‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 2)Chapitre 53 sur 202 · LA DIFFUSION DE L'ORTHOGRAPHE L'ORTHOGRAPHE ET L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

LA DIFFUSION DE L'ORTHOGRAPHE L'ORTHOGRAPHE ET L'ENSEIGNEMENT

C'est ici le moment de montrer quand, comment et pourquoi la connaissance de l'orthographe a commencé à se répandre. La question est fort obsciu^; on s'en rend d'autant mieux compte qu'on s'est donné plus de peine pour étudier ce qu'étaient les petites écoles de celte époque. J'aurai k reparler de ces écoles par la suite <. Mais en tous cas, qu'il s'agisse des écoles des chantres et écolàtres, des écoles dites de charité, des écoles fondées par des congrégations, tout le monde convient que l'objet essentiel de l'enseignement était l'instruction religieuse, et que, si on apprenait assez généralement à lire, on apprenait beaucoup moins régulièrement à écrire.

D'abord une corporation jeune, mais puissante à divers endroits, avait fait son possible pour garder le monopole de l'enseignement de l'écriture, c'étaient les écrivains jurés. Après avoir habilement manœuvré, ils étaient parvenus, en 1570, à former une corporation, noD régulière encore, mais avec laquelle il fallait compter. Giai^ée de la véri6cation des écritures litigieuses, ils eussent bien voulu l'être de l'enseignement de l'écriture. Dans certains pays, comme Rouen, ils étaient à peu près parvenus à leurs fins ^. A Laval, ils paraissent aussi avoir été nombreux, et assez forts pour obtenir la modification d'un règlement d'écoles, qui instituait l'enseignement de l'écriture et nuisait à leur privilège ■'. Ailleurs, à Monttort l'Amaury par exemple, on les voit s'associer îi un maître d'école pour tenir une école ^.

1. Voir plus loin, au chapitre : !« Français et l'enseignement.

1, EnlSia, ils font condamner une veuve qui enseigne A écrii'c à des enfants. Un nglement de Georges II d'Amboisc, daté de 1^20, interdisait en ctTet aux ecclésiastique» d'enseigner récriture et l'arithrai^tiquc, hormis dans les villes oi'i il n'y avait pu de maîtres jurés (Itobil. de Beaurepaire, Hech. tar t'intl. pub. dant le dioe. de Roacn, II, 3T3etsuiv.|.

S. V. Ahbi Angot, /ni(. populaire dans lit Maytane, Paris, Picard, 1890.

i. • Autre sentence dudit provost, du 1" fi'vi-ier l'an l.'iSij, par laquelle exécutant Uditt sentence de règlement, il aurait oi-donnc que Jacol) Leblanc, escrivain, dcmeii<

I2S HISTOIRE DF. lA LANGUE FRANÇAISE

A Paris, la lutte fut longue et très âpre. Les maîtres-écrivains avaient pour eux le prévôt, tandis que le chantre, pour maintenir le privilège de ses écoles, s'appuyait sur le Pariement. Ce fut un de ces procès de l'ancien régime qui duraient cent ans. Quand il y avait lieu de faire tête à un ennemi commun, comme les frères des Ecoles, la querelle s'assoupissait, on s'alliait même, puis les hostilités recommençaient. En i6K9, il yavait dix procès en cours. En 1661, une sentence renvoyait les parties dos à dos, cependant elle défendait entre autres choses aux maîtres et maîtresses d'école de mettre plus de trois lignes dans les exemples qu'ils donnaient à leurs écoliers . Bien entendu ceux-ci en appelèrent et le débat continua ' .

Le chantre ne prétendait point que ses maîtres fussent grands clercs en orthographe, puisqu'ils ne savaient point le latin. Mais quelle est la prétention des maîtres-écrivains, qui, eux, n'ont jamais que la routine, comme les femmes ^ ! Et comment pouvait-on leur permettre » de monstrer l'orthographe », en leur interdisant d'enseigner à lire ^. « La doctrine de l'Orthographe est le fait d'un fort bon Grammairien : dont il s'ensuit que les Escrivains Jurés ne peuvent pas l'enseigner, puisqu'ils ne sont point du tout Grammairiens », dit le Traitté hîat. des Ecole», 481 . Le débat ne fut terminé qu'en 171i, par un arrêt du 23 juillet. Il permettait aux petites écoles d'enseigner la grammaire, la lecture, l'écriture, et de prendre des

rerail tau» et A l'aide dudil Perrol pour eniei^er l'art d'escriptiire • (A. de Diaa. Lta Eealtt de MonIfOTtVAmiiary, Rambouillet, IgSO, p. 3S].

n Serontlenus 4 huit heures du malin aller en lapriDcipaleescnleet y conduire leurs pensionnaires ; et y demeureront jusqu'à l'heure de onze heures et pendant ce temps enseigneront, ledit Leblanc tous loi enfana en l'art d'escriplure qui s'olTriront k lui pour être enseigni's, et ledit Amault tous les ABCdaires • ;id., ib., 13).

1 . Voir en particulier le TrtUIÂ hitt. dei £colea, lix-b, Jourdain, HUl.de CUnit.dt Paru, m. Preuve*, Pélibien, But. dePurU, Preuves, III, *iT.

ï. • On demandera peut-estre pourquoi le Chantre de Paria reçoit des Maistres d'Eschole sans élude, et qui ne peuvent pas monslrer l'Orthographe, puis que ne ■cachant point de Latin ils n'en sont pas capables, et que neantmoina l'Orthographe est de leur proression.

• A cela le Chantre répond qu'il n'entend point que les Maistres d'Eschole se

niélent d'enseigner autre chose que ce qu'ils sçavcnl

g Ainsi c'est une illusion, que les Maîtres B^crivains se vueîllent mêler d'enseigner l'Orthographe, qui est de xpicibnt Grammalictc, ne la gçachans pas eux-mêmes suiBsammenl pour l'enseigner, quoi qu'ils en puissent sçavoir quelque chose par routine, comme il arrive hmx femmes dont les unes sçavent orthographer passablement • (Traifl^ hUt. det EcoUi, -iSS-l).

3. • C'est... pourquoi les Maistres d'Eschole se sont pourveus... contre TArrest du 3 Juillet 1661 qui porte, fue lei Etcrivaint pourront avoir des écrilt on des livret imprimex pour monifrer Vorthognpht, tant que pour ee ila paUient aucunemenl monslrer A lire ; car cette seule permission qui leur a été donnde est une destruction entière des Petites Ecole s, parce qu'en même temps quel'Arresl leurdelTend de mont- Irer à lire, il leur permet en effet de le faire, en disant qu'ils pourroni ai'oir dei ejcrifs etc.. Car de cette façon il n'y a point d'Kscrivain qui faisant lire ses écoliers dans ces ttcriti... ne puisse dire que c'est pourl'orthc^raphe • [TmitU hiil.det Etolet, i8ï-6).

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