‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 41 sur 106 · V. JhJ · texte numérisé non relu

V. JhJ

CHAPITKE 111. 47

communes de France, constituées en confédération sur le modèle des bonnes villes des Flandres, et ayant à leur tête la commune de Paris, sauf le droit de haute suzeraineté politique du roi. Les guerres privées interdites aux nobles ; la solde, l'équipement de l'armée, et, ce qui est plus encore, l'opportunité de poursuivre la guerre ou de la suspendre soumise à l'arbitrage des états; les dons sur le domaine faits depuis le règne de Philippe le Bel révoqués ; le cumul et le fermage des offices de justice défendus; la sécurité des sujets mise à couvert contre l'abus des jugements par commission ; le commerce délivré d'une inégale et ruineuse concurrence, par l'interdiction aux magistrats de faire du négoce ; la perception des deniers votés soustraite à l'obscure comptabilité des agents du fisc pour être remise à des fonctionnaires élus par les états et contrôlée par des délégués tirés de leur sein ; la royauté mise en demeure de ne plus altérer les monnaies et de renoncer à Tabus du droit de prise ; enfin, le gouvernement confié, dans l'intervalle des assemblées, au roi, assisté de trente-quatre membres du conseil des états, dix-sept de l'ordre du tiers état, onze de l'ordre du clergé, six de l'ordre de la noblesse * : telles sont les mesures louables assurément, admirables même, si l'on considère l'époque où elles parurent, qui furent décrétées par les états, dans l'ordonnance^ du 30 mars 1357, grâce à l'initiative de Robert le Coq et d'Etienne Marcel. Mais bientôt le dauphin, fatigué de la surveillance

* BibL de l'École des Charles, t. II, an. 1840-1841, p. 382 et 383.

* Ordonn. des rois de France, t. III, p. 121-146.

des trente-quatre commissaires, voulut s'en affranchir et leur défendit de s'assembler; alors les murmures du peuple et l'épuisement des finances le forcèrent à convoquer de nouveau les états généraux, le 7 novembre 1357.

Jusqu'à ce moment, Marcel avait procédé, dans son œuvre de réformateur, avec trop de violence peut-être, et s'était montré, comme on dirait aujourd'hui, trop radical ; cependant il semblait animé des intentions les plus généreuses, et n'avait eu recours encore, pour parvenir à ses fins, qu'aux voies légales. Somme toute, à qui ne considérerait que cette première et plus glorieuse partie de sa carrière, ce prévôt des marchands devrait apparaître, selon nous, comme un grand citoyen *. Ici va commencer ce qu'on peut appeler la phase révolutionnaire de sa vie politique. I) poursuit toujours un noble but; mais il emploie pour l'atteindre d'indignes moyens. Il reste le soldat d'une belle cause ; mais il la compromet en subissant en son nom une alliance équivoque.

* Pour être juste envers Marcel, il faut, selon nous, distinguer trois périodes dans sa vie : la première, qui commence avec sa vie publique et finit à l'époque du meurtre des maréchaux de Champagne et de Normandie ; la deuxième, qui s'étend entre ce moment et la formation du complot ayant pour but de livrer Paris au roi de Navarre; la troisième enfin, qui va de là jusqu'à la mort de Marcel. J'accorde à M. Jules Quicherat que Marcel fut un grand citoyen dans la première de ces périodes, et je l'admire avec le pénétrant biographe du Plutargue français; à M. Joseph Naudet, que ce prévôt des marchands joua le rôle de tribun révolutionnaire dans la seconde, et dès lors je me joins à l'auteur d'une Conjuration contre Vautorité royale, pour désapprouver la conduite de Marcel. Le tort de ces érudits a été d'attribuer à la carWère tout entière du célèbre prévôt ce qui ne convient qu'à une période particulière de sa vie.

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