‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 126 sur 202 · ALTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE M · texte numérisé non relu

ALTRES EFFETS DE L ESPRIT DE POLITESSE M

H Le parterre monseigneur ! j'enrage » [Coq., III, 7 ; cf. I^a Chinois, IV, 2).

Si le titre de Monseiyneat se généralisait parmi les vivants, il nvait été abandonné, quand il s'agissait des morts. Dès l'époque de Malherbe, il avait semblé ridicule de dire Monseii/neiir Sainl- Ambroise^ : Balzac et le P. Goulu étaient déjà d'accord là-dessus.

Mo.NBiECR. — Ce titre marquait un degré de respect au-dessous de Monseigneur, mais ne se donnait pas non plus ii tout venant. " Lorsqu'on se sert de ce mot sans y rien ajouter, dit Richelet, il signifie le Frère imique du Roi », Pour les autres personnes, on ne devait en user que si ces personnes étaient hors du commun. Mais ce titre se vulgarisa, comme les autres, et on voit Corneille, qui en avait beancoup usé d'abord, faire des corrections dans ses pièces, pour lui substituer des appellations plus nobles.

Quand on parlait des morts, il fut prescrit de ne plus faire précéder leur nom de Monsieur. Si l'on avait à citer un auteur, même français, on ne le désignait que par son seul nom, sauf s'il éta'>t vivant -.

Dans la conversation, on regardait comme iri'évérencieux, en s'adressant à une personne, de faire suivre le mot Monsieur du nom de la personne ^. Seuls, les .supérieurs avaient le droit d'en user ainsi à légard de leurs inférieurs *. La comtesse d'Escarbagnas dit toujours : M' Thibaudier. << En parlant à des gens qu'on méprise, observent les Lois de l/t galunterie, il ne faut jamais

1. Le (Cardinal du Perron assislaïl un joui- nu aei'iniin d'un prcdicutcur • qui ciluil les PercB. et à Uiii» propos diiiail, Momeigneur lainl Aagarlin,., Hoiueignear Maint Ambroîne. Monteigutar tainl Hieràme. etc. Un vnid bien. <til le Cai-dtiial, que nosErc pi>edicalciir n'a pim pris beaucoup di- connoisnancu ni lie ramiliariLi; avec les Pcrcs di' l'KglJse, puis qu'il leur donne encore du itfonseifrneur m {Lelt. de l'hgll., î-part., 713-7N).

I/empIni de Jfonif'«DP est du reste i^KHlcmcnt cundiiniiK! dans le même cas: c'est ■ faire trop le Catholique, et vouloircslre trop opposa aux Huguenots que d'ajouster 11' nom de JUoiuiriir & celiiy de SaiucL ut d'uppcller Monsieur Sainct Xmbroiie.,, ÎU sont eslevcz d'une distance infinie au dexsua de nos qualitei: et de nos titres » (Halzai.'. H, 106}. Les burlesques s'en amusent : Car mon esprit est tout uzc. Uepu is le joui- Moniiear $aint Charte (LoikiL, 12 nov. ia«I, v. aoo-lOI > ; Témoin Montieiir Saint Cluirtemagae, Jadis, Empéi-eur d'Allemafrnc (Id., 30 d£c. tS61, v. 97-98'; I.c Peuple de Moiuieur Saint Marc [Id.. 13 janv. lOâT. v. lîï\

2. Cf. de l'Kstflnfc, De ta Trad.. I. Il, cli. 18, p. 153-6, et De la Touche, II, S08-îi»;, qui cite Ménage. Grimarest se dérendra plus tard <l'avoir dit t Monsieur Mulicre >.

