‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 43 sur 106 · CHAPITRE III. o · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. o

acomplir le mandement du régent. Car lî pluseur n'avoient mie pourvoiance pour les chasteaux garnir. Et eurent conseil que ceulz qui pourvoiance n'avoient en preinssent sur leurs hommes. Par ce conseil prindrent aucuns des biens de leurs hommes oultrageusement, tant que les paisans distrent que les chevaliers, qui les dévoient garder, avoient prins conseil de leqjr oster touz leurs biens. Pour ce fait,se mistrent les paisans moult merveilleusement, et coururent sur les chevaliers et sur touz les nobles, et mesmes sur leurs seigneurs. »

Toutes les circonstances de temps et de lieu s'accordent d'ailleurs parfaitement avec l'opinion émise par le chroniqueur sur l'incident qui provoqua l'insurrection de 1358. Ainsi, l'ordonnance dont nous avons détaché un article ayant été rendue le 14 mai, on dut essayer de la mettre à exécution immédiatement à Compiègne et aux environs de cette ville. Or, c'est sept jours seulement après cette date, c'est-à-dire le 21 mai, et précisément aux environs de Compiègne, que les effrois * commencèrent, selon la plupart des chroniqueurs -. Une

^ Les scènes terribles auxquelles rexplosion de la Jacquerie donna lieu ne sont pas désignées autrement dans les lettres de rémission du Trésor des Chartes. Bien que le pluriel effrois soit aujourd'hui hors d'usage, comme ce mot est énergique et n'a point d'équivalent parfait, nous avons cru pouvoir nous en servir ici avec le sens particulier et tout historique que nous lui donnons.

* Selon Froissart, la Jacquerie advint assez tost après la délivrance du roy de Navarre. Mais ce chroniqueur se trompe évidemment, puisque le roi de Navarre sortit de prison dans la nuit du 8 au 9 novembre 1357. La Chronique normande du XIV* siècle (p. 136) dit que la Jacquerie commença la première semaine de juin. Les divers mss. des Grandes Chroniques de Saint-Denis ne sont pas d'accord sur ce

54 DES CAUSES ET DE l/OGGASION DE LA JACQUERIE.

autre remarque à faire, qui ne nous paraît pas moins concluante dans le même sens, c'est que la Jacquerie étendit presque exclusivement ses ravages dans les provinces qui avaient envoyé des députés aux états de Vermandois, et qui partant furent seules mises en demeure de subir les conséquences de l'ordonnance portée par ces états.

Les vilains se soulevèrent-ils de leur propre mouvement, ou ne furent-ils dans cette circonstance que les instruments d'un homme appartenant à une classe supérieure ? Marcel était dans ce moment même à bout de ressources et réduit à la situation la plus critique. Ne dut-il pas exploiter dans l'intérêt de son propre parti l'exaspération des paysans, alors portée à son comble, et profiter de son autorité, du prestige de sa position et de son nom, pour entraîner les manants et les décider à la révolte ? Ces questions, plus faciles à poser qu'à résoudre, nous nous proposons de les débattre plus loin dans le plus grand détail ^ Mais quelle que soit l'opinion que l'on adopte à cet égard, il n'en faut pas moins reconnaître que l'article 5 de l'ordonnance du 14 mai fut l'occasion directe, immédiate, de la Jacquerie. Si l'on admet l'hypothèse qui rapporte l'émeute de paysans à l'initiative d'Etienne Marcel, on concevra avec

point; les uns font commencer la Jacquerie le 28 mai, les autres le 21 du même mois. Cette dernière date est la vraie : elle est la seule qui se concilie bien avec plusieurs dates fournies par des titres et autres pièces originales et authentiques.

* Voir le 1" chapitre de noire 3^ partie, où nous avons renvoyé tout ce qui est relatif au rôle d*Étienne Marcel dans la Jacquerie. On y trouvera développé ce que le pian et l'économie de ce travail nous ont permis seulement d'indiquer ici.

Page 1