‹ Histoire de la Jacquerie d'après des documents inéditsChapitre 49 sur 106 · chapitre;. II · texte numérisé non relu

chapitre;. II

rent tués en essayant de résister ; les autres furent condamnés par jugement à perdre la tête.

Les habitants de Montdidier * trempèrent beaucoup plus dans la Jacquerie que ceux d'Amiens. Sous les ordres de Jean le Boulanger, leur capitaine, ils pillèrent, puis démolirent les châteaux et maisons appartenant à messire Raoul de Raynneval, seigneur de Pierrepont et panetier de France 2. Us commirent presque tous les excès qui signalèrent les efifrois : on put leur reprocher d'avoir assassiné les nobles, pillé les biens de leurs victimes, brûlé ou renversé leurs châteaux. Mais, placés sur la frontière, et toujours en butte aux incursions des ennemis de la France, contre lesquelles il leur fallait se mettre à couvert à grands frais, ils obtinrent, eu égard à ces circonstances exceptionnellement défavorables et malheureuses, les lettres de rémission qui leur furent octroyées.

Les habitants de Fontaine-sous-Montdidier ^ se signalèrent surtout dans cette croisade contre les nobles. Après avoir tué à Saint-Leu-d'Esserent messire Raoul de Clermont et de Nesle, ces furieux pillèrent, brûlèrent et détruisirent les maisons que ce seigneur et sa mère possédaient à Fontaine, ainsi qu'un hôtel situé à Courtemanche et appartenant à messire Jean de Clermont et de Nesle, dit Maugoubert, écuyer, frère de Raoul. Ces deux gentilshommes, outre leur titre de nobles, avaient

* Très, des Chart., reg. 86, p. 437. Ces lettres ont été publiées par M. de Beauvillé, dans son Histoire de Montdidier, 3 vol. in-4, t. I, p. 119-121.

2 Reg. du Pari., X, 17, f 284.

• Voy. V. de Beauvillé, Hist. de Montdidier, 2* édition, 1. 1, p. 110.

le malheur d'être les neveux du maréchal Robert de Clermont, qu'Etienne Marcel avait fait mettre à mort dans le palais royal même, en présence du dauphin. Les Jacques du Beauvaisis, qui étaient d'intelligence avec le prévôt des marchands, ne pouvaient pardonner à ces deux seigneurs une telle parenté. Plus tard, Jean de Clermont ayant voulu exiger des habitants de Fontaine-sous-Montdidier la réparation des dommages qu'ils lui avaient causés, ceux-ci refusèrent obstinément d'obtempérer à sa demande ; et deux d'entre eux, les nommés Henniquet père et fils, ne craignirent pas d'accompagner ce refus des plus grossières injures. Messire Jean de Clermont, transporté de fureur, prit avec lui plusieurs nobles de ses amis. Jacquemart de Pontruel, Guillaume de Sapigneul, Jean de la Motte, Vast de Buscoy dit Angoulant, et, ainsi escorté, se rendit à Fontaine-sous-Montdidier. Là, il se saisit des deux Henniquet qui l'avaient insulté et leur fit couper les jarrets, « non pas en entencion de les tuer, ajoutent les lettres de rémission, mais que pour les mutiler, pour les' quelles navreures ils saignèrent tant que mort s'ensuy assez tost après. » Nous avons cité ces derniers mots parce qu'ils nous offrent un exemple curieux des grossiers artifices, des mensonges à l'aide desquels ceux qui se faisaient délivrer des lettres de grâce essayaient ^ de pallier leurs actes de violence. A les entendre, ils n'ont jamais fait à leur adversaire qu'une simple piqûre ; seulement, il arrive presque toujours, on ne sait comment, que cette piqûre amène la mort de la victime. C'est au sud-ouest d'Amiens et sur les confins du

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