AUTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE
dant, il les contraint à l'emploi du titre '. II y eut tout un débat pour savoir si les secrétaires d'Iîtat devaient l'employer pour les ducs, sans que ceux-ci fussent obligés de le leur rendre. Colbert se soumit à la règle - ; mais Louvois changea ce style : il cessa de donner du Monseigneur aux ducs, et l'exigea pour lui ■*.
D'autres l'imitèrent, ainsi les maréchaux. Le temps était passé où le comte de Guebrian menaçait le duo de la Trémouille de brûler ses lettres, s'il lui donnait du Monseigneur ">. Ses successeurs y prétendirent et Unirent par l'obtenir, grâce à l'intervention du roi''.
t. A. M, Tubeuf, [ntenduntàToui-s, 33 Nr)rembi-u 1671 : - A record du terme de Honicigneur dont ils [les é\us] oui toujours uoé jusqu'à prùscnl en harangua ni MM. IcK înlcndanB. j'aurDjr soin de leur Taire expédier une leltrc de raclicl pour leur ordonner de s'en servir ■-•nciii-e à vogirc égard - ll.rll. Init. tl Mém. de Colhfrl, II, l'[«rt.,385).
:. •■ Pour venir au Tond* de la prclonliun «iir les secrélaireit d'Etal, il n'est pan doulcui qu'ils écrivoîenl Monttîgnear ft tous les dues. J'ai encore... Irois lettres i mon père, lors à Blaye. de M. Colberl... toutes tmïs, et dedans et dessuR. Irailcnl mon p^re de Momeigiteur • (S'-Simon. VI, 120.; M. deltnislisle rail touterois remarquer que Colbert ne pouvait faire autrement, tant qu'il n'était qu'intendant des floances. Donnant cette qualiflcalion en IIIS2 au duc d'Arpajon, il ne traite plus le duc de Sainl-Aignan que de Monsieur en IS7.1. etimmo un surintendant l'aurait fait '/6., note 8t.
" II n'ciistcrien de Colbertdans le recueil de lettres au duc Claude de S'-ï^inion..., mais seulement dos lettres de le Tellier, de Louvois, de Lionne, de M. de la Vrilliire, irti il n'est traité que de Moiuleur, avant comme apr*» tieo • ;/b.. 1S7. note 3 .
IJuanl aui dues et pairs, selon le formulaire conscné par Clairambault. ils écrivaient BU secrétaire d'Ktat en commençant la première ligne par Monsieur, et mettant ensuite un seul mot un bout de cette ligne ; et ils souscrivaient : - Votre bien humble et très alTectionné serviteur u .
3. ■ M. de Louvois est celui qui chan);ea ce style... M. de Louvois étoit craint, chacun avoit besoin de lui, les ducs n'ont jamais eu coutume de se soutenir : il écrivit Jfoniieur à un, puis à un autre, apr^sâ un troisième : on le soufD'it ; après, cela Ht riemplc. et le Monseigneur fut perdu... M. de Turennc.., mît tout son crédit i se faire conserver le Moiueigneiir... La facilité avec laquelle M . de Louvois Ht ce t'i'and pas lui ouvrit une plus vaste carrière ; bîentât après, il exiftea tant qu'il put d'être Irailé de Monseigneur par ceux qui lui écrivoient... bientôt après, it lit ordonner par le Roi que personne non titré ne lui ècrlroil plus que Jtfnnieijfnear. .. La mémn chose qui étoit arrivée sur le .Uoitsei^nenr aux ducs des autres secrétaires d'Rtat leur réussit de même A tous quatre pour se le faire donner comme M. de Louvois ; et le rare est que ni lui ni les trois autres ne l'ont jamais prétendu ni eu de pas un homme de robe -(S'-Simon, VI, 118-130).
*. Tall.,7/it(.. IV. 137.
5. !■ Je parierai a M. de Pompone pour le monseigneur. En attendant, je crois que M. de \'ivonne a son passe-port sans conséquence ; et, comme il est si'ir que vous ne devez pas le f&cher. je lui écrirois un billet, et y fichcrois un monseigneur en faveur de son nom. Pour les autres, il faut chicaner comme Uctivron et Lavardin. On croit que d'.Vmbres perdra celle contestation contre le mai-ëclial d'.^lbret, et que la règle sera générale. C'est le Roi qui doit dans peu de jours prononcer sur cette alTBirc » fSév., /.eli., IV, 61-3). Dansune autre letti-c nous apprenons que le roi s'est prononcé: écrire Monsieur serait mal faire sa cour. A la suite de cette décision, le marquis d'Ambres écrit an maréchal d'Albrct: ■> ^ontei^nenr, Votre maître et te mien m'a fait commander d'user avec vous du terme de monieiirneur: j'obéis A l'ordreque j'en viens de recevoir avec la même exactitude que j'obéirai toujours i tout ce qui viendra de sa part... • :Ead., Ib., IV, 95].- U maréchal d'Ilumiéres lit mieux avec M. de Grignan ; celui-ci l'ayant appelé Jfoniieiir, le maréchal lui fit ivponse en badinant qu'il avoit tort de ne
M-2 HISTOIRE DE LA LA^Gl;B FRANÇAISE
Les cardinaux eurent d'abord seuls, parmi les gens d'église, le droit uu titre : aux évéques oa n'accordait généralement que le Monsieur ' Cependant on commence à trouver, au xvn' siècle, quelques exemples du Monseigneur donné à un simple évêque par les laïques. Peu à peu on se persuade, suivant l'expression spirituelle d'un contemporain, « qu'on doit appeller Monseigneur tout Prestre dont on a besoin n (Montreuil, €Euv., 134 bis, après la page 113). Dans le clergé, on leur donnait déjà trè.s souvent ce titre -.