3. ■ Je vous dirai. Monsieur de Solenville, que j'ai lieu de... — Doucement, mim h'endre. Apprenez qu'il n'est pas respeclucui d'appeler les )^ns par leur nom, et qud ceux qui sont au-dcssuN de nous il Tant dire « Monsieur - tout court. — lié bien ! Monsieur tout court... * (Mol.. VI, .>17-jlM. U. Dandin. a. I. se. i .

i. Le souverain et les Princes de sa Tamille peuvent seuls dénommer en écrivant la personne A qui ils écrivent : > Monsieur le Marquis de Saint Jean.,. Toute aiitit licrsonne qui en usei'oil ainsi sur le papier, se tonrncroit en ridicule - l Grimarest, Comm.dt Utt.. 137 .

:t64 H1S10IRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

Ifi.s appeler simplement Monsieur, mais y ajoustcr tousjours leur nom .. (i3-ii).

Toutes sortes de personnes, à la réserve des gens de très basse condition, pouvaient se servir en écrivant de la formule : Monsieur mon père. Madame ma mère ' (De la Touche, II, 296-97j. Mais en parlant, seuls les Princes disaient de la sorte, et c'était un ridicule insupportable que de les imiter {Civ., 36) "-.

Les deux expressions un Monsieur, et ce Monsieur, avaient déjà un caractère peu respectueux, comme aujourd'hui: <> ce n'est point bien parler, de dire ; c'est un Monsieur, remarque Buffier : à moins qu'on ne le dit en riant; on ne dit point non plus ce Monsieur, etc. mais on dit trcs-bieo, ces M essieu r s » i^iSil ^.

Bien entendu, le titre de Monsieur ne devait jamais être raccourci. S'-Simon raconte tout au long l'histoii-e de Saumery, dont l'insolence t';tait légendaire, car il ne disait que Mona, quand il ne supprimait jtaa tout à fait le titre '.

1. Il nVlnil liiiT II Pille iidii pas quo^linn parmi les ppiis de conililion de mon p.ipa. ma maman, qui • n'avaient paaile Kracc l'hezdcKrand» puraus <• (Civ. 36^. - Il vint à Konlaincbleau. du fond de la Sil&ie. un? Jillc de la maison de Wurlenber)t... Klle avujl perdu ■un pirv il y avnil six mois . .. Elle l'-lnil dans un deuil û faire peur, et ne niarchnit quo [laiiH un i-arnisse ilrnpL' cuinmc en niit les veuves... on lui demanda de qui un si ^and dcuii : Il llélas! dit-ello en san);latanl.., c'est de Munsei)[ncur muii papa ■. Cela parut fi plaisant, que chacun lui fil la mi-me qiiextion pour donner lieu A la ri'-|H>nse: cl voilA comme sont \t.» François. Ce qui leur parul ni ridicnlc. et <|ui l'^loil en cITcl A nos oreiHeK, iic l'éluil en 5oi qu'A demi, l'er^onne de quelque dislinclion. mi^nie fort i-loi- ^iiéc île celle de» miiaons soiiveroiue», d'AllemaKne. en parlant de ses pareuls en nllenuind.nc dit jamais auli-enicnt qup : Mnnuieur mou père, Madame ma mère. Madcuiiiiaclle mn sieur... el supprime)- le Montieur ou le Jfadatne seroil une (crossi^rcté pareille A tuto.ver pamii nous > fS'-Simon, VI, 3Ï2-H].

ICuciire les dames de Sévi|;né raillaient-elles Madame de I.illebonne de dire A loul |>ropu«; "S, A, B. mim pÈret.Id,. ili., 31-1, noie 3).

3. En s'ann Olifant soi-même, ou ne devait pan non plus ajouter Monsieur A son nom: Il Quand on Ki*ale A la porte chez le Itoy, el chei les Prinei's. et que riliiissier vous demande vostre nom, il le faul dire, el jamaÎK ne se qualifier de Montienr •• [Civ.. 30'.

