UE MO^ET A VAUGELAS
A l'époque de Vaugelas le choix commençait à se faire. Lentement, mais sûrement, on allait vers une simplification. J'imagine que l'influence étrangère y devait être pour beaucoup '. Monet nous le dit, il avait reçu du dehors des félicitations et des encouragements s. On eût pu s'attendre à ce que Vaugelas prît vivement parti contre les nouveautés. Il n'en fut rien. C'est après sa mort seulement que l'Académie choisit une orthographe pour son dictionnaire. Et on aura beau parcourir les Remarques, on n'y trouvera pas d'adhésion formelle à la thèse des traditionnalistes. Aucune théorie générale , ni pour ni contre. Si même on relève les quelques observations de détail qui se rapportent ii l'orthographe, — il y en a fortpeu — on demeure assez perplexe. Sans doute Vaugelas accepte l'idée de distinguer par l'écriture le sens des mots. II veut écrire parallèle au sens géométrique etparalelle au sens littéraire (l, 193). Il préfère expressément /) A à f dans les mots grecs [I, 202). Mais on pourrait rapporter des décisions d'une autre inspiration. Son usage général est archaïque, comme en témoignent estranger (I, 310), iemesler (I, 208) et cent autres. En revanche il écrit st'de (II, 309) et exent (I, 208), préfère bienfaitear à bienfaicteur (II, 16), ainsi de suite.
Il y a plus. S'il émet quelques principes, ils ne sont pas en faveur de l'étymologie, tant s'en faut, h L'Vsage ne s*attache point aux étymologies, et il n'en dépend qu'autant qu'il luy plaist. D'al-
trouuc pis à propos do mettre vn é accentué à m pUc«, dauUnt qu'il oblige les eslranjTcrs A le faire sonner rernië où naturelicmont il eut ouvert ; pir exemple, eilre qui u lit itlre, exlant cscrit e(re, doil b[cn prendre vn autre son selon la force du dit é. El toutes ces raisons nous doiuenl faire tenir A la plus commune façon d'escrire, qui estia plu* seure [Oudin, Gram., 164», 316-318).
t. Certains livres sont remarquables, par exemple les Lettre! de PhylUrqne à Àritle, II* part., où on trouve des orthographes aussi simplifiées que les suivantes : rù (p. 8), lems (1), tu ani [ib.), voUge (to), côté (ib.). con (ib.j. eau* (lA.), pardonablt (It), trhmfer (li), deut \li), à tant Irait (11) et même de l'er (119). Elles ne sont pa> constantes, mais elles se rencontrent. Sont-etlcs dues à l'auteur ou à l'imprimeur 'Nicolas Buod) 1 II est à noter en tous cas que le livre est de 16SE), et que l'orthoinphe de Baliac est beaucoup plus compliquée.
1. Us ne represantent l'équité du dessein, que i'ai eu, lurs de ma première édition du Piraliele, de suppléer i l'incapacité de la tandre jeunesse de ce Roiaume, et de même, a celle des personnes de dehors, qui cherchent et aprenenl les mots François, dsns les Diclionaires, et les désirent au même ton que tousiours on les leur iete dans l'oreille : lesquels mots, et an ce ton, ils ne peuuent reconnaître, dnns les Liures de vulgaire orthographe ; mais, dans mon Parallèle et Invantaire, ils les découvrent d'abord, et expédient soudain leur besogne, auec égal plaisir et profit [Invantaire dei itax Langatt fr. et taline, 1636, au Lecteur, 1" page).
82 HISTOIRE DE LA LASGUE FEAS^AISE
1er au contraire, ce seroit vouloir monstrer que l'on ne s^ait pas sa langue maternelle, mais que l'on sçait la Grecque; et il est sans comparaison plus honteux d'ignorer l'une que l'autre » (I, 194). « Nous avons mille exemples de mots Latins pris du Grec où l'on s'écarte bien dauantage de leur origine » (Ib). Il va en un endroit jusqu'à reproduire le principe des phonéticiens. >< L'escriture n'est qu'vne image de la parole, et la copie de l'original, de sorte que rVsage se prend non pas de ce que l'on escrît, mais de ce que l'on dit et que l'on prononce en parlant » (11, 201;.
Je ne veux pas tirer de ces textes des conclusions qu'ils ne comportent pas, et représenter Vaugelas comme un novateur. Ma pensée est plutàt qu'il inclinait naturellement vers fa tradition, mais il n'aura pas osé contrevenir à son principe, qui était de s'en rapporter à l'usage. Or il a dû avoir l'impression que l'usage ici n'était pas déclaré, et que, dans les salons où il fréquentait, comme partout, on était très enclin à faire des changements sérieux.
Les décisions prises au début des réunions académiques n'encourageaient ni ne contrariaient ces velléités. Elles étaient contradictoires. Le projet de Chapelain disait bien n qu'on s'en tiendroit à l'orthographe reçue, pour ne pas troubler la lecture commune, et n'empêcher pas que les livres déjà imprimés ne fussent lus avec facilité. Mais il ajoutait: qu'on travailleroit pourtant à (Mer toutes les superduités qui pourroient être retranchées sans conséquence >> (Pelt., éd. Liv., I, 103). En outre l'opinion de Chapelain, essentiellement conservateur, ne peut être prise pour celle du corps tout entier.