‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 25 sur 202 · LES PRINCIPES. LES B0CTRINE9. LA. BAI80.N · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES. LES B0CTRINE9. LA. BAI80.N

Ces erreurs n'étaient rien ', mais les conséquences ea devaient être très malheureuses. Car elles allaient créer un état d'esprit plus fâcheux encore que celni de l'âge précédent. Avec Yaugelas et les siens la fantaisie grammaticale, ne dépendant que de l'usage, restait sujette au changement. Bientôt on la raisonnera, et sans en rien retrancher là où elle paraîtra contraire à la raison, on la fondera en raison partout où on le pourra, par des subtilités plus ou moins spécieuses ' ; de sorte que l'instrument qui eût pu arracher la langue à de sottes tyrannies, manié par l'école grammatico-philosophique, servira dans le siècle qui suivra à l'asservir tout à. faits.

Déjà les grammairiens de la deuxième moitié du xvii* siècle sont incontestablement plus prétentieux que leurs devanciers. On sait comment Bossuet leur donnait imprudemment le droit de l'être : " Vous êtes, disait-il à l'Académie, un conseil réglé et perpétuel dont le crédit, établi sur l'approbation publique, peut réprimer les bizarreries de l'usage et tempérer les dérèglements de cet empire trop populaire». Les livres qui se publient n'osent pas encore, en général, se nommer autrement que Remarques ou Observations ; en réalité chaque auteur sent bien qu'il y a dans son a'uvre une part de création personnelle, et îl n'en impose pas moins ses i< remarques >< comme des lois. Même ailleurs que dans les publications académiques, les mots de « décidé, décision » reviennent à chaque instant . On vote et l'opinion de la majorité est réputée règle de la langue. Le plus célèbre de ces votes est celui par lequel l'Académie décida qu'on ne déclinerait plus les participes actifs. 11 y a d'autres exemples anali^ues. A partir de cette époque commence en réalité une nonvelle période dans l'histoire de la langue, celle où des hommes, tout en jugeant les questions en scolastiques, bien moins d'après l'usage que d'après

I. Il y en ■ d'autres. Lancelol ne se pique pas de cetU exactitude scrupuleuse que priacront tant les grammairiens du xviii* siècle et ceux du xix' siècle commençuit. Au chapitre VII, après avoir dit que les articles n'ont point de cas, l'auteur parle i chaque instant du géuitir. du datir, de l'article. Promantse plaint de v l' obscurité inconcevable que le docte Lancelota répandue sur les idées du savant Arnauld » [Sappliment à lagrammaire générale et raitonaie, 3* partie, chap VII, Sn). s Obscurité ■ est excessif; mais it ya bien évidemment, par endroits, défaut de netteté et de ■uile.

3. Voir p. 3', sur le pluriel des noms ; p. 86, sur la distinction des adverbes et des prépositions ; p. ^b, sur qai commençant une période.

3. Sainte-Beuve a (léji fait la critique delà Grammaire générale (P.-R., III, 460): • Cette façoD de tout traduire en rai son, si elle sert la philosophie, court risque de frapper dansuae langue bon nombre de locutions promptes, indéterminées, qui, bien qu'elles aient leur raison, ne l'ont qu'insensible et secrète, et en tirent plus de grflce. •

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la tradition et les textes, sont reconnus et sacrés interprètes de l'usag-e. En un siècle, l'empire de la langue a passé à des théoriciens professionnels. 11 est facile de montrer et de blâmer l'abus qu'ils ont fait de leur autorité. Mais ces excès étaient inévitables. II n'est pas une classe d'bommes qui, se voyant déférer du consentement général un empire sans contrôle, ne soient portés bientôt à le rendre tyrannique. Les professeurs de cette nouvelle science, les prêtres de ce nouveau culte n'ont pas échappé à la loi générale. Ils ont une autre excuse, ils ont voulu immobiliser ce qui est de sa nature mobile. C'est qu'une grande littérature une fois née, les derniers défenseurs de la supériorité du latin ne pouvaient plus guère reprocher au français qu'un certain manque de fixité. Ses défenseurs ont voulu lui donner ce qui lui faisait défaut. La valeur de l'idiome se fût sans doute fait reconnaître sans ce sacrifice. Mais un vague instinct disait au public qu'on avançait ce moment si désiré au prix d'un peu de liberté . On paya avec goût la rançon.

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