3. Mais un .Honiii>nr ne pouvait pas loujours èlre cvilé : - par exemple, quand on veut parler d'une personne nu-dessus du peuple, cl dont ou ne sait ni la qualité ui le nom : si l'on dit c'est un Gentilhomoie, celle qualité ne lui convenant peut-être fiaa, peut dunncrdu ridicule. Si l'on dit aimplcmcnt c'enl un Aontme, le lerme semble peu poli A regard d'une personne qui est quelque chose dans le monde; sur tout si celui <iui m perle esL d'une miiindrc conilition que lu personne dont il parle ; c'est ce qui n Tait douter si dans les conditions medioci-es le terme, un Jfoniieur, n'est point quplqucrois eïiciisable ■■ {HufTier. 4.ti-a).

Cf. : « Je crois qu'un c|;b1 ne peut bienséumment se servir du terme d'homme, de ftinmé, de fillt. de garfon, en parlant d'une troisième personne. Encore moins un îorcricur peut-il l'employer, à muius que ce mol ne soit Bccompatnié d'un autre terme de louange, comme: e'eif un hiimmede J>onneii mieiiri. Car ce seroil en quelque façon insulterce troisième, que de dire : c'eif un Aomme que jt cannois, ou autre expression semblable. Un substitue A la place de ces termes bas, el insultang, un Moatitar, une Perionne. un Cartlier, an Centilhomme. une JMme, une D'moitelle • (Grimarest, Comm. de LelL. il9-i80].

1- Il IliSauiner.v) parloitdcs personnaiics les plus dislinsuès,dont A peine ilevoitvu le» Biilichambres, comme do ses éjçaux cl de ses amis perliculiers. Il racontoit des

ACTRKS EFFETS DE l' ESPRIT DE POLITESSE 365

Madame. — Ce titre avait été longtemp.*; encore moins vulgaire que celui de Monsieur. En principe, à la Cour, il était « réservé aux filles de France, aux filles duchesses femelles, et, depuis l'invention de Louis XIU. . . pour M"* d'Hautefort, aux filles dames d'atour ' ». Toutefois « M"* de Séry. . . trouva indécent d'être publiquement mère et de s'appeler Mademoiselle. Nul exemple pour lui donner le nom de Madame : Il (le duc d'Orléans) força la complaisance du Roi, quoiqu'avec beaucoup de peine, d'accorder des lettres patentes portant permission à M"^ de Séry de porter le nom de Madame et de comtesse d'Argenton » (S'-Simon, XIll, io7) ^.

Les plaisants riaient, naturellement, des ambitions des nouvelles Madames ^, qui se multipliaient, mais cela ne chang;ea rien à In mode. On s'arrogea sans façon le précieux titre. 11 avait, comme dit un écrivain du xvn' siècle, l'emphase plus belle ^ que Mademoiselle, appellation ordinaire des femmes mariées de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. Cathos et Madelon, ne manquent pas de s'en

il dire, et n'avoît pas honte de dire devant des gens qui avoicnt au nun ; i Le pauvre Mens. Turenne me disoit >, qui. A son fL^e et A Hin petit emploi, u'a peut-être Jamais su qu'il fût au monde; et, le Monsieur tout du long, il n'en honoriiit personne. Cétuit • Mon. de BemivUlier o... et ainsi de ceux dont il ne disdil pas le nom tout court, et il le disoit de presque tout le monde, jusqu'aux princes du saii|c. Je lui si ouï dire liien des Tois : ■ La princesse de Conti a, en parlant de la lllle du Roi... Pour des premiers seigneurs de la cour, il étott rare quand il leur donnoit le Mon. ou le Moni. C'éloit : « Le maréchal d'Humiérea >, cL ainsi -des auli'esi et des gens de la première qualité, très ordinairement i>ar leur nom, sans ijualité (lovant - (S'-Simon, VI, 365-6],

M. de Boislisic note à ce propos : o Celte abréviation de Monsieur ne s'employait que ramiliërement et de supérieur à inférieur; il était également impoli d'écrire Mr. sur l'adresse d'une lettre fTallemant, Vil, iï3 cl {6»]. Mois les letti-cs du Roi, même i un grand personnage, com mentaient par : « Mons' un tel <• . l'elit à ]>etil, l'sbi'évalion de la lettre ■ disparut, cl il resla: <r Mons • (VI, 366, note b).

