‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 34 sur 202 · AU TEMPS DE MALHERBE · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE MALHERBE

La réforme n'avait pas cessé d'avoir pour elle des hommes de lettres. Est-ce en regardant à la rime que les poètes apercevaient les défauts de la graphie? La chose est possible. En tous cas, les dictionnaires de versification ne se sont pas fait faute de protester, eux aussi, contre cette fâcheuse écriture qui cachait des rapports d'homophonie pourtant simples et réels. Les poètes souffraient de ces iDCohéreDces '.

Une réforme, pour laquelle on invoquait l'ombre de la Pléiade, pouvait-elle avoir Malherbe pour elle? Sans aucun doute, puisqu'une fois assuré de la victoire, il donna des vers à l'édition monumentale de ce Ronsard dont it avait jadis biffé l'œuvre entière. Mais le tyran qui régissait tout ne parait pas avoir eu d'opinion bien arrêtée sur la question orthographique. En 1606, il n'avait pris parti que sur des points particuliers, et avec des idées contradictoires. Le </ de nid ou de nad lui paraissait de trop, malgré l'ét^mologie, et inversement la rime innocence : puissance le choquait. Il semble depuis avoir regardé la dispute avec indifférence. Son rAle dans l'histoire de l'orthographe est nul ^.

C'est ailleurs qu'il faut chercher les traditionnalistes. Mais il y en a, et de fort emportés. Sans parler du livre de Palliot, qui appartient encore au xvi* siècle, on ne serait pas empêché de citer des gens que l'idée de changer la physionomie de la langue ^ portait à. toutes les violences. Aucun n'a eu l'éloquence plus indignée qu'un Français établi en Saxe : Abraham de la Paye. Il déclare déjà indigne du nom de Prançais ceux qui veulent « se rendre esclaves » de l'étranger, sans motif sérieux, et au risque de provoquer des confusions aussi dangereuses que celles de je toy et de j'estoy

I. Voyex le Dicl. det rimei franc, de ttti, !• pagin., 81 : Quel remède? [diradd). Les remèdes se pouiroyenl Lrouuer qui les recercheroit. [Il e'eat fçuari aulresfois de pires maladies), mais on est tort mal dispoié pour les receuoir. Et a'y a point longues années que de docLes et habiles homes s'en sont meslei, qui n'ont rîporté de leur labeur quasi autre fruit que de la moquerie de beaucoup de gens, lesquels toutesroia se deuroyët ptuslosl moquer d'eux meimes, d'estre si ■ueug'lés en vne chose ■i claire.. . Il me semble donc, qu'il est grand besoing-de retrancher nostre qualriesme e & de distinguer les trois autres de quelque remarque, comme aua>y no» deux i.

Receuoir le K aii lieu du Q et du C.

Introduire vne nouuelle lettre qui représente U double I espagnole pour escrire Souille, Soleil, S: les semblables.

Retrancher l'S liquide entre deux voyelles pour te servir du i.

Oiter les consonantes doublées, pour escrire foie, non FolU, iVole, non pas JVulJe, Pbisau lieu de Platfe. etc.

Et en fin receuoir vne marque pour vn accent long, sans lequel nostre Orthographe Mt si^'etle i beaucoup d'ambiguilez.

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