‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 24 sur 202 · I. GrMmnaire générale et raÎMonnie, préface · texte numérisé non relu

I. GrMmnaire générale et raÎMonnie, préface

1. Les Gram mai liens du iviu' si6cla ont souvent cité Bacon comme un de leurs précurseurs. Il a plact eu e(Tel, parmi les sciences â créer, la Grammaire philosophique, Grammafica philoioph»iu (De gagm. scient., liv. VI, chap. i). Celte science devait, selon lui, avoir pour objet l'analogie des mois avec les choiOK, el pour résullal Suai la création d'une lanf^ue parfaite qui emprunlcrail ses éléments & toutes les laudes en choisissant dans chacune les mots dont l'analogie avec les idées expri' mée* B«rBit jugée salisfaisaolc.

On voit que, si les conceptions de Bacon ont quelque rapport avec celles des grammairiens, ou d'un certain nombre Je grammairiena du iviu* eiècle, elles n'ont rien de commun avec l'œuvre de Port-Royal. Amauld appliqua en elTet sa philoaophie ft expliquer l'usage pluUlt qu'à le corriger.

3. L'esprit, dit Amauld, conçoit, juge et raisonne. Cetlc troisième opération n'étant qu'une extension de la seconde, il sufllt de considérer les doux premières. Or rhamme ne parle guère pour exprimer limplement ce qu'il coDçoit, mais pour dire ce qu'il juge. La proposition la plus simple, t* terre eil ronde, est un jugement. Cette proposition enferme un sujet, ferre, dont on affirme ; un attribut, ronde, qui est ce qu'on afBrme, et de plus la liaison entre ces deux termes, eif . Les deux premiers lennea sont des conceptions, le troisième est proprement l'action de notre

souvent par l'examea du rôle des mots, sont eu général remarquables aussi, même quand on peut les contester. La plus connue est celle du verbe : un mot qui si^ifie l'affirmation ou l'affirmation de quelque attribut avec désignation de la personne, du nombre et du temps. Il y en a d'autres qui valent la peine d'être relevées, comme celle de l'article, celle de rinBnitif, celle du relatif, « dont la fonction propre, parmi les autres pronoms, est de faire que la proposition dans laquelle il entre puisse faire partie du sujet ou de l'attribut d'une autre proposition » (67). Arnauld ne se borne pas à donner ces définitions; il les établit, quelquefois longuement, en discutant ses prédécesseurs (p. 93), et c'est même ïk le principal de son livre : arriver à faire comprendre le rôle permanent et essentiel des parties d'oraison et de chacun des éléments qu'elles renferment. Il est vrai que chemin faisant il a expliqué quelques règles, mais c'est encore pour définir. Ainsi, dans le très remarquable chapitre où il a examiné la règle de Vaugelas « qu'on ne doit pas mettre le relatif après un nom sans article » (p. 75 et s.}. Il y trouve, et ne s'en cache pas, « l'occasion de parler de beaucoup de choses assez importantes pour bien raisonner sur les langues, en particulier sur l'indéterminé et le déterminé ». Au reste les règles ainsi examinées ne sont pas nombreuses, pour la raison que la grammaire d'Amauld n'a pas de syntaxe. En somme, c'est surtout une logique du langage ; une sorte de guide philosophique pour l'étude des langues particulières ; ce n'est pas une grammaire proprement dite .

Sur beaucoup de points, Arnauld dépasse ses prédécesseurs, J.-G. Scaliger et Sanchez; il voit plus juste et plus loin, et son petit opuscule porte l'empreinte d'un esprit extraordinairement puissant, habitué aux raisonnements abstraits et exercé à la méthode philosophique. Arnauld voulut savoir si les grammairiens officiels avaient fait quelques réSexions sur ces questions de haute doctrine. Une correspondance rapportée par Sainte-Beuve nous conte qu'il consulta l'Académie. Sur les points d'usage, il lui fut répondu. Sur la nature du verbe, du relatif, de l'infinitif, on lui laissa