1. • C'est la même (M"* d'Hautefort) que le Roi lit dame d'iitour de la Reine, et que. sous ce prétexte, il Qt appeler M" d'Hautefort. . . et c'est depuis elle que les dames d'atour ni les ont ctii appelées Jfadâm« ■■ (S'-5imon, 1, 161-161);- Cette lillc (du marquis de Rouillac. faux duc d'ËpernonI ... se fit beaucoup d'amis ... et entre autres. Mudemoiselle, flile de Gaston, qui obtint du Roi de fermer les yeux â ce qu'elle se fit appeler Madame, comme duchesse d'I^pemon » (Id., II. 9R).

i. Cf. le Cérimoniil de la Coar: « Les tilles du Itoi s'apellent Madame de .V. pour les distinguer des fllles des autres princes, qu'on ne qualifie que de Mademoiielle ; les filles de Montiear s'appellent MademoUelle de iV.. ou s'il n'y a qu'une 1111e unique, JfadentoûeKe tout court ■ (DumonL el Koussel, I, 43i;,

9. Cf. •■ Monsieur, j'ay ouy dire que madame ou mademoiselle voslre femme (car il y en a de toutes sortes de conditions) se gouverne mal ■ (Tabarin, II, 306) ; n J'ay oublié à mettre des Jf.idame dans ma Lettre; et A présent que vous estes Licutenanlc de Roy de Fougères, c'est une grande faute, Tonei donc, en voili trois, distribuezles aux endroits qui vous sembleront en avoir plus de besoin. Madame, Madame, Madame • (Muntreuil, Œuv.. 6); On sait que Racine, dans les suscriptious de ses lettres, appelait sa ioiur Maitame, avant son mariage avec Ant. Rivière, et Uademoi- Mlfe après.

i. AU=on, a. II, se. 2;^. T/i. fr., VIII, «9.

n<i(S HtSTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

pnrer, et peu k peu les comédiennes eUes-mémes l'empruntèrent U leurs personnages '.

M""" de Sotenville voulait qu'on le lui donnât, même en famille -, C'était un usage assez répandu que de donner un titre & sa mère. " N'y avait-il pas à Paris, parmy la Bourgeoisie, de grandes {illes prêtes k marier qui ]iarlant de leurs Mères, les appelaient toujours ma lionne, et beaucoup de femmes de la Ville et même de la Cour se servaient entr'clles de cette mauvaise façon de parler (|ui ne convient qu'à ce qu'on appelle des Commères de quartier >> ? De Callières signale avec dédain cette inconvenance {Mots à la /n., fi(l;v. Schenk, lU).

«Je vous ameneray, dit M. Gobineau, M""" GoAineau » (Id., ib., 73, cf.82). « Ce mari ne savait pas sa civilité. Four parler sainement, un mari ne devait dire que « ma fpinme », en parlant d'elle » (de Call., Mots à la m., •'>6). Encore cela dépendait-il des rangs, le gendre des Sotenville l'apprenait, avec beaucoup d'autres choses, à ses dépens '. Un homme de qualité, lui, devait dire Madame Dantlin ^. Mais il fallait encore distinguer. Personne ne se fût permis de demander it M. de Lamoignon, comment allait M™" de Lamotgnon. Ici, nous étions à un degré supérieur encore, le titre devait se substituer au nom : Comment va Madame la Présidente •'. « On

1. (î rima i-Pst s'indigne que " des Comédici i|iinlit£ ", et il ciinseille mO^mc de ne pas la '. ôci-ire [Comm.de Lelt., 15S).

