Dict. Préface
3. n llseroil i. souhailtcr que le Dictionnaire auquel Messieurs de l'Académie [ravaillent avec tant de soins, alUt plus viate qu'il ne fait : Cela nous releveroit d'une grande peine, et metlroît Dostre esprit en repos . Je ne sçay quand nous joiiiroDB den fruits d'un travail si précieux, et j'appréhende qu'avant qu'il soit achevé, nous n'ayons plus besoin d'apprendre la Lang-ue Françoise, nous trouvans en estât de parler celle des AngeB, dont les expressions sont bien plus pures et plus délicates que
LE DICTIOKNAIBE DE L ACADÉSItE 37
On n'avançait pas, parce que la méthode de travail était mauvaise. « Au lieu qu'on devroit proposer chaque mot en une séance précédente, dit Furetiëre, auquel il y a tout Heu de se fier ici, et inviter les particuliers à méditer dessus efb rechercher dans leurs Livres ce qui lui seroit convenable, pour le rapporter â la Compagnie : ils viennent seulement écouter la lecture que fait le secrétaire du canevas qu'il a fait. Chacun pointillé sur chaque article, et le ju^e bon ou mauvais, selon sa eonnoissance ou son caprice ; très-souvent on le reforme au pis, ou on ne fait que changer peu de chose dans l'expression. Mais cela se fait avec tant de bruit et de confusion, que les plus sages se taisent, et que l'avis des plus violents l'emporte. Celui qui crie le plus haut, c'est celui qui a raison ; chacun fait une longue harangue sur la moindre bagatelle. Le second répète comme un écho tout ce que le premier a dit, et le plus souvent, ils parient trois ou quatre ensemble. Quand un Bureau est composé de cinq ou six personnes, il y en a un qui lit, un qui opine, deux qui causent, un qui dort et un ipii s'amuse à lire quelque Dictionnaire qui est sur la table. Quand la parole vient au second, il faut lui reUre l'article, à cause de sa distraction dans la première' lectuire. Voile le moyen d'avancer l'ouvrage. Une se passe point deux lignes, qu'on ne fasse de longues digressions ; que chacun ne débite un conte plaisant, ou quelque nouvelle, qu'on ne parle des affaires d'Etat et de reformer le Gouvernement » (Facl., 1, 183, 2* pagin").
H M. Patni, ajoute le même pamphlet, qui étoit une des lumières de l'Académie, s'en bannit volontairement long-tems avant sa mort, parce qu'il fut scandalisé de la longueur énorme du tems qu'on fut à disputer si la lettre A devoit être qualifiée simplement voyelle, ou si c'étoit un substantif masculin. Cette question dura cinq semaines sur le bureau, et fut traitée avec grande chaleur entre lui et Mezeray ; les bureaux furent partagés et départagés plusieurs fois, les opiniâtres se dirent plus d'injures que de raisons, et elle ne fut terminée que par la lassitude des combatans, en faveur de celui qui eut la meilleure haleine » (Ib., I, 1S6, 2* pagin"). Furetière pousse au noir sans doute, mais le tableau est exact. Des discussions sans ordre se poursuivaient interminablement sur des vétilles.
Il faut dire aussi que la besogne était longue et minutieuse. S'il convient de faire la part de la paresse et du désordre, il convient de faire aussi celle des scrupules. Aux hésitations de la Compagnie,
ccllei de 1i nostre. 11 faut pourtaat toujours vivre en espérance ; et si nous lomnies rnutrés de nostre attente, ne non» en tourmentons pas davantage > (Aie. de Saint- Maur.,Aem.,31«, ISTl).
â ses retours successifs vers des lettres déjà rédigées, il «st visible qu'on se rendait compte de l'imperfection de l'œuvre ; on la voulait bonne, digne du corps. Ainsi, le 13 février 1677, l'A et le B étaient revus, les cahiers arrangés par M. de Mézeraj, et le 13 mai de la même année, on discutait de nouveau sur la forme à donner au Dictionnaire.
A partir de 1680 commence l'impression; elle se poursuit presque aussi péniblement que la rédaction, avec laquelle elle se confond du reste en partie. On ne sait à qui confier la révision. Six ans après, on imprime toujours, et il est décidé que quatre de Messieurs examineront hors séance les épreuves ',
En 1687, une partie de l'œuvre était tirée-. Le Chancelier eût voulu qu'on la donnât au public. C'était chose à peu près impossible, étant donné l'ordre qu'on avait adopté. On prît de nouvelles résolutions, ou plutôt on reprit les anciennes ^.
En 1 689, Coignard Bis ayant succédé à son père, l'impression continua. En mars 1691, on touche enfin au but. Unbureau spécial est formé; les feuilles, remises au secrétaire, seront confiéesà ce bureau, composé de Barbier d'Aucour et de Th. Corneille, qui ont charge de procéder aux dernières corrections. Mais défense leur est faîte de faire aucun changement notable sans prendre l'avis des autres
1. Le K janvier lâSO, Rose el de Bensserade sont nommés pour • repasser U veuc sur les cahiers qui s'imprimeront " (RefT'' 'i 301!) .
Ensuite de quoy sur ce qui a esUi repreaeiilé qu'on ne pouroiL apporter trop de soin et trop d'exactitude A la révision des feuilles déjà imprimëi;! du Dictionnaire, tant pour en suppléer les obmissions, que pour en corriger les fautes qui peuvent s'y estre ftliRsées, il a esté résolu que quatre de Messieurs tous les Jours d'assemblée reverront lead. feuilles après l'heure du travail ordinaire de la Compagnie [1" arril 1686, Reg., l, îil).
î. Depuis longtemps les premières feuilles élaiciil composées et Urées. Partie de ces feuilles a été conservée. (Voir & la Bib. de l'Anrnal. B. L. Hlâ a.) En 1687, sous prétexte de faire le public juge du différend avec Furetière, nu en publiait en Allemagne une reproduction in-i° : l,e grand Dictionnaire de l'Académie frsnçoiae (Première partie), suivant la copie imprimée â Paris, chez Petit. Francfort, Frédéric Arnaud, 1687. Sur tes tirages et réimpressions, on consultera avec fruit dans la Bibl. de VEc. de$ CkArtti, XLI\, 18KK, un article intitulé : La première ëditioadu Dictionnaire de l'Académie françaite.
3. lOMay 1687. a M. le Chancelier avoit tcsmoigné qu'il eusl extrcmemcnt souhaitté que l'Accadcmie donnast dés à pi'ésciit au public la partie de son dictionnaire qui est desja imprimée
L'abbé Teslu fut chaîné ■ de remercier M. te Chancelier et de luy dire que
pour satisfaire à ce qu'il souhaittc, elle a résolu de faire touts ses elTorts pour donner RU plustost non seulement la partie du Dictionnaire qui est dcsja imprimée, nuis mesnie tout le Dictionnaire, et que pour cet etTet elle s'y alloil appliquer avec loulc sorte de soing et de diligence. Ensuite on a délibéré des moyens d'accélérer le travail, tant i l'eagai'd de la partie de^n imprimée qu'A l'csgard de l'autre, et il ■ esté résolu que touts les jours d'assemblée, et aprex l'assemblée finie, (rois accademiciena examineroient avec soing les feuilles imprimées, et marqucroieut ce qu'ils y auroient trouvé i retrancher ou A a^joustcr m [Reg., I, ï"8).