CHAPITRE II DE HONGT A TADGELAS
Au moment oix le français commençait à s'infiltrer dans l'enseï ' gnement, les pédagogues ne manquèrent pas de s'apercevoir des difScultés sans nombre que faisait naître l'orthographe usuelle. Le P. Monet, jésuite enseignant, ne se borna pas à s'en plaindre. Dès 1620, dans l'Abrégé de son Parallèle, il annonça son intention de s'émanciper de la coutume en considération des étrangers et des enfants ^ Bientôt, dans ses Dictionnaires, il appliqua sa réforme. Elle est moins téméraire que ses préfaces ne le feraient attendre, elle est surtout peu systématique, sauf sur un point : la substitution de an à en î. La polémique que lui valurent ces innovations fut néanmoins très âpre, et donna occasion à Monet de plaider la cause tout au
~ 1. > [| reiloiL vn poinct pour rendre mon ouiirage beaucoup plus liKiii aui: enfans, & aux estran^rs, qui apprennent nostre lant^e < lait d'escrire chaaque mot en la niesme sorte qu'il se prononce, comi
plusi;ouuerner par la v raiioimables façons de tout le i-estc d'eicriture, pour euiter le reiardcm le le terty vn iour, & croy, que par foiu, sur eea premi
itumc parti
I facile, & fruc-
□ font toutei les ne nous iaissîonf :, que par les plui monde, le me déporte a ce coup de telle façon de mon édition : mais si Dieu me donni mnyen i'oblîf;erai beaucoup la ieunesse d'estudes, qui en seront ^'andement facilitez, u'nucunc pcrionne de bon «ans, en ce suiet me vueillc niiuyeuac : plustost eapcrai-ïe, qu'on m'en sçaura gr{ puur suoir releué les enfans d'vne |;i'ande & ioumalïcre perplexité...
■ Et ne seroit-il pas plus honorable à nou^, cl k noalrc langue, qu'elle ne paya! aucun tribut ni reco^oissance d'ori)^ne i l'estranger, & ne fust seruanle d'autrui, ain Dams de ioi-mcsraes. comme ayant tout de son creuî... Somme, & le parler, & l'est'rirc «ont inslituâa pour so faire enlcndi-e ; or ta parole et l'eBcriturc sont tant plus ■daines k cet elTect, comme plus elles sont claires chacune en son endroit, et ont plu» de rapport l'vne auec l'autre. Si doncques vostrc parole est bien intelligible A li'pcille, pourquoy voulez-vous obscurcir l'escrire, do mesmo substaucc que voslre ili™, en le figurant am yeux dilTerent de celuy, que vous auei ielld dans l'oreille : Bc pir ce moyen sembler à vd CCdipus par la bouche et k vn Sphinx par la plume ? le conclus doncques, que si Dieu me donne la vie et santé, ie fourniray i la ieunesse franfoîse & estrangere vn Dictionnaire, qui parlera i leurs yeux en mosme Ion, qu'on parle i leur* oreilles - (Monel, Ab. du Parai, des Ltng. fran;. tl Latine, Avis au Uctcur, lo-lï).
Trcs souvent te P. Monol double les consonnes : gnutloise, donner, oppotilion, 'teoatami. apprnnliM, affandre, Ullrs, i cAtù de cuiRÈafre, afrnnchir, maleratle. Il (■ii! subgiMtèrpai'j;, tout en écrivant mieus, ceoi. Il garde des lettres grecques : orthographt, des consonnes superflues : (as(, eicole; il abuse d'^ : abgme; il ne distingue •aime pas constamment i tlej, ni i( de c :ioie, moîen, eUiruoianI, préaaloir, relener, "te, aoatoir.
00 tllSTOIRF; DE LA LAKC.UE FRAK^AISE
!ong. Dans le Parallèle, dans Vlnvantaîre, il s'attacha k réfuter les objections de doctrine *.
Nous aimerions à connaître les adversaires, que Monet malheureusement ne nomme pas. Un des plus résolus en tous cas fut Antoine Oudin. Dès 1632, il avertit ses lecteurs de se garder des suggestions dangereuses. « le m'estonne de quelques modernes, qui sans aucune considération se sont me.slez de reformer, mais plustoat de renuerscr nostre orthographe : et bien que leurs escrits, dignes d'admiration, tesmoignent vn grand iugement, ce défaut qui en rabbat vue bonne partie, nous descouure de la présomption ou de la brouillerie.
« le ne m'attache pas à vn seul. 11 j en a trop qui pèchent maintenant en cela, mais ie rougis pour des Pédants, qui sortis des frontières où le parler n'a point de raison establie, nous donnent à connoistre qui sont plus habiles en Latin qu'en leur propre langue,
« Qui sera ce d'entre-eux, qui bannissant les lettres radicales, vray fondement de l'origine de nos dictions, nous tirera des confusions où nous iette leur impertinente façon d'escrire qu'ils accommodent à la prononciation ? Comment discernera-on an (annus), d'avec en (in), préposition : amande (amigdala), et amende (muleta), etc., etc. ?
« Il est bienjvraj- que les habiles qui sont ennemis des nouueautez, et de telles ignorances, esoriuent indifféremment plusieurs paroles Françoises, comme connoistra et cognouilre, prou/it et profil, soatcrireet soubscrire, etc., etc.
« Ne vous arrestez donc pas aux nouuellesescritures : car ie vous asseure que les plus renommez du temps n'ont point d'autre opinion que celle que ïe vous mets icy '^. »