S. n Mon Dieu I nuire pendre, s'écrie M"' de Sotenville, que v<ius avez peu de civîlitt' de ne pus saluer les pens quand vous les approchez ! ^ Ma foi ! ma lielle-mère, c'csl que j'ai d'autres choses en tf-te, et. , . — Encore ! Enl-il possible, notre ^ndrc, quo voua sachiez si peu votre munde, et qu'il n'y ail pas ninyen de vous instruire de la manière qu'il Taiil vivre parmi les personnes de qualité '! — Comment ? — Ne vouh ddrcrei-viius jamais avec moi de la familiarité de ce nom de » ma bclle-mérc >, el ne H au rien -l'o us vous accoutumer i me dire - Madame > ? — Parbleu ! si vous m'appelex votre iicndre, il me semble que je puis vous appeler ma belte-mèrc. — Il y a fort à dire, el les chose» ne sont pas égales. Apprenez, s'il vous plaît, que ee n'est pas â vous i vous servir de ce mot-là avec une personne de ma condition : que tout notre ^ndre que vous soyez, il y a grande dilTércuce de vous à nous, et que vous devez vous coniiullre »[Mol., VI, 516-517. G. D*nd.,a. I,sc. i).

3. • J'ai à vous dire que ma femme me donne. , . — Tout beau! apprenez aussi que vous ne dcvcit pas dire « ma femme «. quand vous parlez de notre nilc, — J'enrage. Commcnl?ma femme n'est pas ma femme? — Oui, notre (rendre, elle est votre femme ; mais il ne vous est pns permis de l'appeler ainsi, cl c'csl toul ee que vous pourriez taire, si vous aviez épousé une de vos pareilles ■< (Mol.. \V,blS,G. Itand.. a. I. se. t .

i. Il II n'y a que les gens de qualité qui puissent dire en parlant de leurs femmes, Mailiime une telle : Mxdtme Gaillemot, Madame de Soltenrille, etc. sont fort ridicules en la bouche de M" Guillemot et Rolteavilte leurs maris. Quel deshonneur y a-t-il à dii-e ma /"emnie ?. . . Pour ce qui est îles femmes qui ne son l pas de trop basse naissance, on leur pardonne d'apcicr leurs maris, Hîonsitar an tel, quoi que la plùpai-l lissent pourtant beaucoup mieux de dire simplement mon mari . (De la Touche, 11, ÏB-).

i. Civil., 35; cf. GrimaresL, Cunim. de Lttl., 136.

AUTRES EFFETS DE L E3PB1T DE POLITESSE 3ri7

donne aux Dames, dit Richelet, le nom de la qualité, ou de lu Charge de leurs maris; et à moins que ce nom n'ait quelque chose de rude, c'est manquer au respect, et contre la Langue, que de ne point faire partaf|;er à une Dame le titre de son époux. Ex. h'Imjiératrice Faustine étoit un peu trop galanle, pour être l'épouse d'un empereur Filosofe tel que l'étoit Antonin (M. d'Acier, Vie d\4ntonin). Caterine de Medicis, Epouse du Roy Henry II, étoit une grande Heine (Mezerai, Hist. de Fr,)... Ces mots d'Impératrice, de Reine, d'Archiduchesse, se disent quand on s'entretient de ces Princesses ; et cela sans qu'ils soient accompagnez de celui de Dame. Mais les autres noms qu'on donne aux femmes distinguées, et qu'on prend de la Qualité, ou delà Charge de leur Epoux, ne sont Jamais usitez qu'ils ne soient immédiatement précède/, du mot de Dame... Madame la Dauftne, Madame la Duchesse, Madame la Gouvernante, Madame la Clianceliere, Madame l'Avocale générale, etc.

« Les Titres des Chaînes illustres des maris qui ne se communiquent point à leurs Epouses, ce sont... Maître des Bequèles. Secrétaire d'Etat et Conseiller... ce n'est point parler conformément à l'usage que de dire : Madame la Conseillère, etc... ou du moins ce n'est que dans les discours familiers, et entre amis.