On trouverait dans le théâtre contemporain de nombreuses plaisanteries sur l'abus du Monseigneur. Dans le Parisien de Champnieslé (V, :;), un reeors est paré de ce titre pompeux. Regnard prétend que les Italiens s'adressaient sous cette forme au parterre :
le puint appeler Monteignear, et que malKC': l'imprimé de M. dcMonlausicr pour Taire voir que le» lii'ulenanta généraux dans le» province» ne dcvuienl pas écrire moniaii/neur au maréchaux de France, il éUiîL pcrsuadiï qu'ils le dévoient, et qu'A l'aris iU videroient ce dilTércnd - (Ead.. Ib., Vil. 153 ; cf. 151. note i, 1561.
u MM. de Beuvron et de Malipiion firent difflculttS d'écrire Monieignear su
Maréchal de ChoÎHCul, el reçurent ordi-e du Roi de le faire u (S'-Sïmon, II, I34-13j}.
1, Loi-squ'on pailait d'un évéque, on employait couramment le Momiear suivi du nom de kb résidence ; M. de Hcaux. M. de Cambrai. Toutefois le» puristes n'approuvaient pas sans rései-ve cet usage : i si en écrivant je di seulement l'Evesque d'Aire. ou l'Kvesque de Nantes, je pense parler plus honorablement que ceux qui disent .VoRsieur de Nantes, cl ilfoniieur d'Aire, ifoiifi'eur eat un Ici-me qui marque quelque seigneurie temporelle, celui d'Evcsqiie déclare une superintendance spirituelle, qui est plus noble el plus excellente que l'autre... Au moins, dira quelqu'un, deviei-vous l'appetler Mnniienr iEveiqae d'Aire ? cela se peut dire, mais il se peut aussi omettre sans faute •• ILel. de PhylL, !• part.. 710-711).
S. V. le necuei'I dei iiclet, d'Ire* et mémoireii concernant Ut affairée da clergé de France, Pai-is. 187a et suiv., in-fol., t. I, l"part., p. 371-131, sur les prérogatives et préséances des ecclésiastiques, et l. Il, p. 235 et suiv.. Dans les actes lépslatifa dtés ici, les évéques cl archevêques sont appelés MeMtire : « Meisire Jean de Foaaé. Kvesque de Castres i> l,Ar. du Conseil, 30 juin 1645, p. 37T) etc. Toutes les lettres du roi à des évéques ou à des archevêques contenues dans le Recueil portent le titre de Monsienr (Monsieur l'.^rchevesquc de Rouen, etc.;. Les lettres circulaires envoyées \me les assemblées générales du clergé de t'i-ancc aux archevêques el é\éques poi-tcnt également toujours Jfoniieur. Exception ne llenienl la lettre des agents généraux du clergé aux évéques, du !K nov. 1651. porte Monteignenr il. 1, p. 1011]. Au contraire, dans r^rlrail da Prociê-verbal de l'atiemblée da clergé de France, 18 août 1615. ou lit: 1 Monseigneur de Toiiloaae a dit que la Déclaration de l'Assemblée... > {Aeeoeif (les actei.^ du clergé, I, 1, p. lODl). Cf. DécLiralion eerbale faite par let Jéxuilet de Hauen à t'archevéque, s. d. {\en 1660'> : • L'on vous a. Jfonseigneur, donné mauvaise impression de luy » {Ibid,, p. 1013); Extrait du Prooèa rerbal de l'atiemblée dn clergé du 2T mai 1li61 : n Momeignear t'Evesque de X,iintei a dit u {Ibid., p. I016\ Itich.. Furet., A., A > donnenldes exemples. Afoniei'^Renr devenait'en elTet commun.
Les épithèles i l'italienne dont le titre s'accompagnait ne passèrent poinl du premier coup : ■ Ainsi toutes les fois que j'auroi i parler d'un Ëvesque. vous m'obligeriez de dire Uomeigneur t'IUaitrÎMiine et Heverendiasime Evetque d'un tel lieu. tZela est bon h mettre A de grands Pardons, et à des Indulgences plenierei. ou au dessus des leti-es missives, qu'on adresse ans Evesqnes : Mais non pas dans une histoire ou dans un livi-e " {Lell. de Phall., !■ part,, îlS), D'après de Callicres. Mot* i U Mode. 151; v. Schenk, 162). l'expression de l'olre Grandeur était encoi-e vivement disculée A la (In du xvu' siècle.