Reg., I, 3ia
4. 3 janvier 1S93. ■ Après cela on a parlé de l'Epiatre dédicaloire du Dictionnaire, de laquelle la Compagnie avait chargé M. l'abbé Régnier Secrétaire • (Reg., I, 332),
16 mars IflSS. 'Comme on est sur le point de donner le Dictionnaire au public, on a agité ce qu'il y auroit à faire, tant pour l'examen de l'Epistre dédicatoire que pour la Préface. El après que la chose ■ esté mise quelque temps en délibération, il a esté dit qu'à l'égard de l'Epistre on suïvroit la résolution qui avoit déjà esté prise lA dessus, selon laquelle M, l'abbé Régnier secrétaire avoit distribué des exemplaires imprimes de cette Epistre i tous ceux de l'Académie qui en avoient demandé... A l'égard de la Préface, nn a résolu pareillement qu'il y seroit travaillé dans la mesme forme... la Compagnie a exhorté M. t'abbé Régnier Secrétaire de la tenir preste le plustost qu'il seroit possible u (Re^., I, 333-91).
15 octobre 1693. ■ La Compagnie convoquée etasscmblée au nombre de dix huila délibère aur la manière dont on proccderoit i l'examen de l'Epistre dédicatoire et de la Préface du Dictionnaire dont M. l'ebbé Régnier avoil esté chargé et qu'il a mises sur le bureau : il a esté résolu i la pluralité des voix qu'on nommeroit avec luy quatre commissaires pour examiner l'épistrc, et quatre autres pareillement pour préface • {Ib., 1,331).
composer pareil morceau était envié. Des flatteries éloquentes et adroites pouvaient attirer l'atteation du Maître et faire la fortune de eelui qu'elles mettraient en lumière. Régnier ayant eu l'imprudence de s'absenter, on se jeta sur la proie. Charpentier obtint de faire imprimer une autre préface, qui passa après corrections. L'épitre de Régnier fut également abandonnée <.
Enbn le 24 août t69i, le Dictionnaire fut présenté au Roi.
Il est étrange, dit M. Marty-Laveaux, qu'il ne soit pas question, dans les Registres, de la présentation du Dictionnaire de l' Académiefaile au Roi. Le Mercure d'août la raconte en ces termes : « Enfin, Madame, toute la France va estre contente. Cette Académie qui travaille depuis tant d'années 6 un Dictionnaire, attendu et souhaité de toutes parts, est prête à le publier, et vous n'en douterez point quand je vous auray dit qu'elle eut l'honneur de le présenter au Roy le 24* de ce mois, jour de la Feste de Saint Barthélémy, et veille de celle de S. Louis... M. de Tourreil dit au Roy que l'Ouvrage que Sa Majesté vouloit bien leur permettre de luy présenter avoit esté achevé dans son Palais, par son ordre et sous sa protection; àquoy il ajouta: a Pourrions-nous, Sire, n'avoir pas réussi? Nous avions pour gage de succès le zèle attentif qu'inspire l'ambition de vous satisfaire, et la gloire de vous obéir. II nous est donc permis de nous flatter que nostre Ouvrage explique les termes, développe les beautez, découvre tes délicatesses que vous doit une Langue qui se perfectionne autant de fois que vous la parlez, ou qu'elle parle de Vous ».
Le Roy ayant écouté ce compliment, répondit tout haut en ces propres termes : « Messieurs, voîcy un Ouvrage attendu depuis longtemps. Puisque tant d'habiles gens y ont travaillé, je ne doute point qu'il ne soit très-beau et fort utile pour la Langue. Je le reçois agréablement ; je le Uruy à mes heures de loisir, et je tâcherai d'en profiter. « {Reg., 1, 334, note.)
