I. DertxcttUace d« la Ungat Françoise, laas, II
LHONNÈTETÉ DANS LE LANfiAGB 281
cience fort tendre, et ausquelles l'ombre mesme du mal fait horreur ; de sorte qu'un mot cesse d'estre du bel usage, et devient barbare parmi nous, dés qu'on luypeut donner un mauvais sens » '.
Cette supériorité du français sur le latin excite aussi l'enthousiasme de Charpentier : Notre langue est « sur tout, Chaste jusqu'au scrupule, et d'une Délicatesse de goust presque infinie, dit-il. Les Saletez, les Paroles outrageuses, les Bassesses, n'y sont point souffertes ; Et si l'on veut s'expliquer sur quelque passion tendre, il ne faut pas que ce soit avec ces vilaines expressions que Catulle et Martial ont si souvent employées. 11 faut que cela soit dit d'une manière euvelopée d'un tour fin, et que l'on puisse toujours s'imaginer qu'on a voulu dire autre chose. C'est avoir porté la Parole jusqu'au dernier degré de Noblesse : c'est avoir introduit l'Honnesteté dans la Licence, et fait une habitude familière avec la Pudeur et la Retenue. Je sçay bien que la langue Françoise a quelquefois pris ces vilaines libertez ; Mais il est certain aussi qu'elles ne sont aujourd'hui approuvées de personne » ^. L'idée est reprise par Boursault: « Nôtre Langue a cet avantage sur les autres qu'elle est beaucoup plus sage et plus retenue. La langue Latine sur tout dit presque toutes choses par leur nom : au lieu que la Françoise se contente de faire entrevoir celles qui peuvent blesser la Pudeur. Soit dans les Ouvrages méditez, soit dans l'entretien familier, elle veut qu'on évîteles façons de parler vicieuses » {Leit., 1702, 96-97. Cf. encore Perrault, Lettre à Ménage, à la suite du Parallèle, 1692,111, 321).
Si vous hasardez des images, gardez-vous de tout ce qui peut donner une u idée sale n. La Bruyère écrit : o // est vu de tous, et A toute heure, et en tous états ; il faloit en demeurer là, sans ajouter, au lit, nud, habillé, etc. Ce détail est trop ouvert; carce n'est point faire l'éloge d'un homme de mérite, que de le rendre visible au lit, et de le produire tout nud. L'auteur nous assurera néanmoins page 463, que le mérite à de la pudeur ; quel moyen de le croire, si les gens de mérite se laissent voir au lit, nuds, etc. ? » [Sentim. s. les Caract., 249)'. Congrès, au sens d'Assemblée, de
1. Bouh., Enlr., 1B71. 68. Cr. le passaire de La ManUre de bien penter {P" DUl., éd. in-i-, 16B7. lïl), où Bouboun s'en prend à Bacon pour avoir dit que ■ largenl reiMembU AO famier, qui ne profile qaequHndil ett répaada. Il y h du vray, et mesme de l'esprit dans cette pensée, mais il n'y a point de noblesse ».
3. Ôtarpentiee, Excellence de U Ungne FrançoUe, 11,611-613. Cf.: o 11 faut prendre parde dans l'usage de la Métaphore, de ne se jamais servir que de choses Irès-connuCs, et d'éviter celles qui peuvent donner une idée sale; comme lorsqu'on dit, que la République avoit élé châtrée par la mort de Scipion rAMcain. Celte Métaphore qui donne une vilaine idée, a été aicc raison condamnée par Cicerun, et après lui parQuintilien ■ (Clrpen/erûina, 317].
3. L'Apolopste réplique que le Censeur n'a pas de pudeur: > Quel estle Lecteur,
Conférence de Ministres, est barbare et sale, estime de Calliëres, il faut dire Assemblée [Bon et mauv. us., 199)'.
Les écrivains ne pensent point autrement que les théoriciens de la langue. Tout le monde a appris par cœur les vers de Boileau : . , . le lecteur français veut être respecté; Du moindre sens impur ta liberté l'outrage, Si la pudeur de» mois n'en adoucit rimage [Art Poét., II, V. 178-178),., Mais son emploi {du comique) nest pas d'aller, dans une place, De mots sales et bas charmer la populace [Ib., III, V. 403-*)... Mais pour an faux plaisant, à grossière équivoque, Qui, pour me divertir, n'a que ta saleté. Qu'il s'en aille [Ib., 111, V. 424-«) etc.
La GUERRE AUX SYLLABES. — Ce ne sont point les mots seulement qui sont coupables, mais les sjllabes elles-mêmes. On s'imagine que Molière a comiquement exagéré les scrupules de Philaminte. Non, il est exact que l'on prétendait arriver au retranchement de ces syllabes sales, Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales. , , sources d'un amas d'équivoques infâmes, Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes (Mol., IX, 138, Fem. Sav., v. 913-918). Nous verrons Bouhours s'essayant à ce rôle d'émondeur de syllabes. Chevreau, en plusieurs endroits, a fait la théorie de cette phonétique ombrageuse. Il interdit, non pour leur sens, mais pour leur son, convaincu et consistoire. Il défend d'employer le présent du verbe vivre et le passé déliai du verbe voir-,
assez groasicr pour prendre ceci k la lettre 7 On eu doit simplement conclure que l'homme de Lettres n'n point l'abord inaccessible de l'homme d'alTaires > {Apal. dr LaBrny., 163).
1 . Le contre), tel que l'ordonnitiL l'ancienne loi pour vériBer les cas d'impuissance, ■ it& aboli en 1677. — Le sens nouveau manque dans les Lexiques.