«■prit et la manïàre dont nous pcnsonH. 11 n'y a ainsi à proprement parler dani la pennée que deux sortes d'éléments: les objets de aoa penséss, et les manières de notre pensée, dont ta principale est le Jugement, mais auquel il faut ajouter les autres raouvemenls ds notre Ame : déiirs, commande me ni. interrogation, etc. D'où la diatinction géuéralc des mots, dont les unsïigiiiBeat lesobjcU de nos ponsées, les autres la forme et la manière de nos pensées, quoique souvent ils ne la signifient pas seule, mais avec l'objet. Les mots de la première sorte sont les noms, les articles, les pronoms, les participes, les prépositions et les adverbes. Ceux de la seconde sont les verbes, les conjonctions et les inteiiectioDs (Voir p. SSelauiv.].

LES PHINCIPES. LES DOCTRINES. LA RAISOX. 57

voir qu'on regardait comme définitives et entièrement satisfaisantes les expIicatioDS données par ses prédécesseurs '.

iKPLDEXce DE LA GRAHUAJRE RAisoNNÉE . — Après une oourte période, où la méthode de Vaugelas régna seule, l'influence de Port- Roval commença à se (aire sentir. Le Cartésianisme entra dans la grammaire. Si cette influence est nulle sur Bouhours, elle agit de temps en temps sur Thomas Corneille. Il suit le texte de Vaugelas, reste fidèle à son esprit, et cependant il lui arrive d'insister sur certaines oppositions entre la raison et l'usage, et de montrer des préférences fondées sur la logique ^.

Le P. Lam; emprunte presque tout à Port-Rojal ^. Manger en esttout pénétré *. Régnier Desmarais, s'en inspire conlinuellement *. Buffier, lui, proclamera que « si la métaphisique contribue à démêler nettement des points es.sentiels à la Grammaire, celle-ci biea aprise ne contriburoit peut-être pas moins à éclaircir les discours les plus métaphisiques » (Gr., § 340, p. 166). Le Discours tur l'usAge dans la langue française de Grimarest marque une date. C'est la négation de tous les principes proclamés par Vaugelas, une révolte nette et complète contre les courtisans i< qui jugent et ne possèdent que le quart de la Langue «, à la fantaisie desquels il faut substituer les rigueurs de la Logique *.

1. -Peul-étre que ce* Messieurs ont cru que les dcmaDdcB qu'on leur faisoil sur la Dtlure du rerbe, du reUlif,de Vinfinilif, etc.... n'aroient point de dinicultÉB considirables, et que tant d'habiles gens, comme entre autres Scaliger le père, ayant fait de) livres entier* pour expliquer ces choses selon les principes de la pliiloaophie, et d'une manière plus relevée que le commun des grammairiens, il n'y avoit point d'apparence qu'elles eussent besoin d'une nouvelle explication. Mais vous saurez, Madame que e'cd particulièrement ce que je désiroia savoir, s'ils étoient dans ce sentiment ? Cirje vous avoue que j'en suis fortëtoigné... > (Lettre à M"dcSabU, du 21 novembre 1659, cilié parSainle-Bcuve, Port-Royal, liv. IV, eh. m}.

1 V.U lin des observations sur la remarque de Vaugelas relative au proaom le (éd. ChMaang, I, 88). Cf. aussi sur «foe les observations de l'Acadcmie (/t., 1,357.58).

3- • Les langues ncaepolisscnt que lorsqu'on commence i raisonner, qu'on bannit du langïge les expressions qu'un usage corrompu y b introduites, qui ne s'a pperçoi vent que par des gens Bçavans,et par une connoissance exacte de l'Art que nous IraitonsK. (flWfor., 1688, T3-7i).

