‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 21 sur 202 · LE DICTIONNAIRE DE L ACADÉMIE · texte numérisé non relu

LE DICTIONNAIRE DE L ACADÉMIE

de tant de petits Dictionnaires qui sortent tous les jours en foule des collèges » {fieg., 1,165).

Qui ne voit la faiblesse de ces arguments ? Les deux seuls qui aient quelque apparence, le deuxième et le troisième, ne résistent pas à l'examen, et ce qui a vraiment décidé l'Académie, c'est le désir d'en finir. Il est impossible de ne pas juger qu'elle lui a sacrifié une des seules qualités que le Dictionnaire pût avoir : la commodité. Obliger tous ceux qui avaient à s'en servir à faire chaque fois un petit travail grammatical pour rapporter les mots à leurs primitifs, ou réduire les chercbeurs à ne trouver jamais qu'au mo^yen de la table, et à condition souvent de passer d'un volume à l'autre, c'était exclure le livre de l'usage courant. Qui iraitcbercher /irmostà la suite de />oser, i/es froit derrière estreindre, invalider à valoir ou quintessence à estre ' ? Les critiques du temps ont eu beau jeu à compter les déconvenues. De dep à det 300 mots renvoyés, de im à ing 195 " !

On est de ces renvois tellement ennuyé

Qu'on maudit le Dictionnaire,

Et qu'après l'avoir bien payé,

On voudroit l'avoir renvoyé

Dans la boutique du libraire (Apothéose, 113-113).

On pense bien aussi que la science étymologique de l'époque étant quelque peu téméraire, il y a dans ces familles de mots quelques membres qu'on est étonné d'y trouver. Bran de vin par exemple est rapporté à bran ! et écrit pour la circonstance en trois mots. Je n'insisterai pas sur ces méprises, amusantes pour nous, mais que les contemporains ne pouvaient guère apercevoir.

2° Il est incontestable aussi que les définitions sont souvent peu exactes. Ex, : « anémone : fleur priotanniere qui vient d'oignon. » V Voici, dit Y Enterrement, de ces définitions rîcbes qui sont

I, Il s'en faut, bicoque ce plan soit «uivi avec une rigueur absolue. Ainsi tttoarner tti A aa place alphabétique, et non au nmple lotir. Carrtna, carrelage, etc., renvoient iqaarré, non cirrefoar Enetin renvoie i incliner, et incliner à ifeelin. 11 ne «mblc pas qu'on ait vu leur parente avccciin, cligner. Excrément n'est pas reporlô i croître, sous lequel se trouve exeretcence.

1. Les exemples amusants Tourmillont. Cherchez meofnier, vous lisez •■ voyez "inoadre ». A moudre, « voyez ntenle ■. D'encanailler, on doit se reporter à caïutille : île cmnailie A chien, et A cAien on ne trouve pss trace il'enoiniiïUer, D'appas on est renvoyé i ptitlre, où il n'y a rien. Le mot a été oublié. Mais il est relevé dans la Table ^néraie, eton le rencontre dans les additions du tome I. A antiitrophe. l'Académie renvoie à $livphe, où l'on cherche en vain. La tahte des additions dit : cITaceice mat. (Il est pourtant dans les VitionMirei, de Desmarels, comme l'a remarqué r£iilerremen( da Dictionnaire, 31I].

bonaes, en ce qu'elles se communiquent à d'autres choses qu'à celles qui sont définies. J'ai ouï dire, ce me semble que la tulipe est une fleur prïntaaniere qui vient d'oignon. » Il n'était pas suffisant non plus de dire que le goujon est un petit poisson qu'on prend ordinairement à la ligne ; qu'une boUe est uae espèce de vase à couvercle, et un c&a un terme de grammaire '.

3° Il s'en faut bien que le Dictionnaire de l'Académie passe en revue toutes les acceptions d'un mot. Ainsi à gouvernante, ÏI oublie de mentionner que le mot se dit d'une femme ou servante qui a soin du ménage d'un Homme veuf ou garçon, au lieu que Furetière l'observe. Qu'on compare les deux recueils au mot haatear, on verra que celui de l'Académie néglige l'emploi figuré de ce mot au sens de profondeur. Furetière donne avec raison un exemple : qu'on ne peut pas sonder « la hauteur des jugements de Dieu, les secrets de la providence, qu'il se faut contenter d'en admirer la hauteur ». Au mot lutte, je ne trouve pas mention de l'expression de bonne lutte, expliquée dans le livre rival, et qui méritait de l'être dans ces phrases : « Vous avez perdu de bonne lutte, vous 4tes roi de la fève de bonne lutte. » A marmousets, on a négligé cette

lorsque je soulenois avec loui les Jurisconsulles, que c'étojl ui obligation réciproque, et qui naissoit du consentement de deux ou de plusieurs parties. tandis qu'il soutcnoil, au contraire, qu'il n'y avoil point de contracL qui ne fut en parchemin et qui ne fût fait pour un mariage, ou pour une constitution de rente. Je lui ai pardonné les empurtemens qu'il cuL Ik dessus contre moi, et depuis j'ai vica avec lui avec tant de discrétion, que Je ne l'ai point combattu quand il a dit que la cire n'estoit pas une matière combustible, et qu'espatmer une Galère estoit l'orner depalmes. Je me suis contentû d'«n rire sous cape m [Fêct.. l, mj.

