‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 49 sur 202 · L ORTHOGRAPHE NOUVELLE GAGNE DU TERRAIN · texte numérisé non relu

L ORTHOGRAPHE NOUVELLE GAGNE DU TERRAIN

Indifférence des grammairiens de cexfe époque. — Ni Marguerite Buffet, ni Alemand, ni A-lcide de S'-Maurice ne discutent la question de l'orthographe. Ils paraissent avoir été conservateurs, niais sans scrupule exagéré d'étyraologie. L'Auteur des <i Véritables principes » est également (idële à la tradition, comme la plupart des grammairiens. Toutefois lui aussi semble manquer de doctrine '. La période est une période de calme, je dirais presque de rési- ^ation. Ceux qui débattent encore sont des comparses ^ ; et il n'y a rien d'essentiel à tirer de leurs livres. (Il faudrait cependant mettre à part Milleran, de Saumur. Mais c'est un professeur pour étrangers ^). On attendait peut-être l'apparition du Dictionnaire tant souhaité ^. Peut-être aussi était-on las. Chacun avait son siège Eait.

1. H iccepU i et J, u cl n. Il met bu pluriel voai itti aiméi el coui aimsi. II mculiouac mËme l'opiaion de personnes judicieuses qui metlent ( en place de z, ■et déclare qu'il ne s'y opposerait pas sans le danger de conlbndrc paie et poii.

Il fait des accenls un emploi tout i fait moderne. C'est non seulement l's qui porte un signe, mais l'i : procèi (38). El aprèti avoir réfléchi au système qui consisterait à Oroaomiser les accents, il maintient longuement la nécessité pour plus de clarLd et deisctitude d'en faire un emploi régulier : mcnii je mène, je mènerai {Obi, sur ia sr. de Chifflet, 114),

:. Ainsi du Soûle. Je n'ai vu que la seconde édition de son Traité de l'orlhogrtphe, Paris, tt. Michstlct, leBH {S" Genev., X, 3B5). Il tient pour la tradition. Mais les raisons qu'il en donne sont toutes connues : Sans l'autoriLo orthographique autant de Isn|[ae9 que de villages. Des dissemblances monstrueuses dans tes produits d'une ini>me racine : frian lerait frianùe, exen'^exenion,. Les Anglais, tes Flamands, les .Ulemands prononcent dilTéremment le latin, ils ne l'iïchvent pas moins d'une seule •nanière. Si les Dames se plaignent de la difllcullé, elles n'ont qu'à faire comme les lummcs et A mettre en pratique les règles des Sciences dont elles prétendent se

Pour donner un échantillon de ce que deviendrait la langue, si on se conformait 1 Is prononciation, du Soûle imaf ine la transcription suivante : Moussieu,

(■m'etés ci fort plonjé dans un sentiman quontrcrc n votre touchan l'Ortograf qa fu toute les peae du mond a m'an détaché ; vo reion neanmoin ro'on paru ci just e ci ■coiivcinquante, q'cHc m'an foraé i Ici sprouvè. g ne vcu don plui écrire qe celon vo Kcgie : qar on ce gctte pluto dan ta qonfuzion, qon ne ce retire d tepesceur des ténèbre qc g qroiés évité fabricant un Orlograf i ma fanlezie... (p. 30).

3. La NouvelU Gramaire fr»nçoite. Marseille, !■ éd., Henri Brebion. ISBS. • Les fernmcs, dit l'auteur... prononcent le plûsouvenl toutes les lelres qui se man)rent et c'est pour cela qu'elles n'en tendent pas ce qu'elles lisent ■ ( Préface;.

Milleran est tout à fait un révolutionnaire. It n'a pas livip osé pour cette fois loucher aux voyelles superflues, mais il retranche les consonnes el les remplace par des

Il écrit : Moani, être, aliri, inoeer, ezenpief, même, xftett, pà, raporl, corect ; njelr, conù. acompU, aprit, conprendre, lirttaxe, tenble, apoilrofe, frate, aqaUet,

Son livre forme un Manuel de pi-o non dation tout i fnit intércssanl, où les lettres nucltcs sont imprimées en italique dans les mots en romaines, en romaines dans les mots eu italiques. Cf. du même, un Recaeilde l.elrei choizies. Rome. 1706, avec un Mt lar U rrai/e prvnoncialioa leton la pbii nouvelle urlot/rafe de l'auUar. C'est «Ile IS* édition.

i. Kn 1693, un Bisontin, .Augustin Nicolas, qui n'est guère connu que par un ouvage •^'nlrt la torture, adresse à M. l'Abbé de la Chambre, scci-élaire de l'Académie, un

Dans cette indilTérence, il semble qu'on laissât l'usage s'établir, un usage plein de concessions réciproques, et où se marquaient peu à peu de réels progrès. En tout cas, c'est un Fait fort digne de remarque que cette trêve des théoriciens. A un moment décisif, alors que notre langue classique se fixe, commeje vais le montrer, au prix d'un labeur acharné, au milieu de controverses, auxquelles tout le monde prend part, ni un grammairien ni un écrivain de quelque valeur n'est tenté de partir en guerre pour ou contre la réforme de cette orthographe à laquelle, au xix' siècle, on a donné tant d'importance. Le problème n'existe pas plus pour Bouhours qu'il n'avait existé pour Malherbe ou pour Vaugelas. Racine ou Boileau ne paraissent pas en avoir été préoccupés davantage. « Les. Auteurs, dit un contemporain, traittent l'Orthographe de bagatelle, estimant cela beaucoup au-dessous d'eux » (V. Du Soûle, Traité de l'ortograpke, 1698, 23). Les gens de lettres ne revendiquent en effet aucun droit. Jusqu'aux journalistes qui ne s'arrêtent pas à l'orthographe, « laissant cet employ aux Maîtres Ecrivains » (Mercure réprouvé, 23). Ceux-ci, en revanche, se jettent sur la proie qu'on leur abandonne. L'exemple des Orateurs, proclame un maître écrivain juré, '< n'est pas une loy pour les Maîtres Ecrivains, et leur autorité ne s'étend point sur l'Ortografe » (De Bleigny, Ori., Au Lecteur) . C'est une aifaire entre praticiens : maîtres d'écriture et imprimeurs. L'orthographe classique est vraiment née de traditions d'atelier.

Diicoart «ur l'orlhographe. Il se trouve iraprimé * la suite d'une DUitrUlioa lar te génie poéliqae (BefHnçon, Benoit, 1693, 8°, p. 71). Nicolas est très hardi. Il attaque les lettres superflues, les pluriels en x, en pour un, voudrait conromier à la pronon~ ciation paya, temps, toavtnt, répond à l'argunicntalion de ceux qui veulent conserver aux mots leui' aspect, et aux auteurs anciens la possibilité d'Atre lus. C'est un court, mais substantiel plaidoyer, qui montre que la question n'avait pas cessé d'inttïrcsaer les esprits un peu modernes. Nicolas savait l'italien, l'espegnol, l'allemand. Je dois le plaisir d'avoir fait connaissance de sou livre à l'obligeance de M. Georges Gazier. biblioth«caire delà Ville à Besançon (Voir dans le Bulletin de VAc. dei Se. B. /.. el A. de Besançon, 1911, 3* trim., p. 1R8-19S, la notice qui est consacrée â Nicolas par M. G. Gazier).

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