Il est fort difficile de savoir ce qu'on en pensait dans la Compagnie. Furetièreprélend que Racine, trouvante l'ouverture du Dictionnaire imprimé des choses qui ne lui plaisaient pas, s'écria en plein
1. Ment, de U oie de M. tAbbé Hegn. Deimtr.. p. xxv, cIU dans Beg., l, 331. note 1. On trouvera dam cette note les indicalioDB ndcesuires sur les divers projeta de préface. QuenliV Epitre didicatoirt, il parait, dild'Alembert, qu'elle • avoitût^pour les Académiciens un grand objet d'émulation ; car sanscompler celle de l'abbëRef^icr qui n'existe plus, et celle qui est imprimée i la tête de la première édition, Je trouve encore deui autres Epltres qui furent composées en ce temps lA, l'une par Charles Perrault et l'autre par ce mtme U. Charpentier qui avoit déjA fait la Préface de l'OU' vNge ■ [Bi$t. des numbret de l'A. fr.àantReg., I, 331, note). L>« note indique où on peut trouver o
LE DICTIONNAIRE DE l'aCADAHIE 41
bureau : Bon Dieu ! où nous fourrerons-nous quand ce Livre viendra à paraître ? le Public nous jettera despierresl [Fact., 1,223). De fait, il en parle avec une extrême modestie . Il écrit à Boileau le 28 septembre que, pendant que, M. de Tourreil présentait l'œuvre de l'Académie au roi et & la reine d'Angleterre, k Monseigneur et aux ministres, Leers, introduit par M. de Croissy et M . de Pom-' ponne, apportait au roîune nouvelle édition de Furetière, et qu'elle avait été bien reçue. Il lui semble qu'il y a là « un bizarre contretemps 1), et que le Dictionnaire de l'Académie ne paraît pas avoir tant de partisans que l'autre. Il ne dissimule pas qu'il a conseillé à son libraire Thierry de faire quelques pas pour avoir en France le privilège de Furetière, que peut-être il serait encore temps de l'obtenir. C'est là évidemment sa pensée secrète, car il demande à son ami de n'en parler qu'à Thierry (VU, 12i).Elle contraste singulièrement avec l'orgueil naïf et ofHciel d'un Charpentier '. Mais elle est probablement plus près du sentiment général. Si on avait eu grande confiance dans l'œuvre, on n'eût pas en 1690, couru au Roi, au Chancelier, au lieutenant de police pour faire arrêter et saisir les volumes de Furetière {Beg., I, 298-9).
Dans le public, le succès fut fort médiocre, u Jamais livre n'a été plus universellement désaprouvé que celui-là », dit un adversaire. Divers pamphlets parurent, qui contenaient d'assez justes critiques^. En général, on paraît avoir reçu l'œuvre si longtemps
1. ■ L'Acadcmic, dit-il, nous donne une image de la Langue Françoise, en boh ntatde perfeclion ; non point comme elleesloit aulrefois; C'est pourquoy elle rejette ttt Mots qui sont entièrement hors d'u»Bge, ny cnmme elle est dans la bouche des
Artisans ou de ceux qui enseiffnent les Sciences ; C'est pourquuy elle rejette le» Mots d'Arts et de Sciences, Il pluspart desquels mesme ne sont pas Krançois ; mais Grecs DU Arabes. Elle s'est retranchée i la Langue commune, Iclle qu'elle est dons le commerce ordinaire des honncstc» gens, et telle que les Orateurs et les Poètes l'employent. Par ce moyen eUe embrasse tout ce qui peut servir A la Noblesse et à l'Ele- ;uice du Discours. Qle dé&nit les Mots les plus communs, dont les Idées sont fort simples, ce qui est infiniment plus mal-aisé que de définir les Mots des Arts et des Sciences dont les idées sont fort composées. Ainsi il est bien plus aisé de définir le mol de Teletcope. qui est une lunette ft voir de loin, que de définir le mot de Voir. Qwcun en peut taire l'expérience. Cela laisse à juger quelle prodigieuse entreprise a isté celle de l'Académie quand elle s'est churgée de définir tous les mots communs delà Langue Françoise ; et quand elle n'ituroit pas reUsei en tous, ne luy est-ce pas uns grande gloire que d'avoir réussi en plusieurs? Le Dictionnaire de l'Académie D'ut pas seulement estimable par les Délînitions de tous les mots, mais par la quantité de belles façons de parler, où disque mot est employé, et par l'explication dea divers sens qu'il peut recevoir (ilec. de pièces prêtent, k l'A,, 1680, Disc, de Charpentier, 1B3-5). Ces phrases sont reprises textuellement dans la Préface du Dictionnaire.