• Mais je sçai principalement que vous ne favoriserez pas les fautes prosaici-es qui montrent l'ignorauce de mes adversaires en toutes aortes de Littiratui-e. Il suftlra de faire voir icy do petits échantillons en chaque genre de science. Par exemple en Jurisprudence, ils dellnisscnt lc/r«jic «lieu, une terre ou héritage qui appartient incommutablemenl à une femiltc. Ils donnent pour maxime qu'un brevel ne dure qu'un an. et le confondent ainsi avec une expédition ordinaire de Chancelerie.

- EnPhysique, ils disent que Vairaia est une espèce de cuivre, au lieu que le cuivre est une espèce d'airain. Voilà une belle exactitude de confondre le genre et l'espèce. En Médecine, ils définissent une glande une tumeur dans l'aine, quoiqu'il y en ait par tout le corps, sans tumeur. En Chrouologio, ils deHnisscnt l'Eptcle un moyen de trouver l'âge de la Lune, au lieu que ce n'est que la difTerence de l'année solaire d'avec la lunaire. En Géographie, ils définissent une Generatili, une étendue de Jurisdiction : voilà une belle division de lo France en Généralités 1

< En Astronomie, ils disent que le globe CeUile est celuy où sont dcscritcs les étoiles et les plancttcs, ne sçaclianl pas ta différence qu'il y a des étoiles errantes d'avec les autres. Dans l'Art Militaire, ils appellent un aide dtcnmp un adjoint au General, quoy qu'il ne soit que le porteur de ses ordres. En Musique, ils disent qu'accorder Jei inslriimenfj, c'est les mettre tous sous un mSmelon; ce seroit le moyen de faire un beau charivari. Et dans les Arts, ils donnent lieu de croire que la Poésie, la Sculpture, etIaPeinturesont des ArtsMecbaniques, parcequ'ilsne les metlentpointdansla liste desArts Libéraux» (/b., II, SI).

LE DICnONMAIHE DE L ACADÉUIB iTt

manière de dire proverbiale : il sera demain feste, les marmousets sont Siux fenettres. Et il ea est ainsi fort souvent ; c'est dans ce genre d'expressions surtout que l'énumëration de Furetière est plos complète, peut-être parce que l'Académie a voulu exclure des façons de parler réputées trop basses.

4° Un fait plus grave et plus intéressant pour nous, c'est qu'on trouve dans le Dictionnaire des phrases contraires à ce bon usage dont il s'agissait de donner le code. On y a relevé : arpenter le terroir de tel village, alors que l'Académie distingue ailleurs, après Vaugelas : terrain, territoire et terroir. Quoi est défini : particule qui tient lieu du pronom relatif lequel, laquelle, dans les cas obliques, tant au singulier qu'au pluriel. Or il était déjà de doctrine à ce moment que quoi ne s'employait qu'en parlant de choses inanimées, et, en outre, que quoi ne pouvait pas tenir lieu de pronom relatif au pluriel. Bessembler, avec un régime direct, comme dans il ressemble le chien dujardinier, est un tour archaïque, etc. Ces fautes, légères en soi, étaient graves, parce que la Compagnie semblait donner de l'autorité aux tours qu'elle acceptait. Certaines allusions de Boileau attestent qu'il ne se dissimulait pas les fautes commises par l'Académie contre le bon usage. Ainsi il parle dédaigneusement de I' « amas de proverbes qu'elle a entassés » [Corr. av. Bross., 76).

5" Enfin, ce qu'il importe de constater surtout, le tableau du vocabulaire français dressé par l'Académie est très incomplet*. Assurément, on ne serait pas embarrassé de citer des mots qu'elle a recueillis et qui ne se trouvent ni dans Ricbelet ni dans Furetière. Tels sont :

•affectif (blâmé par Bouh., Suit., 26), ' bagalelier (Racine, Let.. IX. vr, 400), balaamiqae, eailtoolage, 'calque, 'carabinier, 'cenobitiqae, 'champignonnière, chirurgical, 'décomposition, 'dégradation {deh couleur), * en (Aou»ias mer, ' episodique, 'etpiefflerle, 'esfourtferie^doDDé comme nouveau par Bouh., Rem., 350), 'ezaggeratenr, 'exprimable, 'fadeur, 'galanteries (^petits présents,) 'héroUnte, ignoble, 'inefficacité, invalider, 'perceptible (encore blâmé par A. d. B., Suif., 236); 'rivalité, verglacer.

