‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 24 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Grandes Compagnies, de la puissance et du crédit de leurs chefs. — Du redoublement de leurs ravages après la bataille de Poitiers. — De la Jacquerie des brigands, première cause de la Jacquerie des paysans.

La misère affreuse du peuple des campagnes en France, au moment où éclata la Jacquerie, doit certainement être regardée comme l'une des causes intimes et profondes de cette insurrection. Cette misère avait elle-même, en grande partie, pour principe les ravages que commirent les Grandes Compagnies sous Philippe de Valois et sous le roi Jean, surtout après la bataille de Poitiers. On peut dire, en ce sens, qu'une véritable Jacquerie de gens d'armes précéda et prépara la Jacquerie des paysans. Aussi il y aurait à la fois omission et injustice à passer légèrement sur le premier de ces» faits, dans un travail spécialement consacré à l'étude du second : car il existe entre eux une relation de cause à effet, et les violences exercées par les brigands sont l'explication naturelle, sinon l'excuse, des représailles atroces qu'exerça le peuple des campagnes.

Au XIV® siècle, on donnait le nom de brigands aux soldats mercenaires S qui, comme on sait, combattaient

1 C'est par suite des excès de ces soldats mercenaires que brigand ne tarda pas à perdre son sens particulier, pour prendre l'acception

presque tous à pied, et étaient généralement armés à la légère : ils portaient, entre autres armures, une petite et mince cotte de mailles, qui prit d'eux le nom de brigantine K

Ces gens d'armes à gages, cessant d'être soudoyés pendant les trêves ou dans Tintervalle des expéditions, cherchaient alors leurs moyens d'existence dans Texercice journalier de la rapine et du pillage, qui leur rapportait plus que leur solde. Une foule d'aventuriers et de gens sans aveu venaient se joindre à eux, et, dans le nombre, on comptait beaucoup de gentilshommes.

Au reste, le passage suivant de Froissart va mieux faire connaître que tout ce que nous pourrions dire, de quelle manière les brigands exerçaient leur terrible profession :

« Et toutdis gagnoient pauvres brigands ^ à dérober et piller villes et chasteaux, et y conqueroient si grant avoir que c'estoit merveille, et en devenoient les uns si riches, par especial ceux qui se faisoient maistres et capitaines des autres brigands, que il y en avoit de tels qui avoient bien la finance de quarante mille escus. Au voir dire et raconter, c'estoit grand merveille de ce qu'ils faisoient : ils espioient, telle fois estoit et bien

plus générale, mais défavorable, dans laquelle il s'emploie aujourd'hui.

1 L'auteur anonyme du petit livre intitulé la Jacquerie, publié en 1853 chez le libraire Hachette, prétend, au contraire, que les soldats de profession prirent le nom de brigands, parce qu'ils étaient armés d'une brigantine. Quand donc ce genre d'étymologies sera-t-il passé de

mode ?

2 Alliance de mots charmante et assez fréquente dans Froissart : « En sa route estoit Robert Canolle, le plus aimé de tous povres compagnons. » (Chron., liv. l\, 2* partie, ch. 21.)

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