‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 50 sur 202 · CHAPITRE VII LE CENTRE DE RÉSISTANCE. L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LE CENTRE DE RÉSISTANCE. L'IMPRIMERIE

Il faudra, un jour ou l'autre, faire l'histoire de l'orthographe, au ivu* et même au xviu' siècle, au moyen des imprimés, comme M. Beaulieux a entrepris de la faire pour le xvi* siècle. C'est un fait que les Estiennes ou Mabre Cramoisy ont eu sur notre manière d'écrire plus d'influence que Malherbe et Vaugelas. Je n'ai pu entreprendre cet immense et minutieux travail. Je me garderai donc de toute assertion hasardée. Néanmoins il est certain que, de façon générale, les imprimeurs étaient conservateurs. Il est probable qu'ils redoutaient d'être embrouillés dans le travail de composition et de correction des épreuves. Les ateliers, k défaut d'une règle, avaient des habitudes; ils ne voulaient pas entendre parler de les abandonner.

S'il faut en croire certains passages de ses préfaces, le P. Monet aurait été sollicité un peu <( de tous les quartiers de France » de revenir à la commune façon d'écrire. Dans ses dictionnaires, la substitution de an k en dérangeait en effet une foule de mots de leur ordre ancien. Mais il dit très nettement que ce sont les imprimeurs et les libraires surtout qui protestaient ; particulièrement, paraît-il, ceux qui, voulant contrefaire le livre, s'étaient vus obligés à un certain travail pour y rétablir l'orthographe vulgaire '.

Il estpossible que dans les imprimeries il y ait eu parfois deux tendances, celle des compositeurs et celle des correcteurs. J'en ai même trouvé un curieux indice. Dans une des réponses faites par les Jésuites aux Provinciales, l'auteur avertit son lecteur de ne point se xcandaliser de certaines nouveautés : « Dans l'intention que j'avois

1' •On excepte du rang de ceuï qui m'autorisent, Messieurs les Libraires, et Impri- ■neurede Paris, Rouen, et d'ailleurs, qui conlinuent de croire, et dire, que {"entretiens 1 ignorance, et l'erreur, parmi la ieuncsse des Escoleii, an ni'ecari^til de l'etymologie Lllïoe; cL pource ils ont remis la vulgaire routine d'écriture, an ceus de mes Parallèles, qu'Us ont très-mal contrefaits. On adioute, qu'ils minutent vn Ecrit contre moi, ■ur ce luiet, lequel j'allans an bonne deuotion, et cependant, leur dis à l'oreille, qu'on pourroit, au suiet dont il s'agit, leur obiecter, qu'il» samblenl être de la Confrérie des Quinic-TinLs, et que, cAme tels, leur est permis d'être aueugles, mais non de s'inge- "r i conduire les clairuoyans. auec danger de tes précipiter daos l'abyme des ténèbres > (Monet, PantlèU de$ Ltng. fr. el Latine, au Lecteur).

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d'observer exactement l'ancienne ortographe et luy de la suivre, dît-il , il (l'imprimeur) a estécontraînt d'abandonner beaucoup de choses à ses compositeurs à qui la nouvelle plaisoit davantage » '. Les compositeurs étaient des ouvriers, les correcteurs des demi-savants.

Les iupbiheurs des Pays-Bas. — Toutefois les usages des imprimeurs français furent singulièrement troublés par les tendances de leurs confrères étrangers, grands producteurs de livres, et concurrents de tous les jours. 11 serait à .souhaiter que quelque érudit belge ou hollandais, à même de fouiller les bibliothèques et les admirables collections que fournissent des établissements comme le Musée Plantin, nous fît l'histoire détaillée de tous ces essais. Si l'orthographe a fait alors quelques progrès, c'est aux efforts des étrangers qu'ils sont dûs pour la plupart. Aux Pays-Bas, on s'appliquait en effet de plus en plus à perfectionner l'écriture française, et en particulier à régulariser les accents . La distinction de j et de v était acquise -. On prétendait, à mieux, on voulait distinguer les longues des brèves et sans doute aussi les fermées des ouvertes.

Dans la série des dictionnaires français- ilamand s en particulier, le désir de corriger l'orthographe, de noter différemment i et j, u et V, apparaît de bonne beure. En 1643, Louis d'Arsy met en tête de sa réimpression une préface qui a la portée d'une déclaration, où il donne brièvement, mais fortement, ses raisons pour supprimer les consonnes superflues ; chan, cors, devoir, pour substituer é à es, dans escrire, respondre, une voyelle avec circonflexe à as, ia, os, dans baston, disner, osier. Il ose même toucher à la flexion, et propose de remplacer : j'aimoit, Hz aimaient, par j'aimais, ih aimêt. Dans une « Instruction », un continuateur de d'Arsy, van den Ende, expose à cet effet tout un système ^.

Diverses impressions portent la trace de ces tendances . Je citerai la curieuse plaquette qui contient la Borne ridicule de Saint-

1. Reiponie generaU i Canleur dtt LtUrttpitr le Prieur de Sxinit~Fog (le P. Morel). Lyon, Guil. Barbier, iSbS, 4'. Je dois ta cumniunicotion de ce curieux documenl i l'oblii^ance de mon collègue M. A. Gazicr.

1. Dis 1630, les Elzévir«rappliquenli l'Argenti de Barclay (rbuT pour les majUBcules). ABruxeiles, on l'introduisil jusque dans la réimpression de César Oudin {Tritor. V. l'édition de 1660). A Strasbourg, depuisISM, IcsZetzncrse servaient à propos de j et de u dans les capitales.

3. Le G»sophylace De Ut Langue Francoite et Flamende, Rotterdam, i6H i'.

Il écrit ige, dime, tppàl. Il ne marque d'un accent ni e plein ni e sourd: «eulcment sous Te sourd de lefon. il met le signe des mueltcs : de ce qae, leçon. Il accentue éfvéilUr, frapper, belle, béfle^ pierre.

Il surmonte i Ion): d'un tréma : brrn, lU. 0 cl a sont écrits comme i, s'ils sont longs, rùie. iii(, nùd.ahiit,

Syslème étranpe, sauH doute, puisqu'il a pour effet de permettre de niainlcnir

IX CENTRE DK rési8ta:«:e. L IMPHUIERIE 121

Amant, que Simon Moine t, Parisien, fait paraître à Amsterdam, en 1660, et dont je reproduis le titre et une page en fac-similé.

LA

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