Mais, cette liste pût-elle s'allonger beaucoup, et cela n'est pas, les concurrents de l'Académie, Furetière du moins, n'en repren. draient pas moins encore l'avantage. D'abord admettons pour un moment la méthode de l'Académie, et considérons le recueil de Thomas Corneille comme faisant le complément inséparable de

1. L'Enterrtmeat compte 69 oniigsjona dans les trois première» lettres. Et il en est vrument qu'on ne pouvait oublier : stfoeti, ampulalion, anabaptiste, anfractueax, appendice, etc.

l'œuvre de la Compa^ie ^ . Assurément il répare beaucoup d'omissions ou d'exclusions ^. Thomas Corneille, quisemble avoir travaillé assez vite, a travaillé consciencieusement. Et il se reacontre qu'on trouve dans les quatre volumes que forment son Dictionnaire et celui de l'Académie réunis ce que Furetière ne donnait pas ^. Maïs combien ce cas est rare auprès du cas contraire ! C'est dans Furetière seul que je relève :

blanc-seing (provincial), 'bouderie, 'capon (terme de collège), cuseletle, 'catalecUqne, 'choral, 'compotation (Chap., Let., H, 304), 'contrejour, ' contreporto,, 'contmrgenl, 'créole, crevaille, ' cristalliaatian, crachuer, 'déficit, ' defricbenr, 'déicide, ' delarder, ' départager, ' deploralileineiit, * depobr, * liiffusion, ' dieergent, 'domesticité, ' dulcifier, *epopée, ' failli, 'ferra Heur, 'gm, 'générique, 'idiopathie, 'ignition, iléon, immanent, imperilie, impropriété, inauguration, incinération, incidence, 'iacomf Teaiiïile,inCTtdibilité. increé, indéchiffrable, iniciemment, insolation, insolite, ' initigatrice, ianet, intégrant ; intentionnel, intertection, inTUlnaraUe, 'polémique, 'ruda-

Aucun de ces mots ne se trouve ni dans l'Académie, ni dans Thomas Corneille. J'en dirai autant de ceux qui vont suivre, et que cependant Richelet, avant Furetière, contenait déjà :

bibut, 'botanique, boueon, 'boudeur, 'bouf/ÎMare, ' capitan, 'carlannier, (fabricant de cartons), ' eaue-noiselte, ' copropriélairt, 'dada, 'debarraiter, ' debredoailler; 'decousure, 'dégringoler, 'divertissant, gatconUme, humaniser, 'impénétrabilité, 'inapplication, inobseraalion, 'ioarnoii *.

Or ici il ne saurait être question de principes. Ce n'est pas parce que cristallisation était technique, capon populaire, caver vieux,

1. Dans certains cxcmptairce il est numéroté à la suite de l'Académie, L. III et IV.

3. On retrouve chez lui dea mata, qui n'ùleicnl pas dans l'Acadcmîe, et que donnaient Richelet et Furetière : ' appreslear, ' belandre,' terme, 'bidoa, brandeboarg. briiant, calquer, 'car,imet, 'carénage, 'coloriile, 'comparse, ' corporîfier, 'deluler, 'demaigrir. 'esquisser, 'etiolution, ' fiUraiion, 'homonyme, horaire.

En voici d'autres que ne donnait pas Richelet, mais que Thomas Corneille donne comme Furetière: 'bamboae, ' basar, 'berne, ' bies, 'bîvoye, ' bUnir, 'boyer, 'branchies,'bronche*, 'caeeal,eaUmile,ealenge,' cambiste, capsalaire, 'cargaer.casstille, catafalque, eeinlei,'cel»cée, cttambrer, charcutis, chevance. clergie, ' colorant, 'eomiii, 'contact, ' decanat,' déficit, 'délestage, 'delicolcr, dentale, déplantoir, 'deso- 'pilatif, 'détonation, 'devers, 'dispensaire, 'équipement, 'elhopée, 'excentricité, 'fécule, 'flibastier, 'granulation, 'hygromètre.

De façon générale, on ne peut se passer de le Consulter, c'est li qu'on retrouve des mots aussi usuels que iier^e, blette, botanique, bruine, cadastre, capilation, catacombes, chambrée, etc.

3. Je citerai comme exemple les mots : bordoyer, bossoir, brassoir, bretter, 'briquet, caniveaux, casillcux (verre caasutil), chantourner, chei>anlon,chlorotis, contrepente, dame-Jane, delardement, etc., qui ne sont pas dans Furetière.

i. A ces exemples ou pourrait en ^jouter d'autres, de mots recueillis par Oudio, ou par Monet, et qui ne livrent pas dans les recueils académiques liiredouilleur (O.)catier {ib.), desentraiier{ib.), entrechat (ib.), fratricide {ib.), deraidir{ib.], deuait«men( (M.),

LE DICTIOKN&IRE DE l'aCADÏMIB 47

qu'ils pouvaient être exclus du recueil de Thomas Corneille. II était fait précisément pour les mots dans ces conditions. Ils paraissent avoir été simplement oubliés. On avait bien oublié cavalerie, qui fut ajouté dans les additions, sans doute sur les observations de Furetière {Facl., 1, 347).

