‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 39 sur 202 · KODVEADZ PROGRES DE L'IDÉE DE RÉFORME · texte numérisé non relu

KODVEADZ PROGRES DE L'IDÉE DE RÉFORME

PORT-ROTAL. P. CORHEILLE

Arnaud et Lancelot étaient des penseurs trop puissants pour ne pas apercevoir la correspondance étroite qui devrait exister entre l'écriture et la prononciation ; ils ont marqué fortement leur doctrine dans un premier chapitre de la Grammaire Générale: suivant em il iiauroit fallu observer quatre choses pour mettre l'usage des lettres en sa perfection (19) :

t" a Que toute fîgure marquas! quelque son, c'est à dire, qu'on n'écriuist rien qui ne se prononçast.

2° « Que tout son fust marqué par vue figure, c'est h dire, qu'on ne prononçast rien qui ne fust écrit.

3" << Que chaque Ogure ne marquast qu'vn son, ou simple, ou double. Car ce n'est pas contre la perfection de l'écriture qu'il y ait des lettres doubles, puis qu'elles la facilitent en l'abrégeant.

1" « Qu'vn mesme son ne fust point marqué par de difTerentes fibres )).

Toutefois, dans la pratique, les solitaires ne partagent pas les illusions des révolutionnaires, et ils considèrent une réforme générale comme utopique ' . Ils accepteraient un programme assez la^e :

1. ■ Quelques-vns se lonL imaginez qu'ils pojiroienl corriger ce dëfaut dam les Llngueg vulgaires, en inucntant de nouueaux caractères, comme » fait Ramus dans ■aGnnimaire pour ta Langue Françoise, retranchaot loua ceux qui ne ac prononcent pmnt, et écriuant chaque son par la lettre à qui cette prononciation est propre, comme en mettant vne i, au lieu du c, devant l'e et l'i. Mais ils deuoient considérer qu'outre que cela seroit souuent des-auanlageun aux Langues vulgaires, pour les raixnn que nous auons dites, ils tentoient vne chose impossible. Car il ne faut pas s'imaginer qu'il soit facile de faire changer à toute vne Nation tant de caractère» ausqueli elle est accouslum^c depuis long-temps, puis que l'Empereur Clsude ne pût pas mesme venir i bout, d'en introduire vn, qu'il vouloit mettre eu vsage. Tout ce qoeroa pourroit faire de plus raisonnable, seroit de retrancher les lettres qui ne MTuètde rien ny àla prononciation, ny au sens, ny à l'analogie des Langues, comme on t d^ja commencé de faire, et conseruanl celles qui sont vtilea, y mettre des IMlites marques qui fissent voir qu'elles ne se prononcent point, ou qui lissent con- "<>i*tr« les diuerses prononciations d'vne mesme lettre. Vn point au dedans ou au 'kitousde la lettre, pourrait seruir pour le premier vsafte, comme Itmpi, Le c, & '1^1 ta cédille, dont on pourroit se seruir deuant l'e, et deuant l'i, aussi bien que ilnMinl les autres voyelles. Le g, dont la queue ne seroit pas toute fermée, pourroit >Mn[uer le son qu'il a deuant l'e et deuant l'i. Ce qui ne soit dit que pour exemple > (Cranimaire gentraie et rtUonnie, p. îl-13).

u retrancher les lettres qui ae servent de rien ny k la prononciation, ny à l'analogie des Langues, comme on a déjà commencé de faire ». Mettre à celles qui sont utiles, mais qu'on ne prononce pas de <( petites marques », un point ea dedans ou en dessous, comme on fait en mettant uae cédille sous le c. Ils accepteraient même qu'on créât un ff dont la queue ne serait pas toute fermée pour marquer le son qu'il a devant t'e et l't. Encore ceci n'est-il dit que «pourrexemple», NosMessîeurs, onle voit.auraienttouché, le cas échéant, à l'alphabet.

Des écrivains considérables, tel d'Ablancourt, étaient partisans de la simplification '. Irson, dans un passage curieux de sa " Nouvelle Méthode » {p. 118-121), cite parmi eux Balzac, Vaugelas, du Ryer, Pelisson, Chapelain, de Scudery, Calprenelle (sic), Priezac et Gomberville, L'affirmation me paraît fort hasardée. En tous cas aucun d'eux, pas même ceux qui ont écrit de grammaire, n'a pris sobi de mettre en doctrine ce qui n'était sans doute que tendance. Pierre Corneille, peut-être sous l'inspiration de son frère Thomas, avait été plus dogmatique, et en tête d'une édilîoo de ses œuvres (1663), il a placé un avertissement qui contient un programme véritable '^. Non seulement, à l'exemple des Hollandais, il sépare Vt et le j. Vu et le v, nuiis ii propose d'utiliser les deux formes d"« : « et f, à des usages divers.