« Quand on parle, . , sérieusement, les femmes ne portent point de nom formé de la profession de leurs maris, lorsque cette profession n'est ni fort basse, ni fort distinguée. On n'appelle pas la femme d'un simple Avocat, Procureur... Elu, Mademoiselle l'Avocate, Mademoiselle ta Procureuse, ni Mademoiselle l'Elùë », sauf en riant. « Molière semble être \k dessus de mon sentiment » [Tartufe, 11, 3) :

Voua irez visiter pour vôtre bien venuS Madame la Baillive, eL Madame l'Elûë.

<i Du métier des Artisans, on forme des noms qu'on donne à leurs femmes » (Riehel., Connoiss. des genres, 6-7).

Les titres bourgeois. — Les titres que portaient anciennement les bourgeois se trouvaient peu à peu déconsidérés, et on les abandonnait. Celui de Maître n'était plus guère usité dès lors qu'au Palais, et suivi du nom de famille, non plus du nom de baptême : M' Furetière.

11 fut un temps où. Noble homme s'appliquait uniquement aux

nobles authentiques < ; désormais, devenu vulgaire, il «tait regardé comme « marchand ». En effet, lors de la recherche des faux nobles, entreprise en 1661, on avait discuté au Conseil la question de savoir si l'on poursuivrait comme usurpateurs ceux qui s'étaient qualitiés l^'obte homme dans des actes publics : la solution fut négative De même Honorable homme, Sire, Sieur, n'ont plus de valeur, les gens qui les eussent portés autrefois cherchent à leur substituer l'appellation plus honorable de Monsieur ^. « Je suis autant Monsieur que lu y -* » devient un cri général .

Lks noms sa>s titre. — Enoncer le nom d'une personne vivante sans le faire précéder d'un titre, a toujours été une grande impolitesse. On ne se la permettait qu'à l'égard des gens du commun, des domestiques, ou des familiers. Mais faire précéder le nom d'un article, avec ou sans adjectif, était pis encore. Dans la société, c'était « alîectation de gentilshommes jeunes, qui ne craignaient pas de se signaler eu empruntant au peuple quelques unes de ses habitudes : la celle-cji, la celle-là, la. bonne une telle, en parlant de duchesses, /c /ion /,. en parlant d'un prélat », de Callières tranche le mot et traite ces manières d'insolentes {Mots à U mode, 53-51; v. Schenk, 110) ',

i. et. : - Avant tSDO, le terme du .\obU homme et d'fcuyer Rstoicnt sinunymcs, prîncipaiemenl dan» [es canipa)riiC!> et lieux laillablcs ; Houvenl mcsmc les femîllos tes plus qualiflves ciiiployoient plus volontiers le terme di- noble homme : mais depuis IflDU, la qualité de noble fioiniiie prise dans une ville frauchc oit l'exemption de» impositions la fait tolérer dans ceux qui vivent honorablement <iun« cependant estiv f^ntiislicimmcs, <iu quand elle est prïtie sver le titre de médecin, avocat, officier de quelque jurisdiclion, elle n'est )ioint censée Taire preuve de noblesse; su contraire, elle en est plus suspecte, les charj^cs ou le domicilie paroissaiil alors favoiiser l'usur|iation et y avoir donné lieu h iMém. lar lu rech. de l» nobi, d.ins U génér. de Roaen en /fîsê, piibl. )>ardc Cuumcnt dans leCnbin. hUlor..t. VI, IBSO, p. 313).

3. o Autreruis. quiiy qu'ils fussent â la Cour des (crands Roys, et dans des villes superbes, ils Iles Kci-ivains) ne se soucioient |>as que l'on leur donnast ce tillrc de monsieur, et l'on ne voyoil que Icuii noms pi-oprasau front do leurs livres... Quelques autres plus récents ont mis JLe5 wnerei du Siear, ce qui semble assez modesle : mais pour mettre le* œiirrei de monsieur, ainsi que l'on commence de faii*, c'est ce que l'on ne dcvroit pas entreprendre à moins que d'estre Marcschal de France » (Sorel. liery. exlr., III, Hem.. 27-8. Cf. S'-Amanl, cite par Livct, dans son édition du Tartufe,p.\m..