La deuxième toiTiO!'. — Dès janvier 1695, l'Académie décida de se mettre aune révision {Beg,, I, 335; cf. 339), et en janvier i(>98, il fut convenu qu'on y travaillerait sans interruption. Le 20 mai 1700, Régnier et Corneille sont cbai^és de revoir les feuilles au fur et à mesure qu'elles s'imprimeront [Beg., I, 357). Pendant tout le mois d'octobre, on s'occupe à introduire des mots omis [Ib., 363- 31)5). En mars 1701, les séances ont encore le même objet. Mais ù partir d'octobre, il y a des cahiers terminés ' et on les examine avec une extrême diligence.

Sur la suite, les Registres sont muets ; ce n'est qu'en 1717, le i janvier, qu'on y trouve des renseignements sur l'état de l'impression. Le premier volume est alors prêt à être tiré. L'abbé Renaudot et Valincâur acceptent de soulager le Secrétaire (Beg., II, 18-19). Le29 décembre, la Compagnie achève la révision, et les nouveaux volumes sont bientôt en état d'être mis en vente (M. ,39).

Aucune diiTérence essentielle ne sépare cette édition de 1718 de la précédente, sinon qu'on a adopté l'ordre alphabétique. On y constate cependant des modifications de détail asseï nombreuses, ainsi qu'on pourra s'en rendre compte dans le chapitre du Lexique.

Le vocabulaire de l'époql'e et les Dictionnaires. — Je dois avertir mon lecteur que, même dans les dictionnaires réunis, il n'est pas sûr de trouver tous les mots, qui s'employaient. Je citerai en exemple le substantif catholicité. Le Dictionnaire général l'a relevé dans les Mémoires de d'Aubigné(153). Il est dans une lettre de Guy Patin du 17 novembre 1 662. Aucun dictionnaire ne le connaît. Et ce cas n'est pas isolé. Buisselet est aussi ignoré. Mettons que ce diminutif fût (' insupportable », ainsi que dit Bouhours [Enlr., 44) ; il existait néanmoins. Il en est de même de câlin, camaraderie, cantonade, capricant, cati, etc.-.

1. Voir les séances du 3, a, a, 10, 13, 15, 17, SO, n. 31, IT, 39, 3t Octobre; 4,5, T, 10, 13, n,îi Novembre; 1",S, 7, lO, 11,15,M, 39,30DùcembrelT01 ; cf. S, a, 7 janvier noï.

1. Voici pour la seule lettre I une lisle de mots que ne donnenl ni Gaudin, ni Pomey, ni Guy Mie(;e, ni le Dict. de Duillier, ni Richeict, ni Furetiire, ni l'Académie: impayxbU {Songe da Vtrgitr, dans Godcf. Compl., H. D. T.); tmplexe ^Com., CiniM, E:taro., Ib.); ImpoUUue (Vaug,, Tient,, Ib.) ; inporltnUt-

48 HISTOIRE DE LA LAMfiCE FRANÇAISE

La lexicologie n'en avait pas moins fait un pas énorme. Enfin il existait des dictionnaires français, où la langue était recueillie, où elle figurait pour elle-même et non plus en fonction d'une autre langue, ancienne ou étrangère'. Ces dictionnaires eussent-ils été beaucoup plus mauvais qu'ils ne sont, c'était un progrès significatif. Commel'italien, le français méritait donc d'être étudié et l'avait été. Cela faisait beaucoup pour sa gloire d'abord et pour sa diffusion, pour son développement intérieur ensuite.

Tous ceux qui ne suivaient et ne pouvaient pas suivre la Cour, pouvaient maintenant avoir en main des recueils de bon usage, recueils incomplets sans doute, où manquaient bien des détails de grammaire, des règles et des conseils, mais où il y avait des mots assemblés en phrases et des exemples^. La leçon théorique était absente ou écourtée, la définition était maladroite ou fausse, mais des modèles pratiques y suppléaient. Dans Bichelet l'autorité des écrivains cités garantissait la correction et l'élégance des exemples ; dans l'Académie, c'était la compagnie elle-même qui était caution

lime (Chape),, Lelt., Il, isl); iiuidvtrtion (Scarr . , Virg. (râc, II, *6) , ineareérer (texte de 1391 dam Du Cangc, H. D. T.); iaeompUi$Ant (Malb., IV, 13) ; incorporé = sens corpe (Chapcl.. Lell.. 1, 690); incurie (1611, Cotgr., II. D. T. ; ci. de Boss. dansiL.]; indeilrucUble (Leîbn. dans Trévoux, H. D. T.); infatailtaji (Satnt-Sim., II, 58, Ib.) ; in/Iezil)ilî(^ (Arlhus Thomas, Comm. sor Apoll. Thyan. dans Delb., Rec., Ib.); iaitittive (1&6T dai» Delb,, Bec., Ib.) ; in-qa»rlo (Boil., Latr., i. Ib.) ; tni^p*rabititHXW'àAm Godet. .Compt..I)esc.. Médit, 3.lh.); imûadtbl€(lhl8,J.delJry, Vùy. »a Bréiil dan» Delb., Bec, Ib.) ; impeeUleur (Mol . , F»cK. , III, S, Ib. ) ; inêal- Unt{'BoM.,Éléii.*urUtmytt.,VÏ. li, Ib.); intxet [SainIrSim., VII, 311, Ib.] ; ialermédUire (Ph. Bornier, Coitf. des noav. ord. de L. XIV, art. 7, titre 3, de Tordon. de 18fl7, Ib.) ; tnlerpoUleur (1611. U». el coul. de U mer, daas Godef., Ib.) ; inUrraplear (La Br., 3. Ib.); in(roui>ab(e (Balz., Lelt., XVI, ÏS, Ib.); iavertable (Gh«rardi, Th. i(al., III, !>71,lb.);tni>isibilite (Bail., Lell. inéd., 141, Tamiiey, Ib).

