LA LUTTE CONTRE LE NÉOLOGISME 4S
cipe présent, et assimilée aux adjectifs, en a-t-elle généralisé l'emploi ? C'est une question que des statistiques comparatives pourront seules élucider.
Ce qui est incontestable, c'est qu'on trouve des « adjectifs verbaux » en grand nombre : Par ces mots allirans sent redoubler son zèle (Boil., Lut., IV, v. 314) ; quand on n'a, comme moi, qu'un mérite léger et cabriolant (Regn., Div., a. I, se. l) ; La dépense a souvent un chagrinant retour (Hauter.jfioHrjr.deçuaf., a. IV, se. 4}; M. l'abbé Aubri... y est sur tous les autres marqué avec des traits bien désignant {Menagiana, II, 8) ; Un lutin, que l'enfer a vomi sur la terre. Pour faire aux gens t/orman^j une éternelle guerre (Regn., Fol. am., a. I, se. 3) ; Celui qui m'embarrasse le plus, c'est ce persecu^anf monsieurAndré(Id.,iîe(. j'mpr., se. 4); Va-t'elle bien, votre Montre? — A ravir, Je l'ai depuis un au. Elle est d'or, et sonnante (Poiss., Faux divert., a. I, se. 4); Les femmes à Paris ont des attraits tentants (Regn,, Mén., a. II, se . 4) ; J'en impute plus de la moitié à la /racsssan/e voiture dont je fus obligé de me servir (Bours., Lett., 22Q).
J'ai cité une certaine quantité de ces adjectifs, dans le chapitre qui suit, art. causant, choquant, commandant, concluant, consolant, contraignant, criant, crucifiant, dandinant, dansant, délibérant, impatientant, infamant, insinuant, intéressant, jaillissant, offensant, officiant, rafraîchissant, ragoûtant, raisonnant, ramollissant, ravageant, récalcitrant, rechignant, rejaillissant, renonçant, etc.
Les infinitifs substantivés. — Chevreau a donné son opinion. H Peu de gens, disait-il, voudroient écrire aujonrd'huy le flatter pour la flatterie [Oba. ». Malh., I, 287} •. En général il n'est plus question de substantifîer l'infînitif. On discute le vouloir (A. et Th. Corn., dans Vaug., Il, 167), qu'on rejette même de la poésie, comme un vieux mot. Les substantifs de cette espèce qui survivent sontpour la plupart de vrais noms : le boire, le manger, l'être, an dire, le lever, etc.
Bossuet ici encore est à part. Il va jusqu'à écrire : le ministère d'instruire {Or. fun. du R. P, Bourgoing, éd. Rébel., 22) ; la loi de souffrir [Or. fun. d'Anne de Gonz., ib,, 362). Cependant, même
1. Jen-Bcripoiïaujûurdhuy, ni (e fUtter,.., ni le merfire (Marot). . . ni It na«re(du Bellay]... Il etoit permis d'en UBec ainsi & ce dernier puisqu'il adildanasonTraiLtéde flUattratioa de la (anyne Fnnfoise : Utez Aardimenf de l'infinitif pour U nom... Mais, quand il a dit : uiec htrdtntenl il a été Irop hardi luy-meme, et nous ne pouvons faire passer qu'avec une grande précaution... les inânilifs dans la nature du nom, comme
chez lui, les infÎDitifs substantivés sont assez peu nombreux. Deux revienneatà chaque instant dans ses discussions théologiques. C'est le manger et le boire. On trouve en outre le vivre et quelques autres, mais en petite quantité : 11 (Jésus-Christ) nous lie, non pas au manger et aa boire de la sainte table, ou aux espèces qui enveloppent son Corps et son Sang, mais à sa propre substance ( Traité de la Comm. , 397 ; cf. /i., 29 ; /i., 230) ; Que le manger dont Jésus-Christ y parloit, Destoit non plus an manger mystique, maïs un manger par la bouche [Hist. de» Var., I, 89] ; Prés du Déluge se rangent le décroissement de la vie humaine, le changement dans ^e vivre, et une nouvelle nourriture substituée aux fruits de la terre {Hist. Univ. , 10} ; l'aller ou le demeurer dont il s'agit ne regarde que les visites (Div. ecr. sur les Max. des S. , 84) .
Dans la langue courante, on fait fort peu d'usage de ce tour : j'avois peur que les ennemis ne vous eussent rencontré : le plùstott marcher est le meilleur {Buss.Kab.,^em., 1, 4il); vous avez le dormir fort délicat [Le gr. Atcand. frustré, 45).
Ainsi par une contradiction qui est visible, la faculté de se servir de l'article pour substantifier est restreinte juste au moment où le rôle de l'article est bien établi. C'est que tout cède à l'idée générale qu'il faut se garder des mots nouveaux et que chaque partie du discours doit être enfermée dans son rôle. J'ai déjà dit plus haut que cette disparition de l'in^nitif substantivé peut s'expliquer aussi, partiellement au moins, par la chute de l'r finale, chute qui empêchait de distinguer désormais flatter el flatté ' .
Les mots fohgCs '. — Une des conséquences de l'aversion qu'on professait pour le néologisme, fut d'engager les comiques à foi^r des mots aventuriers, pour faire rire. Regnard, Dancourt, Montfleury, sûrs de l'effet produit par un terme inventé, se servent à qui mieux mieux de ce moyen facile. Je citerai d'abord des verbes :
Cataplatnier : A vous calaplatmer commencez de boone heure (Tb. Corn., Don Juan, a. III, se. 3, se. ajoutée à Molière); — fenfi/Aommer : Car comment, sans argent, pouvoir gentiihommer {Chappuzea», Acad .det Femme), n. II, se. 3): — intalenler : qui o&e vous iniolenter de cette maniere-U ? (Dancourt, IV, 133, La Foire de Béton», se. 5) ; — moder : les familles qui se ruinent le plus souvent à force de moder {Mercure réprouvé, 1678, 13B); — préambuler : Princesse, mds préambuler, Ecout«r-donc, je vais parler (Loret, 28 Mai 1651,