CHAPITRE PREMIER
ce pays, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer, on croyait généralement que les curés étaient. de connivence avec les nobles; partant on les détestait à l'égal de ces derniers. Ainsi en était-il de Jean Morel, curé deBlacy. Ses paroissiens l'accusaient, entre autres choses, d'avoir vendu aux nobles les cloches de Blacy. Ils firent tant, par leurs menaces et leurs injures, que le pauvre curé se vit forcé de se rendre un beau jour avec eux, sur son cheval, à une assemblée générale, faite par les communes du plat pays de Perthois à Saint- Vrain ; il portait pour toute arme un court bâton. Arrivé au lieu de réunion, et voulant sans doute distraire les Jacques des pensées sanguinaires qu'ils nourrissaient, il ordonna pour la danse ses paroissiens, et dansa lui-même avec eux ; il formait leurs rangs avec son bâton et les encourageait à rire et à se divertir. Cependant, la présence du curé au camp des Jacques, et ses démonstrations de bienveillance pour leur cause, n'empêchèrent pas ceux de ses paroissiens qui étaient restés à Blacy de s'emparer de ses grains, et les nobles de confisquer ses biens à la fin des troubles. Si l'on sait parfaitement à quelle classe de la population appartenaient en général ceux qui s'insurgèrent en 1358, ce que l'on connaît beaucoup moins, ce sont les noms des diverses localités qui furent le théâtre de la Jacquerie, ainsi que les incidents par lesquels elle y signala son passage. Les chroniqueurs ont été à peu près seuls consultés jusqu'ici sur ce point, et les données très insuffisantes qu'ils nous fournissent manquent d'ailleurs complètement de précision. Ils vous appren-
lient bien que l'insurrection de 1358 éclata et sévit presque simultanément en Picardie, en Champagne et dans rile-de-France, mais ne leur demandez pas autre chose. L'histoire de celle partie de la Jacquerie est tout entière dans les lettres de rémission pour cause de participation aux effrois. C'est d'après ces documents que nous avons tracé le tableau aussi complet que possible des localités où la Jacquerie exerça ses ravages ^ C'est encore en recourant à la même source que nous allons exposer les incidents principaux qui marquèrent l'explosion des effrois dans les villes et villages 2. Pour plus de netteté, nous suivrons dans cet exposé l'ordre topographique, en procédant du nord au sud.
* Voir à la fin de ce volume le tableau des localités qui furent le théâtre des effrois.
' Dans la troisième partie de cet ouvrage, il sera question des villes et villages de l'Ile-de France et du comté de Meaux, à propos de la part que Marcel prit à la Jacquerie.