1. En présence dea grands lexiques, que je viens d'étudier, les autres travaux leii- «ologiques peuvent être négligés. Je signalerai cependant un curieux livret ; la Porte det icieneeiau recueil det Urmesel det moltUt plasdificiU$ h entendre, par D. C. S. D. S. a. Paris, Coignard, lOBI (Bib. Max., H 657). C'est un recueil de termes souvent barbarea: acicrolo^te (diction impropre), cofuinf ion (discours mal construit], pare (tan (qui ne sert de rien au sujet], mictoniime (ce qui se fait par la risée amére et le geste), etc.

Le DicfiORSÎre générale! corieuz, publié A Lyon, en 1685, chei P. Guillimin, par *le Rochefort, osl une encyclopédie, qui n'a rien d'intéressant pour nous.

Au contraire, le A'ouoeau ûiclionnaire Fnnçoia-Ltlin, de Danel, Paris, de Laulne, 16S3. est i consulter. L'auteur dit dans sa Préface : > J'ai tasché d'éviter les mots barbares, de distinguer en diverses signi fi calions ceux qui sont équivoques, de marquer ceux qui sont vieux et hors d'usage, et ceux qui sont si nouveaux que l'usage n'en est pas encore assez établi. » Tout cela est exact. Les remarques de Danet sur la prononciation, sur le caractère élevé ou familier des mots, les éclaircissements qu'il roui'nii d'un certain nombre d'expressions montrent que, tout en s'appliquant au latin, it avait prolllé des travaux faits sur le français.

Mentionnons encore le travail du P. Guy Tachard : Dictionnaire frAnçoi*-Utin, Paris, 16H9, in-4°. Il est très inférieur au précédent.

I. Furctière, pour les besoins de sa cause, lésa comparés entre eux (Faef., I, 30 et - suiv.).

LE DICnONHAIBE DE L' ACADÉMIE 49

de ceux qu'elle avait créés'. Les lacunes importaient peu. Nous sommes, nous, obligés de les signaler, mais, en ^néral, en ajoutant le travail de Furetière et celui de Th. Corneille èi celui de Richelet et de l'Académie, on trouve à peu près tous les mots qui existaient : l'inventaire du Français n'est pas complet, mais il est très étendu. Dans ces conditions, peu devait importer aux contemporains que Richelet ou les académiciens se fussent montrés trop enclins à eiclure certains mots, on avait où les chercher ailleurs. J'Imagine qu'on se félicilalt plutôt, là où on ne pouvait pas connaître autrement le travail d'épuration du lexique, d'être guidé dans son choix, et d'apprendre quels étaient les mots courtisans. On voit bien aux railleries des pamphlétaires que te reproche qu'on fait généralement à la Compagnie, c'est de n'avoir pas été assez sévère.

Les lexiques de Richelet et de l'Académie apportaient aux puristes l'appui le plus puissant. Ils étaient le tableau de la mode du jour. Aucun recueil d'observations détachées ne pouvait entrer en comparaison avec eux -.

t- Keg., I, 331, note. Disc, de M. Bergeretà la récepLion de l'abbé Fénelon.

1. C'est pour cette raison que J'ai Joint ici les lexicographes lut grammairiens, coDtrurenient à ce que j'avais Tait dans le volume précédent. Monet ne coUaboraii putrec Vaugelai. Bouhours et Richelet sont inséparables.

Biiloire de la Langue françiùe, IV,

LES PRIirCIFES. L^ DOCTRINES. LES AUTORITÉS. UN VODVEAD MAITRE « LA RAISON ».

L'usage ; la Cour ; les écrivains. — Sauf pour Ménage, la tradition française n'existe pas, ou du moins elle ne remonte pas au delii de Malherbe. Les observateurs partent de Vaa^Us, ses remarques sentie SymAoie des puristes. A prendre à la lettre leurs déclarations, ils n'auraient même rien changé à ses principes ; l'usage continuait à comnnander en maître ^.

