LA LANGUE PÉDANTE ET LA LANGUE COURTISANE
Ectaircis ta matière â mon individu.
A ma mémoire active â comprendre la chose,
De sa voix attractive incorpore la cause,
Articule tes mois, et divulge le fait ;
Puis après de In cause on descend à l'elTet.
— Déduis ta maleucontre en manière succinte — '.
Les mots de science: et les théoriciens. — Les théoriciens, arbitres du goût, Bouhours en particulier, nous ont dit aussi et répété leur horreur du mot pédant ou d'apparence pédante: calvitie ou aplilu(le,atrabile ou syatème. " Une faut pas que, par des termes qui sont rudes pour leur bouche, les dames afTectent de paraître un peu trop géographes. Je leur abandonne climat, 'one, détroit et quelques autres; mais je ne veux point qu'elles me viennent effrayer par des longitudes et des latitudes » (Vaumorière, Art de plaire, 320) ',
Parmi les grammairiens qui comptent, on u souvent mis Ménage à part, comme si sur ce point il s'était séparé de ses contemporains. L'éloge n'est pas mérité, il vient des préjugés qui courent encore contre celui qu'on soupçonne d'avoir été le prototype de Vadius. Ménage, à propos des mots techniques, ne dit rien que n'eût dit avant lui Cioéron, qu'il cite du reste. Dans un discours de physique, l'auteur a pu userd a/raAiic, qui est un terme de son art; mais s'il eût dit il une Dame, (i dont il ust esté Médecin : h'atrabile domine en vostre tempérament,... ilauroit sans doute mal parlé » (0.,I1, 157). On voit jusqu'où va sa tolérance, une consultation même ne souffre pas de mots du métier, pas plus qu'une conversation. C'est une règle identique qui est appliquée aux vers de Malherbe, k propos d'un mot d'une science pourtant répandue, celui de Pléïadea(Obs.s. Malh., II, 191) : « Comme les finesses de l'Astronomie sont connues de peu de personnes et que nous fesons nos vers particulièrement pour les Cavaliers et pour lesDamesqui n'entendent pas ces (inesses, je croi que nous devons user aujourd'hui sobrement de tous ces Termes d'Astronomie, et que nous ne devons employer dans notre Poésie que ceux qui sont connus de tout le monde n.Sion en croit leMenaffiana, notre critique est allé plus loin et a déclaré qu'on ne pouvait rien trouver « de plus heureux ni de plus poétique, que l'expression dont se sert un auteur (Ch. Perrault) dans un Poëme sur Louis le Grand, pour dire que les Anciens ignoroient la circulation du sang n. Et voici cette trouvaille : l'antiquité h ignoroit jusqu'aux routes certaines Du Méandre vivant
*.. A. Il, »c. 11 : cf. a. ni, »c. 8 et 10.
î. Tout ceci n'cmpèchc point, bien entendu, de rappeler i l'oHre celui qui confond hypochondre et hypocliondriaque [Def. da po. her., IT).
qui coule dans les veines ». N'est-ce pas là le type de la périphrase ? (Voir le Menagiana, II, 5).
11 y a un endroit où il semble qu'Alemand soit plus juste, et voie nettement qu'en certains cas le mot savant n'est pas déplacé. C'est à propos d'une dispute entre Ménage et Boubours au sujet du mot amphore, employé par l'abbé de Marolles dans une traduction d'Horace. Cette traduction, dit-il, n"est pas pour les servantes et les harangères, et il est impossible, en pareil endroit, de se servir d'aiguière, pot à eau, bouteille, flacon (G. civ., 132 et suiv.). Ne serait-ce pas abuser du texte que d'en tirer une conclusion quelque peu générale? Si. 11 y a à peu près entente des grammairiens de cour sur ce sujet.
Le vengeur de Perrot d'Ablancourt reproobe à la Houssaye ses mots techniques (p. 22). Andry, qui vient d'être professeur de collège, et qui sera le prince des Diafoirus, n'a pas assez de mépris pour le mot de collège, ou entre il ne sait quoi de bas. En ces sortes de lieux on ne se polit point, au contraire on y contracte des défauts ridicules, c'est pourquoi ces termes : gens de colle'ffe , langage de collège sont méprisants, disent les Reflexions (i9 ; cf. S'-Réal, de la Critique, 235). Andry ajoute dans la Suite des Remarques (207) : r Rien n'est de plus mauvais goût que de mettre des mots latins dans une phrase françoise pour remplacer un mot qu'on ne trouve pas >i.
Si l'on veut connaître de quelle façon un homme instruit doit parler science dans les salons, il n'est que de consulter Bary : <' Lorsque les matières tombent sous l'intelligence de tout le monde, je ne faits point parler selon leur caractère, ceux qui composent ordinairement nos Entretiens. Un Médecin, par exemple, ne doit pas parler médecin, quand par des expressions familières, il peut estre nettement entendu ; l'on ne s'assemble pas pour les mots, l'on s'assemble pour les choses ; et outre que la présence des Dames doit bannir le langage des Maistres, ceux-mesmes qui sont sçavans, n'ont pas tousjours les idées présentes de tous les termes de l'Art, et c'est jetter quelquefois un bel Esprit dans la confusion, que deluy parler Ecole n [L'Esprit Cur. ou les Convers. galantes, Préf., a 3 V). C'est dans ce sentiment que de Callières, arbitre de toutes les mondanités, écrit : « Les mots sçavants qui sentent le Grec et le Latin doivent être suspects à tous les gens du monde, et ils attirent sur ceux qui les disent un air pédant, quand il y en a d'autres plus simples et plus connus pour exprimer les mêmes