On se plai);nait déjA au xvi* siècle di- toutes ces prétentions au Monsieur : ■< Ce marchant. . . soulTroit csire appelle Jfanii'enr, au lieu de ce beau et ancien titi-e de si're Pierre, «ire Fiacre. — De nosLrc ville, dit Lupolde. sesonL depuis trente cin<i ans retircii et pci'dua ces bCHUS et Innuicstes mots Maittre, pour le regard des(;cns de Justice, etde5ire, en l'en droit des marchans... Ce mot de .\ton»iear appartient privativcmcnt il In seule noblesse ou juges royaux > (N. du Fail, Conl. d'Kulr., éd Jonaust, II. liS-a .

;i. Colletet, Jurcii. ^u^f., 3ri.

l. Cf. la rtgle de Uuflîer: " On met l'article défini devant les noms de femmes pour les dislin((uer des noms d'hommes; la Tibaut, Ix le JUai'rs; mais on ne parle ainsi que des femmes pour qui on n'a pas une |;''ande considération > (437, pat,-ination exacte : 4;i31. Dussy ocrivoit sans fucnn : ■• La Coligny fait la même chose • [Corr., IV, 1«0). i;f. tome m, ««.

AUTEES EFFETS DE L ESPfilT DE POLITESSE 36fl

Géralde dans Le Misanthrope en use ainsi, et Célimène ne manque pas de l'en relever vertement :

' 11 tutoyé en parlant ceux du plus haut étage Et le nom de Monaieur est chez lui hors d'usage. (Mol., V, 482, Mis., v. 601-2).

Formules et circonlocutions. — Je passerai rapidement sur des règles qui n'ont rien de bien nouveau : ne pas contredire par un non ' ; ne pas interroger directement ^ ; si l'on a à commander, avoir l'air de demander ^ ; ne jamais paraître mettre en doute la parole d'autrui par une phrase mal tournée *.

Mais l'usage avait des exigences autrement raffinées : Fait-on quelque action avec un supérieur, en la rapportant, il convient de s'oublier et de la lui attribuer à lui seul, qu'on lui parle ■■ ou bien qu'on s'adresse à des tiers ^.

En outre, dans les phrases ordinaires doivent entrer des formules qui en ôtent la rudesse. Quand un inférieur raconte une action d'un grand à son égard, il ne faut pas qu'il dise crûment : Monsieur A', me dit cela, m'envoya k la Cour, etc., mais par circonlocution : Monsieur N. me fit rkonneur de me dire cela, de m'envoyer à la Cour, etc. [Civ., 32). Je vous dirai est sec; je prends la liberté de vous dire... est comme il faut. D'où la plaisanterie des personnages de Molière : Je vous demande pardon des coups de bâton que j'ay pris la liberté

1 . • Lorsqu'on doit répondre non pour contredire quelque perionnc de qualité, il ne le faut Jamais Taire criinieiil, mais par ci i-con locution, en disant, par exemple, Vous me ptrdonaerts, Montiear, etc., je noni dtnande pardon. Madame, si j'oie dire. . . u [Civ.. 38).

3. • Irez-vout k la gaerre, Uonêiear, cela csl choquant, parce qu'il est trop familier : au lieu que cette façon de parler, «ans doute, Montiear,qaeuoat feret aatù U cantpagne, n'a rien d'offençant que la curiosité, que l'on eicusc, quand elle est reipL-ctueuse • [Civ.,6b-6). Ct. : ' L'interrogation suppose de la familiariti!. Ainsi il est tresimpoli d'interroger un Supérieur sur le papier, â moins que cette %urene soit accompagnée d'un correctif tres-respectueux, contenu dans les termes qui fuimeut l'interrogalion. ou dans une autre pensée qui la corrige. El en est de mémo du commandement; il n'est pas permis de parlera l'impératif A une personne à qui l'on doit du respect, sans user de la mfme précaution » (Grimarest, Comm, de Lelt., 134-135).