Bien entendu, il ne s'agit pas de l'usage général du pays, qui est comme s'il n'existait pas. Celui de Paris même compte à peîoe. On le voit bien par exemple lorsqu'il s'agit des nombres du sub- . stantif; les habitudes du commerce qui parle au pluriel des matières n'empêchent pas de décider que les noms de matière n'ont pas de pluriel. Il s'agit de l'usage de la Cour. Comment eût-elle perdu son prestige, à l'époque du « Grand Roi » ? Sitôt que lui-même veut bien se servir d'une façon de dire, la courtisanerie régnante oblige à considérer cette parole comme sacrée ^. Toutefois cette autorité absolue semble lui avoir été personnelle. La Cour, malgré son prestige, n'est plus à elle seule l'oracle infaillible du beau langage.

Sans doute, on l'allègue souvent, et, pour les besoins de la polémique, on l'oppose soit aux savants dans la tangue, soit aux écrivains. Girard, au commencement du xvm* siècle, revendiquera encore pour les dames de la Cour le droit de donner leur avis ^. Respirer l'air de Versailles valait mieux, pensait-on, qu'étudier Vauge-

1. • En fait de Lanftafte,... le seul Usage, à proprement parler, cal le Roi. ou plutôt le Tyran, qui commande impérieuse ment selon son caprice el sa bizarrerie, même sou' vcnl contre les loii fonda mental es de la Grammaire et de la KaisoD > (A. Renaud, «an., Pref.. 10).

I. • M. de Langres. . , m'a dit que loua les joiicurs de dislincLion disent :perd>-je mon argent, et non pas perdé-je. Et si j'osois prendre la liberté do me servir d'une Buthorité au-dessus de toutes les autres, je vous diroia. . . qu'il m'a assuré que le Roy, qui parle mieux que l'Académie dont il est le Protecteur, dinoit ces jours passez : Depuis six ans que j'ay tant d'ennemis sur les bras, ptrdi-je un seul pouce de terre ? it (Boursautl, Lelt. Noae., I, IB4).

3. • Quand il s'agit de lani^e françoise, Ifs dames ont leur voix, surtout celles de la Cour : leur autorité en cctc matière n'est pas au dessous de celle des Savans ■ {OHh., 47, dansThurot, 1, c»}.

LES PRINCIPES. LES DOCTRINES. tA RAISON. 51

las. « Je conDois, dît Perrault, des Provinciaux qui sçavent par cœur les Remarques de Vaugelas, et toutes celles du P. Bouhours, de M. Ménage et de M. [Thomas] Corneille, et qui parlent fort mal François, pendant que tous les enfans élevez à La Cour parlent trèsjuste et très correctement, sans avoir jamais appris un seul mot de Grammaire » [Parait, des Ane. et des Modernes, II, 59-60) '.

Mais en général, les théoriciens commencent à considérer que pour avoir le secret du bon usage, il faut observer aussi la pratique des bons écrivains. Bouhours, par exemple, est très fenne là-dessus. Dès les Entretiens, ils nous dit : « Je dois le peu que je sçay au commerce des honnestes gens, et à la lecture des bons livres. Ce sont, à parler en gênerai, les deux voyes qu'il faut tenir, ce me semble, pour iiçavoir bien la langue Françoise : l'une ne sufitt pas sans l'autre» (p. 130).

Et à divers endroits, il répète ce jugement : « Pour en avoir l'éclaircissement (de mes difficultés), je ne ma contentay pas de lire les livres, et de consulter les Maistres ; j'observay le plus exactement que je pus comment parloient les personnes qui parlent bien... Si je semble quelquefois décider, ce n'est pas de mon chef ^e je décide ; ce n'est qu'après avoir observé l'usage, et avoir consulté les personnes les pins habiles dans la Langue, ce n'est que sur le témoignage des bons Auteurs que je prononce » {Rem., Avertissement). Il n'y a point de doute, auteurs signifie bien ici «crivains. Ces » bons Auteurs » ne sont pas, comme bien on pense, ceux que nous choisirions. Molière, La Fontaine, etc., ne figurent pas parmi eux ^. Mais peu importe.

l. Le privilège des œuvres de Bcnsserade attribue une partie de set mérites â l'inQuencede la Cour : •• Louis. ... clc. Nostre ami Ch. de Sercy, Marchand Libraire denostre bonne Ville de Paris, Noua a fait remontrer, que le> reuvres du feu Sieur de BsnsicrBde, de l'Académie Françoise ont un certain air de galanterie, qui ne se trouve point ailleurs, et quelque chose de si naturel et de si fin tout ensemble, qu'on seul bien qu'il en estoit plus redevable A la Cour et au commerce du grand monde, qu'à ses Livres et au Cabinet. ■ Il est curieux de trouver une semblable opinion dans une piice administrative.

