en explique les causes dans les termes suivants * :
« Les pages qui précèdent auront été écrites en vain si elles ne donnent pas au lecteur l'idée d'une nation sobre, pratique, laborieuse, bien ordonnée et gouvernée sagement, contrastant grandement avec les autres états de même origine et possédant des institutions semblables à la sienne qui s'étendent sur le continent sud américain. Le Chili doit les bienfaits dont il jouit aux traditions implantées dans son administration par les fondateurs de la République ; à la part prépondérante que la classe élevée et aisée a prise aux affaires publiques ; à l'heureuse extinction du militarisme ; à la culture soignée des instincts conservateurs innés en lui ; à l'absence presque complète de ces sources accidentelles de richesse que la Providence a prodiguées si abondamment à quelques-unes des nations voisines ;^à la nécessité par conséquent, d'avoir
1. Le rapport de M. Rumbold, présenté au gouyemement de S. M. B., . en décembre 1875, a été traduit et publié en français sous ce titre : « Le Gbili, rapport de M. Horace Rumbold, ministre de la Grande-Bretagoe à Santiago, sur le^ progrès et la condition générale de la république, traduit du livre bleu, présenté aux deux Chambres par ordre de S. M. » (Paris, 1877, ia-8o). Ce livre est, à tous les points de vue, un des meilleur» que Ton puisse consulter pour connaître la situation politique,. financière et industrielle du Cbili. (Voyez les pages 44 et suivantes d'où nous tirons Textrait reproduit plus haut.)
recours à un grand labeur rapidement récompensé par un sol généreux ; à Fendurance patiente et à Taptîtude au travail de sa population courageuse, et, au-dessus de tout cela peut-être, à -la négligence de ses anciens maîtres, qui Tobligeà lorsqu'il en eut secoué le joug à créer tout par lui-même, et fît appel à des efforts exceptionnels de là part de la nation.
« Tout ceci peut être résumé en deux mots : travail et sens pratique, {trabajà et cordura,)
« Il faut toutefois se rappeler qu'il est redevable de beaucoup à un climat aussi parfait qu'il soit possible de trouver sur n'importe quel point du globe, à un ciel pur sous lequel tout prospère ; aux montagnes grandioses qui n'ont pas seulement contribué à sa richesse par une provision abondante des métaux les plus communs comme les plus utiles, mais encore l'ont protégé et isolé, dans la période critique de son enfance, d'un contact trop immédiat avec les nations turbulentes qui l'entourent.
« Et de fait, ainsi qu'il l'a été démontré dans la première partie de ce long rapport, sa fortune (semblable en quelques points à celles de notre propre pays), a été matériellement influencée par des conditions de climat et de position géographique. Enfîn, il ne doit pas peu, et il ne devrait pas l'oublier, à l'énergie et à l'aide des étrangers, principalement des Anglais ; aux gens d'autres pays qui ont combattu pour lui, instruit ses enfants, construit ses chemins de fer et fait le commerce dans ses ports, et à l'immixtion assez considérable de sang étranger qui coule dans sa population. »
Un publiciste français, M. A. Rabutaux, qui a étudié la situation du Chili, dans un excellent article du Dictionnaire général de politique, de M. Maurice Block*, expose dans les termes suivants les causes de sa prospérité actuelle.
« Sous la ferme administration du général Priéto et de Portalès (son ministre), la paix se consolida, des habitudes d'ordre et de sagesse politique s'établirent dans le pays, et le
1. T. I, p. 331. On retrouve des jugements semblables dans presque tous les livres d'histoire contemporaine et dans les traités ou dictionnaires de géographie, notamment dans V Encyclopédie britannique, le Grand dictionnaire de Larousse, et le Dictionnaire de géographie de M. Vivien de Saint-Martin.
iO HISTOIRE DE LA ODERBE DU PACIFIQUE
Chili entra dans une voie de progrès, dont la marche depuis ce temps, n'a eu à éprouver que de rares et courtes interruptions. On s'est demandé d'où était venu à la république du Chili cet heureux privilège, et quelles favorables circonstances lui avaient valu une destinée si différente de celle des autres démocraties du Sud. On en a indiqué plusieurs causes : d'abord l'abstention des E^agnols d'Europe , qui, eh n'intervenant que discrètement dans les luttes de la révolutibn, ont garanti ,ainsi leur propre sécurité et ont évité d'ajouter un parti de plus aux partis déjà en présence, — la pureté de la race créole qui s'est peu mêlée aux Indiens, et par ce moyen a conservé ,sa vigueur et sa supériorité morale, — le caractère propoe de cette race active et sérieuse, qui aime à se comparer aux Anglais, et qu'un voyageur rapproche de la famille hollandaise, — le profond sentiment national dont elle est pénétrée, son goût pour les affaires et pour le commerce, — l'isolement du pays, qui, défendu à l'orient par la mer et à l'occident par la chaîne des Andes, est protégé à la fois contre l'ambition de ses voisins et contre la sienne propre, — la disposition territoriale enQn de ce môme pays qui ne saurait se prêter à de longues guerres civiles et où toute querelle doit être décidée d'un coup, »
Nous pourrions signaler d'autres causes de cette situation exceptionnelle du Chili ; mais cela nous mènerait un peu trop loin. Pour l'objet que nous nous proposons, ils nous suffit de constater que cette petite république, grâce à l'ordre qm y règne et à l'esprit laî>orieux et entreprenant de ses enfant^ a su s'élever de la triste situation de la dernière et de la plus pauvre des colonies de l'Espagne, à un état de prospérité et de richesse auquel n'ont pu atteindre ses sceurs plus favorisées par la nature et par la protection de leurs anciens souverains. Le Chili, en effet, non content de devancer les autres dans rétablissement d'un gouvernement régulier, et de la trancpiillité intérieure, entreprit avant tout autre les travaux qui donnent la mesure du progrès d'une nation. Il fut le premier à abolir l'esclavage, le premier à organiser sur unç vaste échelle l'instruction publique; ce fut lui qui accorda la plus grande liberté commerciale, et qui, le premier dans toutp l'Amérique du sud, construisit des voies ferrées et établit des
LES CAUSES DE Lk GUERRE II
télégraphes. Tels sont les heureux résultats de la tranquillité qu'il a su maintenir dans son sein.
A Tomhre de la paix, le Chili a également réalisé un autre ordre de progrès. Ses ports, ses villes, ses champs ont été ouverts aux étrangers de tous les pays, et particulièrement aux Européens : aux Allemands, qui ont peuplé les colonies du Sud; aux Anglais, qui ont établi dans le pays le grand com-merce ; aux Français qui y introduisent leurs objets de luxeet leurs produits élégants, en même temps qu'ils y exercent leurs professions et leurs industries si variées. La difiFérence de croyances n*a été un obstacle pour personne, parce que la loi chilienne a protégé non seulement Texercice de tous les cultes chrétiens, mais qu'elle accorde en outre la faculté d'ouvrir des écoles dans lesquelles chaque secte donne l'enseignement qu'elle préfère. Un ancien diplomate disait, il y a peu d'années, que le Chili était le pays où la diplomatie avait le moins à faire pour défendre ses nationaux, parce que dans ce pays, on ne connaissait pour ainsi dire pas ces spolia-^ tions dont les étrangers sont journellement victimes chez les peuples hispano-américains, et parce qu'au Chili le gouvernement règle à Tamiable et sans retard toutes les difficultés qui peuvent se produire.