*■ yoae. Cr. fr. Rouen, 170S. Mauger est un maître es arU de faris.

i- Régnier critique cependant son modèle. Partois il lut oppose des observations teuchanU'uaage (place des pronoms lui, le,*s, accompagnant un impératif, p. 3i1 et s.; onpioi des pronoms personnels pour représenter des noms de choses, p. 171 et s.). Diulng fois il discuta les ■ principes» assignés à l'usage [absence de la 1" penonne dufingulierd l'impératif, p. 161 ; accord des participes, p. 51fl, 538).

l' savant Huet, reconnaît, lui aussi, que l'usage est le maître des langues. Il ajoute eependut : Cette maxime doit avoir ses bornes, et il ne faut pas attribuer à l'usage (eusieiibus que la grossièreté et l'ignorance introduisent de jour en jour. Ces abu* doivent être corrigei par la raison, tant qu'ils ne sont pas homologues par un uaage •aiuL, constant et uniforme du monde poli {SartiAn», 149-150].

6. l7S.Cr. «Nos petits Critiques... s'ils n'entendent point une expression.ce n'est pas qu'elle toit nouvelle, mais que leur ignorance est ancienne ; qu'ils ne connoissent point

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Bientôt toutes les recherches tourneront de l'observation à la spéculation philosophique déductive. L*école historique de Ménage et de Du Gange, vaincue, cédera à l'école rationaliste. Ce cartésianisme linguistique a été certainement une cause de retard pour le développement de la science.

En ce qui concerne la langue elle-même, on pouvait s'attendre à ce qu'une méthode qui ramenait tous les faits linguistiques à une Gn raisonnable, et qui était ainsi aux antipodes de celle de Vaugelas, en balancerait heureusement l'influence, en essayant d'arracher la langue aux caprices sans raison, ou contre raison, del'usage courtisan. Il n'en fut rien. Lancelot s'est plaint que Vaugelas eût trouvé souvent nos façons de parler d'autant plus belles qu'elles sont contraires à la grammaire et à la raison ; malgré cela la Grammaire Générale n'entreprend nullement de soutenir celles-ci contre lui. A un ou deux néologismes près : connotation, déaembarrasser, le style en est châtié. Les règles, là où il y en a, sont conformes à celles des « Remarques » ; on refuse d'accepter une exigence de Malherbe, mais c'est que Vaugelas ne la considère pas comme nécessaire (p. 136).

Il est visible qu'Arnauld s'est pénétré de la doctrine courante et qu'il entend s'y conformer. Il conteste .\ Vaugelas des explications incomplètes ou erronées (62, 63, 76), il ne lui conteste nulle part ce qu'il eût pu ou dû lui contester, sa conception même de In langue et de la grammaire . Il y a plus. Comme il admet pour le français les règles promulguées, et qu'il explique tout, il en arrive à expliquer et à justifier des règles qui existaient à peine en fait <. On en verra un frappant exemple dans le chapitre des participes. Arnauld fait effort pour démontrer que le rôle logique du participe passé est différent dans j'ay aimé la chasse, et dans la chasse qu'il a aymée ; dans le premier cas aimé étant gérondif, tandis qu'il est participe passif dans le second (133).

l'éUnduedc U Langue '(/b., 180-1). «Tant qu'on donnera pour règle de notre Langue de suivre l'Usage, unchacundeceuxqui s'imaginent ËLrede grands Hommes, sur tout 1«( Poètes, introduiront dans cet Usage des façons déparier très- vicieuse b i-ilb., >11) ; B C'est donc mon sentiment que l'nn doit bannir l'Usage dans la construction, parce qu'on oe devroit admettre aucune manière de parler sans en avoir une raison - (/ii.,37t]i • J'aurai recours alors à la Logique, qui m'apprend A penser, afin de déveloper la raison pour laquelle on se sert d'une expression plùtAtque d'uneautre» (Ib., M6).

1. Port-Royal semble toujours supposer les langues inventiez suivant un plan déterminé, en vue d'une ùa (voir p. 39, 43, etc.). On y trouve des phrases comme celle-ci:. Les hommes ont trouvé qu'il estolt'bon d'invenler encore d'autres inflexions i>(107).

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