1 Peut-être trouvera-I--on quelque utilité à savoir quels ouvrages ce maître ■considire. en 1071, comme des modules de beau langage. (Je nomme le» ouvrages qui ■ont simplement désignés par allusion.) Ce sont, d'après les Enirel., 131 et suiv. : Vaugelas, Remarqua et (/uinfe-Carce, Balzac (qu'il ne faut pas trop imiter). Voilure (quoique son style ne soit pas toujours fort exact ni fort châtié). Coslar, Défense de Coilare, d'Ablancourt, de La Chambre, Patru, /.effrei el Plaidoyer*, Pcllisson, /fiif. de rAcjdamie Françoàe, la Préface det CEavrex de flaliae, celle de la nouvelle li-aduclionde l'Enéide, les RejUxioni ou Maximes moralet, les ConDerisfiona Ju Maréchal ■àt CUruabault et du Chevalier de Miré parues en 1670, les Obierealiani iiir Homère tl VirgiU, les Paraphrases sur les epialres de sainl Paul, les Aclions publiques d'an Prtdicatear eelebrt {Tj, la Guide del pécheurs de Grenade, traduite par Girard, l'^ii- Joire Siinle du IVonveaa Teilament, la Uorale du Sage, Vlmilatlon de J.-C. de la tra-

Alemand, comme Bouhours, oppose plusieura fois auJt regratteurs de métier les écrivains : Sarrasin, d'Ablancourt, PelissoD (v. p. 59). Charpentier disait, paraît-il : Ce sont les gens de Lettres qui font le bel usage, selon Quintilien {Carpenteriana, 167) ',

L'Académie commence à apparaître comme le corps des gens de Lettres. C'est à elle que Bouhours soumet ses Doutes, comme à un tribunal suprême. On veut lui déférer le Testament de Mona. L'abbé de Bellegarde témoigne du respect qu'il a pour elle, en lui dédiant ses i< Reflexions, » et professe que c'est une '< restitution qu'il lui fait». Quand elle aura publié son Dictionnaire, malgré Furetière et les pamphlétaires, malgré l'œuvre elle-même, son prestige grandira encore, elle s'acheminera peu à peu vers le r61e qu'elle a tenu si longtemps d'arbitre de la langue. Or, k l'Académie les écrivainscomptent, s'ils n'ont pas la >< pluralité ». Les notes d'audience de l'abbé Choisy nous montrent qu'on allègue Racine en son absence {Joarn., 2-'>l). Présent, on dut quelquefois au moins l'écouter.

Contre l'usage. Pour la « raison ». — Fidèle à la doctrine de Vaugelas, Andry écrivait encore en 1689, en tête de ses Be flexions: (i L'usage est l'unique régie qu'on y a suivie, et bien qu'il ne s'accorde guéres avec la raison dont il franchit souvent les loix, il a semblé néanmoins que la raison vouloit qu'il fût suivi dans une matière où il est le maistre » (Préf.). C'était là une formule traditionnelle, on la répétait, mais personne ne la considérait plus comme absolue.

Un des plus obscurs, mais des plus vigoureux adversairesde la tyrannie de l'usage, est Courtin. Dans son Traité de la paresse (Paris, Élie Josset, 1677), H aperçoit tout ce qu'il y a, dans les prétendues lois des auteurs de remarques, d'imaginatioa personnelle, là où on prétend énoncer des lois objectives : « S'ils disent quelque chose d'avantage (que ce que les autres ont dit avant eux), ce n'est qu'en les censurant, et alors mesme ce n'est que l'opinion, ou peut-estre la vision d'un seul homme qu'ils opposent à l'imagination d'un autre homme .

ductiondePorUloyal, \ci Conftisiont de aainl Aagatlia el la Vie de D. Btrthelemi deirnurlj/rs (malgré le» longues périodes].

Dans ses Remarqa'i, Bouhourt cilc souvent Racine, et busei lléchîer, BDssuet, ndont le talenlcst au dessus des loûangos «[Suile, loi), Rodri^cz, Pratiqaedeliperfeclionchrilîeniie, traduite par Rej^nier, les Uidilations, traduites par Dupont, le P, Cheminais n excellent Prédicateur que Dieu n'a fait que montrei au monde (5ai(e, 101}.

1. En revanche Andry ne se lie point A eux: ■ Il n'y a rien qu'on ne dût recevoir, ■'il Burilsoit pour Justifier une expression, que d'habiles Ecrivains l'eussent employée; il faut dèrorer à l'autorité des grands hommes, mais il n'y faut paa déférer par tout et sans disccrncmont • (Soi(e,413).

LES PRINCIPES. LES DOCTBLNE3. LA RAISON. a^

» Ceux qui ne veulent que l'usa^ disent que c'est ce qui se pratique par la plus saine partie de la Cour ; et comme ou leur représente que cette saine partie de la cour mène bien loin, les autres qui se tiennent uniquement à l'autorité, soutiennent pour eux que «ette saine partie se doit entendre de celle qui parie et écrit selon la plus saine partie des auteurs. Que si on leur demande qui sont ces auteurs, ce seront, selon eux, les auteurs des Remarques sur la LaD^e françoise... Et si on leur (ait voir qu'ils ne s'accordent pas entre eux, chacun répond hardiment : c'est moi qui suis l'ortodoxe, qui aj trouvé le (in, Le délicat, qui veux desabuser le pid)lic » (1, 144 et s.). Ce qu'il (audrait consulter, ce serait la raison, « à savoir le rapport que l'esprit trouve qu'un terme ou une expression ont avec des principes établis, certains et immuables » (Ih., 156).