3. • Au lieu de dire, aiiet, cenei, faîtes cecy, il faut : tioaj feriez bien d'aller, troiiverie: noot pas A propos de venir ? « {Civ., 33).

4. • C'est une incivilité, quand une personne a parle, de dire, par exemple, $i ce que voas dite* est vrny, naai sommet mal. . . U faut dire, selon ce que vous dites, nous sommes mal » {Cin., 40-11).

i. m Si quelque liomme de tres-heute qualité, juuc h quelque jeu, deux contre deux, et qu'il gagne la partie, son associé se doit bien garder de dii-e : Nous avons gagni; iuu<s Doui aeei gagné, Monsieur > (C^ti., 31-32).

5. ■■ Il faut éviter en faisant une histoire... si la chose s'ext passée en U compagnie d'un grand Seigneur, de parler en pluriel : comme nous allalmes lA... il ne faut parii-r que du grand Seigneur, sans parler de so^, et dire, Monsieur N, y alla » {Civ., SI].

Histoire de ta Langae française. IV. si

de VOUS donner (Cf. de Ciill., Bon et mauv. ua., 112). Rendre service est insuffisant, rendre ses trea-humblea, ou petits services est mieux (Grimarest, Comm. de Lelt., 182).

On s'étonne parfois des formules lilandreuses par lesquelles les gen.s du xvii" siècle se remercient ou se complimentent. Sait-on quelles étaient sur ce chapitre les exigences de la politesse ? En voici un exemple : « Monsieur, je viens vous remercier de l'amitié que voua m'avez témoignée en recommandant mon procez, et vous assurer que si je puis vous donner aussi des marques de la mienne en quelque occasion, vous reconnoistrez que je nay pas esté indii/ne de rostre protection, etc. » {Cic, 89). Ce compliment est n incivil», dit la Cjn7t7e', Il parce que premièrement ces expressions qui sont le langage du cœur, et qui touchent par conséquent plus vivement, donnent lieu de croire que la personne qui parle, a de la présomption et trop bonne opinion d'elle-même : Et en fiecond Heu, parce que les termes estant trop familiers, ils Messent le respect. C'est pourquoy, pour le rendre civil, il faut que la pensée et les termes soient plus humbles, et dire par exemple : Monsieur, vous m'avez témoigné tant de boutez, pendant mon procez, que j'ose espérer que vous ne trouverez pas mauvais que je sois venu, pour avoir l'honneur de vous en rendre treshumbles grâces, et vous assurer de ma reconnaissance et du zèle que j'ay de mériter l'honneur de vostre protection par mon respect et mon tres-humble service, en toutes les occasions qu'il vous plaira m'honnrer de vos commandemens » Hb., 90). « Ce compliment aune Dame. Madame, je prends trop de part à vostre douleur, pour ne pas venir mêler mes larmes avec les vostres dans celle funeste occasion, etc... pourroit se soulTrir d'égal à égal, mais d'inférieur à supérieur, il faut marquer plus de soumission et dire à peu prés : Madame, l'honneur que vous m'avez toujours fait de me regarder comme un des serviteurs particuliers de vostre maison, me donne la liberté de venir voua témoigner avec le respect que je dois, la part que je prends à vostre douleur dans cette triste rencontre, etc., •> [Ih.. 91).

La cobhesposdance, — Dans les lettres, les titres et formules à empl()yer sont réglementés d'une façon plus rigoureuse encore que dans la conversation. La disposition de l'adresse, à elle seule, exprime ■déjà des nuances nombreuses de respect '.

I. fcOii ne mcL que Au floi. sur les Lettres que l'un JcHtau Roi son Maître ■. Pour les autre Hiin dî-Hipiie le Prince : A Sa Majesté, le Boi de Suéde, tout au bas de l'envclope. n illii de mai'quer |>iir le bldiic qui est uu-dcssus le respect que l'ou a pour la personne du IVince *. l'cmr Monseigneur, pour Monseigneur le Duc de Bourgogne, pour Monsieur.

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