1. L'Apolheoie da Diclioanaire de l'Académie el 4on expulsion de Ix rtgion ceUtte. OuTrage contenant cinquante Remarques critiques sur ce Dictionaire. AusqucUes on ta » joint cinquante autres sur divers célèbres Auteurs. La Haye. Amout Leers, imprimeur, 16H (c'est dans cette maison qu'avait paru l'oeuvre de Furetière).
U Dietionnairt de* H»tUt ou Hmtrail du Dklioaiuiire dt VAcadimU fnnçoite.
4â HISTOIRE DE LA LANGUE PRANÇAiaB
promise avec une grande froideur et une indifférence presque complète. L'abbé Boisot, ce puriste de province, était très impatient de voirl'œuvre, quoique cinquante francs, ce fût beaucoup pour lui. Dès novembre 1694, l'abbé Nicaise le désabuse, et Boisot lui répond tristement : « Ce que vous me mandez du Dictionnaire m'en donne mauvaise opinion. Est-il possible que tant d'habiles gens aient laissé passer des choses si ridicules? Il faut toujours revenir à ce que dit Fra Paolo que, dans une compagnie nombreuse, quelque choisie qu'elle soit, il y a toujours du peuple. Le malheur est que le peuple fait le plus grand nombre et l'emporte par là n (Corr, Nicaise, III, 42, dans Jacquet, VUl. de Prov., 97). De son côté La Monnoye écrit k Soyrot en novembre 1697 : « Je n'ai pas encore acheté le dictionnaire de l'Académie... Je veux, avant de faire emplette du vocabulaire académique, le voir, l'examiner à loisir... On en parle peu avantageusement, et d'habiles gens m'écrivent de Paris qu'assurément il n'enchérira pas » (B. N, ms. 10.435, p. 51, /£., 96). Ce n'est que plus tard que le Dictionnaire de l'Académie fit autorité, et ce n'est point sa valeur qui l'imposa.
1° Le défaut le plus apparent est dans le plan même : les mots sont, comme on sait, rangés par « racines ». Le 13 mai 1677, Quinault avait bien, avec quelques autres, fait remettre en question cette disposition, déjà adoptée '. On se décida à la conserver pour plusieurs raisons : d'abord parce que ce plan était celui de Mézeray et de Vaugelas, et qu'après » trente-sept ans de travail uniforme on ne pouvoit donner semblable marque de légèreté » ; puis parce que « cet ordre fait voir la richesse de la langue » ; ensuite parce qu'il épai^e beaucoup de peine, et de définitions, qu'il faudrait répéter aux composés et dérivés; en outre qu'il faudrait recommencer tout, et que l'ouvrage'" seroit une toile de Pénélope « ; qu'enfin n une si célèbre Compagnie devoit prendre une route nouvelle qui ne fust point frayée par des gents du commun, ce qui distingueroit son ouvrage
Bruxelles, Fr. Foppen», 1696, in-13. L'auleur est un puriste intranaigeant, qui eût voulu voir disparailro non neulomenl les exprcsBions incon venantes, mais les familières : rire dans » barbe, prendre la batU aa bond, ilre comme Toiieau for la branche,
L'Enterrement du Dictionnaire de l'Académie. Ouvragée contenant la Refolation de la réponse de M. de M. et dcui cents quinie Remarques Critiques, tant sur l'Epitre et la Prerace. que sur les trois premicres Lettres du Dictionnaire, A, B, C. 1697. Ces critiques eMspi^rBiciiL Huet, qui les attribuait, non sans raison, aux ràtugiée,
i. Fureti^re disait de son côté :« Quant au dessein qu'ils ont pris de faire unDiction- Daire par racines, au lieu de suivre l'ordre alphabétique, il ne leur sera volé par personne. L'usage en fera voir les inconvenieus. Cette méthode est bonne dans les Langues Orientales et matrices, qui prennent tous leurs composés et dérivés dans lour même fonds : mais elle ne vaut rien i l'égard de nos langues vivantes, qui sont mêlées avec celles de nos voisins ■ [Fael., I, 231J.