Au commencement des mots : sien, sauver, ta la fin, où s ne fait

1. Voir la Préface de l« Trtdactioa de Thacidide, 1883 : nJesuy l'ortugrafe moderne, qui rclranche les lellres superllufa, et je ne mets qu'un l i alaqaer ni à *l«illdre, pour cm pescher qu'on ne s'abuse 1 la prononcialion ; Et ceux qui sous- Uennenl l'opinion coutraire ne sçauroienL nier que l'orlograre ne soit puriftiie pcui-peu, puisque les langue» ne sont jamais plu» parfaites que lorsqu'elles s'éloignenL le plus de leur origine, Se qu'elles ont perdu, s'il Taul ainsi dire, les marques de leur enfance. Mais pour retrancher les lettres inutiles ou superflues, je ne retranche pas celles qui ne le sont point. Comme l'on fait tous les jours par un abus manifeste. Car si vous ostcz ]'■ d'eifre ou de feile, qui marque que c'est un s Ion*;, on le prouoncera, comme celuy de i)on(e, ce qui causera une prononciation vicieuse; ai voua l'ostci d'empsicher, & de'iispeteher. on confondra la Pichtur avec le Pe(e/tsur. Je ne garde ni 1'», ni Va des Grecs, parce qu'ils ne servent que d'embarraa en ndtre langue, qui ne les distingue point des e simples; Pour empeacher mesme qu'on ne prononce Charit, Se ChenonÀte comme on fait charge & chtrlé, j'oste à l'un r/i it je cliBDge l'autre en un g, écrivant Carei et Querioiteie comme caractère & Plalarqae ; J'en ay fait de mcanie en Chio, où j'ay mis un k pour en marquer la prononciation, A cause qu'autrement elle estoit trop désagréable •.

3. On le trouvera dans le Corneille de l'édition des Grands Ecrivains [I, b). Mais l'orthographe suivie n'est pas celle que préconise le réformateur : n L'usage de no flre langue eft A prefent B épandu par toute l'Europe, principalement vers le Nord, qu'on j voit peu d'Êrtata où elle ue Toit connut!; c'en ce qui m'a fait croire qu'il ne feruit pas mal i propos d'en faciliter In prononciation aux Kftrnngers, qui s'y trouvent fou vent embarrassci par les divers tans qu'elle donne quelquefois aux mefmei lettres. Les Ilollandois m'ont fray^ le chemin, et donnf ouverture A y mettre diftinction par de différents Camctéres, que jufqulcy nos imprimeurs ont employé indilTéremnienl. >

NOtIVEAtX PnOGRËS DE l'iDÉE DK RÉFORME flS

qu allonger la syllabe devant consonne, où elle sonne z devant voyelle ; au milieu des mots, car entre voyelles elle vaut toujours : : présumer, entre consonnes elle « aspire toujours » ; consumer', dès lors il n'y a pas de confusion possible. Inutile donc d'y pourvoir.

Mais il ne convient plus de souiTrir que refte, lempefte, vous eftes s'écrivent de même : Corneille veut donc « orthographer n reste, peste avec s ronde, mais tempefte, hufte avec f longue ; dans vous êtes, arrêter, il faut la remplacer par un accent.

Quant aux e, il faudrait user de e (simple) dans asprea, de e (aigu) dans vérité, de è (grave) dans a/jrès. Si les imprimeurs gardent le z du pluriel dans veritez, on peut se passer d'accentuer IV. Dans le corps des mots, il serait bon aussi d'étendre l'usage de e et d'imprimer : sévérité. L'auteur a fait observer cette règle par ses imprimeurs, È grave doit toujours porter l'accent à la (in des mots : succès, sauf devant II on l : belle, appel.

Cette double H peut-elle se réduire à / simple? Après a, o, u, pareille simplification est sans inconvénient, baler, affoler, annuler; elle troublerait après l'e : fidèle, et risquerait après i de créer des confusions: vile. Comme on le voit, la réforme ne porte que sur quelques points, mais il ne faut pas oublier que Corneille ne se borne pas à la recommander, il l'applique; en outre les mots par lesquels il justifie son dessein en disent long: u Si cette ébauche ne déplaîst pas, elle pourra donner jour à faire un travail plus achevé sur cette matière et peut-estre que ce ne sera pas rendre un petit s Dostre Langue et au Public n (1, 7).

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