‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 54 sur 202 · LA D1FFDSI0N DE L ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

LA D1FFDSI0N DE L ORTHOGRAPHE

pensionnaires. Les maîtres écrivains ' pouvaient enseigner l'écriture et l'ortho^aphe, mais ne devaient avoir chez eux ni alphabets, ni rudiments, ni grammaires"-.

Je dois ajouter, avantde terminer ces éclaircissements préalables, 4jue ce ne sont point ces revendications seulement qui empêchaient l'enseignement de l'écriture de se généraliser. Quelque bizarre que cela puisse paraître aujourd'hui, l'écriture était une spécialité. On trouvera la chose moins étrange, si l'on se souvient qu'il y avait un art de la calligraphie, et que la pratique de la ronde, de la bâtarde, des fioritures et des pataraphes étaient une forme et non des moindres, la seule scolaire en tous cas, de l'art du dessin. Bien des maîtres ou maîtresses y étaient tout à fait étrangers, et nombre d'instructions font allusion à cette insuffisance : « Si te Maître ne se sent pas assez fort pour montrer lui-même à bien écrire, il se servira d'exemples imprimez, ou encore mieux de celles qui sont faites à la main, lesquelles il colera sur de petites Cartes » [Lettre pastorale de Mgr l'Evesqae de Bayeux, p. 67). En 168i, un règlement de l'évêque du Mans pour une école de filles dit : a On pourra même aussi apprendre à écrire à quelques-unes, qui y seroient plus propres, en se servant pour cela des livres d'exemples qu'on leur aura envoyez « ^. La phrase est significative, surtout qu'elle vient après une autre oii il est dit « qu'on ne doit rien négliger pour l'inslrucUon des enfants ». L'art de l'écriture était un luxe, dont les éléments même ne s'enseignaient pas partout, et ne faisaient pas partout partie intégrante du programme d'éducation.

Là où les maîtres, quels qu'ils fussent, enseignaient à écrire, ils s'efforçaient d'enseigner aussi les rudiments de l'orthographe, du moins ce qu'ils en savaient. Une chose n'allait pas sans l'autre. En

I. Lcurcorporationavaitfté reconnue et les statuts avaient élé confirmés en IMe.

1. • Airest delà CourpermetlanLde mettre aux portes des tableaux avec l'inscription : Céans petite école, et le nom de celuy qui voudra mettre le dit tableau, et ensuite, Jfslire d'£coI«, Jiyanf droit el faculté d'tnseignerk laJeanesie U Senice, i Lirt, Ecrire et former tes Lettres, la Grammaire, l'ArithméUque et Calcul, tant sa jet qu'à 11 plamt, et de prendre des Fensionnairet ■, On ne doïl rien ajouter, ni ornements, ni traits de plume; ils peuvent prendre des flous-maltres, même pourdonner des eiemples d'écritures de trois lignes seulement, mais ces soua-mai très ne peuvent ni être réservés i cet enseignement spécial, ni en tenir école séparée, mais ils doivent donner l'instruction générale. Le» maîtres écrivains sont autorisés i, se servir d de leurs Imprimez et Manuscrits pour enseigner l'Orthographe seulement, sans qu'ils en puissent abuser, et sans que lesdits Maîtres Ecrivains puissent avoir chef eux. Alphabets, Rudimeus et Grammaires ■ (33 juillet l'I-i dans .4ncien5 Statuts, Ordonnaitces ttfygUmens. l'ISS).

î. Art. 30. Angot, o. c, 173. A S'-Haon-le-Chatel, on lire le» exemples de l'Abrégé iaÀctioas des Sainls, imprimé pour ce sujet. Un livi'esertfréqucmmentâ cet usage, le Xxnaet de civiliti. De I* les caractères spéciaux dont on y fait usage.

Histoire de U Langue française. IV.

général, l'enfant copiait, et c'est sur l'imitation fidèle de son modèle qu'il avait à se guider. L'instruction de l'évéque de Bayeux dit ; « Pour leur apprendre l'Ortog^raphe, on aura soin de voir d'abord s'ils imitent fidèlement ce qu'ils coppient. On leur montrera en suite comme ae font les lettres Majuscules, les Initiales et les Finales ; et où il s'en faut servir, comme aux noms propres, au commencement de chaque période et de chaque vers en Poésie : de même les Accens Ai^s et Graves et Circonflexes, que l'Accent Aigu se forme de la droite à la gauche'; le grave de la gauche à la droite 'et le circonflexe des deux joints ensemble', en leur montrant où il les faut appliquer (69-70) ». Le rédacteur ajoute ensuite naïvement ; « Si on les juge capables, on leur marquera ce que c'est qu'un Masculin, un Féminin, un Singulier, un Plurier, etc. ' ».

Ailleurs les moyens sont moins mécaniques, et l'enseignement, tout pratique, eût été fort bon, s'il eût été un peu poussé '. Mais toutes sortes d'indices nous montrent que les connaissances des maîtres étaient assez courtes. L'imprimeur Rodilard se moque de ce « chetîf écrivain, qui, à grand peine sçait>il lire, nous enseigne rOrtographe " (o. c, Ep., 10),

J'ai publié jadis ^, et je redonne ici un placard retrouvé à la Bibliothèque Maiarine, qui est des environs de 1635. 11 nous fait assistera une sorte de tournoi, ouvert dans une école de chanté. Od y délie à deux contre un les élèves des autres écoles. Le document est très curieux, mais il est unique, je crois. Cette école parait avoir été une vraie école spéciale. Irson compose pour elle une méthode de français, qui est certainement le premier bon ouvrage de grammaire fait en notre langue pour des écoliers '■.

1. Lelfre pailurjttt de Mgr. L'meiqut de B^yeax, lSSO,p. flg-70, Cacn, ebex Mnriit y von.

2. uLcï escrivBins lironlclescriront iparL, prendront exemple après les premières leccoDs, lesquels exemples leur scronl baillés sur leurs teccons. s'ils lisent de grammaire ou aullres choses ; lesquels eacrivains seront tenus rendre leurs exemples et le& dire par cœur pour apprendre le fraiicoj's, et mcsmc dire en épclant pur cccur.commo chacune diction cl mots de l'exemple est escrite orthographiée, pour npprendre ledit orthographe, sur quoy le régent les interrogera, remarquera leurs Taultcs, les leur remontrera cl souvent leur conduira les mains en escrivant pour leur apprendre dès le commencemenl à bien former leurs lettres • (V. Angot, a. c, p. lt-t&). Règlement de Laval enl606.

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