La GRAMMAIRE GÉNÉRALE. — Ce quî avait ébranlé Ics coDvictions, c'était la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal. L'année même où les petites Écoles étaient (ermées, paraissait un livre (ait pour elles, dont la portée fut énorme. Encore une fois le mot de Pascal se vérifiait. La force avait le dessous dans son duel contre la

La « Grammaire générale » est du nombre des chefs-d'œuvre qui sont l'œuvre de plusieurs. Lancelot l'a écrite, mais Arnauld l'a pensée, et on sait ce qu'il pensait ' . Le titre dit : Grammaire générale et raisonnée. Il ne faut pas comprendre par là que la grammaire d'Arnauld fût polyglotte, ni qu'elle (ournit pour la morphologie et la sjntaxe l'équivalent du Lexique de Calepin. Port-Royal a fait pour les langues latine, grecque, italienne, espagnole, des méthodes séparées. Celle-ci n'en est ni un amalgame ni un résumé. C'en serait bien plutôt l'introduction. S'il est (ait allusion à des faits appartenant aux langues savantes ou vulgaires ; hébreu, grec, latin, italien, espagnol, voire allemand (p. 126-134), c'est que de toutes l'auteur s'eEForce de dégager des principes communs, et les définitions des parties essentielles du langage. Raisonnée, l'œuvre d'Arnauld l'est doublement, d'abord en ce qu'elle cherche à expliquer les faits au lieu de les exposer ; et en outre parce qu'elle tâche de retrouver au terme de sod analyse, derrière les (ormes variables des langues, la raison universelle réglant les principes du langage.

1. On peut, cependant ronslaler des lâches dans son œuvre.' Ces L une îmagi- Tialion pudrile que de considérer l'invention du pronom de la première peraoDne comme inspirée par te désir de ne pas se nommer soi-même, • ce qui eût eu mauvaise grlce> (âB). C'eetune inadvertance que d'aflirmer qu'on commando Tort i-arement au singulier. Dans les • petites écoles ■■ de Port-Royat peut-ittre, les élèves étant de Petila Messieurs, â laCour aussi, mais ailleurs?

S4 mSTOIRB DB LA LANGUE FRANÇAISE

Ceçenre <Ie recherches n'avait rien d'absolument nouveau. Les anciens s'y étaient déjà livrés. Plus hardis même, ils avaient posé tout entier le problème des rapports de la parole et de la pensée ; ils avaient agité la question de Torigine du langaf^e et de la valeur, naturelle ou conventionnelle, nécessaire ou arbitraire des signes <. Au xvt" siècle, J.-C. Scaliger consacre aux « causes » de la langue latine ^ un ouvrage en treize livres (Lyon, 1540). Sanctius ^, qui lui emprunte ses idées, n'hésite pas davantage ù mettre de force les faits linguistiques en accord avec ses conceptions philosophiques : ainsi, il avance d'abord que la langue grecque, « comme toutes les tangues », doit avoir un ablatif, parce que la nature a donné k tout nom six parties ; il ne cherche <[u' ensuite des preuves a posteriori, et naturellement il en trouve ''. Scioppius, grand admirateur 4e Sanchez, qu'il annota, et auteur d'une Grammaire philosophique ^, ne se contente pas de justifier par des raisons intrinsèques la préférence de Cicéron pour telle construction plutôt que pour telle autre * ; il va jusqu'à reprendre des fautes dans le modèle avéré de la bonne latinité, et, au nom de la logique, cet Allemand du xvu' siècle en remontre à l'orateur romjin sur le latin de se»

On voit que la méthode graramatico-philosophique, qui devait bientôt prendre tant d'importance, s'était déjà produite avec tous ses excès, quand parut la Grammaire de Port-Royal. Aussi Lanoelot ne croyait-il donner l'exemple d'aucune nouveauté, lorsque, travaillant a aux Grammaires de diverses langues », il se prit à rechercher les raisons de plusieurs choses qui sont ou communes

1. AriBtoh), ivant Port-Hoyal, avait fondi! l'analyse du langa^ sur celle de la pensée eti'étAÎt appliqué I définir le rAle et la nature du nom et du verbe {Hermin., premiers chapFtres). Los écules xtoïciennes se signalèrent par leurs elTorts pour dijterminer le nombre des <• parties du discourB i cl pniir établir une nomenclature dont chaque tcimc exprimât avec une parraile Justesse la nature de son objet. Les grammairiens, s'y employant i leur tour, mirent la langue dans la dépendance des conceptions philosophiques. Apollonios d'Alexandrie se sert plus d'une fois de l'analj'se logique pour rendre raison des règles en usage, et mime pour en imaginer de nou-

I. Au nom do la raison, Scaliger condamne assex rudcmentles fantaisies de l'usage: inlereit philoiophi pUcitii hamanii anleponere ralionem {Caat., II, ch. 63).

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